PRÉS LB HAVRE
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PI. V, fig. 8, 9 et 10.
M. G. Lennier , conservateur du musée du Havre , a bien voulu me communiquer un nombre assez considérable de pièces appartenant aux Téléosaures et qu'il a recueillies^ soit dans les argii^ inférieures à Trigonies et à Ostrea deltoidea , soit dans les marnes à Ptérocères ( Pteroceras oeeani), qui surmontent ces dernières et appartiennent à la partie moyenne des assises kimméridgiennes.
Les pièces provenant des assises à Ptérocères consistent en une série de vertèbres caudales dont il est difiScile, quant à présent, de reconnaître l'espèce : peut-être appartiennentelles k la même que celle des assises à Trigonies ; mais on ne pourra le reconnaître exactement que lorsque des pièces plus caractéristiques viendront confirmer ou infirmer cette détermination.
Les ossements recueillis par M. Lenuier dans les argiles à Trigonies sont en nombre plus considérable et, joints à ceux que j'ai pu me procurer à différentes reprises, semblent indiquer une seule espèce que je nommerai Teleosaurus hastifer , à cause de la forme touie particulière de Tos frontal principal qui est très- court , n'entre que pour trèspeu de chose dans le pourtour de Forbite, et rappelle par sa forme celle d'un fer de hallebarde.
Ces pièces consistent en un certain nombre de vertèbres caudales, dorsales et cervicales et quelques os des membres entre autres, un fémur, deux fragments assez considérables de tête et un groupe de cinq vertèbres en série, accompagnées de leurs écailles coriespondanlcs.
Les deux fragments de tétc sont assez importants pour que j'aie pu y reconnaître des caractères tranchés qui me permettent de rapporter celte espèce à la section des Teleosauri superciliosi^ remarquables par le peu de développement du lacrymal, ta position tout-à-fait extérieure de l'orbite, qui a une forme ovoïde irrégulière et surtout par la grandeur du frontal antérieur, très-développé et rejeté de côté comme un auvent au-dessus de l'orbite.
Ajoutons la forme de la partie antérieure et rétrécie do museau qui est en dessous concave et cotiime creusée en une gouttière superficielle , se prolongeant en arrière par deux dépressions jusque dans la région sous orbitraire. Ce dernier caractère permet de reconnaître, avec la plusgraode facilité, un fragment même très-incomplet du museau d'un animal appartenant à cette section, parce qu'elle offre une forme concave, très-manifeste, tandis que ceux des autres sections montrent toujours cette région, soit lout-à-faii plane , soit plus ou moins convexe.
Cette section des Superciliosi ne s'est offerte jusqu'ici que •dans les couches jurassiques, appartenante la série oolithique
moyenne et supérieure, c'est-k-dire dans les assises calloviennes, oxfordiennes el kimméridgienncs. Ce serait donc une forme relativement récente et dont je ne connais aucun représentant dans les assises liasiqucs et oolitiiiquea inférieures. Du reste , Jes proportions relatives de longueur du museau sont tout aussi variables dans cette section que dans les autres de la famille des Tcléosauriens : quelques-unes ont une forme plus ou moins élancée ; d'autres offrent un museau très-court , très-épais. Depuis que de Blaiu\iile a désigné sous le nom de Teleosaurus superciliosus l'espèce la plus répandue, qui provient du niveau moyen des assises oxfordiennes à Grypfuea diiatata , j'ai pu étudier un grand nombre de débris appartenant à des Téléosaurcs construits sur un même plan, et y constater dès à présent quatre espèces bien tranchées dont je donnerai ici brièvement quelquesuns des caractères tirés de la forme de la tête el bien suffisants pour caractériser ces espèces (1).
!• TELEOSAURUS BLAINVILLEt. Eudes-DesL
DiAGN. Frontal principal égalant en longueur les os du nez, grand, plane , formant à peu près le 5* du pourtour de l*orbite. Frontal antérieur ayant les deux tiers de la longueur du frontal principal, non renflé, dirigé en dehors. Os nazaux de grandeur médiocre, non renflés à leur base et dont la pointe est séparée de l*intermaxïllaire par une
(i) Je me propose de compléter ces descriptions et de donner une caractéristique détaillée de toutes ces espèces, dans un travail que je prépare et que j*espère publier prochainement, travail qui formera un prodrome comprenant tous les Téléosauriens que jVi pu rassembler jusqu'ici*
longueur à peu près égale au tiers de celle de ces os, — Lacrymal petit , tout^à-fait latéral, — Gouttière sousorbitaire qssez. étroite. Museau non élargi en disque à son extrémité, presque demi-cyUndrique, piano-concave dans sa partie moyenne en dessous, saillante en arrière sur la ligne médiane, montrant de chaque côté une large gouttière superficielle qui se perd vers la partie moyenne.
