‹ Notes sur les registres de Notre-Dame de Québec [microforme]Chapitre 1 sur 3 · SE 0 US · texte numérisé non relu

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Médard Chouart était de Saint-Cyr en Brie. Etant rentré au service de la France, il découvrit le port Nelson et la rivière du même nom. Dans cette expédition, à la tête d’une petite bande de traiteurs, partis avec lui de Québec, il fit prisonniers plus de quatre-vingts anglais.

Qui connaît aujourd’hui le nom d'Abraham Martin, même parmi ses descendants ? Et cependant ce nom est devenu fameux dans l’histoire, et a été célébré, en vers et en prose, par les poëtes et par les orateurs de l'Angleterre.

L'on a souvent demandé d’où venait le nom donné aux plaines sur lesquelles s’est décidé le sort de la Nouvelle-France. Il a été suggéré par le vénérable monsieur Maguire, si je ne me trompe pas, qu’une partie des plaines, ayant appartenu à un individu portant le nom d’Abraham, avait été nommé la terre d'Abraham ou la plaine d'Abraham. Tout doute à ce sujet doit disparaître, si l’on fait attention aux remarques suivantes.

Le nom de plaines d'Abraham était autrefois appliqué à ce terrain comparativement uni, qui s’étend du pied du côteau Saint-Louis jusqu’à la cime du côteau Sainte-Geneviève ; le reste des hauteurs, à l’ouest de Québec, était désigné sous les différents noms de Buttes-à-Nepveu, Grande-Allée, côte Saint-Michel. Le chemin conduisant de la vallée de la rivière Saint- Charles à la plaine d'Abraham était appelé Côte d'Abraham.

Si l’on examine les régistres de la paroisse de Québec, entre les années 1621 et 1700, l’on n’y trouvera qu’un seul homme qui ait porté le nom d’Abraham ; et cet homine est Abraham Martin. Le Journal des

Jésuites et les régistres de Québecle désignent à plusieurs reprises sous son premier nom seulement : ‘ Muistre Abraham.” Mais, a-t-il possédé quelque partie des plaines ?—Dans une collection de vieux documents, réunis par les soins de notre estimable concitoyen, M. Faribault, à qui sont dues des découvertes bien précieuses pour l’histoire du pays, on rencontre une pièce propre à jeter du jour sur l’objet de nos recherches. C’est un certificat donné var quelquesuns des premiers habitants du Canada. Le voici:

‘ Nous soussignez certifions à qui il appartiendra que l’an dernier mil six cent quarante-cinq le sieur Adrien Duchesne, chirurgien dans le navire de M. de Repentigny, estant à Québec, nous a dict qu’il avait donné la terre qui luy a esté donnée en la ville de Québec, à Abraham Martin, pilote de la rivière Sainct Laurent, et qu’il y pouvoit faire travailler en toute assurance. Si le temps luy eust permis d’en passer contract de donation, il l’auroit faict. Ce que nous attestons estre véritable, faict ce quinziesme jour d’aoust milsix cent quarante-six. (Signé) Giffard —Tronquet— Le Tardif—de Launay— Bissot— Guitet.?”

Voilà bien une terre appartenante à Abraham Martin ; mais il est impossible de déterminer sa position, avec des désignations aussi vagues. Une note placée dans les régistres de l’archevêché fait connaître que les dames Ursulines achetèrent d'Abraham Martin une terre située vers le côteau Sainte-Geneviève, et attenante à celle qu’elies possédaient déja sur le côteou Saint-Louis. L’obligeance de M. le grand vicaire Maguire m’a fourni le moyen d’arriver heureusement au but de ces recherches, Parmi les titres des

dames Ursulines se trouvent les contrats suivants :

