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des âmes, voulurent encore se charger de la tâche de distribuer les bienfaits de l'instruction. Réné Rohault, fils du marquis de Gamache, ayant témoigné le désir qu’un collége fût bâti à Québec, sa famille en écrivit au général des Jésuites et fit offrir six mille écus d’or pour cette œuvre. La prise de Québec avait arrêté l’exécution de l’entreprise ; mais on s’en occupa de nouveau en 1635 ; et en 1636 l’on commença à recevoir des enfants dans la nouvelle institution. Le Canada eut ainsi l’avantage de posséder un collége, avant les provinces de la Nouvelle-Angleterre. Car ce ne fut qu’en 1637 que la législature du Massachuset résolut d’en fonder un, et décida qu'il serait établi à Newtown. John Harvard, ministre, étant mort en 1638, laissa un legs de £770 172 à l’école publique de Newtown. Pour honorer le généreux bienfaiteur, l’école par ordre de la cour fut nommée collége de Harvard, et Newtown changea son nom en celui de Cambridge. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que le premier professeur chargé en 1637 de la régie de cette riche et célèbre institution, Nathaniel Eaton, avait été formé parmi les Jésuites. Cette circonstance est rapportée par un écrivain contemporain, le gouverneur Winthrop.
En rentrant au Canada en 1632, les Jésuitesreprirent leur ancienne habitation de N. Dame des Anges, près de la rivière Lairet ; de là ils desservaient, jusqu’à ce qu’elle eut été détruite par le feu, la chapelle de N. D. de Recouvrance. Dans un acte de sépulture, le P. Nicolas Adam raconte un accident arrivé à un P. Jésuite, qui se rendait du couvent de N. D. des Anges à Québec : il est bon de citer cet acte comme un modèle de bonhomie : ‘Le ler de may le P. Claude
Pijart passant de N. D. des Anges à Kébek dedans un canot courut risque de sa vie, Deux de nos hommes qui le passoient furent noïiés par le renversement du canot, L’un nommé Pierre Vacho, du Paiïs de Caud, l’autre Jean Ameline de Rouën, on l’appeloit communément Rouget. Quelque diligence qu’on sceust faire, on ne put retrouver les corps, les marées basses estant si rapides que le courant de l’eau ne souffrist jamais la sonde. Ainsy sont-ils demeurés sans sépulture. Rouget fut retrouvé et enterré à N, D. des Anges le jour de la Pentecoste, Pierre Vacho la 3e férie un mois après leur noiement.”?
Une des premières pensées de Champlain, après son retour, fut l’établissement d’un fort plus avancé dans le pays, qui pût servir d’avant-poste contre les incursions des Iroquois, et de point de réunion pour les alliés des français dans le haut du fleuve. Dans ce dessein, il fixa son choix sur un piateau élevé, au confluent du Saint-Maurice et du Saint-Laurent. La première de ces rivières offrait une voie par laquelle les sauvages du nord pouvaient facilement se rendre au grand fleuve ; elle donnait de plus aux missionnaires les moyens de pénétrer dans l’intérieur des terres, du côté de la baie d'Hudson. Dans ce lieu, ils se trouvaient plus rapprochés du pays des Hurons, qui devait être le principal théâtre de leurs travaux apostoliques. La traite des pelleteries pouvait aussi s’y faire avec plus d’avantage ; et par l’érection du fort des Trois-Rivières, le centre de la colonie était protégé contre une attaque subite des Iroquois.
En tête du premier registre des Trois-Rivières, on trouve la note suivante, qui précise l’année de la fon-
dation de cette ville, 3 *
‘ Messieurs de la compagnie de la Nouvelle-France 14 ayant ordonné qu’on dressast une habitation en un lieu nommé les Trois-Rivières, M. de Champlain qui commandait en ce pays, y envoya de Kébec une “1 barque soubs la conduite de M. de la Violette, lequel mit pied à terre le quatrième de Juillet de l’an 1634, avec quelque nombre de nos françois, pour la plus- “à part artisans ; et dès lors on donna commencement à | la maison et habitation ou fort qui se voit en ce lieu. Le 3e de septembre de la mesme année, le Revd. P. Paul Le Jeune et le P. Buteux, religieux de la compagnie de Jésus, partirent de Kébec dans une barque et arrivèrent icy le 8 du mesme mois, pour y assister nos français et travailler au salut de leurs âmes.” Une missior algonquine se forma bientôt sur une des iles du Saint-Maurice ; on y tint de nombreuses réunions de sauvages Montagnais, Outaouacs, Hurons,
qui ! Jroquois ; et la nouvelle ville renferma, après quel-
il ques années d’existence, une aristocraiie complète : "à les Hertel, les Le Neuf, les Boucher, les Godefroi, les
‘4 Poulin de Courval occupaient ur rang distingué dans « 0 le pays, et s’allièrent avec les principales familles,
| L'année 1637 avait vu se commencer une autre ‘ mission algonquine près de Québec ; les édifices | ayant été en partie construits aux frais du commandeur de Sillery, établissement reçut son nom et renferma en peu de temps une peuplade nombreuse et
po EST:
fervente. É Deux ans plus tard, le premier août 1639, arri- ; vérent à Québec trois religieuses ursulines et quelques
hospitalières venues de Dieppe en Normandie. Elles furent reçues sur le rivage, au milieu des acclamations de la joie publique, par le gouverneur et par la
population tout entière. Un Te Deum solennel fut chanté en action de grâces, et quelque temps après, les bonnes religieuses se séparèrent, les ursulines pour se fixer dans la ville, et les hospitalières pour établir un hospice, d’abord sur le fief Saint-Michel, puis à Sillery, où elles devaient partager leurs soins entre les sauvages et les français. Les murs de la chapelle de Sillery étaient encore debout, il y a une trentaine d’années ; et l’on peut encore retrouver les fondations de cet édifice, de l’hôpital, et de la maison des .nissionnaires, sur l’emplacement occupé par les bureaux et les hangars de M. Le Mesurier, au pied du côteau, et vis-à-vis de la demeure de lhonorable juge Caron.
Champlain n’eut point la satisfaction d’être témoin de ces événements si heureux pour la colonie ; le père de la Nouvelle-France était mort le vingt-cinq décem bre 1835, sincèrement regretté des habitants du pays. 4 [l'était sans contredit, dit Charlevoix, un homme de mérite..Ce qu’on admira le plus en lui, ce fut sa constance à suivre ses entreprises, sa fermeté dans les plus grands dangers, un courage à lépreuve des contretemps les plus imprévus, un zèle ardent et désintéressé pour la patrie, un cœur tendre et compatissant.. et un grand fonds d’honneur et de charité... Mais ce qui met le comble à tant de bonnes qualités, c’est que, dans sa conduite comme dans ses écrits, il parut toujours un homme véritablement chrétien, zélé pour le service de Dieu, plein de candeur et de religion. ??
Le beau caractère de Champlain semble avoir exercé une heureuse influence sur celui des premiers colous ; ou plutôt sa prudence et sa ‘piété l’avaient
engagé à n’attirer dans la colonie que des personnes dont la conduite était régulière et chrétienne. Ce sujet qui intéresse l’honneur de nos ancêtres mérite Pattention.
Le P. Charlevoix qui, ayant longtemps demeuré dans ce pays et ayant eu de fréquents rapports avec les anciens missionnaires et les habitants, avait recueilli beaucoup d’informations sur les premiers colons, parle d’eux avec de grands éloges.
‘ On avoit apporté,” dit-il, ‘“ une très-grande attention au choix de ceux qui s’étoient présentés pour aller s’établir dans la Nouvelle-France. ..Quant aux filles qu’on y envoyoit pour les marier avec les nouveaux habitants, on eut toujours suin de s’assurer de leur conduite avant que de les embarquer ; et celle qu’on leur a vu tenir dans le pays est une preuve qu’on y avoit réussi. (On continua les années suivantes d’avoir la même attention, et l’on vit bientôt, dans cette partie de l’Amérique, commencer une génération de véritables chrétiens, parmi lesquels régnoit la simplicité des premiers siècles de l’église, et dont la postérité n’a point encore perdu de vue les grands exemples que leurs ancêtres leur avoient donnés.”
Plus loin il ajoute : “ On doit rendre cette justice à la colonie de la Nouvelle-France, que la source de presque toutes les familles qui y subsistent encore aujourd’hui est pure, et n’a aucune de ces taches que l’opulence a bien de la peine à effacer : c’est que les premiers habitants étoient ou des ouvriers qui y ont toujours été occupés à des travaux utiles, ou des personnes de bonne famille, qui s’y transportèrent dans la seule vue d’y vivre plus tranquillement et d’y
ne
conserver plus sûrement leur religion. Je crains d’autant moins d’être contredit sur cet article, que j’ai vécu avec quelques-uns de ces premier colons, tous gens ercore plus respectables par leur probité, leur candeur et la piété solide dont ils faisoient profession, que par leurs cheveux blancs, et le souvenir des services qu’ils avoient rendus à la colonie.”
