a. Mémoires éU VkkasUl, IV, a
îjfr NQTE5 SUR PROSPER MËRIMÊE
Elle n'a pas k ion, mais avec elle son mari peut devenir un grand diplomate. Croyez -vous réellement que les Turcs soient disposés à renouveler ailleurs les scènes de Djedd*ih ? Des {^ens tjui reviennent de TOrient disent que rexaitalion anli cliiéticnuc est tru^s grande, et que les X"* de leur côté ne nc^^ligent rien pour raccroître. J*ai vu en BaviiÎTc le roi Oihon. Ilot^v [ImiÀta i^oiji^tfiÊv! Adieu, mou cher .imi, je vous souliaite santé et prospérité. Je suis assez ptclrement du côté de h santé. J'ji des sp;isnies d'estomac et ne dors ni ne mange, Les ans en sont h G*uise, Ailieu encore, je vous embrasse de cœur.
w P^ Mérimée. »
Le monde savant avait été en émoi par la nouvelle de la vente du musée Campana. Mérimée désirait que le gouvernement français l'achetât.
Les négociations pour cette acquisition faillirent jouer un mauvais tour à Lenormant. Heureusement pour lui, Mérimée veillait et M"« Lenormant, qui s'était adressée aussitôt à lui, reçut la lettre suivante :
« Lundi soir, i*' nov.
« Madame, « J'aurais voulu répondre dans la journée à votre lettre du 31 octobre qui m'est arrivée ce matin. Malgré ma répugnance à voir S. Ex. je suis allé frapper à la porte de son cabinet. Il fêtait la Toussaint. De là je suis allé à la Bibliothèque. Le Directeur prenait aussi ses ébats. Je l'ai vu ce soir et je m'empresse de vous rendre compte de notre conversation. Mais d'abord permettez-moi de vous demander si ce que vous me dites de Vautorisation pour Ronu donnée à M" D par Af . Tascbereau à défaut du Afr« abseuty vous le tenez de M. L<, ou si, comme je le présume, vous m'avez transmis une simple conjecture de votre part ? Ce qui me le fait croire, c'est qu^adminisiraiivement M' L. aurait eu toujours h recourir au directeur avant de demander un congé au M'* et que l'absence de
ce dernier n'aurait rien changé, puisqu'il y avait un Ministre intérimaire. Veuillez me dire si je me trompe, car cela est asssez important comme vous allez voir.
« Voici ce qu'a dit M^" T. M. D lui a dit seulement qu'il avait besoin de quitter Paris pour quelques jours. T. crut qu'il allait à la campagne. Cinq à six jours après, le lo ou le II octobre, il rencontra Schnetz chez M. Fould! Schnetz l'aborda et lui dit qu'il regrettait beaucoup qu'une audience de l'Empereur l'ait empêché d'accompagner à Rome M. D. Ce (iit la première nouvelle que reçut T. Je suppose (il ne me l'a pas dit) qu'il fut un peu piqué de n'apprendre cela que par hazard. Le 12 il écrivit au Ministre et lui proposa M. Chabouillet pour remplir l'intérim qui ne devait cesser, disait-on, au cabinet des médailles, qu'en octobre. Le 1 6 le Ministre écrivit à M. T. (nonobstant la lettre du 12) : « J'apprends par le bruit public que M. L., etc. » En même temps, il faisait demander à M. Fould, par trois fois, s'il avait ou non donné une mission à M. L^ Sur la réponse négative de celui-ci, il a fait écrire à Rome à M^" L< qu'il retournât immédiatement à son poste, sous peine de suspension de traitement. Selon M. T., cette suspension n'a jamais été appliquée, et il considère cela comme un argument comminatoire. Cependant le M'< a envoyé demander le 20 la feuille d'émargement et a mis embargo, je ne sais trop par quel procédé, sur les appointements. Tout cela semble â M. T. une menace et rien de plus. Pourtant il est d'avis que M. L* revienne aussi vite que possible. Quant aux conséquences probables de l'affaire, il croit comme moi qu'elles se borneront h une admonestation suivie de la restitution de la retenue. T. qui avait fait des
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représentations au Ministre lorsqu'il envoya demander la feuille, ne m'a paru nullement irrite, et m'a même offert SCS bons offices auprès du M''^ lorsqu'il en serait temps. Il m'a exprimé le regret que M' L« ne lui eût pas fait part plus complètement de ses projets. Rien n'était plus facile que de lui donner une mission à l'occasion de la vente du M»* Campana. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'en tout cela, Chabouillet n'est pour rien, et qu'il n'a nullement recherché les honneurs de l'intérim.