Donation du 10 octobre 1648 et du 1 fév. 1652, par Adrien Duchesne à Abraham Martin, de 20 arpents de terre. Concession du 16 mai 1650, par la compagnic de la Nouvelle-France, de 12 arpents de terre à Abraham Martin. Vente du 1 juin 1667 aux dames Ursulines de Québec par les héritiers d'Abraham Martin, d’un terrain contenant 32 arpents en superficie. Le plan qui accompagne ces titres montre que la terre d’Abraham était renfermée entre la rue Sainte-Geneviève qui descend vis-à-vis du cimetière protestant ; la rue Claire-Fontaine qui passe devant l’église Saint- Jean, desservie aujourd’hui par un descendant de l’ancien propriétaire ; la grande rue Saint-Jean ; et une ligne suivant la crête du côteau Saint-Geneviève, et se terminant à la descente nommée Côte d'Abraham. La terre d'Abraham occupait donc précisément le terrain qui porta longtemps le nom de plaine d'Abraham, avant que cette désignation eut été étendue au plateau voisin; et l’on ne saurait contester au vieux pilote l’honneur d’avoir légué son nom, au champ de bataille où se rencontrèrent les armées de Wolfe et de Montcalm.

Les quelques autres baptêmes mentionnés avant 1630 furent faits, les uns par les Pères Récollets, les autres par les Jésuites, qui débarquèrent à Québec le 20 juin 1625. M. de Champlain fut parrain de Marguerke Couillard et d’Hélène Martin.

Pendant les neuf années qui se sont écoulées de 1621 à 1630, la colonie fit bien peu de progrès. Les compagnies, ne s’occupant que de la traite des pelleteries et des retours qu’elles en attendaient, n’étaient point disposées à favoriser la culture de la terre, non plus que l'établissement de familles cherchant à se

fixer dans le pays. 11 suffisait à ces associations de marchands d’avoir des interprètes, des commis et quelques ouvriers, dépendants entièrement des secours qui

venaient de l’Europe. Champlain avait beau essayer

de faire comprendre l’importance de peupler le pays:

et de le cultiver, pour qu’il pût fournir aux besoins de

ses habitants, l'intérêt passager des traiteurs privilé-

giés les empêchait de s’occuper à jeter les fondements.

d’une colonie durable.

Outre les familles dont nous avons parlé, deux ow trois autres avaient été placées à Québec ; mais elles furent bientôt renvoyées en France, à cause de leur paresse ou de leur peu d’aptitude aux travaux nécessaires dans un établissement nouveau. L’arrivée des

Jésuites produisit quelques bons résultats : ces Pères. venaient dans l'intention de se fixer permanemment

en Canada, pour y travailler au salut des indigènes, et pour ouvrir une nouvelle patrie à la population surabondante de la France. Logés, pendant quelque temps après leur arrivée, chez les Récollets, dont le monastère occupait le site actuel de l’Hôpital-Général, ils allèrent ensuite prendre possession de leur maison, près de l’embouchure de la rivière Lairet. Ils se mirent de suite à faire défricher, et à préparer la terre pour lensemencer dans l’année suivante. Aussi purent-ils bientôt secourir les employés de la compagnie du produit de leurs récoltes.

Hébert et Couillard avaient aussi travaillé vigoureusement à défricher leurs terres, et à abattre la forêt qui couvrait emplacement d’une partie de la Haute- Ville. En conséquence, dans les années 1628 et ?29, leurs’ familles avaient du grain pour suffire à leurs besoins, tandis que la famine s’appesantissait sur les

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autres colons. En 1628, ils avaient pour la première fois commencé à labourer avec des bœufs, sur leurs terres.

Négligée de ceux qui la devaient protéger, et éprouvée par la famine, la petite colonie était menacée d’un plus grand malheur.

