PATES
Justement ; traitement d'attaque ou d'assaut. Pendant quinze jours, frictions tous les jours avec 4 grammes d’onguent mercuriel double, 2 grammes sous chaque aisselle; pendant quinze jours ensuite, repos; après quoi l’on reprend les frictions pendant une quinzaine, et ainsi de suite: Telle est la règle la plus ordinaire de cette méthode, qui peutrendre les plus grands services, dans les cs pressants, lorsqu'il y a des manifestations cérébrales, etc. L’essence même de la méthode est donc fort simple ; elle est indépendante en principe de toutes les circonstances accessoires, bains, sudations, diète, etc., que nous avons vues observer ci-dessus avec une véritable rigueur : elle consiste seulement dans la succession régulière, rythmique des périodes actives et des périodes de repos. Le professeur prescrit parfois trois semaines pour chacunes d’elles. ou bien trois semaines de frictions et quinze jours de repos. De même, la dose d’onguent employé quotidiennement peut être augmentée en certains cas. Enfin lorsque cela est utile M. Charcot ne néglige pas de faire prendre en même temps à l'intérieur l’iodure de potassium, à dose assez forte, 4 ou 5 grammes, pour chaque jour de la période active des frictions. On interrompt alors les deux médicaments à la fois dans les cas de traitement mixte, lorsqu’arrivent les jours de repos.
M. Martineau, dans ses cliniques faites à l'hôpital de Lourcine, un peu avant la suite de ses recherches sur les injections de peptone mercuriques a aussi préconisé la méthode des frictions et rappelé en ces termes la méthode de M. Charcot : « Dans le cas où la gravité de manifestations syphilitiques impose ce que M. Charcot appelle uue véritable médication d'assaut, vous pourrez employer les frictions avec l’onguent mercuriel double, à la dose de 4,
SRE
6.et8 grammes, une à trois fois, par jour, aux pieds, aux aisselles, aux bras, aux parois du thorax. Il faut avoir soin de ne pas excorier la peau,.et pour. cela changer tous les jours la place, où l’on pratique la friction. Vous éviterez de le faire aux aines, où l’on détermine facilement. un eczéma desbourses, ou de la vulve. En outre tousles jours lemälade doit prendreun bain de son, pour combattre l'irritation de la peau, la dermite. causée parla pommade mercurielle.
M. Martineau dit aussi, à propos des enfants : « les frictions sontavantageusement utiliséesdans lasyphilis infantile. On fait le, soir une friction avec un gramme d'onguent, sur l’une.des parois du thorax, le lendemain une seconde.sur l’autre;paroi: ainside suite pendant trois semaines. Un bain d’amidon de cinq, minutes chaque matin est
indispensable: x
Méthode, de M.Denis Dumont. — M. Denis Dumont, professeur de clinique chirurgicale à l’école de médecine, de Caen, préfère à tous les autres modes d'emploi du mercure, les frictions et les onctions; mais comme elles ont l’inconvénient de salir le linge, il a inventé, pour y remédier Îes chaussettesnapolitaines; chaussettes, à cause du mode choisi pour lesfrictions ;napolitaines, àcausedu produit employé.
« Quant au procédé, dit l’auteur, le voici en quelques mots : Chaque soir, en se couchant,le malade, au lieu dese noircir les aisselles, ou les cuisses, ou le ventre, se fric— tionnera simplement les pieds ou la partie inférieure des jambes avec gros comme une noisette d’onguent napolitain pour chaque pied. Îl'recouvrira le tout d'une paire de chaussetteside laine, destinée à cet usage unique. |
</ Plusieurs considérations. concourent à leur succès au-
près des malades; d'abord le lit n’est plus sali, pas plus que le vêtement ; les contaminés ne sont plus un objet de dégoût, ni pour eux-mêmes, ni surtout pour ceux qui les entourent. De plus, un homme marié, etje prends de suite le plus grave et le plus embarassant, peut, en simulant des rhumstismes, employer les fameuses chaussettes napolitaines sans éveiller le soupçon ou l’attention de qui de droit. »
Absorption: — Quelle que soit la méthode adoptée pour les frictions ou onctions, l'absorption du mercure est un fait constant, surabondamment démontré par les phénomères physiologiques et cliniques, et par des analvses maintes fois répétées. Maisdans quelle combinaison, sous quel état le médicament pénêtre-t-il dans l'organisme, estil entraîné dans la circulation générale, combien de temps séjourne-t-il dans le corps, ou s’accumule-t-il de préférence, quelles sout les voies principales et les conditions de son élimination finale? Voilà autant de points du plus haut intérêt, mais nous devons dire que, dans l’état actuel de la science, un petit nombre seulement de ces questions est susceptible d’une réponse précise et suffisamment complète.
