‹ Notes sur Madame de StaëlChapitre 4 sur 6 · CD · texte numérisé non relu

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I et 2. Galiffe. Notices généalogiques sur les familles genevoises, VI, 307. — France protestante, seconde édition, II, 329. — Noble Yves Bergevin, père de Marie, natif d'Aubigny en Sologne, avait été reçu bourgeois de Genève le 20 janvier 1561 , et avait épousé (Galiffe, Notices, VU, 230) Gabrielle, fille de maître Pierre Brossequin, ci-devant notaire royal à Bourges.

3 et 4. Galiffe. Notices, VI, 196; V. 146. 5 et 6. Galiffe. Notices, III, 509.

7 et 8. Galiffe. Notices, I, 391 ; III, 315. 9 et 10. Galiffe, Notices, I, 373 et 388.

II et 12. Galiffe, Notices, II, 548 et 512.

13 et 14. Jean Genoyer, fils de Melchior, de Manosque en Province, reçu habitant de Genève le..., et bourgeois le Ie1' janvier 1627, nommé en 1633 membre du Conseil des GG, se maria trois fois : a) le 2 décembre 1624 (contrat de mariage, Bon, notaire, XII, 21) avec Judith Ramu, -i*à23 ans le 9 mars 1627 ; b) le 14 septembre 1628 (contrat de mariage, Bon, notaire XVII, 9161) avec Etienna de la Corbière, ï à 26 ans le 21 août 1637 ; c) le... octobre 1638 (contrat du 20 novembre suivant, Isaac de Monthoux, notaire, XXVIII, 217) avec Marie Amy. Celle-ci, après que Jean Genoyer fut mort à 51 ans, le 26 novembre 1651, se remaria avec un autre membre du CC, noble Pierre Dufour.

Jean Genoyer avait fait le 25 juillet 1650 (Pinault, notaire XL, 52) un testament en faveur de sa troisième femme et de ses trois filles. On trouve le nom de sa mère, Anne Mati, dans un acte du 14 juin 1626 (Isaac de Monthoux, notaire, II, 73).

15 et 16. Galiffe, Notices, II, 188; III, 251.

Jean Genoyer s'était établi à Genève avant 1625; les autres familles françaises qui figurent dans cette ascendance s'étaient réfugiées dans notre ville pendant le XVIe siècle,

au plus lard au lendemain delà Saint-Barthélémy; en sorte que depuis lors, jusqu'au jour où Jeanne-Marie Gautier se maria et devint mère, un siècle ou deux s'étaient écoulés, plusieurs générations avaient passé; la marque genevoise avait eu le temps de s'empreindre sur ce groupe de familles et tout ce côté de l'ascendance de madame de Staël est absolument genevois: le sang étranger y est entré à peu lires dans la même proportion où on le retrouve partout dans nos vieilles familles.

III. Curchod. Cette famille vaudoise est encore florissante aujourd'hui; on n'en dira pas autant des recherches généalogiques qui la concernent. D'après un tableau que je dois à l'obligeance de M. César Curchod, pasteur à Morges, arrièrepetit-neveu de Louis-Antoine Curchod, celui-ci aurait été fils du châtelain de Dommartin. C'est tout ce qu'on sait sur son ascendance.

IV. Albert. En 1883. dans le tome XXV du Bulletin de V Institut genevois, j'ai publié, en appendice à un mémoire sur les recherches généalogiques à Genève, quelques renseignements que m'avait obligeamment communiqués M. de Coston. sur la famille Albert et les autres ascendants dauphinois de madame de Staël. Ces détails ont été complétés et rectifiés par M. de Coston, dans la troisième pailie de son Histoire de Montélimar et des principales familles qui ont habité cette ville.

Le coup d'œil que nous venons de jeter sur l'ascendance de madame de Staël, nous amène à des conclusions nettes et sûres : partout nous avons vu de la bonne, ancienne et haute bourgeoisie. Quatre races diverses se sont unies en elle, toutes saines, toutes vivaces, toutes marquées d'une empreinte profonde. C'est une hérédité exceptionnellement riche ; et ce qui est si rare : variée et solide à la fois.