« Ma conclusion, Madame est que si la lettre ministérielle n'a pas encore attrappè M^ L* il faut l'avertir de revenir tout de suite ; 2» qu'en attendant vous pouvez être parfaitement tranquille. Au retour de M' L*, s'il juge qu'une démarche de ma part auprès de M^ Rouland peut avoir quelque utilité, je suis tout h vos ordres. Je suis assez furieux contre M. R. pour quelques tours un peu trop noirs qu'il m'a joués, mais du moment où vous croiriez que je puis vous être bon à quelque chose, vous savez Madame que je suis prêt à mettre ma rancune dans ma poche et \ solliciter S. Hxc. de mon mieux ou de mon moins mal. Pour le moment je ne pense pas qu'il y ait rien à faire.
« Adieu, Madame, veuillez me rappeler au souvenir des voyageurs et agréer l'expression de tous mes sentiments respectueux et dévoués.
« P. Mérimée.
« M« de Boigne souffre beaucoup de son œil. Elle est très dolente et très triste. Le Chancelier est i merveille. »
Quelques jours après, il partait pour G)mpiègne où il
)So HOTSS SOU PROSPEX MÈRIIlàE
restait trois semaines. H écrivait à Grasset, une fois Je retour à Pari* i
« Paris, lo décembre [1858].
tt Mon cher ami j mes relations avec M, Gladstone consistent à avoir fait un asse^ mauvais déjeuner chez lui et un bon dîner chez je ne me rappelle plus qui. Ce serait uû grand bazard s*il se souvenait de moi. Cependant voici quelques lignes pour ce f^rand bouinie i s* il vous repond qu'il ne me connaît plus envoyez le promener, pour moi je me soucie médiocrement de ce qu'il pensera de moi qui lui recommande quelqu'un, étant à peine connu de lui nioi^mémc. Vous savez la raideur d'étiquette des Anglais. Je manque peut-être aux règles établies, mais je m*en moque du moment que cela peut vous être agréable. Voici donc la lettre susdite. Je regrette Je vous t^avoir fait attendre, mais apr^^s avoir passé trois semaines ù Compiégne, je suis allé voir un ami â la cainpague et ne fais que de rentrer à Paris où fai trouvé trois lettres de vous. Comment un homme aussi au fait que vous des manières orientales se f:iit-il envoyer du vin en baril? Il est tout simple qtic les marins aient got\té votre Chypre et encore plus simple qu^ils l'aient bu. Lorsque Mp Sahatier m*a envoyé du mastic, trois bouteilles sont arrivées à moitié vides, mais ci:la vaut mieux que remplies d'eau de mer. Je crains fort pour le vin de Schira^, mais je ne le regretterai guère, car j*ai mauvaise opinion des palais orientaux. Ils ne demandent au vin qu'une chose c'est de les griser^ et ils ne lieuneni guère au goût du breuvage pourvu qu'il leur tape h tête. Mon postillon turc m'a bu une bouteille d'eau de Cologne et l'a trouvée très bonne.