Plusieurs autres écrivains se sont joints aux premiers missionnaires, pour rendre témoignage à la belle réputation dont jouissaient nos pères du Canada.
‘“ La Nouvelle-France ” dit l’auteur de la vie secrète de Louis XV (vol. III, p. 58), “dut sa vigueur à ses premiers colons ; leurs familles se multiplièrent et formèrent un peuple sain, fort, plein d’honneur et attaché aux bons principes.”
Les Anglais eux-mêmes n’ont pu refuser leurs louanges à la population qui était dans le pays, lorsqu'ils s’en emparèrent. Dans un rapport adressé au gouvernement britrruique en 1762, par le général Murray, on trouve cet aveu remarquable. ‘‘ Les habitants des campagnes forment une race forte, vigoureuse, tempérante, simple dans ses habits et vertueuse dans ses mœurs.” À l’appui des témoignages rendus à la pureté des mœurs de nos ancêtres, nous citerons une autorité qui ne peut être soupçonnée ‘e fatterie : ce sont les registres mêmes, où furent inscrits presque tous les baptêmes qui se firent dans le gouvernement de Québec, jusque vers l’année 1672. Sur six cent soixante-quatorze enfants qui furent baptisés, depuis l’an 1621 inclusivement, jusqu’à l’année 1661 exclusivement, on ne compte qu'un seul enfant illégitime. Il faut remarquer que, pendant une grande partie de cette période,
tous les enfants nés de parents français dans la colonie entière étaient baptisés à Québec. Depuis 1661 jusqu’à 1690 on rencontre le nom d’un seul autre enfant né de parents inconnus.
En sorte que dans l’espace de soixante-neuf ans, au milieu d’une population composée de militaires, de marins, de voyageurs, de nouveaux colons, deux enfants seulement sont nés hors du légitime mariage de leurs parents. Ces chiffres fournissent une réfutation péremptoire de: calomnies inventées par les La Hontan et quelques rturiers de même aloi, contre la réputation de nos «ieules canadiennes.
Les habitants qui se fixèrent au Canada depuis 1621 jusqu’en 1641 paraissent être venus principalement du Perche, de la Normandie, de la Saintonge, de la Rochelle et de ses environs. Outre les noms déjà mentionnés, on trouve ceux des Le Gardeur, de Normandie ; des Pinguet, de Tourouvre ; des Boucher, des Mercier, des Pelletier, des Poisson, des trois frères Gagnon, des Amiot, des Giroux, des Guion, des Sédillot, des Badeau, des Boissel, tous de la province du Perche.
La petite colonie venue du Perche était de Mortagne ou des environs ; l’on sait que l’abbaye de la Trappe, réformée par l’abbé de Rancé et connue sous le nom de Grande-Trappe, est près de Mortagne. La petite ville manufacturière de Tourouvre avait fourni une partie de ces colons du Perche. Presque tous s’établirent dans la côté de Beaupré. On rencontre aussi vers ce temps le nom de Pierre Myville, originaire de la Suisse, il était venu de la Rochelle avec sa famille et avait pris une terre à la côte de Lauson. Il fut plus tard capitaine de la côte. Si
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je suis bien informé, un de ses descendants mourut, vers l’année 1826, à la Louisiane, à l’âge avancé de 120 ans.
La cour de France ayant reconnu, pendant les vingt premières années de la colonie, que les huguenots nourrissaient un penchant marqué pour Angleterre, donna, suivant Charlevoix, des ordres précis pour empêcher qu’aucun d’entre eux ne passât dans la Nouvelle-France. Les soupçons entretenus contre les De Caën, et la trahison ouverte des Kerik, étaient bien propres en effet à prévenir le gouvernement contre l'introduction de leurs co-religionnaires. Les Français eurent aussi à regretter la défectieon de la Tour en Acadie, et de Radisson en Canada, tous les deux huguenots. Le Canada d’ailleurs n’avait point prospéré tant qu’il fut entre les mains des De Caën, qui ne s’occupaient que de la traite, sans songer à favoriser l’agriculture et à augmenter le nombre de français résidants. Néanmoins on voit par les registres qu’un certain nombre de protestants s’établirent de temps en temps dans le pays, où ils finirent par embrasser le catholicisme. |
Vers cette époque, les idées de tolérance religieuse n'étaient pas plus avancées dans la Nouvelle-Angleterre que dans le Canada. En 1637, une femme, Anne Hutchinson, ayant été accusée d’entretenir des doctrines qui n'étaient pas strictement conformes à celles des puritains, fut excommuniée (cest le terme employé) par l’église de Boston, et forcée de quitter le Massachuset avec sa nombreuse famille. Elle se retira dans le pays possédé par les Hollandais, vers la rivière Hudson; et en 1642 elle y fut massacrée
avec seize membres de sa famille, par un parti de.
sauvages. Dans la même année 1637, un ministre, nommé Samuel Gorton, fut banni pour la même cause des colonies de Plymouth, de Rhode-Island et de Massachuset. Sous ce rapport les protestants anglais ne pouvaient rien reprocher aux français catholiques, dont ils ne fussent eux-mêmes également coupables.
La 3e période que nous avons à parcourir s'étend du quinze juin 1640 au premier janvier 1651. On lit, au commencement de cette partie des registres, la note suivante : ‘ La chapelle de N. D. de Recouvrance ayant été bruslée, on se servit d’une salle du grand corps de logis pour chapelle; l’incendie eut lieu le 15 juin 1640.” * Une autre note nous apprend que, les registres ayant été brülés en même temps, on eut recours à la mémoire des particuliers pour les renouveler. Dans cet incendie furent aussi détruits tous les papiers du greffe et une grande partie des contrats entre les particuliers, comme il appert par la pièce suivante : “ Le vingt-neuviesme jour de mai, mil six cent quarantequatre, après-midi, est comparu par-devant nous Guillaume Tronquet, commis au greffe et tabellion de Québec...... Robert Giffard, seigneur de Beauport, et demeurant à présent au dit Québeck, lequel nous a requis de garder et de retenir le certificat, dont copie collationnée signée du nommé de Lespinasse, cy-
* Les annales de l’Hôtel-Dieu de Québec disent le 14.
devant commis au dit grefle, est ci-dessus. . écrite par minute, et de le mettre au rang de celles qui sont à présent au dit greffe... ce que nous luy avons accordé, attendu que la minute originale a été bruslée dans l’incendie de l’église paroissiale de Québec, où le sieur Gand était pour lors demeurant et qui avait en sa possession les papiers du dit greffe...
R. Giffard,
Godefroy,
Dornais, Tronquet.
François Deré, dit Monsieur Gand, était commis général de la compagnie et occupait, avant l’incendie, une salle voisine de l’église paroissiale.
Les Jésuites continuèrent d’agir comme curés, quoique trois ou quatre prêtres séculiers fussent arrivés. Nous avons déjà trouvé sur les registres le nom de M. Gilles Nicollet ; il était chargé de desservir la côte de Beaupré, et l’ile aux Oies qui avait été concédée à M. de Montmagny. Grand chasseur, ce gouverneur allait au printemps et à l’automne passer quelques semaines dans cette île, pour y faire la chasse. Après son départ du pays, le sieur Louis Theandre Chartier de Lotbinière, procureur fiscal à Québec, et le sieur Moyen, bourgeois de Paris, l’achetèrent. Celui-ci y fut tué avec plusieurs membres de sa famille par les Iroquois.
Vers 1640, on rencontre le nom de M. Le Sueur, venu à Québec avec son ami Jean Bourdon, en 1634 ; il fut employé comme chapelain de 'Hôtel-Dieu et desservant de la chapelle Saint-Jean au côteau Sainte-
Geneviève. Cette chapelle commence à être men- .
tionnée vers l’année 1640 ; on n’en retrouve aucune trace aujourd’hui.
Du 15 juin 1640, à la fin de la même année, il n’y eut que six baptêmes.
En 1641, l’on compte quinze baptêmes, parmi lesquels est celui de Marie Magdelaine, fille de noble François de Chavigny et d’Eléonore de Grandmaison. Le parrain de l’enfant fut noble Pierre Le Gardeur de Repentigny, et la marraine Marie Magdelaine de Chauvigny, dame de la Peltrie, fondatrice des ursulines de Québec.