§ 3. Jbe piove&beiAX, Jheckcc

Charles-Frédéric Necker était né à Kiistrin, dans la Nouvelle Marche de Brandebourg, le 13 janvier 1686; et c'est à Kiistrin qu'après ses études terminées, il prêta le serment d'avocat, le 26 mai 1711. Nous ne sommes pas en mesure de le suivre, année par aimée, dans toutes les phases de sa carrière, depuis son départ de Kiistrin jusqu'à son arrivée à Genève. Mais on sait qu'il accompagna dans leurs voyages, en qualité de gouverneur, quelques jeunes seigneurs allemands, M. de Bernsdorf (*) et MM. de Bothmar et de Kilmanseck (2). Il avait été aussi, pendant trois ans, à Vienne, le secrétaire du général de Saint-Saphorin,(3) qui fui ambassadeur d'Angleterre à la cour impériale, de 1718 à 1721.

Necker avait fait un séjour à Genève, avec un de ses élèves ; il y avait laissé un bon souvenir, et y avait gardé des relations. En 1724, il y fut appelé à une chaire de Droit public. Quoique M. Hermann ait déjà publié les extraits des registres du Conseil de Genève qui se rapportent à cette nomination, ils sont trop essentiels à la biographie de Necker pour que je les omette ici.

(*) Familiengcscltiehte des Herm von Necker, page 6.

(-) Bibliothèque germanique. Amsterdam, 1726. IX, 209.

(8) De Wyss. Lebensgeschichte J. K. j?sc/*ers, Bùrgermeisters der Republik Zurich. 1790, page 200. — Au mois de mai 1727, le professeur Necker obtint un congé de quelques jours pour rendre visite à M. de Saint-Saphorin, qui était revenu dans le pays de Vaud, son pays natal, où il passa le reste de sa vie.

11 avait élé proposé, dans le Conseil des CC, d'appeler à l'Académie « un professeur allemand, pour enseigner le Droit public d'Allemagne, qui attirerait en ce pays la noblesse allemande ». Le Conseil des XXV nomma des commissaires pour étudier cette proposition; ils s'accordèrent à l'approuver. Le procès-verbal continue eu ces termes :

On a ensuite rapporté les offres que M. Necker avaîl faites, dans ses lettres à M. de la Terrasse (*), de venir remplir cette place sans être à charge au public, ne demandant que le titre de professeur, et l'honneur de la bourgeoisie.

Après quoi, ayant été opiné sur le tout, l'avis a été qu'il y avait lieu d'accepter les offres du dit M. Necker, et de lui donner le titre de professeur en Droit public, mais sans aucuns gages;

Qu'il était à souhaiter que pour l'honneur de l'Académie, il lit une leçon publique par semaine sur quelque matière curieuse, comme les prolégomènes du Droit public, ou quelque question de Droit féodal.

Que pour ce qui regardait la bourgeoisie, on s'en tiendrait à des assentiments généraux (en lui faisant entendre} qu'on pourrait la lui conférer lorsqu'il serait entré dans l'exercice de son emploi, et qu'on en aurait plus particulièrement reconnu l'utilité.

Les conclusions de ce rapport furent adoptées par le Conseil des XXV, et l'affaire fut portée au Conseil des CC. le 18 septembre 1724:

(M II s'agit de Jean Durand de la Terrasse, « écuyer de distinction. » que le Conseil avait fait venir de Berlin en 1717. pour diriger Je manège de Genève, et tenir une « Académie ».