Un grand nombre d’auteurs affirment que sous l’influence des frictions, le mercure métallique très finement divisé, peut pénétrer directement dans l'épaisseur de la peau, et de là dans Îles radicules lymphatiques, pour se diffuser dans tout l'organisme.
En 1847, Landerer, puis Eberhard ; peu de temps après Œsterlen et V. Hasselt, trouvent des globules mercuriels dans la peau de plusieurs animaux soumis aux frictions. En 1864, Overbeck retrouve le métal en gouttelettes, non seulement dans les couches profondes de l’épiderme et
dans le derme, mais dans les muscles intercostaux et jusque dans le tissu sous-pleural d’un lapin frictionné sur
le ventre préalablement rasé. En 1867, Blomberg confirme
pleinement ces expériences: de plus il frotte avec. dix
grammes d’onguent napolitain l’avant-bras d’un cadavre, immédiatement après la mort; le lendemain l’examen histologique démontre la pénétration des globules métalliques non oxydés, de 4 à 80x, dans les couches profondes de l’épiderme, dans le corps muqueux, l’épaisseur du chorion
et quelques conduits sudoripares.
En 1869, M. le professeur Gubler a émis l’opinion que l'absorption du mercure après les frictions, a lieu par ses vapeurs à l’aide des glandes sudoripares. En 1870, Bœrensprug, Hoffman, Rindfleisch, ont bien combattu toutes les conclusions précédentes, en soutenant que dès l’épiderme le mercure doit subir des modificatious chimiques avant d’être absorbé. Mais les beiles expériences de Merget(1871), en démontrant la rapide volatilité du mercure, même à 15° au-dessous de zéro et après son incorporation à l’axonge, sont venues appuyer fortement l'opinion de M. Gubler, défendue aussi depuis par Rabuteau, Neuman, Rôhris.
La question restant fort controversée, M. Fleischer, en 1877, a fait de nombreuses expériences, après lesquelles il conclut ainsi : « Les frictions avec l’onguent mercuriel font pénétrer des particules de métal dans les couches les plus superficielles de l’épiderme, mais jamais plus profondément: on n’en trouveni dans le corps de Malpighi, ni dans le chorion, ni dans les glandes, ni dans les follicules pi-
leux. »
Nous citerons enfin les recherches expérimentales sur l'absorption et l’action du mercure de l’onguent napolitain,
HAN par Furbringer {Archiv. für Path. anat. und phys., t LX XXII, p. 491.)
- L'auteur a *oulu résoudre par l’expérimentation les questions suivantes: 4° le mercure métallique de l’onguent gris pénètre-t-il en nature dans l'organisme?
2° Le métal en contact avec les humeurs est-il oxydé et rendu soluble ?
A la ‘première, la réponse des expérimentateurs a été tantôt négative, tantôt positive.
La seconde n’a été traitée que par des chimistes. Nousne donnerons pas le détail des expériences qui sont assez simpiles. Voici les conclusions de l’auteur : U
« Le traitement par les frictions mercurielles (l’onguent étant récemment préparé et pur d'oxyde, et la peau ainsi que les muqueuses étant à l’état normal) agit de la manière suivante:
«1° Les globules métalliques sont directement introduits par la friction, au lieu même de l'application, dans les follicules sébacés ou pileux, où ils se transforment sous l'influence de la sécrétion glandulaire en une combinaison soluble, susceptible d'être résorbée;
« 2° Les vapeurs mercurielles inspirées se déposent en régule sur les muqueuses accessibles, et forment, en se déposant, un produit oxydé soluble et résorbable.