Le baptême qui suit, et qui fut fait le 29 décembre 1641, est celui de Jeanne Sévestre, dont le parrain fut ‘ Noble Paul de Maisonneuve, et la marraine dame Marie Favery femme de M. de Repentigny.” Ces parrains et marraines étaient alors les personnages les plus distingués de la colonie après M. de Montmagny. M. de Maisonneuve, comme nous l’avons déjà dit, passait l'hiver près de Québec, avec ses colons, se préparant à partir, au printemps suivant, pour l’île de Montréal. La famille de Chavigny, originaire de la Champagne comme M. de Maisonneuve et Mile. Mance, résidait à Sillery, et dut avoir de fréquents rapports avec ces deux illustres personnages. Nousferons remarquer ici, que la Nouvelle-France doit beaucoup à la Champagne. Cette province en effet a fourni le second prêtre qui est venu dans l’Acadie, M. Jessé Fléché, de Laugres ; le premier gouverneur de Montréal, M. de Maisonneuve ; M. Dailleboust second gouverneur de Montréal, plus tard gouverneur de toute ia colonie ; les demoiselles Mance et Bourgcoys, la première, fondatrice de l’Hôtel-Dieu de Montréal etla seconde, de la congrégation de Notre-Dame.
Mademoiselle de Grandmaison, comme on la nommait, quoiqu’elle fût encore très-jeune, était déjà
veuve d’Antoine Boudier sieur de Beauregard, lorsqu'elle épousa M. François de Chavigny, sieur de Berchereau. Ce dernier, de Créancée en Champagne, avait obtenu des terres à Sillery, et occupait un rang élevé dans la colonie. En quelques occasions, il fut chargé de remplacer le gouverneur, lorsque celui-ci s’absentait de Québec. Forcé de repasser en France pour sa santé, (havigny y mourut vers 1651 ; sa veuve, Eléonore de Grandmaison, réclama ses terres, qui devaient être confisquées, parce que les conditions imposées par la compagnie de la Nouvelle-France n’avaient pas été remplies ; elle les obtint en 1652 de M. de Lauson, alors gouverneur. Depuis quelques années elle s'était retirée avec sa famille à l’ile d'Orléans, On lit dans les relations des Jésuites que lorsqu’une partie des Hurons, chassés de leur pays par les Jroquois, descendirent à Québec, en 1650, sous la conduite du P. Ragueneau, ils furent placés dans Pîle d'Orléans, sur les terres de dame Eléonore de Gr.ndmaison ; et qu’ils y furent suivis en 1651 par quelques-uns de leur nation, qui dès l’année 1649 avaient trouvé un asile sur la terre des Jésuites à Beauport. Comme Madame de Chavigny possédait un fief vers le haut de l’île d'Orléans, ce fut là que furent placés les fugitifss On trouve encore sur ce fief un lieu appelé l’anse du fort ; nom donné sans doute en mémoire du fort en pieux, semblable à celui de l’île Saint-Joseph, qui fut érigé pour protéger leurs cabanes d’écorce, la modeste habitation des missionnaires et la maison de prières.
Les Hurons demeurèrent en ce lieu jusqu’en 1659; mais continuant d’être harcelés par les loquois, qui.
les attaquaient et les massacraient jusques dans leur retraite, ils vinrent dresser leurs tentes sur une des places de la ville, à l’abri de la protection que leur fournissait le fort Saint-Louis. Quand la paix eut été conclue avec les Iroquois, après l'expédition de M. de Tracy, les Hurons se transportèrent à une lieue et demie de Québec, et fondèrent en 1667 la mission de N. D. de Foye, connue aujourd’hui sous le nom de Sainte-Foye. Le 29 décembre 1693, ils durent s’éloigner de cette résidence pour se placer à l’Ancienne-Lorette, d’où, bien des années après, ils allèrent fonder le village de la Jeune-Lorette. Ces détails sur les migrations des Hurons sont tirés de PAppendice à la relation du P. Bressani, ouvrage traduit, annoté et publié parle R. P. Martin. Ce livre précieux pour lhistoire du Canada devrait être dans toutes les bibliothèques canadiennes. Il renferme le récit des principaux événements qui se sont passés, pendant cette période désignée dans une dépêche récente de lord KElgin, comme l’âge héroïque du Canada.
La chapelle bâtie à l’île d'Orléans servait non-seulement aux Hurons, mais encore aux Français qui s’établissaient dans les environs. On y tenait des registres de baptêmes, de mariages et de sépultures, pour les sauvages et pour les Français ; après le départ des Hurons, on commença à en tenir un au Château- Richer, pour la population française de la côte de Beaupré et de l’île d'Orléans.
Ce fut dans la chapelle ci-dessus mentionnée que le P. Chaumonot, en l’année 1652, maria Jacques Gourdeau, fils de Nicolas Gourdeau de Beaulieu, ancien procureur au siége royal de Niort en Poitou, avec
dame Eléonore de Grandmaison, devenue veuve, par la mort de M. de Chavigny.
Le nom et la famille de Chavigny se sont conservés jusqu’à nos jours, par la branche des Chavigny de la Chevrotière, qui possèdent encore un des fiefs de leurs aïeux. Plusieurs autres familles honorables du pays descendent par les femmes, du sieur de Chavigny et de demoiselle Eléonore de Grandmaison. Une de leurs filles, Marguerite de Chavigny, avait épousé en premières noces Thomas Douaire sieur de Bondy, de Saint-Germain-l’Auxerrois à Paris. Devenue veuve, - elle se remaria avec Jacques Alexis de Fleury sieur de Deschambault, né à Saint-Jean de Montaigu, au diocèse de Luçon. De ce mariage naquit Joseph Fleury de la Gorgendière, ancêtre des famiiles La Gorgendière, Rigaud de Vaudreuil et Taschereau. Du premier mariage de Marguerite est descendue la famille Douaire, dont une fille transmit le sang des Chavigny aux familles composant le family compact du Haut-Canada. Une autre de leurs filles, filleule de madame de la Peltrie, Marie Magdelaine, épousa Honneste homme Jean LeMoine, fils majeur de Louis LeMoine et de Jeanne Lambert, de Pistre en Normandie, près de Rouen, demeurant au Cap de la Magdelaine. Jean LeMoine parait avoir été proche parent de Charles LeMoine de Longueuil. De lui descendent les sieurs LeMoine du Château-Richer et de Québec.
Madame de Chavigny fut éprouvée par de nombreux malheurs. Elle était encore jeune, lorsque son second mari alla mourir en France, la laissant chargée de plusieurs enfants en bas âge. Vers le même temps, au mois de mars 1651, un incendie arrivé pendant la
nuit détruisit sa maison à l’île d'Orléans. Au mois de mai 1663, son troisième mari, Jacques Gourdeau sieur de Beaulieu, tomba sous les coups d’un assassin. ‘« Il se trouva,” rapporte le journal des Jésuites, ‘ que le feu qui avoit pris à la maison du sieur de Beaulieu n’était pas par accident, mais par méchanceté d’un valet après avoir tué son maitre et un autre valet son camarade ; il fut convaincu.... et après avoir été fouetté par le bourreau il fut fusillé le 8 de juin.” En 1667, le sieur Douaire de Bondy, qui avait épousé Marguerite de Chavigny, se noya près de l’île d’Orléans. Eléonore de Grandmaison épousa en quatrièmes noces le sieur de la Tesserie, membre du conseil supérieur ; elle mourut en 1692, à l’âge de soixantedix ans, laissant après elle une nombreuse postérité.
Le 15 janvier 1642, fut baptisé Germain Morin, premier prêtre Canadien. Sa marraine fut Marie d’Abancour, femme de Jean Jolliet. Un peu plus tard se fit le baptème d’un fils de celui ci ; Pacte est en latin, et nous en donnons jei la traduction littérale.
‘6 L'an 1645, le 21 septembre, Je, Barthélemi Vimont, de la compagnie de Jésus, faisant les fonctions de curé dans lPéglise de la Conception de la Bienheureuse Vierge Marie à Québec, ai baptisé dans cette église un enfant, nouvellement né de Jean Jolliet et de Marie d’Abancour époux ; il a reçu le nom de Louis. Son parrain et sa marraine furent Louis Maheu et Françoise Giffar.”
Nous allons traduire du bel ouvrage de M. Shea une page écrite sur le compte de cet enfant, et après cette citation, on me pardonnera, sans doute d’avoir reproduit tout au long cet acte de baptême.
‘“ Après une notice aussi longue sur le P, Marquette, il semblerait injuste de nous taire sur le compte de Pillustre compagnon de son grand voyage. L'on trouverait un double intérêt dans des détails étendus sur Jolliet, parce qu’il était né dans le pays : malheureusement nos matériaux sont peu nombreux, et nos renseignements se trouvent tout-à-fait vagues, "”?