En 1628, quelques vaisseaux anglais brûlèrent l’établissement du Cap-Tourmente, qu'avait commencé Champlain pour y élever des bestiaux. L'année suivante ils revinrent, avant que les secours fussent arrivés de France. Les provisiôns manquaient depuis bien longtemps ; l’on n’avait presque plus d’espérance d’en recevoir, et l’on voyait avec crainte l’automne s’approcher, lorsqu’au mois de juillet 1629 trois vaisseaux, portant le pavillon anglais, furent aperçus dans la rade de Québec. Ils étaient commandés par Louis et Thomas Kertk, huguenots, natifs de Dieppe, entrés au service de la Grande-Bretagne. Champlain dut céder devant la famine qui l’attaquait au dedans, et les forces supérieures qui le menaçaient au dehors. Le fort Saint-Louis bâti en 1624, à l'endroit où sont l’ancien château et la terrasse Durham, fut remis aux mains des anglais, le 29 juillet 1629, et l’acte de capitulation fut ratifié le 19 août à Tadoussac, par l'amiral David Kertk. Champlain vit ainsi passer aux ennemis de sa patrie le fruit de plus de vingt ans de travaux, de fatigues, et de sollicitudes. Il retourna en France avec un petit nombre de ses hommes, laissant les autres colons à Québec, sous le gouvernement de Louis Kertk. La colonie française ainsi abandonnée ne renfermait que les trois familles déjà mentionnées, et quelques-uns des anciens employés de la compagnie. Onne comptait que cinq femmes fran-

çaises : Marie Rolet veuve de Louis Hébert, remariée deux mois auparavant à Guillaume Hubou ; sa fille Guillemette Hébert, femme de Guillaume Couillard ; Marie Langlois, femme d’Abraham Martin et deux autres personnes. Avec Champlain partirent les Jésuites et les Récollets, sans toutefois renoncer à l’espérance de revoir leurs missions.

Tandis que le monopole accordé à des compagnies de marchands étouffait à sa naissance la colonie française, sous un système de plus grande liberté pour le commerce, les établissements de la Nouvelle-Angleterre se fortifiaient et s’étendaient ; la colonie de Massachuset se fondait, avec les plus belles espérances de succès. En 1630, l’on commençait une: ville dans une presqu’ile, nommée Shawmut par les sauvages, et Trimountain par les anglais ; plus tard elle reçut le nom de Boston. Sépt ans auparavant, c’est-à-dire en 1623, les Hollandais avaient établi les forts d'Orange et de New-Amsterdam ; le premier est aujourd’hui Albany, et le second, New-York. Cette dernière ville renferme maintenant une population dix fois plus grande que celle de sa sœur aïinée, la ville de Québec.

La colonie ayant été rendue à la France par le traité de Saint-Germain, en 1632, les PP. Paul Le Jeune et Anne de Nouë, jésuites, s’embarquèrent pour Québec. L’année suivante, Champlain, nommé gouverneur de la Nouvelle-France, s’y rendit avec les Pères Enmond Masse et Jean de Brebeuf. Les Récollets, vu l’état

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du pays qui ne convenait pas à un ordre mendiant, ne purent alors cbtenir la permission d’y rentrer.

Depuis l’année 1630 jusqu’au 15 juin 1640, quarante-quatre baptêmes et vingt-deux mariages furent faits à Québec.

Sous la date de 1631, se trouve l'entrée suivante : “ Le 9 febvrier 1631, un anglois baptisa Elizabeth fille de Guillaume Couillard et Guillemette Hébert. Furent parrains Louis Kerk et Madame Adrien du Chesne Chirurgien. Et puis le 20 décembre 1633 luy furent conférées les cérémonies du baptesme, à Nre Dame des Anges par le P.J. de Brebcuf.”

En 1634, fut baptisée Françoise, fille de Robert Giffard et de Marie Rénouard. C’est le premier enfant étranger aux familles Couiliard et Martin qui ait reçu le baptême à Québec; Françoise Giffard fut la première religieuse canadienne à l’Hôtel-Dieu de cette ville.

M. Robert Giffard, chirurgien de la Nouvelle-France, y revint pour s'établir la même année, avec une colonie de Percherons. Il avait déjà en 1627 visité le pays comme chirurgien, et s’était construit une cabane près de la petite rivière de Beauport, pour jouir du plaisir de la pêche et de la chasse.

En 1628, ii avait été pris par les anglais sur la flotte du sieur de Rocmont. En récompense des services qu’il avait rendus, il obtint la seigneurie de Beauport ainsi qu’une grande étendue de terre sur la rivière Saint-Charles.