« Par contre, les éléments métalliques ne peuvent pénétrer au travers de la peau saine, au lieu d’application, ni les vapeurs mercurielles pénétrer à travers la peau oules muqueuses pour apparaître dans le sang. »
« 3° Le mercure métallique peut entrer dans la circulation spécialement à l'endroit de la friction, lorsque la peau est saignante: dès, que le contact du métal avec le sang
Combret. 6
— 17 — vivant s'est produit, il se forme une combinaison soluble et active: |
«4° Le même fait se produit, lorsque, par suite d’une solution de continuité des muqueuses, les vapeurs mercu— rielles peuvent pénétrer directement dans le sang;
«5° Pour la même raison, la vapeur mercurielle, qui s’est déposée en régule sur la peau, peut devenir active, dès que ses {produits d’oxydation, devenus solubles, sont mis en contact avec des districts cutanés dépouillés deleur
épiderme. »
Circulation. — Dans :'uel état le mercure est-il dans le sang,et sous quelle formc chimique est-il entraîné dans la circulation générale? Ici l'incertitude est encore bien plus grande. Hunter, prenant en considération que les préparations mercurielles produisent un seul ét même effet sur la constitution, avait émis l’opinion qu'elles devaient finalement se transformer toutes en un même composé. Olsterlen croit qu ‘elles sont absorbées en nature. M.Rabuteau pense que toutes les combinaisons mercurielles introduites dans l'organisme sont amenées finalement à l’état de mercure métallique, ét il rappelle des observa— tions d'anciens auteurs, qui, à une époque où lès mercu— ‘TIaux étaient donnés à doses exagérées, avaient reconnu la présence de globules de mercure dans les os, le pus des ulcères, le cerveau. En 1847, Landerer, et en 1549, Haselt, assurent qu ‘ls ont constaté la présence du meïcure en globules métalliques dans le sang. Mais après de nouvelles Re Bœrensbrug, Hoffmann, Rindfleisch, ont soutenu des conclasiéôns contraires.
D après ‘Mialhe, dont la théorie est restée longtemps :-
classique, tous les composés mercuriels, en présence des.
M3 -<hlorures alcalins dissous dans les liquides organiques, se transformeraient, «en une certaine quantité de sublimé corrosif, où, pour mieux dire, de chlorure hydrargiricoalcalin; la quantité de sublimé qui prend naissance avec Jes différents composés fournis par le mercure est loin d’être la même pour chacun d’eux ; le bioxyde de mercure, et la plupart, des composés binaires qui lui correspondent par leur composition, les deuto-sels de mercure en général, mis ep présence des chlorures alcalins, donnent du deutochlorure de mercure et un nouveau sel alcalin, le protoxyde de.mercure: ce n'est que par une réaction subséquente qu’une très faible proportion de sublimé corrosif est produite. C’est pourquoi tous les deuto-sels constituent des agents héroïques, tandis que les proto-sels, au contraire, constituent des agents d'une activité bien moindre et toujours à peu près inoffensive. On pourrait même dire médicalement parlant, que les proto-sels n’agissent jamais que par la faible proportion de sublimé auquel leur décomposition donne naissance.»
Voit a émis en 1857 une opinion fort analogue; d’après cet auteur, sous quelle forme que l’on introduise le mercure, l’action des chlorures du sang amène la transformation des sous-oxydes en calomel, et des oxydes en bichloiure; de plus, celui-ci formerait un: combinaison avec le chlorure de sodium et l’albumine.' À rapprocher de la modification formulée parMialhe pour la liqueur de Van Swieten avec adjonction de blanc d'œuf, modification qui est réellement mieux tolérée par les malades.