‘“ Autant que nous le pouvons savoir, on ne connaît ni le lieu, ni l’époque de sa naissance. Il reçut son éducation au collége des Jésuites à Québec, où il dut être compagnon de classe du premier canadien qui a été fait prêtre. Jolliet était ainsi lié avec les Jésuites... Après les avoir laissés, il s’enfonça dans les pays de l’ouest, pour y chercher fortune, en faisant la traite des pelleteries. Dans ces lieux il continua d'entretenir des rapports intimes avec les missionnaires et acquit les connaissances et l’expérience qui engagèrent le gouvernement à le choisir pour l’exploration du Mississippi.”
Ce choix fut très-agréable aux missionnaires ; et Jolliet ainsi que Marquette immortalisèrent leurs noms. ‘ Ils explorèrent le grand fleuve, et firent disparaître les doutes sur la direction de son cours. A son retour, Jolliet perdit tous ses papiers dans les rapides qui se trouvent au-dessus de Montréal et dut faire de vive voix son rapport au gouvernement. Il le mit, cependant, plus tard en écrit, et l’accompagna d’une carte tracée de mémoire. Ces documents ayant été envoyés en France, il put espérer d’être mis en état de réaliser les projets qu’il avait conçus, et de tirer quelques avantages de sa grande découverte.
Mais il fut laissé de côté, pour faire place à des
aventuriers plus favorisés. Celui qui avait découvert le Mississippi, reçut pour toute récompense une île située dans le golfe Saint-Laurent, l’île d’Anticosti, où Jolliet bâtit un fort, une habitation pour sa famille et quelques maisons pour le commerce. Cet établissement ne lui fournit cependant aucun profit ; et il fut contraint de porter ailleurs ses travaux. Ainsi on le trouve, en 1689, employé par le gouverneinent, vers l’ouest, et y rendant les plus grands services... Depuis, l’on n’aperçoit plus que quelques traces de son histoire ; et tout ve que l’on sait, c’est qu’il mourut quelques années avant 1737.
Voilà donc encore un des hommes les plus remarquables du Canada, tiré de l’oubli par un étranger : combien en est-il parmi les Canadiens instruits qui connaissent le sieur Jolliet? L’on a bien quelque vagues notions qu’un homme de ce nom a découvert le Mississippi, en compagnie d’un Jésuite, et qu’il en revient quelque honneur au Canada : voilà tout. Nous avons, cependant, bien peu de noms canadiens à tracer sur les tablettes de l’histoire.
Nos vieux registres nous mettent en état de remplir les lacunes signalées par M. Shea, et de ‘donner quelques renseignements ultérieurs sur l'explorateur de la vallée du Mississippi. Je vais citer des actes de mort, de baptêmes et de mariage, qui feront connaîre les principaux événements de la vie du sieur Jolliet. Remarquons-le bien, son nom de baptême n’est pas même donné par M. Shea, ni même par Charlevoix.
Sous l’année 1640, on trouve l’acte suivant, que MM. les Protonotaires du jour ne regarderaient certainement pas comme con'orme aux ordonnances.
LE
“ Le lendemain deux may partirent de Québec Adrien d’Abancour, surnommé La Caille, et Estienne Sevestre, dedans un canot sur la grande Rivière, pour aller chasser dans les Isles. Les vents ayant été fort impétueux on croit probablement qu’ils se seront noyés. La Pulce ayant été dépesché pour en tirer cognoissance, après avoir fureté tous les lieux qu’il souloit cabaner et faict le tour des isles et tiré quantité de coups d’arquebuse, il est revenu à Québec sans en avoir rien appris. Le 24e May de la mesme année 1640, le P. Adam dit la messe en la chapelle de Québec et le lendemain, veille de la Pentecoste, il la dit de rechef pour les deux trépassés. L’an 1641, Jean Jolliet gendre de La Caille, cstant parti le 20 May dans un canot, trouva ses ossements ès isles, les rapporta le 25 ; ils furent enterrés solennellement au cimetière de Québec, le 26 May, jour de la Trinité.”
Marie d’Abancour, fille d’Adrien, avait épousé en 1639 Jean Jolliet, charron de la compagnie. De ce mariage naquirent Louis en 1645, Zacharie en 1650, et Arien qui reçut le nom de son grand-père. On ne connaît que peu de chose de Zacharie qui étudia quelque temps chez les Jésuites ; après quoi, il fut placé en apprentissage chez le sieur Noë Morin, charron de la compagnie. Quant à Adrien, il passa aux Trois-Rivières, et s’y maria avec Jeanne Dodier en 1664.
Ainsi Québec a droit de revendiquer Lou: Jolliet, comme un de ses enfants. Après avoir fini son cours d’études chezles Jésuites, il embrassa l’état ecclésiastique. Le dix août 1662, n’ayant pas encore dix-sept ans accomplis, il reçut la tonsure et les ordres mineurs;
dans la chapelle de la congrégation, au collége des A*
Jésuites, quatre jours après que M. G. Morin eût été fait sousdiacre. Son père, Jean Jolliet, était mort en 1650 ; et en 1651, sa mère avait épousé en secondes noces Geoffroi Guillot, de Beauport.
I] avait recu les ordres mineurs depuis plusieurs années, lorsqu'il termina sa philosophie en 1666, comme le montre le passage suivant du journal des Jésuites : ‘ Le 2 juillet 1666, les premières disputes de philosophie se. font dans la congrégation avec succès. Toutes les puissances s’y trouvent ; M. l'Intendant entr’autres y a argumenté très-bien. M. Jolliet et Pierre Francheville y ont très-bien répondu de toute la logique.”
Jolliet avait encore l’habit ecclésiastique en 1667, et demeurait au séminaire de Québec. Ayant tourné ses vues d’un autre côté, il fut en 1672 chargé par le comte de Frontenac d’aller à la découverte de la grande rivière, que l’on prétendait se décharger dans le golfe de la Californie ; et “le P. Marquette fut invité à accompagner le jeune explorateur.” Ce sont les expression du P. Dablon, qui continue à parler dans les termes suivants du jeune voyageur. ‘Ils ne se trompèrent pas dans le choix qu’il firent du sieur Jolliet, car c’estoit un jeune homme natif de ce pays, qui a pour un tel dessein tous les avantages qu’on peut souhaiter ; il a lexpérience et la connoissance des langues du pays des Ontaouacs, où il a passé plusieurs années ; il a la conduite et la sagesse, qui sont les principales parties pour faire réussir un voyage également dangereux et difficile. Enfin il a le courage pour ne rien appréhender, où tout est à craindre ; aussi a-t-il remply l'attente qu’on avait de luy; et si, après avoir passé
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mille dangers, il ne fût venu malheureusement faire naufrage au port, son canot ayant tourné au dessous du sault Saint Louys proche de Montréal, où il a perdu et ses hommes et ses papiers, et d’où il n’a échappé que par une espèce de miracle, il ne laissait rien à souhaiter au succès de son voyage.”
L’on voit par ces paroles du P. Dablon que Jolliet avait déjà fait de longs voyages, parmi les nations sauvages, avant de partir pour Pexpédition qui a immortaliséson nom. Comme beaucoup de ses compatriotes, il s'était occupé de la traite des pelleteries ; mais, dans toutes ses excursions, il s’était conduit de manière à conserver l’amitié de ses anciens maîtres d’études. Deux ans après la découverte du Mississippi, le sept octobre 1675, Louis Jolliet épousa Claire-Françoise Bissot, née à Québec ct fille de François Bissot, de Normandie, et de Marie Couillard de Québec.
En 1680, il reçut, en récompense des services qu’il avait rendus, la seigneurie de lPîle d’Anticosti, qui devait alors valoir beaucoup plus que les meilleures seigneuries du pays, par les facilités elle présentait pour la traite des pelleteries, et par sa positior avantageuse à lentrée du fleuve. Le titre de concession énonce qu’elle lui est accordée, ‘ en considération de la découverte que le dit sieur Jolliet a faite du pays des Illinois, dont il a envoyé la carte, depuis transmise à monseigneur Colbert, ainsi que d’un voyage qu’il vient de faire à la baie d'Hudson, dans l'intérêt et l’avantage de la ferme du Roy.”
Dès lors il commence à signer: ‘ Jolliet d’Anticosty.”” Il fut aussi nommé hydrographe du roi ; et en 1697 il obtint la seigneurie de Jalliet, possédée aujourd’hui par quelques-uns de ses descendants.
Le recensement de 1681 donne les détails suivants sur sa famille, derreurant alors à l’ile d’Anticosti. ‘ Louis Jolliet, 42 ans. Claire Bissot, sa femme, 23 ans. Leurs enfants : Louis, âgé de 5 ans ; Jean, 3 ans ; Anne, 2 ans ; Claire, 1 an.—6 serviteurs ; 6 fusils ; 2 bêtes à cornes ; 2 arpents de terre défrichée.”? Son principal établissement était à une lieue de la pointe ouest de l’ile.