Deux de ses filles épousèrent des fils de Jean Juchereau Sieur de More ; ce dernier, né à la Ferté- Vidame au diocèse de Chartres, était à Québec avec sa famille, en 1634; il y avait été précédé par son frère

Noël Juchereau Des Chatelets. Par ces mariages la seigneurie de Beauport passa à la famille Juchereau, qui, sous les noms de Saint-Denys et de Duchesnay, a conservé cette belle propriété pendant près de deux cents ans.

Nicolas Juchereau de Saint-Denys «e distingua au siège de Québec par les anglais, en 1690, ‘‘ Le Sieur de S. Denis, Seigneur de Beauport, dit Charlevoix, commandait ses habitants : il avait plus de soixante ans, et combattit avec beaucoup de valeur, jusqu’à ce qu’il eut un bras cassé d’un coup de feu. Le Roi récompensa peu de temps après son zèle et son courage, en lui accordant des lettres de noblesse.”

Son fils fut un des officiers les plus utiles et les plus entreprenants, dans les guerres de la Louisiane. Il montra une noble générosité, en refusant les offres avantageuses que lui faisait le vice-roi du Mexique pour lengager à entrer au service de PEspagne. ‘ Saint-Denys n’avait aucun grade à la Louisiane et n’y servait que comme volontaire : on lui offrait une compagnie de cavalerie, et l'offre pouvait tenter un gentilhomme Canadien, qui n’avait pas de biens ; il la refusa néanmoins, et quoiqu’on püt lui dire il persista dans son refus.” (Charlevoix, Hist. du Canada.)

De nos jours encore, cette famille a continué à honorer son pays. A la bataille de Chateaugay, le capitaine Juchereau Duchesnay commanda avec honneur une compagnie des braves Voltigeurs Canadiens, en son frère aîné le Chevalier Duchesnay en conduisait une autre: tous deux sont mentionnés à l’ordre général de ce combat. :

Une demoiselle Juchereau, mariée au Sieur d’Auteuil a été la trisaieule de trois écrivains distingués,

MM. Pol de Courcy, Alfred et Henri de Courcy. Dans quelques articles publiés sous la signature de C. de La Roche-Héron, celui-ci a noblemeut et vigoureuserment défendu la cause du Canada.

Le 14 février 1640, fut baptisé Paul Scelle dit de Lépine, qui eut pour parrain ‘ Pierre de Puyseaux, Sieu: de l'habitation de Sainte Foy.” Monsieur de Puyseaux a laissé son nom à une pointe remarquable dans les environs de Québec. Suivant M. Dollier de Casson, dans son Histoire du Montréul, M. de Puyseaux avait acquis une fortune considérable dans la Nouvelle-Espagne. Désirant consacrer ses biens à la conversion des infidèles, il se décida à suivre M. de Champlain dans la Nouvelle-France. Il bâtit, sur son fief de Saint-Michel, une maison regardée dans le temps comme le bijou du Canada. Des murs de fondation, qui ont dû supporter un grand édifice, semblent en marquer l’emplacement, près de l’hôtel de M. Scott, dans l’anse Saint-Michel.

M. de Maisonneuve étant arrivé en 1641, pour établir la colonie de Montréal, M. de Puyseaux lui offrit généreusement sa maison ainsi que sa seigneurie de Sainte-Foy. Ce fut chez ce vénérable vieillard que M. de Maisonneuve, mademoiselle Mance, fondatrice de PHôtel-Dieu de Montréal, et madame de la Peltrie passèrent l'hiver de 1641-42, tandis que les colons de Villemarie étaient logés auprès, dans l’établissement de Sillery. Une fête donnée en ce lieu, le jour de la conversion de Saint-Paul, souleva des difficultés entre MM. de Montmagny et de Maisonneuve. Une enquête cut lieu par l’ordre du gouverneur de Québec, touchant cette affaire, à laquelle on voulait donner

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une importance qu’elle ne méritait pas. Voici le préambule de cette pièce curieuse :

“Charles Huault de Montmagny Chevalier de Pordre de St. Jehan de Hierusalem, Lieutenant pour Sa Majesté en toute l’étendue du fleuve St. Laurent, de la Nouvelle-France et lieux qui en dépendent.”