Opiné sur rétablissement de la Profession en Droit public d'Allemagne et dans le Droit féodal, qui a été résolue à l'occasion de M. Necker qui s'est présenté pour servir gratis, et connu ici pour un habile homme et un très honnête homme, possédant le haut allemand, qui pourra attirer la haute noblesse allemande en cette ville: duquel on a lu deux lettres par lui écrites de Vienne en Autriche à M. de la Terrasse, et à noble Tronchin, ancien Syndic, contenant en des termes très polis sa grande estime pour cette ville, son désir de pouvoir venir s'y établir, avec les offres de ses services; tous ceux de qui il est connu en cette ville ayant aussi rendu un témoignage très avantageux à ses bonnes qualités et à son affection pour l'Etat. A quoi on a ajouté que l'établissement de cette Profession est honorable au public, avantageux à l'Académie, et utile aux particuliers; et qu'elle ne peut être bien exercée que par un Allemand.

L'avis a été d'accepter les dites offres du sieur Necker.

A ce moment, Necker était à Londres, chez le comte de Bothmar. Le secrétaire d'Etat Gautier, qui fut plus tard son beau-frère, fut chargé de lui écrire pour lui annoncer sa nomination. La réponse de Necker est annexée au registre du Conseil :

Londres, le 12/24 octobre 1724.

Monsieur.

J'ai appris ici il y a trois jours, avec la plus grande joie du inonde, par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m' écrire de la part de Messeigneurs du souverain Conseil de Votre République, que l'envie que je leur ai marquée de m'établir à Genève ne leur a pas déplu, et qu'ils ont daigné m'en fournir le moyen, en me conférant la charge de professeur du Droit public d'Allemagne. Je ne souhaite

rien tant, monsieur, que d'en être déjà investi, et je brûle d'envie de pouvoir rendre immédiatement à mes dits Seigneurs mes très humbles actions de grâces de cette marque de leur bienveillance, et de leur témoigner combien je suis sensible à l'honneur qu'ils me font par là.

Mais, comme il est absolument nécessaire que j'en informe le Roi mon maître (l), et que j'obtienne son agrément pour accepter la charge que l'on m'offre, j'espère que mes dits Seigneurs ne trouveront pas mauvais que je diffère à leur marquer mes sentiments de respect et de reconnaissance jusqu'à ce que Sa Majesté ait souscrit à mes désirs, comme je suis persuadé qu'Elle fera.

Je vous supplie, monsieur, d'excuser à Messeigneurs ce petit délai, et de les assurer en même temps (pie je ferai tous mes efforts pour répondre à la bonne opinion qifils ont de ma capacité.

Et comme vous avez bien voulu nie témoigner par votre lettre, que vous prenez part à l'honneur que Messeigneurs viennent de me conférer, je vous prie d'être bien persuadé que je tâcherai de vous donner dans toutes les occasions des preuves de ma plus vive reconnaissance, et de la parfaite considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Neckkr.

Je donne encore quelques extraits des registres du Conseil, qui sont relatifs à l'entrée en fondions du nouveau professeur :

r1) Né sujet prussien, Necker avait passé au service de l'Electeur de. Hanovre, roi d'Angleterre : <le même que mais avons vu plus

haut un de ses cousins, comme lui né sujet de l'Electeur de Brandebourg passer au service de l'Electeur de Saxe.

23 janvier 1722. M. Tronchin, ancien Syndic, a dit qu'il a reçu une nouvelle lettre du sieur Necker, de Londres: lequel, en continuant ses remerciements de l'honneur qu'on lui a fait, assure qu'il se rendra en cette ville sur la fin de février, et que plusieurs personnes de qualité lui ont promis d'y venir étudier sous lui.

23 mars 1725. M. le Premier a rapporté qu'il a reçu une lettre de spectable Necker, professeur, qui lui marque qu'il partira de Londres après Pâques, pour se rendre ici, ayant obtenu une pension du Roi, de cent livres sterling.

(S juin 1725. M. le Premier a dit que le sieur Necker, professeur en Droit public d'Allemagne, est arrivé, et l'est allé voir.