Nos régistres ne présentent aucun acte qui puisse faire connaître la date de la mortet ie lieu de la sépulture de Louis Jolliet. Sa mort a dû arriver entre le mois de mai 1706, où sa signature moins ferme qu’à l’ordinaire est apposée à l’acte de baptême d’un enfant dont il est le parrain, et le mois d'octobre de la même année, où MM. de Callières et Champigny demandent pour un jésuite la place d’hydrographe, demeurée vacante par la mort de M. Jolliet.
Il est probable qu’il sera décédé dans sun île d’Anticosty, où il se rendait chaque année pour la traite et la pêche du loup-marin.
Louis Jolliet laissa plusieurs enfants, dont les descendants sont nombreux dans le distriet de Québec et dans celui des Trois-Rivières.
Les fils de L. Jolliet paraissent avoir été engagés dans la traite des pelleteries, et avoir principalement résidé, soit dans l’île d’Anticosty, soit sur la côte voisine, au nord. L’un d’eux, Jean Jolliet prit le surnom de Mingan ; il maria sa fille, Anne Jolliet de Mingan, en 1742, au sieur Jean Taché, de Garganville, diocèse de Montauban, fils d'Etienne Taché, commissaire des vivres à Saint-Malo. La famille Taché, à laquelle appartiennent Mgr. l’évêque de la
Rivière Rouge, l’ancien Sir Etienne Taché et le représentant du comté de Rimouski, est descendue de ce mariage.
Claire, fille de Louis Jolliet, épousa le onze mai 1702 Joseph Fleury d’Eschambault ; de trois filles nées de ce mariage, une, Marie-Claire, épousa Thomas- Jacques Taschereau, trésorier de la marine en ce pays, natif de Tours, et tige de la nombreuse et respectable famille de ce nom ; une autre, Louise, se maria avec François Rigaud de Vaudreuil, né à Québec et fils de Philippe Rigaud de Vaudreuil et de Louisc-Elizabeth de Joybert de Soulanges. Une troisième épousa en premières noces M. Le Verrier, procureur général, et en secondes noces Pierre Rigaud de Vaudreuil-Cavagnal, frère du précédent et alors gouverneur de la Louisiane. M. Pierre de Vaudreuil, devint ensuite, en 1755, gouverneur général du Canada, où il était né. Après la prise de Montréal, il passa en France avec sa femme et le jeune Le Verrier, qu’il avait adopté ; lui-même n’a pas laissé de postérité. 1
En suivant ces remarques sur la famille Jolliet, on pourra observer comme certains noms de baptême, une fois introduits dans une famille, s’y maintiennent de génération en génération. Claire-Françoise Bissot avait reçu le nom de sa marraine, Claire-Françoise Clément du Wault, femme du Sr. Ruette d’Auteuil ; ce nom de Claire passa à sa fille Claire Jolliet, à sa petite-fille Claire Fleury D’Eschambault, et à une de ses arrière-petites-filles ; il a depuis été donné par feu
M. le juge Taschereau à une paroisse érigée dans la. seigneurie de Jolliet.
Parmi les descendants de Louis Jolliet,* à la cinquième génération, l’on trouve Barthélemy Joliet ou Joliette. Quoiqu’il ait passé la plus grande partie de sa vie dans le district de Montréal, et qu’il y soit décédé, le district de Québec peut néanmoins le réclamer comme un de ses enfants, puisqu'il a reçu le jour à Saint-Thomas, dans la côte du sud. Il était second fils d'Antoine Joliette et de Catherine Faribault, qui est morte, il y a quelques mois, à l’âge avancé de quatre-vingt-dix ans. La mémoire de l'honorable B. Joliette, décédé au village de l’Industrie, en juin 1850, vivra parmi ses compatriotes ; les immenses travaux qu’il a exécutés et les œuvres de charité dont il a doté sa patrie l’ont, en effet, placé au premier rang des bienfaiteurs du Canada. En moins de vingt-cinq ans, par son énergie et son intelligence, l’épaisse forêt qui couvrait la profondeur de la seigneurie de la Valtrie a été remplacée par des fermes bien cultivées, et par un village florissant, où Pon compte aujourd’hui près de trois cents maisons avec une population 'de deux mille âmes. Dans ce centre d’industrie se sont élevés, comme par enchantement, des usines, des fabriques, des moulins de tous genres; un chemin de fer a été construit pour relier Pétablissement de M. Joliette avec le fleuve Saint- Laurent et avec les paroisse d’alentour.
Cependant au milieu de cette prospérité et de ce progrès matériel, la religion et l’éducation n’ont pas été négligées par le fondateur. Sa munificence a élevé, au milieu du village d’Industrie, une église magnifique, et un collége dirigé par les Frères du S.
* J'ai reproduit les noms de Jean Nicollet et de Louis Jolliet d’après leur signature. orthographe de ces noms est aujourd’hui changée.
Viateur, qu’il fit venir d'Europe à ses propres frais. Les éclatants et nombreux services rendus à la bonne cause par M. Joliette lui ont mérité une approbation flatteuse de la part du S. Siége. Cette pièce est si honorable pour la mémoire d’un enfant du Canada, que je ne puis résister au plaisir de la reproduire.
“ Très-illustre Monsieur,
‘ C’est avec la plus grande satisfaction que la sacrée congrégation de la Propagande de la Foi a appris que, parmi les sacrifices que fait Votre Seigneurie pour le soutien de la Religion, sacrifices que vous continuez encore avec la même ardeur, vous avez bâti à grands frais une magnifique église, pour y célébrer dignement le culte divin et procurer le salut des âmes. Quoique nous sachions bien qu’en tout cela vous avez recherché, non les louanges des hommes, mais la plus grande gloire de Dieu, et que votre zèle bien connu n’a pas besoin d’être excité, cependant nous ne pouvons nous empêcher, au nom de la Sacréc Congrégation, de louer dans le Seigneur, votre amour ardent et votre piété, de vous témoigner notre affectueuse estime, et de vous exhorter en même temps à continuer de protéger et de soutenir de toutes vos forces la sainte religion catholique. A cela nous ajoutons un petit cadeau en argent, savoir: une médaille de l’œuvre précieuse de la propagation de la foi, que vous recevrez volontiers comme un gage de notre attachement et de notre considération. Nous prions Dieu qu’il conserve longtemps Votre Seigneurie et la préserve de tout danger.
‘“ De Votre Seigneurie, le très-affectionné, J. Px. Card. Franzoni, Pref,
‘ Rome, 25 juillet 1844,”
Les registres ne présentent que deux mariages dans la dernière partie de l’année 1640......... En juillet, furent mariés Jean Gangnon de la paroisse de la Ventrouze, pays de Perche, et Marguerite Cochon fille de sieur Jean Cochon et de Marguerite Cointel, de Dieppe. Ce mariage fut fait à la côte de Beaupré, en présence du sieur de Repentigny, de Noël Juchereau des Chastelets, et du sieur Jean Bourdon.
En octobre, eut lieu le mariage de Claude Etienne de Gélicourt en Lorraine avec Hélène Martin.
Claude Etienne mourut au bout de peu d’années, et sa veuve, comme il a déjà été dit, se remaria au Sieur Chouart des Groseillers,
Le sieur Cochon et les trois frères Gangnon ou Gagnon furent des premiers, à s'établir dans la partie de la côte de Beaupré qui forme la paroisse du Château-Richer. Honorable homme, Jean Cochon, comme le désignent ordinairement les registres, était déjà âgé, quand il vint en ce pays avec sa seconde femme, Jeanne Abraham, et plusieurs enfants. En 1682, monseigneur de Laval, seigneur de l'Ile et comté Saint-Laurent, en sa qualité de justicier, nomma juge-bailli du dit comté un fils de Jean, sieur Réné Cochon de Laverdière. Le procureur général Duquet de la Chesnais se déchargea de toute responsabilité relativement à cette nomination, ne regardant pas le sieur de Laverdière comme ayant une connaissance suffisante des lois pour exercer les fonctions de juge. Cette déclaration n’empêcha pas le magistrat nommé par l’évêque de remplir dignement ses devoirs.
Jean, Mathurin et Pierre Gagnon, frères, (Gangnon ou Gaignon) étaient de Tourouvre, au Perche. Ils
prirent des terres près de la petite rivière qui sépare Sainte-Anne du Château-Richer. Leur postérité s’est tellement multipliée, qu’il n’y a peut-être pas une seule paroisse dans la partie française du Canada, où il ne se trouve quelqu’un portant le nom de Gagnon.
En 1641, trois mariages.—François Boucher, fils de Marin Boucher, de la paroisse de Saint-Langy près de Mortagne, au Perche, et Florence Gareman, de Baigneux près Soissons.—Réné Mézeray, de Thury près de Caen, et Hélène Chastel—Antoine Damien de Rouen, et Marie Joly.