Effets d'absorption. — Les recherches les plus récentes semblent démontrer facilement la formation d’un sel double, albuminate d'oxyde de mercure, uni au chlorure
RE
dé sodium, comme aboutissant ultime et constant du mercure absorbé dans l'organisme.
« Cet état de combinaison du mercure avecl’albumine du sang devient, dit Gubler, une cause d’hypercrinie et même de phlogose pour un certain nombre d'émonctoires, dont la secrétion se montre accidentellement albumineuse. Par le même mécanisme, le mercure dépouille le sang d’une partie de sa substance plastique ; en outre, par une action spéciale, indéterminée, il rend la fibrine déliquescente et s'oppose à la régénération des hématies, et finalement il conduit l'organisme aux troublesies plus variés, à travers la dyscrasie sanguine et la cachexie. »
Mais dans beaucoup de cas, le mercure, administré avec mesure, ne semble se manifester par aucun trouble physiologique : on voit des malades guéris de la syphilis sous l'influence du traitement mercuriel, sans avoir présenté aucun phénomène que l’on soit en droit de rapporter au médicament — le mercurialisme est alors latent (Gubler).
Dans les cas les plus ordinaires, l’actiou se développe lentement, peu apparente d’abord; mais pour étudier la suite des effets d'absorption du mercure, il est essentiel de distinguer nettement un mercurialisme léger et un mercurialisme intense.
Le premier, qui nous intéresse le plus, est celui qui survient habituellement, lorsque la médication sagement menée ne dépasse pas les doses tolérables pour le malade, qu’on ne la continue pas trop longtempssans interruption, que l’on ne recherche pas, comme autrefois, la salivation, qu’on s’efforce au contraire de l’éviter, surveillant attentivement l'action du mercure, pour diminuer les doses ou les supendre complètement pour un temps aux premiers signes d'intoxication. Telles sont les règles généralement
observées aujourd'hui, et grâce à ces précautions, les accidents graves sont tout à fait exceptionnels: on ne les observe guère que dans les cas où l’on se trouve contraint par l’imminence du danger (syphilis cérébrale), d'introduire d'urgence le médicament à doses élevées, répétées, coup sur coup.
Le mercurialisme intense est extrêmement différent, et son, tableau nous entraînerait bien en dehors des limites de notre travail. On l’observait fréquemment autrefois, non seulement chez les malades traités sans règle et sans mesure avec des quantités massives et très exagérées de mercure, mais encore chez les empiriques qui pratiquaient eux-mêmes avec la main nue les frictions sur leurs malades. Ce mercurialisme intense ou hydrargyrisme proprement dit peut être aigu ou chronique, suivant qu'il résulte de l’introduction rapide dans l'organisme d’une grande quantité de mercure à la fois, ou bien de doses faibles. mais longtemps prolongées. Il peut être encore thérapeutique ou professionnel. Aujourd’hui cette intoxication et presque toujours observée sous sa forme chronique, et de cause professionnelle chez les ouvriers mineurs d’Almaden ou d’Idria, chez les doreurs, les miroitiers, les constructeurs de baromètres, les chapeliers, etc.
Cette distinction, entre le mercurialisme intense de cause et celui de cause professionnelle, est encore importante au point de vue du pronostic; l’hydrargyrisme thérapeutique en effet, plus souvent aigu que chronique, guérit presque toujours sans laisser de désordres appréciables : en tous cas, il est loin d’avoir l’importance extrême de l'intoxication professionnelle, dont les conséquences sont bien plus terribles, etles antimercurialistes anciens et modernes ont beaucoup trop assombri le tableau de l’hydrargyrisme in-
Re tense confirmé. Cependant nous devons toujours le’considérer comme une complication fort fâcheuse, comme une série d'accidents qu’il faut toujours prévoir pendant le traitement pour s’efforcer de les prévenir, ét en tous cas de les enrayer et de les guérir aussitôt qu'ils se produiraient. Nous reparlerons brièvement de quelques-uns de ces accidents au chapitre suivant : inconvénients et accidents de la méthode des frictions. y .