18 août 1725. Spectable Maurice, professeur et recteur, ayant demandé l'entrée, invité d'être assis et couvert, a remercié le Conseil de la part de l'Académie, et de tous ceux qui y prennent intérêt, de l'élection qu'il a faite d'un professeur en Droit public d'Allemagne, et du choix de la personne de spectable Charles-Frédéric Necker, de Kùstrin dans la Nouvelle Marche, lequel est savant et connu; ajoutant des vœux pour le Conseil, et priant de recevoir le dit Necker au serment: lequel, étant entré, a prêté le serment des professeurs; et ils se sont retirés tous deux.

2i septembre 1725. M. le Premier a dit que le sieur Necker, professeur en Droit public d'Allemagne, lui a demandé jour pour faire sa harangue inaugurale, à vendredi prochain à deux heures: ce qui a été approuvé (ces derniers mots ont été biffés.)

28 janvier 1726. Vu la requête de spectable Charles-Frédéric Necker, de Klislrin dans la Nouvelle Marche de Brandebourg,... l'avis unanime a été de conférer au dit spectable Necker la bourgeoisie de cette ville, gratis et sans finance.

considération de son mérite personnel et de la manière satisfaisante dont il exerce sa profession, qui est très utile à l'EtaL

Lequel étant entré, il a prêté le serment des bourgeois.

25 mai 172(>. Noble Gautier, conseiller et secrétaire d'Etat, a dit qu'il était chargé de la part de spectable Necker, professeur en Droit public d'Allemagne, son beau-frère, de présenter au Conseil sa harangue inaugurale, qu'il a fait imprimer; laquelle a été acceptée; et noble de Chapeaurouge, ancien syndic, a été chargé de l'en remercier.

C'est au cours de sa quarantième année que Necker s'était fixé à Genève; peu après, il y épousa la fille d'un ancien syndic, âgée elle-même de trente-trois ans, qui lui donna quatre enfants. Les deux premiers moururent en bas âge (*). Les deux autres furent des hommes distingués. L'aîné, Louis Necker de Germany, n'avait pas encore vingt-six ans, quand il fut nommé (23 juin 1756) correspondant de l'Académie des sciences de Paris. L'année suivante, il devint le collègue de son père à l'Académie de Genève, ayant été appelé (23 avril 1757) à la chaire de mathématiques, « vacante par la nomination de speclable Trembley à la chaire de théologie ». — Le cadet. Jacques Necker, a été le célèbre banquier, ministre du roi Louis XVI; et le père de madame de Staël.

La Familiengeschichte déjà citée rapporte à propos de la pension du roi d'Angleterre, dont il a été parlé plus haut, qu'ayant accompagné h Londres M. de Bernsdorf son élève, qui était filleul du roi d'Angleterre Georges Ier. Necker avait

f1) Frédérique-Louise-Madeleine, morte à 3 ans le 22 décembre 1729. à la Grand'Rue ; et David, mort à un an, le 80 avril 1721). à la rue du Temple.

réussi a gagner la faveur de ce souverain, si bien que le

roi lui fil accorder par son Parlement une pension annuelle. pour l'aider à établir à Genève un pensionnat destiné à l'éducation des jeunes Anglais qui viendraient sur le Continent. Cette institution réussit à souhait, et cVst ce qui commença la fortune de la famille Xecker.

Un lit dans le journal de Jean Crânien1), à la date du 1^ décembre 1734: « M. le professeur Neeker a accompagné six étrangers ses pensionnaires, qui vont passer quelquesemaines à Rolle f2). en attendant le dénouement de nos affaires. > On sait que le tamponnement et le Iransmaréhement des canons de l'arsenal de Saint-Gervais avaient mis en grand émoi la bourgeoisie du quartier; il y eut dans îa petite république de> troubles violents et longs, qui n'étaient pas encore apaisés trois ans après, alors que le professeur Xecker écrivait(3) à l'un de ses correspondants : « J'ai eu l'esprit si occupé de nos fâcheuses affaires, que je n'ai pu qu'avec peine penser à autre chose. »

Une revue écrite en latin, qui se publiait à Zurich, la Tt mpe Itelcetica, cVssertationes théologiens, ph'loïofticas. ori- Ucas. lùstoricas exhibens. a donné en 1742 une courte notice biographique sur le professeur Ne^ker. ou nous remarquons ce passage: lotus jam in eo est Vir doclissiinus. ut praelo submittat Corpus juris publia.