Deux familles portant le nom de Boucher s’étaient établies dans les environs de Québec : la famille de Marin, et celle de Gaspar. Marin Boucher et Perrine Mallet sa femme, étaient des environs de Mortagne au Perche ; leurs enfants, François, Louis, Marin, Jean, Pierre, Galeran, sont les tiges des nombreuses familles du nom de Boucher qui habitent le district de Québec.
Gaspar Boucher, cousin de Marin, avait émigré en même temps que la colonie percheronne, attirée par M. Giffard. En arrivant à Québec, il dut recourir à M. Champlain pour faire décider un différend, qui s’était élevé entre lui et un de ses compagnons de voyage. Quoiqu'il n’y eut pas d'hommes de loi dans le pays, les deux plaideurs réussirent à retarder la décision de l’affaire pendant plusieurs années, comme le fait voir la déposition de Gaspar Boucher, devant Tronquet secrétaire de M. de Montmagny, en 16358.
‘“ Le 12 septembre 1638, avons’ reçu le serment de Gaspar Boucher, de dire vérité, etc. A dit
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que, lorsqu’ils faisaient leur association, luy et le dit Thomas Giroust et plusieurs aultres, au partir de Mortagne pour venir icy, il fut question de chercher voiture pour amener leurs meubles à Dieppe, distant de quarante lieues ou environ. Le dit Thomas Giroust s’adressa à un nommé Rouet, du dit Mortagne, lequel lui faisait sa voiture jusques au dit Dieppe ; et dit le dit Giroust au dit Gaspar qu’il luy apporteroit ce qu'il voudrait de ses meubles, et qu’il luy feroit charroyer avec les siens, jusques au dit Dieppe ; ce que le dit Boucher accorda et lui porta dans sa maison, savoir : 2 grosses salières à pans, 2 gros violliers à mettre fleurs, 2 grandes tasses, 6 escuelles, le tout d’estain fin ; 8 à ou 10 assiettes, 8 petites escuelles à vreilles, 2 d’estaing fin et une d’estaing commun, une bouteille de terre tenant deux pots pleine d’eau-rose, 2 boisseaux de poires cuites, un boisseau de prunes aussi cuites, qui avec les suivants....furent embarquez dans le vaisseau du capitaine DeVille.....etc., et furent apportez à Québeck, en ce pays de la Nouvelle-France, où Thomas Giroust était arrivé un jour devant, lequel estoit logé dans le vieil magasin; et lors du débarquement du dit Gaspar, beaucoup de ses meubles que sa femme avoit apportez furent mis dans une chaloupe en confusion, où le dit Giroust en avait aussy pour estre débarquez, et furent deschargez sur le bord de l’eau, et pendant que le dit Gaspar fut demander logement à feu M. de Champlain, le dit Giroust fit emporter les dits meubles....et ne sçait bonnement où ; ce que voyant le dit Gaspar, luy redemanda ses ineubles par plusieurs fois, ce qu’il n’a pu avoir, d’autant que le dit Giroust trouvoit
toujours quelque excuse pour ne les bailler, dont le dit Boucher feist plainte au feu sieur de Champlain; lequel sieur de Champlain commanda au dit Giroust de rendre les meubles au dit Boucher, ce qu’il promit aussitôt faire, et demanda le dit Giroust payement du port de ses hardes ; ce qui fut offert par le dit Boucher et a ouy dire à sa femme, de luy Boucher, que lorsque le dit Giroust fut sorti de devant M. de Champlain, il jura par la mort qu’il ne les rendrait point.”
De son côté Thomas Giroust déclara être prêt à remettre tous les articles que redemandait le sieur Gaspar Boucher, mais à condition qu’on l’indemniserait de ses frais et de ses soins.
Par la déclaration d’un des témoins appelés dans cette cause, l’on apprend que les nouveaux colons étaient logés dans le fort, en attendant qu’ils se fussent préparé une demeure sur les terres qni leur étaient accordées,
Le fils de Gaspar, Pierre Boucher épousa en 1649, la fille d’un chef sauvage, élevée par les Ursulines. Marie Chrestienne, ainsi se nommait-elle, avait reçu de linstruction ; sa signature apposée au contrat de mariage est d’une main ferme et nette ; elle survécut peu de temps à son mariage. Pierre Boucher épousa en secondes noces Jeanne, fille de Christophe Crevier, dans l’année 1652.
Nommé à deux reprises gouverneur des Trois- Rivières, il fut anobli le dix-sept juin 1707 ; les lettres du roi portent que cette grâce lui a été accordée, ‘en retour des services distingués qu’il a rendus dès l’année 1639.
De lui sont descendues les familles de Niverville,
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Montizambert, de Boucherville, de Grosbois, de LaBroquerie, de la Bruère, qui ont occupé des emplois et des charges dans la colonie, et pendant la paix et pendant la guerre.
Les baptêmes et les mariages de 1641 furent faits par les Pères Adam, Davost, de Nouë, Quentin, De la Place, et Joseph Duperon.
En 1642 : six baptêmes et trois mariages, faits par les Père De la Place, Buteux et Bressani, Furent mariés : Jean Brossier, du pays du Maine, et Marguerite Bance de Fréneuse, près de la Roche-Guyon ; Pierre Gagnon, de Ventrouze, Perche, et Vincente des Varieux, de Saint-Vincent d’Aubermail, pays de Caux ; Jean Millouer, de Saint-Léger en Charny, et Barbe Hubout, du Mesnil-durant.
En 1643 : un mariage et douze baptémes faits par les Pères Bressani, de Brebeuf, Dequen, De la Place, et M. Jean LeSueur de Saint-Sauveur. Le mariage fait, cette année, fut celui de Jean Leblanc de Saint- Lambert, Evêché de Rayeux, avec Euphrosyne Nicollet de Québec.
En 1644 : dix baptêmes, par les Pères de la Place, Poncet, Deudemare, Garreau et Vimont; quatre mariages : Massé Gravelle, habitant de la Longue Pointe, et Marguerite Tavernier, de Notre-Dame des Anges ; Pierre Masse et Marie äe la Chaysnaye, à Sillery ; César Léger, de Mornac en Saintonge, et Roberte Gadois, d’Apenay au Perche ; Martin Prevost de Montreuil-sur-le-Bois-de-Vincennes et Marie Olivier, fille de Roch Manitouabeouich, sauvage.
En 1645 : les Pères Poncet, Dequen et Vimont, firent sept baptêmes et six mariages. Mariages : Etienne de Lafond, Saint-Laurent de la Barrière en
Saintonge, et Marie Boucher, fille de Gaspar Boucher et sœur de Pierre Boucher, gouverneur des Trois-Rivières ; C. Larchevêque, de Grusset, et Marie Simon, de la paroisse du Mauléon ; François Margue- ‘4 rie, de Saint Vincent de Rouen, et Louise Cloustier, | fille de Zacharie C. et de Xainte Dupont ; Pierre N DeLaunay, de Fresnt-le-Boesme, pais du Maine, et Françoise Pinguet, file de Henri Pinguet; Jean Juchereau sieur de la Ferté, et Marie Giffard, fille de sieur Robert Giffard, seigneur de Beauport ;, Jean Guyon, fils de Jean G. et Elizabeth Couillard, fille de Guillaume Couillard.
La postérité de Massé Gravel s’est maiutenue dans la côte de Beaupré. le mariage de Martin Prevost avec Marie Olivier, fille adoptive d'Olivier Le Tardif, est le premier qui ait été célébré entre un français et une femme sauvage. Marie était filleule de M. de Puiseaux, qui lui fournit une dot de cinq cents livres. ‘
Martin Prevost, devenu veuf, épousa à Beauport la veuve de Jean Jolliet, dont il fut le troisième mari.
François Marguerie, qui se maria en 1645 avec la j. fille du sieur Zacharie, était un des interprètes des Trois-Rivières, où il paraît avoir remplacé le sieur Nicollet. Dans une déclaration datée du 27 octobre 1646, écrite de sa main et bien rédigée, il dit € qu’il h était assez en âge et présent dans le pays, du temps f que Mons. de Cën quitta et que Mon:. de Champlain revint.” Marguerie se noya, au mois de mai 1648, près des Trois-Rivières; il est probable que le nom de Marguerite donné à une petite rivière, qui se décharge presque vis-à-vis des Trois-Rivières, est une corruption de celui de Marguerie.
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Sa sœur Marie Marguerie épousa aux Trois-Rivières le sieur Jacques Herte' interprète de la ermpagnie : leur fils Francois Hertel se distingua dan: les guerres sauvages à la tête de ses nombreux enfants et fut anobli en 1716. ‘Nous nous y sommes déterminé d’autant plus vclontiers, dit le roi dans ses lettres de noblesse, que la valeur du père est héréditaire dans ses enfants, dont deux ont été tués au service et les sept autres qui servent actuellement: dans nos troupes du Canada et de l'Ile Royale, ont donné dans toutes les occasions des marques de leur bravoure et de leur bonne conduite.” De lui sont descendus les sieurs Hertel de Rouville.