L'on peut observer toutes les nuances intermédiaires, entre le mercurialisme intense, qu'il faut toujours avoir pour but d'empêcher, et le mercurialisme normal chez un malade bien traité, mercurialisme faible, représentantalors véritablement les effets physiologiqües de l’absorption’ du mercure à dose thérapeutique, et'si léger, qu’il ne mérite plus le nom d’hydrargyrisme. Ces états intermédiaires peuvent s’observér, même lorsqu'on met une grande attention à surveiller les effets du traitement, chez certains malades doués d’une idiosyncrasie particulière, et tout à fait intolérants pour lé mercure. Chez cés malades ainsi prédis- . posés, les moinüres doses risquent d'être si mal supportées, que la stomatite, les troubles digestifs, la diarrhée survient aussitôt. C’est surtout dans ces cas qu'il conviendra de suspendre fréquemment la médication.
” Lorsqu'on à pu prévenir tous ces accidents, qu’on doit considéier comme extérieurs à la médication normale proprement dite, les effets d’absorption du mercure diffèrent absolument de ce qu’on avait coutume de les repré- “senter. Tandis qu’à doses fortes et intolérées, le mercure est ën agent très actif dé dénutrition et de destruction, à faible dose, il est {plutôt reconstituant tandis qu'à haute dose, il abaïsse le chiffre des globules ; et modifie le plasma du sang en le réndant moins riche en fibrine, à dose tolé-
rée, il fait augmenter le nombre des globules et le poids total du malade, dont les forces cessent d’être déprimées et. dont les fonctions se rétablissent avec vigueur. |
Tels sont les résultats d’une première série d’expériences faites par M. Grassi, à l'hôpital du Midi; quand la maladieétaitancienne,lesang étaitpauvre en globules : peu detemps après queletraitement mercuriel était commencé, on pratiquait tous les huit jours une saignée de 150 grammes, et, malgré ces évacuations répétées, on constatait que les globules augmentaient de nombre, et que le sang se reconstituait: mais ici, on pouvait dire que les sujets: étaient déprimés par la maladie, et que la santé habituelle reparaissait sous l'influence d'une médication appropriée.
-M. Wilbouchewitz, de Moscou, employant la méthode de numération des globules proposée par Malass ez, a poursuivi ces recherches pour dét:rminer l’action du mercure sur. la richesse du sang en globules rouges et blancs. Il s’agit toujours d’une médication à doses modérées, ne pouvant produire qu'un mercurialisme faible, et pour ainsi dire thérapeutique, c’est-à-dire ne s’accompagnant que - d'accidents fort légers, et comportant tout au plus une stomatite peu intense, caractérisée seulement par la rougeur et le gonflement des gencives, avec saveur métallique, altération de l’haleine, mais dans laquelle on cherche à éloigner la salivation et a fortiori les accidents consécutifs.
I] a recueilli d'importantes observations, au même hôpital du Midi, sur des malades atteints de chancre infectant avec pléiade ganglionnaire, quelques-uns avec accidents secondaires. Il a reconnu que les globules rouges étaient deux fois plus considérables pendant le traitement qu'avant ;ils sont plus nombreux dans les premiers temps
à — 18 — de l'emploi des mercuriaux; plus tard, ils diminuent, et quand on suspend leur prescription, ils augmentent. Le nombre des globules blancs a présenté, en général, des variations inverses numériquement à celles observées sur les globules rouges.
M. Wilbouchewitch a interprété de la manière suivante les résultats qu'il a obtenus :
,4° Avant le traitement, l'hypoglobulie est causée par la syphilis ;
2° A la première période du traitement, le mercure arrête et guérit l'hypoglobulie syphilitique (la période de : traitement pendant laquelle le nombre de globules rouges a augmenté a été de seize jours en moyenne).
3° Lorsque le traitement est alors pour$uivi, il semble devenir nuisible et ramener l’anémie.
4° Le traitement cessant, le mercure s'élimine, et il revient dans l’économie à des proportions où ses effets sont plutôt favorables que nuisibles.