“ Suivant le pouvoir à nous donné par le Roi, ce jourd’hui, Lundy troisieme jour de febvrier mil six cent quarante-deux, sur le bruit qui court depuis quelques jours que la maison de St. Michel scituée dans la Banlieue de Québec, où réside à présent Paul de Chomedey Sieur de Maisonneuve, faisant en ce pays pour Messrs. de la compagnie de Mont Réal, il s’est passé quelque chose contre le service du Roy et l’authorité du gouverneur de ce pays, avons faict venir pour en estre pleinement informez les tesmoings cy après desnommez.”

Les témoins déposèrent : ‘ qu’à une heure et demie avant le jour et une heure après la nuit close, il fut tiré trois ou quatre boistes de pierrier et un petit canon; et que le matin on tira en outre quinze ou seize coups de mousquet, par le commandement d’une fille nommée mudemoiselle Mance, demeurant en la dite maison de Saint-Michel, laquelle leur avoit fourni la poudre.” Jean Gorry qui avait dirigé la canonnade fut mis à la chaîne par ordre du goaverneur. Ayant été rendu à la liberté, quelques jours après, il fut fêté à son tour par M. de Maisonneuve, qui lui adressa publiquement ces paroles : “ Jehan Gorry, tu as été à la chaisne pour moy; tu as receu la peine et moy j'en ay receu l’affront. Pour cela je te rehausse tes gages de dix escus. Quand nous serons à Mcat-Réal

personne ne nous empeschera de tirer.” (Manuscrits de G. B. Faribault, Ecuyer.)

La paix se rétablit; et au printemps M. de Mont- ‘ magny monta à Montréal pour assister à l’inauguration de la nouvelle colonie. M. de Puyseaux y suivit

M. de Maisonneuve, dans l’intention de prendre part

à la fondation de Villemarie ; maïs, en conséquence de son âge et de ses infirmités, il fut bientôt contraint de retourner en France. Il y mourut peu d’années après ; et par son testament, fait à la Rochelle le 21 juin 1647, il donna sa terre de Sainte-Foy pour le soutien du futur évêché de Québec. Cet acte ne fut connu en Canada que vers l’année 1733. (C’était un peu trop tard ; car, malgré la bonne volonté que mirent les chanoïnes dans leurs recherches, ils ne purent découvrir la terre de Sainte-Foy.

De 1630 à 1640, les mariages furent norvbreux en comparaison des baptêmes.

La liste de ces mariages fera connaître les noms de ces premiers colons.

En 1634: Noël Langlois de Saint Léonard en Normandie, et Françoise Grenier. Il est impossible de dire si Noël Langlois était parent de Marie Langlois femme d’Abraham Martin, et de madame Juchereau de More, qui portait le même nom. Noël Langlois était pilote pour le fleuve Saint-Laurent.

—Guillaume Hébert, fils de Louis Hébert, et Hélène Des Portes,

1635 : Jean Bourdon et Jacqueline Potel.

Le sieur Jean Bourdon, propriétaire des fiefs Saint- Jean et Saint-François dans la banliene de Québec, ingénieur en chef, puis procureur général de la Nouvelle-France, vint en ce pays vers 1633 ou 1634. En

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1637 et 1639 il obtint la seigneurie de Dombourg, qui depuis a reçu les noms de Neuville et de Pointe-aux- Trembles. M. Bourdon s’occupa activement à attirer

des colons sur ses terres ; et les registres de Québec

font foi qu’il y réussit, car on y trouve un grand nombre d’actes de mariages dont les parties sont de Dombourg. Il jouissait d’une haute réputation de probité et d’intelligence ; et il a rendu les plus grands services à la colonie naissante du Canada. Ses découvertes sur la côte du Labrador et dans la baie des Esquimaux lui ont procuré un rang distingué parmi les découvreurs de l'Amérique du Nord.