A propos d’un des mariages ci-dessus mentionnés, le journal des Jésuiii:s, renferme ces mots : ‘ mariage de la fille Je M. Couillard avec le fils de Jean Guion ; le P. Vimont assista aux noces et il y eut deux violons pour la première fois. °
Jean Guion, et Zacharie Cloustier étaient venus du Perche avec leurs. famiiles, en même temps que le sieur Robert Gifard. En 1634, avant leur départ pour la Nouvelle-France, ils avaient passé à Mortagne, avec le sieur de Beauport, un contrat, dont l’exécution fut réglée en 1636 par M. de Montmagny. Guion et Cloustier d.vaient se bâtir ‘une maison pour les deux familles, de charpente ou de maçonnerie, de trente-cinq pieds de longueur sur seize de large, dont la hauteur sera de six pieds soubz poultre, à un étage seulement ;”” après quoi ils devaient aider au sieur Giffard à cultiver sa terre, et lui fournir du bois de chauffage jusqu’en 1637. Celui-ci s’obligeait en retour à donüer à chacun d’eux mille arpents de terre en bois, et une partie de. récoltes. Les anciennes
an
maisons de la côte de Beaupré semblent avoir été bâties sur le modèle de celle qui vient d’être décrite ; longues quelquefois de 50 à 60 pieds, elles sont ordinairement étroites et basses.
Guion, quoique simple maçon, était l’homme de lettres de Beauport. Un contrat dressé par lui pour le mariage de Robert Drouin, de la paroisse Du Pin, chatellenie de Mortagne au Perche, avec Anne Cloustier, est bien écrit, et lorthographe y est respectée. Ce contrat de mariage, le plus ancien peut-être qui se soit conservé, puisque la date est du seize juillet 1636, est signé des membres de la faruille Giffard, de François Bellenger, de Noël Langlois ; les autres témoins ont apposé leurs marques, parmi lesquelles prime la hache de Zacharie Cloustier.
Ces colons venus du Perche avaient vécu trop près de la Normandie, pour n’avoir pas pris un peu des gouts normands pour les procès. Aussi, dans l’espace de huit ans, M. de Montmagny donna six décisions, pour régler les différends survenus entre M. Giflard et ses deux censitaires, au sujet des droits seigneuriaux et des limites de leurs terres. Guion, condamné à rendre foi et hommage au seigneur de Beauport pour son fief Du Buisson, remplit cette formalité le trente juiliet 1646. La pièce suivante renferme les curieux détails de cette cérémonie.
“ Aujourd’huy, en la présence et compagnie de Guillaume Tronquet, commis au greffe et tabellionage de Québeq, en la Nouvelle-France, soussigné, ....Jean Guion, habitant de la Noz2velle-France, demeurant en sa maison du Buisson en suite du jugement donné par M. le gouverneur. . . entre
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Giffard, seigneur de Beauport, et le dit Guion et Zacharie Cloustier. . ..s’est transporté en la maison seigneuriale de Beauport, et à la principale porte et entrée de la dite maison, où estant le dit Guion aurait frappé et serait survenu François Boullé, fermier du dit seigneur de Beauport, auquel le dit Guion aurait demandé si le dit seigneur de Beauport estait en sa dite maison seigneuriale de Beauport on personne pour luy ayant charge de recevoir les vassaulx à foy et hommage, à quoy le dit Boullé aurait faict response que le dit seigneur n’y estait pas, et qu’il avoit charge de luy pour recevoir les vassaulx à foy et hommage. Après laquelle réponse et à la principale porte le dit Guion s’est mis à genouil en terre, nud teste, sans épée ny esperons, et a dit par trois fois ces mots : Monsieur de Beauport, monsieur de Beauport, monsieur de Beauport, je vous fais et porte la foy et hommage que je suis tenu de vous faire et porter, à cause de mon fief Du Buisson, duquel je suis homme de foy relevant de votre seigneurie de Beauport, lequel m’appartient au moyen du contract que nous avons passé ensemble pardevant Roussel à Mortagne, le quatorziesme jour de mars mil six cent trente-quatre, vous déclarant que je veus offre payer les droicts seigneuriaux et féodaux quand deubs seront, vous requérant me recevoir à la dite foy et hommage.
Jean Guyon avait conservé quelques biens à Mortagne. En 16 :3, il donna, pour obtenir des prières, à la charité de l’église de Saint Jean de Mortagne, une
maison achetée de Marin Boucher, ‘située à Mor-
tagne, rue Saint-Jean, joignant Pierre Forget.” Le nom de Guyon ne se trouve plus ni à Québec ni
dans les environs. En 16°%, Charles de Lauson, chevalier, seigneur de Lirec dans Pile d'Orléans, concéda es terres dans sa seigneurie à Denis Guyon, Claude Guyon, Michel Guyon, frères, fils de Jean Guyon du Buisson. Dans les registres des paroisses de la Sainte-Famille et de Saint-François, le nom de Guyon se change en celui de Dion, qui a fini par faire oublier le premier.
L’on commença, en 1645, à s’occuper du projet de bâtir une église paroissiale et un presbytère.
Le bois devenant moins commun sur l’emplacement de la ville, on en vendit cette année pour la première fois. ‘“ Celui qui le fournissait par les maisons avoit trente sous de la corde, s’il le prenoit sur les terres d'autrui ; mais, pour celui qu’il prenoit sur ses terres, il avoit 2 francs ; c’était 10 sols de la corde.” (Reg. des Jésuites.)
Le 17 décembre 1645 commença le jubilé accordé par Innocent X. Ce fut, je crois, le second qui a été célébré en ce pays ; les récollets en avaient célébré un en 1618. Les trois stations étaient le bâtiment qui servait d’église paroissiale, la chapelle des Hospitalières et celle des Ursulines.
En 1646, les Pères Vimont et Dequen firent quatorze baptêmes, et marièrent : Antoine Martin, de Montpellier, et Denise Sevestre ; Jean Paul Godefroy, écuyer, fils de R. Godefroy, écuyer, de Saint-Nicolas des Champs à Paris, et demoiselle Marie Magdelaine Le Gardeur de Repentigny, fille de Pierre Le Gardeur sieur de Repentigny ; Nicolas Maeart, de Mareuilsur-Die, et Marguerite Couillard, veuve du sieur Nicollet.
J. P. Godefroy, capitaine de vaisseau et conseiller
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du gouverneur avant l’établissement du conseil supé rieur, fut en 1651, chargé d’aller à Boston en compagnie du P. Druillètes, pour conclure avec les colonies anglaises une alliance contre ies lroquois. Il avait un parent aux Trois-Rivières Jean Godefroy, fils de Pierre Godefroy, écuyer, et de demoiselle Perrette Cavelier, de Lintot au pays de Caux. Celui-ci, comme Jean Nicollet, était resté avec les sauvages, lorsque les français eurent perdu Québec en 1629. En 1636, il alla épouser en France, Damoiselle Marie Le Neuf du Hérisson, de la ville de Caen. A son retour, les Le Neuf vinrent avec lui s'établir aux Trois-Rivières, où il continua à s’occuper de la traite. Du mariage de ce dernier sont descendus les Godefroi de Tonnancour, de Saint Paul, de Normanville et de Lintot.
Dans une déclaration écrite et signée par lui, concernant la traite ou temps de M. de Caën, on trouve le mot XKabec répété plusieurs fois, au lieu de celui de Kébec : n’était-ce pas, chez le vieux traileur, un souvenir de la prononciation algonquine de ce mot? M. Garneau (Hist. du Canada, Vol. 1.) remarque, sur le témoignage de M.Vassal, bien instruit dans les langues sauvages et surtout dans celle des Têtes-de-Boule, tribu algonquine du Saint-Maurice, que dans les dialectes algonquins le mot Ouabek a la même signification que le Kebbek des Mikmaks. :
Le sieur Le Neuf de la Poterie, premier seigneur de Portneuf, a été la tige des Le Neuf de la Vallière et de Beaubassin, qui ont commandé dans P'Acadie ; sa fille épousa le sieur Robineau, devenu seigneur de Portneuf et baron de Bécancour. En même temps que les sieurs Le Neuf, étaient arrivés à
Québec, la famille de Le Gardeur de Repentigny, dont le P. Le Jeune, parle en ces termes dans la relation de 1636 : ‘ Nostre joye ne s’en tint pas là, la quantité de familles qui venoit grossir nostre colonie l’accreut notablement, celles entre autres de monsieur de Repentigny et de M. de la Poterie, braves gentilshommes, composées de quarante-cinq personnes.”