Mais bientôt, ainsi que le montre une observation de Malassez, la quantité de mercure retenue dans le sang devient trop faible pour combattre l’anémie syphulitique, et ilest bon de reprendre le traitement. Raï
Nous ne pouvons nous empêcher, à propos de ces expérimentations fort précises, de faire observer commentelles viennent confirmer la justesse et l'utilité des règles pro— fessées par M. Fournier, sous le nom de traitements successifs, et par Mi. Charcot à propos de son système de « traitement d'assaut ». |
M. Wilbouchewitch a recherché ensuite l’action des preparations mercurielles sur le nombre des globules rouges chez les animaux, et aux doses assez faibles qu’il a employees, il a vu toujours de l’hypoglobulie dès 1e
ae,
début, augmentant à proportion que il’administration du mercure coutinuait, disparaissant graduellement quand on a cessé la mercurialisation. Ê
De l’ensemble de ses expériences, notre auteur a conclu ” à la nécessité de diviser le traitement de la syphilis en plusieurs périodes, en employant le mercure à petites doses, en le suspendant iorsque le nombre dés globules : cesse d'augmenter, pour le reprendre lorsque l’hypoglobulie s’est accusée de nouveau. Il fait donc de la numération des globules rouges, le critérium des phases successives et des époques pendant lesquelles il convient d’instituer ou d'arrêter la medication mercurielle.
Il faut remarquer, à ce sujet, que ces règles ne peuvent avoir qu'une valeur relative, cor les accidents d’anémie mercurielle n’ont pas une telle gravité qu'ils doivent nécessiter l’interruption du médicamment, dans certains cas où l’état de la syphilis exige surtout qu’on intervienne avec une énergique efficacité.
M. Keyes, en Amérique, a répété les expériences de M. Wilbouchewitch ; il a trouvé que le mercure, à petites doses, augmente le nombre des globules chez tous les” sujets, syphilitiques ou non: mais il n'admet pas que cette augmentation soit temporaire, car il n’a pas vu ia continuation du traitement amener l’hypoglobulie. Voici d’ailleurs ses conclusions :
4° Le merçure, pris en excès, diruinue le nombre des globules rouges, surtout chez les malades d'hôpital;
2 La syphilis diminue le nombre des globules rouges;
3° Le mercure, à petites doses, même longtemps continué, augmente le nombre des globules;
&Le mercure à petites doses agit comme tonique et il
Combret. - er |
— HDE—
augmente, le poids du corps ; à fortes. doses il affaiblit et il: tue; L: 423 5° L'action tonique du mercure donné à petites doses s'observe même chez les sujets vierges de syphilis.
Les deux expérimentateurs sont en, désaccord seule ment sur la question de savoir si l'usage prolongé du mercure, à petites doses, augmente ou diminue le. nombre des globules ; mais 1l faudrait commencer par définir, des deux côtés, ce que l’on entend par, petites, doses: les malades observés par M. Wilbouchewitz ont pris, peadant toute la durée du traitement, les uns 0,04 centigrammes de, sublimé par jour en 4 pilules (malades de M. Simonet) ; les autres. 0,10 centigrammes de protoiodure en 2: pilules (malades de M. Horteloup); sans doute que les malades observés par M. Keyes prenaient, des doses moindres, comme on le fait souvent ; il est possible qu’alors l’hypoglobulie ne se produise pas,
Mais l’opinion des deux auteurs, dit M. Hallopeau, est la même sur un point des plus importants : ils admettent tous deux que le mercure donné à faibles doses chez un syphilitique, non seulement ne diminue pas, mais augmente le nombre des globules au moment même où il agit efficacement sur les manifestations de la syphilis.