Paraît jusqu'ici ta plus ancienne dans la série straiigraphique ; clic provient des assises calloviennes inférieures, une tête entière a été recueillie à Sannerville, Calvados. Ma collection.
T TELÊOSAURCS SUPÊRClLlOSOS. Ùe Blainville.
DiA(;N. Frontal principal, petit en arriére , ne formant qu'une petite partie du pourtour de C orbite. — Frontal an^ térieur très-grand, égalant en longueur le frontal principal^ s'avançant fortement en dehors et recouvrant l'orbite. Os du nez d'une longueur médiocre , très-renflés à leur base et formant^ conjointement avec les lacrymaux et au-devan des orbites ^ deux grosses saillies séparées^ sur la ligne médiane, par un enfoncement très-profond, leur pointe antérieure est loin d'atteindre l'inter maxillaire. Museau demi' cylindrique, gros, renflé à son extrémité antérieure , mais non élargi en disque. La face inférieure ou palatine plus ou moins concave à peu près partout , excepté en arrière oà elle se renfle un peu sur la ligne médiane, Lixcrymal très-petit , entièrement placé dans la gouttière sous-orbitaire qui est trèsgrin le, et /)e'céo en son fond par un grand trou pour le passage des nerfs et dés vaissea u X sous - orbitaire s.
Le Teleosaurus superciiiosus est une de nos espèces les plus solidement charpentées et Tnn de ceoi qui atteignent la plus grande taille. La forme bombée à leur base des os nazaux, qui forment comme deux bosses de chaque côté du frontal principal^ donne à cette espèce un aspect tout particulier et qui la fait reconnaître au premier coup-d*œil.
Des assises oxfordiennes inférieures et moyennes, caractérisées par la Gryphœa dilatata, les Ammonites athleia et Lambeni, C'est l'espèce qui paraît être la plus répandue , j*ai eu Toccasiou d*en étudier les débris d'une douzaine environ d'individus.
3* TELEOSAUUUS BRACHYRHYNGHUS. liudes-DesL
Dl AGN Museau large et relativement très-court^ — Frontal principal court, très-large et faisant partie du pourtour dé Vorbite <Vun 5*" environ. Frontal antérieur presque atusi long que le frontal principal et dirigé en dehors. Lacrymal très-petit j entièrement caché dans la gouttière sous-or bitaire. Os nasaux très-grands^ non renflés en arrière^ beaucoup plus longs que le frontal principal^ atteignant par leur pointe l* intermaxillaire (exemple jusqu'ici unique dans les Téléosaiiriens ). Museau gros, demi-cylindrique^ non renflé en disque à son extrémité. Face inférieure très-légèrement concavt dans sa moitié antérieure , renflée en arrière sur la ligne médiane , ayant sur les côtés deux larges gouttières superficielles. Toute la surface palatine du museau est couverte de trous et de sillons vasculaires très-prononcés.
Des assises oxfurdisnnes supérieures à Ammonites cordatus et Perna aviculoides. Un seul exemplaire provenant du ftlesnil de Bavent (Calvados).
/i» TELEOSAURUS HASTIFEH. Eudes-DesL
1)1 AGN. Frontal principal court, mais large en arrière , où il n'atteint l'orbite que dans une très-petite étendue. Frontal antérieur très^grand ; déjeté sur les côtés. Os nazaux non renflés en arrière , grands mais de longueur inconnue.
Les autres régions, qui pourraient être comparées avec celles que je viens défaire connaître, manquent encore ; ce[)endant la forme raccourcie du frontal principal, dont les contours ressemblent è ceux du fer d'une hallebarde , ainsi que le peu d'espace qu'il occupe au pourtour de Torbite et qui produit sur ce contour une profonde anfractuosité, suffisent pour le faire distinguer des autres espèces. Ces caractères ne sont donc encore qu'assez incomplètement connus. Il égalait par la taille les autres grandes espèces.
Des assises kimméridgiennes de la Hève ( argiles à Trigonies et à Ostrea deltoidea.