Xecker n'a pas publié ce Corpus: les seuls ouvrages qu'on ait de lui sont les suivants:

(r)Mss. de la Société d'histoire de Genève, n 71, page 438. Cp Ms. 37, page 184.

i-i 11 semble qu'à ce moment déjà, le professeur Xecker possédait à Gennany, hameau dota paroisse de Mont sur Rolle, la propriété dont son tils. Louis Xecker de Gerroany, a plus tard pris le nom.

Quatre lettres etc. (ouvrage cité pins loin).

1. La harangue inaugurale, plus haut mentionnée; on n'en a pas encore retrouvé un seul exemplaire.

"i. Quatre lettres sur la discipline ecclésiastique, écrites entre M. Necker, professeur en Droit public à Genève, et M. Le Maître, chapelain de S. E. M. le comte de Schaumbourg-Lippe, à Buckebourg. Utrecht, 1740, 141 pages, petit in-8°.

« Mon nom mis en français, dit ce M. Le Maître, a trompé plusieurs personnes. Je ue voudrais pourtant renier ni ma famille, ni ma patrie. On saura donc que je suis né Suisse allemand, bourgeois de la ville de Zurich... Voilà deux correspondants, continue-t-il, — et cette remarque n'est pas sans intérêt — qui écrivent dans une langue qui ne leur est pas naturelle. » En fait, le chapelain Le Maître s'appelait Meisler. Son lils, Henri Meister, né à Buckebourg en 1714. a été le collaborateur de Grimm et le correspondant de madame de Staël.

Le Maître, ou mieux Meister, avait écrit, pour l'usage des comtes de Schaumbourg-Lippe, un Abrégé de la religion chrétienne. « Le savant et judicieux M. Vernet, dit-il, expliquait à ces jeunes seigneurs mon petit ouvrage théologique, pendant qu'ils étudiaient le Droit sous la direction de M. le professeur Necker. Il était naturel de m'assurer que les principes de jurisprudence que l'on inspirait à de si dignes élèves, ne choquassent pas les principes de religion qu'ils trouvaient dans mon livre. Ce fut donc pour me tranquilliser à ce sujet, et pour profiter en même temps d'une docte correspondance, que je priai M. Necker de vouloir bien me faire savoir ses pensées sur la juridiction ecclésiastique. »

La première lettre de Necker est datée de Genève. 4 janvier 1737; elle est suivie d'une réponse de Meister,

d'une réplique de Necker. d'une duplique de Meister ; et le tout est précédé d'une Epîire préliminaire à MM. les jurisconsultes protestants, datée de Buckebourg, 4 novembre 1739. « M. Necker, dit Meister, après avoir témoigné beaucoup de répugnance pour la publication de nos lettres, y a consenti, après que j'ai eu l'honneur de m'en entretenir avec lui de vive voix à Genève, où je me rendis pour une quinzaine de jours, l'été passé. » En définitive, les deux lettres de Necker font la moindre partie de ce petit volume.

3. Le 19 mai 1738, dans une fête scolaire, les Promotions du Collège de Genève, le professeur Necker avait fait lecture d'un discours latin, qu'il publia l'année suivante dans le tome IV delà Tempe helvetica: Responsio ad quaeslioirem Juris candidat! : Quis sit verus sensus axiomatis : Salus populî suprema lex ? Numve liceat ejus causa aliquid agere' quod legibus naturalibus ant civilibus répugnât ?