1635 : Jean Costé et Anne Martin; Martin Grouvel et Marguerite Auber.

1637 : Antoine Brassart, de Normandie, et Françcoise Méry ; Robert Drouyn et Anne Cloutier, fille de Zacharie Cloutier; François Bellanger, de Mortagne, et Marie Guyon ; Jean Nicollet et Marguerite Couillard, âgée de onze ans ; Robert Caron et Marie Crevel de Normandie ; Olivier Le Tardif, de Honfleur, et Louise Couillard, âgée de douze ans.

1638: Denis DuQuay et Catherine Gauthier; Etienne Racine, de Fumichon en Normandie, et Marguerite Martin, fille de maître Abraham ; François Drouen, de Mortagne au Perche, et Perrine Godin.

1639 : Claude Poulin, de Tourouvre, et Jeanne Mercier; Guillaume Bigot, de Tourouvre, et Marie Panis, de Saint Maclou de Rouen; Jean Goury, et Isabeau Panis ; Jacques Maheust, de Saint Michel d’Auvertuy, et Anne Convent ; Jean Jolliet, natif de Sezanne en Brie, fils de Claude Jolliet, et Marie d’Abancourt dite La Caille, fille d’Adrien et de Simonne d’Orgeville, de Soissons. |

1640 : Noël Morin, charron, de Brie-Comte-Robert en Brie, et Hélène DesPortes, veuve de Guillaume Hébert.

Les descendants d'Antoine Brassart furent, pendant plus d’un siècle, bien nombreux à Québec. Cette famille a disparu de la ville, et ne se retrouve plus que dans quelques paroisses des districts de Québec et des Trois-Rivières. Elle a fourni plusieurs religieuses et six prêtres. Un d’entre eux, le vénérable Louis Marie Brassard, curé de Nicolet, a été premier fondateur du séminaire de ce nom. Un des descendants d'Antoine Brassart, surnommé Deschenaux, fut longtemps employé dans les bureaux de l’intendant Bigot. Après la prise de Québec en 1759, ii se trouva possesseur d’une fortune considérable, et acheta plusieurs belles seigneuries.

Claude Poulin, Robert Caron et Etienne Racine furent des premiers habitants de la Côte de Beaupré ; ils s’établirent dans la partie qui forme aujourd’hui les paroisses de Sainte-Anne et de Saint-Joachim. Les terres qu’ils y prirent avaient de 8 à 10 arpents de largeur, sur une lieue et demie de profondeur. Tous trois furent chefs de familles patriarcales, qui ont conservé jusqu’à ce jour les héritages de leurs pères, avec leurs sentiments religieux et leurs bonnes vieilles coutumes. Les descendants de Robert Caron se sont multipliés, non-seulement dans la côte de Beaupré, mais encore dans les établissements formés sur la rive opposée du Saint-Laurent, où un de ses fils, Pierre Caron, épousa une fille de Jacques Bernier, surnommé Jean de Paris. Une branche de la famille s’est établie dans le district des Trois-Rivières ; elle y a produit plusieurs hommes distingués, parmi les-

quelles on compte quatre frères, qui ont tour à tour siégé dans l’ancienne chambre d'Assemblée du Bas- Canada. Là comme ici, le nom de Robert Caron revit avec honneur dans sa postérité.

Du mariage de Noël Morin avec Hélène Des Portes naquirent : Germain Morin, premier prêtre canadien, et membre du séminaire de Québec, où il laissa une belle réputation ; Morin de Rochebelle un des pre- .miers enfants du pays qui aient été appelés au conseil supérieur de Québec ; et Alphonse Morin qui s'établit à la Pointe à la Caille (Saint-Thomas), où sa postérité porte le nom de Morin Valcourt. Une fille de Noël, Marie Morin, née en 1649, fut la première canadienne qui embrassa l'institut des Hospitalières à Montréal ; elle a écrit les annales de l’Hôtel- Dieu de cette ville. Noël Morin mourut fort âgé à la Pointe à la Caille, dans l’année 1680.