Je vais maintenant entrer dans ({uelques détails au sujet du groupe de vertèbres et d'écailles recueillies par !V1. Lennier, et qui me paraissent devoir être rapportées à cette dernière espèce.
Ce groupe se compose de cinq vertèbres en série assez bien conservées , mais dont les apophyses transverses sont mutilées plus ou moins à leurs extrémités externes. Cependant on peut reconnaître avec certitude les régions auquelles elles appartiennent.
Si mes observations f^iites de la suture qui sépare la portion anuQhire du corps de ia vertèbre sont applicables à l'espèce décrite ici, les trois premières vertèbres do groupe de la Hève, C 5, G 6, G 7, seraient les trois deniières cervicales, et les deux dernières du même groupe, D 1 et D 2, seraient les deux premières dorsales ; mais il se peut que la position de la suture entre le corps et Tapophyse an* nnlaire ne soit pas toujours la même. D'ailleurs , premières dorsales et dernières cervicales se ressemblent tellement qu'il faudrait avoir des colonnes vertébrales en parfait état de conservation pour être à l'abri de toutes les chances d'erreur.
Les extrémités antérieures et postérieures des vertèbres de mon groupe sont à peine concaves. Leur longueur est i peu près la même, 0,06, et leur largeur à chaque extrémité de 0,04. Le corps présente, de chaque côté, dans sa région moyenne, uup excavation d'un peu plus d'un centimètre, et en dessous, au milieu, une excavation de 11 à 13 millimètres.
Ges diverses mesures annoncent un annimal de grande taille y égalant au moins celle du TeLeosaurus megis(orhyn-' chus.
Le corps de la 1'* vertèbre, C 5 de la série, montre sur le côté une courte apophyse transverse a, on peu mutilée, plus rapprochée de l'extrémité postérieure que de l'antérieure ; une large et profonde gouttière la sépare de l'apophyse transverse 6, de même forme et un peu plus grande, qui appartient à la portion annulaire. La suture c, qui unit le corps à la portion annulaire, est bien marquée , et passe immédiatement en dessous de l'apophyse^ transverse de celle-ci. L'apophyse articulaire extérieure e ne dépasse pas de beaucoup le niveau du corps de la vertèbre , elle en est séparée par une échancrure d, large et profonde è peu près d'un centimètre ; l'apophyse articulaire vient re-
joindre Tapophyse transvei-se de la parlie annulaire, elle est dans ce point prismatique et triangulaire. L'apophyse articulaire postérieure e' esl séparée du corps de la vertèbre par une échancrure d' large de 3 centimètres et dépassant le niveau du corps en arrière d*un centimètre et demi.
L'apophyse articulaire antérieure de la seconde vertèbre de la série vient se placer dans cette échancrure, au-devant de celle de la précédente. L'apophyse épineuse f est comprimée , rejetée un peu en arrière; elle mesure 3 centimètres d'avant en arrière» et depuis les apophyses articulaires elle s'élève en dessus à environ k centimètres ; son extrémité libre ou supérieure est un peu oblique de haut en bas et*coupée carrément.
La seconde vertèbre de la série C 6 a son corps mutilé en dessous; mais on y distingue bien les apophyses iransverses du corps et de la partie annulaire séparées, comme dans la précédente, par une profonde gouttière; elles sont un peu plus rapprochées l'une de l'autre que sur la première de la série. La suture pour l'union de la partie annulaire et du corps est très -visible et occupe la même place relative.
A la troisième vertèbre i\ 7 , les deux apophyses transverses sont encore distinctes Tune de l'autre ; mais la gouttière qui les sépare est beaucoup moins profonde. L'apophyse appartenant au corps est plus large qu'elle ne l'est à la première, et la suture d'union entre le corps et la partie annulaire esl plus rapprochée de l'apophyse du corps que de celle de la parlie annulaire.
A la quatrième vertèbre D 1 , ou voit sur les côlés du corps unei arge et superficielle gouttière; mais, au lieu d'être située au-dessus de Tapophyse transverse du corps , elle est située en dessous. Celle-ci est on |)cu plus reportée en haut ; elle devient confluente par sa base avec celle de la portion
aDnuiaire (les bases seules sont conservées ] , la suture entre le corps et la partie annulaire passe entre ces bases.