Madame Catherine Cordé, veuve de René Le Gardeur de Tilly, avait perdu son époux à Thury-Harcourt en Normandie; elle vint au Canada avec ses deux fils, Pierre Le Gardeur de Repentigny, et Charles Le Gardeur de Tilly ; sa fille Marguerite, avait épousé le sieur Jacques Le Neuf de la Poterie.
La mère Marie de l’Incarnation fait allusion à la famille de demoiselle Marie Magdelaine Le Gardeur qui épousa Jean Paul Godefroy, dans une lettre qu’elle écrit à son fils, en date du 15 septembre 1644.
“ Voicy loccasion d'un honnête gentilhomme, lieutenant de monsieur le gouverneur de la Nouvelle- France et qui est un de nos meilleurs amis...Vous le prendrez pour un courtisan, mais sachez que c’est un homme d’une grande oraison, et d’une vertu bien épurée, Sa maison, qui est proche de la nôtre, est réglée comme une maison religieuse. Ses deux filles sont nos pensionnaires ; ce sont deux jeunes demoiselles qui ont reçu la vertu de leur bonne mère, qui est une âme des plus pures que j’aye jamais connues. Je dis tout ceci afin que vous honoriez monsieur de Repentigny, c’est ainsi qu’il se nomme, et pour vous faire voir qu’il y a de bonnes âmes en Canada. I passe en France pour les affaires du pays et de la colonie françoise. Comme c’est de luy que nous prenons conseil en la plupart de nos
affaires, il a eu en une certaine rencontre la permission d’entrer dans notre maison.”
En plusieurs occasions, M. de Repentigny commanda la flotille qui voyageait entre la France et le Canada, et on lui donnait dans ces circonstances le titre d’amiral. De M. Pierre de Repentigny et de son frère Charles de Tilly sont sorties plusieurs branches de la famille Le Gardeur, dont les membres ont pris part à toutes les guerres de la Nouvelle-France, depuis la Louisiane jusqu’à l’Acadie et Terre-Neuve. U;e chronique, reconnue fausse, rattachait le nom d’un officier de cette famille au Chien d’or de la rue Buade.
Parmi les baptèmes de 1646 on trouve celui de Jean Baptiste Trottier, né sur la mer. Il était fils de Julien Trottier, d’Igé au Perche, et de Catherine Loisel, qui vinrent au Canada en cette année. Julien Trottier s’arrêta d’abord soit à Champlain soit à Batiscan, où il parait s’être occupé de la traite. Ses descendants se sont repandus dans toutes les parties du pays, sous différents surnoms. Ainsi, parmi eux, l’on trouve les Trottier Beaubien, Vertefeuille, Pombert, Desruisseaux, Desauniers, LaBissonière, Desrivières, et McGill Dèsrivières. Le sieur Beaubien, seigneur de la Rivière-du-Loup (en haut), veuf de demoiselle Godefroi de Lintot, épousa demoiselle Thérese Moëtte de Moras, à qui appartenait l’île Moras, dans la rivière de Nicolet. Cette île est aujourd’hui la propriété de leur arrière-petit-fils.
Cette même année Charles de Saint-Etienne de la Tour, forcé par Charnisé de quitter l’Acadie, vint se réfugier à Québec, où il passa plusieurs années.
Il ; erriva au mois d’août, dans son phlibot, dit le journal des Jésuites.
Les navires de France ne se rendirent à Québec qu’après le milieu de septembre. M. de Repentigny amenait avec lui, outre le P. Quentin qui voyageait fréquemment entre le Canada et la France, les PP. Daran, Gabriel Lalemant, Amable de Frétat, le sieur de Lotbinière,. les nommés Desforges, Pierre Tourmente, maçon ; Jean Guyet, menuisier ; François Gouaut, apothicaire ; Pierre Deschamps, Simon Gaboury, Charles Drouillar et Gilles Ménar, cultivateurs.
Dès l’année 1645, la compagnie générale avait partagé la traite avec les habitants, ou résidants dans le pays. En 1646 ceux-ci eurent pour leur part cent soixante poinçons de castor ; le poinçon renfermait deux cent huit livres de castor, et la livre se vendait dix francs. De sorte qu’outre les peaux d’orignaux, la compagnie des habitants se trouvait avoir pour trois cent vingt mille francs, à bord des vaisseaux qui retournèrent en Europe dans l’automne de 1646. Quelques divisions s’étant élevées entre les associés, M. de Maisonneuve, M. Giffard, et M. Tronquet, secrétaire du gouverneur, qui tous prenaient part à la traite, passèrent en France ‘ pour poursuivre quelque règlement pour leurs affaires.” Avec eux s’embarquèrent les filsde M. de Repentigny, de M. Couillard, et de M. Giffard, ainsi que les neveux de M. Des Chatelets, gaillards qui avaient fait mille pièces à l’autre voyage.” —(J. des Jés.) On commença avec six hommes à tirer de la pierre et à disposer la place pour le presbytère et l’église.
Le 5 novembre, mourut la M. Marie de S. Ignace,
première supérieure de l’Hôtel-Dieu de Québec. Le
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6 du même mois, arriva un accident qui fut regardé comme le plus triste qui eût encore eu lieu dans la colonie. “ Vers le Cap à l’Arbre, fut perdu le Brigantin qui portait de Québec aux Trois-Rivières, une bonne partie de ce qui était nécessaire pour le magasin et les habitants de ce dernier lieu. Neuf hommes furent noyés. Parmieux était Gaspar Gouaut de Poitiers, apothicaire venu pour la mission de Hurons. Le 7 il commença à geler à glace et le lendemain il neigea pour la première fois. ”—(Journal des Jésuites).
En 1647,—dix-huit baptêmes ; sous la même année sont enregistrés quelques baptêmes avec cette note : ‘ Baptesmes oubliés à marquer en leur rang et faits par M. Gilles Nicollet, prestre, depuis ie 23 septembre 1643, jusques au 27 mars 1647, pendant qu’il a esté le long de la coste de Beaupré.” Deux des baptêmes appartiennent à l’année ?43 ; deux à l’année ’44 et un à l’année 45. Ces baptêmes et douze mariages furent faits par M. Gilles Nicollet, les Pères Vimont et Le- Jeune.
Furent mariés : Julien Peteau des Tours de Belan, en Bretagne, et Marie Peltier du bourg de Marennes en Saintonge; Gilles Bacon, de Saint-Gilles, près de Caen, en Normandie, et Marie Tavernier, de Randonnay, au Perche ; Michel Chauvin, de Sainte-Suzanne, pays du Maine, et Anne Archambault, de Dompierre, pays d’Aunis ; Antoine Pelletier, de Brezolles au Perche, et Françoise Morin, de St. Jean de la Rochelle ; César Léger et Marguerite Benard ; Medard Chouart et Hélène Martin ; Marin de Repentigny, du Grandmesnil en Normandie, et Jeanne Jallaut ; Pierre Le Mieux, de Saint-Michel de Rouen, et Marie
Benard, de Chartres ; Charles Guillebould, de Tourouvre au Perche, et Françoise Bigot, de la même vilie ; Mathurin Gagnon, de Tourouvre et Françoise Boudeau de Normandie ; Jacques Aubuchon, de Saint-Rémi à Dieppe, et Mathurine Poisson, de Saint- Jean de Mortgagne ; Emery Caltaut, de Ponts près de Saintes et Magdelaine Cousteau ; Urbain Baudry .dit LaMarche et Magdelaïine Boucher.—De Pierre Le- Mieux, qui résida d’abord dans la côte de Beaupré et de son frère Gabriel, sont descendues les familles de ce nom, à la Pointe-Lévi et dans les paroisses voisines.
Magdelaine Boucher, qui se maria avec Urbain Baudry dit Lamarche, était fille de Gaspar et sœur de Pierre Boucher des Trois-Rivières. Voici ce qu’elle apportait à son époux par son contrat ge mariage : Deux cents francs en argent ; quatre draps ; deux nappes ; six serviettes de toile .et de chanvre ; un matelas et une couverture ; deux plats; six cuillers et six assiettes d’étain ; une marmite et une chaudière ; une table ei deux formes ; une huche à boulanger ; un coffre fermant à clef; une vache ; deux cochons, mâle et femelle. A la mariée les parents donnaient un habit, selon sa qualité, et du linge à sa discrétion.
Dans les actes de cette année, le Château-Richer est mentionné pour la première fois par M. Gilles Nicollet. Jusqu’alors le nom de Longue-Pointe avait été donné aux terres qui avoisinent la rivière du Petit- Pré ; on appelait généralement Côte de Beaupré, toute la côte entre Beauport et le cap Tourmente. On trouve parfois dans d’anciens documents le nom d’établissement du Cap Tourmente, donné aux habi-
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