En lisant l’histoire des premiers temps de la colonie, Pon remarque une classe d’hommes qui ont exercé une grande influence dans les rapports des Français avec les nations sauvages : ce sont les interprètes, qui étaient chargés, par les gouvernements et par les compagnies, de traiter les affaires et d’entreteuir des relations avec les tribus indiennes. La plupart étaient des aventuriers hardis et intelligents, qui, attirés par l’amour de la liberté et le désir de faire des découvertes, s'étaient avancés dans l’intérieur du pays, et avaient vécu au milieu des peuplades indigènes, apprenant leurs langues, se formant à leurs coutûmes, et prenant quelquefois la rudesse de leurs mœurs. Adoptés par la nation, ils étaient regardés comme des frères et acquéraient souvent par leur adresse et leur énergie une grande autorité dans les conseils.

Lorsque plus tard les circonstances les ramenaient parmi leurs compatriotes, ils devenaient des interprètes utiles, par la connaissanee des langues et par les liaisons qu’ils conservaient avec leurs amis de lu forêt. Les plus renommés d’entre eux, vers cette époque, furent Bruslé, Nicolas Marsollet, François Marguerie, Guillaume Couture, Jean Nicollet et Jacques Hertel.

Jean Nicollet, interprète algonquin, dont le mariage avec une fille de Guillaume Couillard vient d’être mentionné, mérite de ne pas être oublié dans le pays, où ila vécu, où il est mort, et où il a laissé sa postérité. Il était né à Cherbourg, du mariage de Thomas Nicollet, messager ordinaire, et de Marguerite de LaMer. Je ne saurais mieux faire que de donner ici un extrait du bel ouvrage que vient de publier, aux Etats-Unis, M. John Gilmary Shea, sous le titre de Discovery and Exploration of the Mississippi Valley. Ce qu’il dit de Nicollet est en partie tiré des précieuses relations des Jésuites.

‘ Dès l’année 1639, l’aventureux Nicollet, homme au noble cæeur, s’était avancé à l’ouest au-delà du pays des Hurons, et ayant atteint les dernières limites des tribus algonquines, se trouva parmi les Ouinipegous ou Winnebagoes. Aussi bien que les Nadouessis ou Sioux, ce peuple parlait une langue différente des langues Huronne et Algonquine. Après avoir exploré la Baie-Verte sur le lac Michigan, Nicollet remonta la rivière des Renards jusqu’à son portage, et s’embarqua sur une rivière coulant à l’ouest.”

‘ Et, remarque le P. Vimont, le sieur Nicollet qui a pénétré le plus avant dans ces contrées lointaines,

dit que s’il eut navigué encore trois jours sur une grande rivière qui sort de le Baïe-Verte, il serait arrivé à la mer.” Ces paroles montent que Nicollet, aussi bien que le lieutenant de DeLuna, erut que l'expression, les Grandes Eaux, employée pour désigner le Mississippi, devait s’appliquer à la mer. Il est certain qu’à Nicollet est dû l’honneur d’être parvenu le premier jusqu'aux eaux du Mississippi.” Dans une note, M. Shea, ajoute : “ Comme nous sommes peut-être le premier à publier les titres du sieur Nicollet, nous donnerons une courte esquisse de la vie d’un homme trop peu connu, quoiqu'il ait occupé une place importante dans l’histoire des premiers temps du Canada. Il vint en ce pays dans l’année 1618, et depuis lors, il fut toujours employé. Peu de temps après son arrivée, il fut envoyé chez le peuple pillard des Honqueronons, ou sauvages de l'ile, au-dessus des chutes de la Chaudière, sur l’Ottawa. Il demeura deux ans en ce lieu, souffrant souvent de la faim et de la brutalité des sauvages ; mais il finit par acquérir une grande connaissance de la langue algonquine. Il fut alors envoyé à la tête de quatre cents algonquins, pour faire la paix avec les Iroquois ; et il réussit complètement dans cette mission. Il demeura ensuite huit ou neuf ans parmi les Nipissiriniens, et devint presque aussi sauvage que ces barbares. Quand le Canada eut été rendu à la France, il fut nommé interprète et commissaire de l colonie ; il conserva ce poste jusque vers 1639, qu’il fut envoyé à la Baïe-Verte; là, Nicollet trouva réunis quatre à cinq mille hommes, avec lesquels il conclut la paix. Ce dut être dans ce voyage qu’il remonta la rivière des Renards, jusqu’au Wisconsin. De retour .à Québec,