4. Description du gouvernement présent du Corps germanique appelé communément le Saint Empire romain, tirée des lois fondamentales, de L'histoire, et des meilleurs auteurs du Droit public d'Allemagne. Sine loco [Genève] 1741,367 pages in 8".

Au moment où cet ouvrage sortit de presse, on fît des difficultés à l'auteur. Nous citons le registre du Conseil :

17 mars 1741, M. le Premier a rapporté que spectable Necker, professeur, lui avait remis un exemplaire d'un livre qu'il a fait imprimer, intitulé: Description de V état présent du Corps germanique, avec dédicace pour le Conseil ; et il a prié le Conseil de résoudre s'il veut recevoir ce livre et en agréer la dédicace.

L'avisa été d'ordonner au dit spectable Necker de retrancher la dédicace de son livre, et la première feuille par laquelle il paraît qu'il a été imprimé à Genève.

Necker se soumit aussitôt, et s'empressa d'écrire au Conseil :

Magniliques et très honorés Seigneurs,

J'ai appris avec autant de surprise que de chagrin, que l'ouvrage que je voulais me donner l'honneur d'offrir à Vos Seigneuries, leur a paru d'une nature à ne pouvoir leur être dédié, sans les rendre en quelque sorte responsables de la manière dont on y parle de certaines matières concernant le gouvernement de l'Empire.

11 serait bien facile, magniliques et très honorés Seigneurs, de faire voir par les principes et par la liaison de tout le livre, qu'il ne contient rien que des faits, et des maximes généralement connues et ouvertement soutenues en Allemagne, rien qui ne se dise et ne s'écrive à la Diète même, rien qui n'aille à établir la bonne harmonie du Corps germanique et la souveraineté de tous ses membres, rien par conséquent qui ne soit dans le système le plus agréable aux Princes, et le plus propre à êlre goûté des étrangers qu'on souhaiterait d'attirer dans cette Académie.

Néanmoins, comme en dédiant cet ouvrage à vos Seigneuries, avec l'assentiment de M. le Premier Syndic (André Gallatin, cousin de madame Necker au <Se degré), à qui l'auteur avait eu l'honneur d'en parler, et après que le premier Seigneur scholarque avait vu l'ouvrage à mesure qu'on en imprimait les feuilles; comme, dis-je, l'unique intention de l'auteur était de donner à vos Seigneuries une inarque publique de sa dévotion et de sa reconnaissance, il parviendra également à son but en leur témoignant en cette occasion une prompte obéissance.

C'est pourquoi il retirera et supprimera, autant qu'il dépendra de lui, son épître dédicatoire et l'endroit de l'im-

pression de son livre ; priant toutefois vos Seigneuries d'agréer également les sentiments qui sont exprimés dans sa dédicace, et dont il fera toujours gloire.

J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, magnifiques et très honorés Seigneurs, de vos Seigneuries, le très humble et le très obéissant serviteur,

Nkcker.

Le Conseil avait suivi ses maximes traditionnelles en prenant des précautions méticuleuses pour écarter ce qui pouvait porter ombrage à quelque puissance. Mais Necker n'avait pas d'ennemis dans le Conseil, et sa lettre reçut l'accueil qu'elle méritait:

18 mars 1741. On a lu un mémoire de spectable Necker... (suit l'analyse de la lettre qu'on vient de lire). L'avis a été que l'on est satisfait de ses sentiments et de la démarche qu'il a faite; que. plein d'estime pour lui, le Conseil lui donnera dans l'occasion des témoignages de sa bienveillance; et noble Favre a été chargé de l'informer de la résolution du Conseil.