Nous ne pouvons dissimuler que ces faits ne sont guère favorables à la théorie qui explique exclusivement l’action du mercure par sés effets dénutritifs,, et il serait urgent de démontrer que cette action. fluidifiante est réellement nécessaire ou utile à la guérison, puisque ces effets se produisent seulement quand, les mercuriaux sont donnés à doses trop élevées ou trop prolongées ; alors le sang s'appauvrit, le sérum est plus fluide et plus abondant, l'amaigrissement plus ou moins marqué, mais ce sont là déjà les pre-
1 + LE miérs symptômes de l’hydrargyrisme intense qu’il est de règle aujourd'hui d'éviter : d'autant plus que les syphili-
tiques chez lesquels on n’a pas dépassé les doses où le mer-
cure ne produit que des effets toniques et fortifiants, ont paru guérir au moins aussi vite et aussi complètement dé léur maladie élle-même, sans avoir eu par surcroît la maladie du médicament en excès.
Nous devons dire à propos de l'augmentation du poids
‘du corps signalée par Kéyes, indiquée autrefois par Hufe-
land, qu'elle a été constatée plus récemment par MM. Bas-
‘set, Liégeoïs, Armaingaud. et Martin-Damourette; elle a
été constatée encôre tout dernièrement par M. le docteur Schuster, d'Aïx-la-Chapelle, à propos d’un certain nombre de eures au ‘savon napolitain dont nous devrons parler. M. Eiégeois considère le sublimé à faibles doses, comme üun'retonstituant des plus puissants, et il admet qu’il porte ‘son dction sür lé travail d’assimilation nutritive ; telle est également Popinion d’un de nos syphylographes les plus distingués, M. Clerc. Ces faits semblent tout au moins dé-
"montrer qjué, dans des conditions vraiment thérapeutiques,
le mercure n’est pas un dénutritif ni un anti-plasmatique; ils démontrent surtout qu'il est de la plus haute importance de bien préciser les règles de son emploi, de ne pas l’abandonner aux errements d’un aveugle empirisme, mais qu’il convient particulièrement de ne l’'administrer qu’à faibles ‘doses, écccessivement interrompues et reprises aprës'un répos suffisant, sans dépasser la limite de l’état physiologique ainsi décrit : « le mercurialisme léser ».
- Sur Te système lymphatique, les mercuriaux exercent une action manifeste : ils ne déprimént pas, comme l'a prétendu bien À fort l’école italienne, en les rangeant parmi les hyposthénisants du systémé lymphatico-glandulaire;
ils excitent au contraire. Les travaux de James Koss ont établi d'une manière certaine, que le mercure absorbé augmente l’activité fonctionnelle des lymphatiques, ce qui pourrait expliquer pour une part le mécanisme de ses effets curatifs dans la syphilis.
Enfin, sur le système nerveux, les mercuriaux n’exercent qu’une action peu apparente, lorsqu'on ne dépasse pas les doses thérapeutiques ; néanmoins on a reconnu que parfois ils affaissent l’activité nerveuse, et possèdent une réelle influence sédative. Ce n’est encore que lorsqu'ils sont donnés d’une manière continue, quand les sujets sont habituellement exposés par leur profession à des vapeurs mercurielles, que leur action est toute différente: ils exci : tent alors, provoquent des névralgies, des névroses variées, un tremblement général, des troubles de la vision, cet état mental que Dietrich a décrit sous le nom d’hypochondrie mercurielle, et enfin ce profond dépérissement de l’organisme caractérisé par l’hypoglobulie, l’état aplastique du
‘sang, l’alouminurie, l'amaigrissement, la faiblesse géné rale, les tremblements, en un mot la véritable cachexie de l’hydrargyrisme intense, que le médecin doit toujours s’attacher à combattre avec le plus grand soin dès lès premiers
symptômes.
Localisations du mercure. — On sait quele mercure peut séjourner dans la plupart des tissus, car on l’a trouvé dans le sang, dans le foie, les reins, le cerveau, lecœur, les poumons, et d’une manière générale dans tous les viscères ; mais c’est dans le foie et dans les reins qu'il s'accumule en plus grande quantité.
MM. Mayenson et Bergeret ont fait à ce sujet des recherches intéressantes (1873); ils injectent 0,015®% de sublimé