il succéda à Olivier (Le Tardif) comme commissaire, et posséda cette charge jusqu’à sa mort. En 1641, il était en compagnie du P. Ragueneau, négociant la paix avec les Iroquois aux Trois-Rivières. En 1549, ayant été envoyé de Québec aux Trois-Rivières, pour délivrer un pauvre abenaquis des mains de quelques algonquins païens, il partit vers le soir du trente-un octobre, dans un petit canot, qui chavira vis-à-vis de Sillery. Son compagnon, Savigni, nagea jusqu’à terre, mais Nicollet, incapable de nager, fut englouti dans les eaux et ne reparut plus. Ainsi périt dans une œuvre de charité chrétienne, le sieur Nicollet, le premier français qui se soit rendu jusqu'aux eaux du Mississippi.’ Ce triste événement arriva trois ans avant la naissance de Louis Jolliet, qui découvrit le Mississippi avec le P. Marquette.

On trouve dans nos vieux registres l'entrée suivante, sous l’année 1642 : ‘ Le 29 d’octobre, on fit les funérailles de M. Nicollet et de trois hommes de M. de Chavigni, noyés dans une chaloupe, qui allait de Québec à Sillery ; les corps ne furent point trouvés.” Il y a une incorrection dans la note de M. Shea. M. Jean Nicollet, s’il fut nommé commissaire de la colonie, ne dut le devenir qu’en 1641, époque de la mort de François Derré dit M. Gand, commissaire général au magasin de Kébec, qui fut enterré dans la chapelle de Champlain.

En 1639, Nicollet assistait au mariage de Jean Jolliet, père de Louis ; les deux témoins étaient Nicolas Marsollet, interprète montagnais et Jean Nicollet, interprète algonquin et huron pour les Trois-Rivières. (C’est en ce dernier lieu qu’il paraît avoir ordinairement résidé après son mariage ; car sur le

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registre des Trois-Rivières, on trouve le baptême de ses enfants, et on rencontre à plusieurs reprises le nom de sa femme. Une fille de Nicollet entra par son mariage dans la famille Le Gardeur. 11 laissa deux frères en Canada : Pierre Nicollet, navigateur et le Sieur Gilles Nicollet. Ce dernier, un des premiers prêtres séculiers mentionnés sur les registres, fut pendant plusieurs années chargé de l’administration des sacrements dans la côte de Beaupré.

Les dix années que nous venons de parcourir, en suivant les registres de Québec, furent fécondes en événements importants pour le Canada. Le pays ayant été rendu à la France, l’on vit accourir, à la suite de Champlain, les courageux enfants de saint Ignace, qui venaient, au nom de Dieu, prendre possession de cette terre, en l’arrosant de leurs sueurs et de leur sang ; de ce nombre furent les de Brebeuf, les de Nouë, les Daniel, les Garnier, les Jogues, les Lalemant.. Laissons un écrivain des Etats-Unis apprécier les travaux de ces hommes apostoliques. “ Ils furent les premiers d’entre les européens à découvrir la plus grande partie de l’intérieur du continent. et à former des établissements sur les côtes du Maine. Ils explorèrent soigneusement le Saguenay, découvrirent le lac Saint-Jean et parcoururent le pays entre Québec et la baie d’Hudson.... (Cinq ans avant qu’Elliot de la Nouvelle-Angleterre eût adressé un seul mot aux sauvages qui se trouvaient à moins de six milles de Boston, les missionnaires français plantaient la croix au saut Sainte-Marie, d’où ils portaient leurs regards vers le pays des Sioux et la vallée du Mississippi.” (Bancroft, Hisiory of the U. S.)

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