Dans sa préface, l'auteur nous donne sur son ouvrage quelques renseignements qu'il faut recueillir : « J'en fis une ébauche il y a dix ans, à la sollicitation de quelques personnes de distinction, qui souhaitaient de connaître le gouvernement de l'Empire dans son intérieur, et qui crurent que l'occasion que j'avais eue de faire du séjour à Ratisbonne, et de passer quelques années à la cour de Vienne, me mettait en état de remplir leur désir cà cet égard. » Ce qui décida Necker à publier son livre, c'est « le triste événement de la mort de l'empereur Charles VI, qui attire

aujourd'hui l'attention de loule l'Europe sur les affaires d'Allemagne. »

5. La Familiengeschichte fait mention d'un autre ouvrage de Necker sur le même sujet: Kurzer uod aus Quellen hergeleileter Unterricht zum Staatsrecht des H. K. Reiches deulscher Nation, mit J. A. Cramers Yorrede. 2 Theile, Marburg, 1740 und 1741. 8°. Je ne l'ai pas vu, et je ne saurais dire si les nos 4 et 5 sont un seul et même ouvrage, écrit par l'auteur en deux langues, ou s'ils se rattachent entre eux par un lien moins étroit f1).

Necker avait commencé tard à écrire, et il s'arrêta de bonne heure. Il était partagé entre l'allemand, sa langue maternelle ; le français, langue du pays où il passa la seconde moitié de sa vie; et le latin, qui était encore la langue du Droit. Ses livres ne sont pas d'un écrivain ; on y voit un professeur dont l'enseignement est solide et nourri. Auteur estimable, on peut dire que le professeur Necker est bien le père de son iils ; mais celui-ci a vécu à Paris, et n'a pas manqué de talent. Quant à madame de Staël, alors qu'elle écrivait en 1816 ses Considérations sur la Révolution française, on peut dire qu'elle avait derrière elle, par elle-même ou les siens, cent ans de méditation sur les problèmes de la politique: toute une hérédité!

Necker fut appelé à quelques fondions publiques. Les membres du petit Conseil, qui nommaient ceux du CC, choisissaient volontiers leurs parents ; en sorte que Necker entra au CC dans la promotion du 7 janvier 1734, quoiqu'il ne fût qu'un nouveau venu dans le corps des bourgeois. On épilo-

(*j M. Hermann dit à la page 6 de son opuscule: Eine Uebersetzung erscfiien 1764 in Franklin-} und Leipzig anonym, abersicher von cineiii anderen. — Lu renseignement donné en termes si brefs ne se comprend pas très bien. « Dne traduction... » en quelle langue?

gua sur ce choix, el nous lisons dans un cahier de notes, qui date de cette époque:

Il a paru bien extraordinaire dans le public, que le sieur Necker ait été fait du Conseil des CC, au préjudice de plusieurs anciens citoyens, sensés et gens de mérile; quoique le dit Necker ne fût reçu bourgeois que depuis dix ans, étant né à Kiistrin, dans la Prusse.

(Miss, de la Société d'histoire, n° 105, page 32).

Les membres du CC étaient nommés à vie. Les membres laïques du Consistoire étaient nommés à terme; et pendant quelques années (1742-47), Necker fit partie de ce corps. Sa position eût été singulièrement fausse, s'il y avait encore siégé en 1700, quand éclata la scandaleuse aventure à la suite de laquelle son fils aîné, Louis Necker de Germany, dut abandonner Genève: alors que Voltaire, le (J janvier 1761, écrivait à d'Alembert: «■ Votre ami Necker a demandé pardon au Consistoire (*), et a été privé de sa professorerie »

Au mois de septembre 1713, Necker, le père, obtint un congé pour aller passer l'hiver à Montpellier. Le premier Syndic lui souhaita un bon voyage, et une meilleure santé. Mais nous voyons par le rôle des présences au Consistoire qu'il ne larda pas cà se rétablir; et puisqu'il n'est mort que dans sa 77me année, nous ne perdrons pas notre temps à nous apitoyer sur sa santé.

( ' i Le il décembre 1760. — Necker deGerraany partit aussitôt pour Paris : et sur sa demande, quelques semaines plus tard, il fut « rétabli à la paix de l'Eglise », par le chapelain de l'ambassade de Hollande, à Paris, lequel avait reçu à cet effet l'autorisation du Consistoire de Genève.

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