Enfin, sur .les côtés du corps de la cinquième vertèbre de la série D 2« on voit une large gouttière peu profonde, placée lout-à-faii au-dessus des apophyses transverses, devenues conflueotes et n*en foriuant plus qu'une seule dont la base ( la seule conservée ) est étendue de plus de 2 centimètres dans le sens longitudinal. Cette apophyse unique se relève un peu eu dessus. La suture dont j*ai souvent parlé est tou.t-à-fait en dessous de Tapophyse iransverse.
Je ne décrirai pas séparément les quatre échancrures de chacune de ces vertèbres que forment les trous de conjugaison , ni les quatre apophyses articulaires : elles sont semblables à celles que j*ai signalées dans la première vertèbre de la série.
Les apophyses épineuses ont également une forme semblable ; elles vont un peu en s^élevant et en s'élargissant de la première à la dernière ; elles sont toutes comprimées et s'épaississent à peine un peu h leur extrémité supérieure. Du reste , le dessin en dira plus sur les caractères pariicu* liers de ces vertèbres que toutes les descriptions. Toutes les vertèbres présentent en dessous , sur la ligne médiane du corps, une carène très-peu saillante et d'autant moins prononcée qu'on les examine plus eu arrière.
Ce morceau présente encore deux séries d'écailles dorsales, une droite et l'autre gauche, restées en place et correspondant aux vertèbres. Ces deux séries se composent de quatre à droite et de cinq «i gauche. Elles sont couvertes de fossettes plus ou moins régulièrement arrondies , de grandeur un peu inégale et dont les plus grandes n'atteignent pas 1 centimètre de diamètre. D'après leur position sur les vertèbres, elles leur correspondent : aussi les dernières appartiendraient à la région dorsale et les premières à la région
cervicale; mais, contrairement à ce qui se voit dans les autres espèces que j'ai étudiées jusqu'ici, elles possèdent toutes une carène longitudinale située vers le milieu de l'écaillé , et probablement que chez cette espèce toutes les écailles supérieures étaient carénées. Chez les autres Téléosauriens , la carène ne commence à devenir sensible que vers la fin de la région dorsale.
Explication de la PI. V.
Nota.— L*os complémentaire y est colorié en rouge, pour mieux Élire ressortir sa forme et sa position ; toutes les figures , excepté la 1'* , représentent la face supérieure des mâchoires. Ces figures sont réduites à la même échelle pour bien faire saisir les proportions des diverses espèces.
Fig. 4. Branche droite de la mâchoire du Gavial du Gange, vue par sa face interne.
Fig. 2. Mâchoire inférieure du Teleosaurus Calvadosi : le complé. mentaire est en place sur la branche gauche ; à la branche droite, il est enlevé, on ne voit que sa rainure.
Fig. 3. Mâchoire inférieure du Teleosaurus Cadomensis : les deux os complémentaires sont en place.
Fig. à. Tronçon de mâchoire inférieure du Teleosaurus megistorhynchus : les portions antérieures des complémentaires sont en place.
Fig. 5. Tronçon du maxillaire inférieur du T. Edwardsi des Vaches- Noires : les parties antérieures des 2 complémentaires sont enlevées, on ne voit que les rainures.
Fig. 6. Tronçon de mâchoire inférieure du T. Larteti : les portions antérieures des 2 complémentaires sont en place.
Fig. 7. Tron(Çon de mâchoire inférieure du Teleosaurus hasiifer des argiles kimméridgiennes du Havre.
Fig. 8. Série d*écaiiles et de vertèbres appartenant au Teleosaurus hasiifer (Desl.), et provenant des argiles kimméridgiennes du cap la Hève (cet écliantilloo, communiqué par M. G* Lennier, appartient au musée du Havre!. Réduit au i/3. C 5, G 6 et G 7, 5% 6« et 7« vertèbres cervicales. D i et D 2. i'* et 2* vertèbres verticales.
Fig. 9. Même échantillon, montrant Taulrecôtéde la pièce et Iç rapport des écailles supérieares avec les vertèbres correspondantes (même réduction).
Fig. 10. 5* vertèbre cervicale provenant du même échantillon et re-
présentée de grandeur naturelle. j
a. Apophyse transverse du corps de la vertèbre. 6. — — delà portion annulaire.
ce. Suture qui unit le corps de la vertèbre à sa partie annulaire. dd. Echancrures concourante former les trous de conjugaison,
tant en arrière qu*en avant.
«. Apophyse articulaire antérieure. e* . — — postérieure.
f, — — épineuse.
Caeo, typ. F. Le Blang-Haiocl.