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«Je viens de passer 21 jours en fêtes, chasses, pro<* verbes, charades, etc. et ce qui vous étonnera, vous qui connaissez mes goûts, c'est que je ne me suis pas ennuyé. Sauf l'obligation du pantalon collant h 7 heures du soir on était aussi libre que chez de bons propriétaires, gens du monde et aimant la liberté. Le maître et la maîtresse de la maison se donnaient beaucoup de peine pouramuser leurs hôtes. En somme nous étions fort bien et nous nous sommes séparés avec regret tous tant que nous étions d'invités. Je n'ai pas encore rencontré M. Thouvenel. Il est vrai que depuis mon retour de Florence je n'ai passé que très peu de jours à Paris. Je crois d'ailleurs qu'il est allé i\ la campagne lui-même. Je ne comprends guère ce que vient fnirc M. Gladstone. Sa mission me parait fort peu agréable pour le gouverneur général et je comprends encore moins comment en allant à Athènes le commissaire extraordinaire pourra établir la situation des Sept Iles. Au fait il y a une façon de tout expliquer, c'est que lord Derby pour s'assurer ou la coopération ou la neutralité de M. Gladstone lui a procuré l'agrément de voyager i l'œil. Avez-vous lu son commentaire sur Homère? C'est quelque chose de curieux par l'érudition, l'éloquence et la niaiserie. 11 y a de tout cela et à forte dose. Je suis malade du spleen et de spasmes d'estomac fort ennuyeux. Je ne sais si je suis asthmatique ou malade des nerfs. Je penche pour le dernier, car je grimpe encore assez bien aux montagnes et n'en souffre p.is trop. J'ai eu une crise du diable i Brescia au milieu des marais. Adieu mon cher ami, je voudrais avoir de l'argent par acheter une maison h Venise ou à Florence ou à Menton, et y vivre avec un chat et une fille qui me tiendrait les pieds
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chauds. Je auppûse que vous avca; l'un et l'autre à CorTou et de bon tabac par dessus le marcha. Les cigares deviennent tous les jours plus mauvais. Adieu. "Eppui^o, »
{Sans signalnrc.)
En écrivant à M* de Witte il donnait aussi des renaei-
gnemems sur k collection Catnpana ;
tt Jeudi &oir.
c Mon cher ami
« J'enverrai demain la lettre de votre curé âCourmont* En lisant le dossier de Selles, je n*aî pu m ^empêcher d'avoir que^ucs inquiétudes au sujet de Tarchitecte. 11 est évident que les derniers travaux ont été mal iaits, ou que l'architecte n'a pas mis Femplâtre où il fallait. On va envoyer un homme sûr qui nous fera un rapport plus précis sur la situation de Téglise afin que la réparation cette fois soit bien définitive.
« Je suis fâché de vous dire qu'il n'y a rien de fait pour la collection Campana. On a les meilleures înteulions du monde, mais il s'agit de traiter avec un las de fripons, les uns sont aux galères comme le propriétaire, les autres sont ses jiïgcs et ses accusateurs. On demande 7 millions. M, Lenormant dit que la collection en vaut troisj mais qu*il en faut payer cinq pour ne pas perdre roccasion. Le marquis de son c6ié en veut 7 afin d'en payer cinq et d'en garder deux pour se consoler. Je crains qu'avec ce tas de canailles romaines on ne puisse pas promptement terminer.
« Mille amitiés et compl.
« Pr Mérimée. »
De son côté, Lenormant écrivait à Schnetz, le 16 janvier 1859 :
c J'aurais bien voulu vous transmettre de bonnes nouvelles relativement à l'acquisition de la collection Gimpana ; mais ici le mauvais vouloir est évident ; à mon retour, j'ai offert de me mettre en rapport avec le ministre d'État : j'ai reçu pour réponse que la pensée de l'acquisition s'éloignait de plus en plus de la pensée de l'Empereur. Cette indication m'a été confirmée par notre ami Mérimée à son retour de Compiégne. Malgré tous ses efforts, il n'avait pu amener l'Empereur à lui parler sérieusement de ce projet... * »
Le Musée Gimpana fut acquis quelques mois plus tard.
Au mois de mai. Ampère, i la suite d'un cruel deuil intime dont il ne devait jamais se remettre, envoya sa démission de membre de la commission du Dictionnaire. Villemain et Cousin voulurent aussitôt que Mérimée prit sa place. Celui-ci écrivit à son ami : « Je ne crois pas devoir prendre la petite indemnité dont je n'ai pas besoin, et dont plusieurs de nos confrères s'arrangeraient fort. » Il lui proposa donc de le remplacer, mais à condition qu'Ampère continuerait à toucher le traitement, c Si tu crois que tu voles l'État en touchant l'indemnité du Dictionnaire, tu te trompes, car tu as envoyé des mots et des notes, et tu en enverras d'autres pour ton argent. De plus, moi je te suppléerai dans les conférences
I. Réunion des SœiHés ia Btûux^Aris des iiparUmenis à U Sorhomm, IX (1885), p. 345^.
et je te devrai* payer quelque choie pour la satisfaction que j*aumi d'y faire endâver mes confrères, > Mérimée, qui dèsimit aller en Espagne, retardait son départ 4 cause de la guerre d^Italiej ne pouvant quitter Parii| « tant qu'il y viendra des bulletins, Madrid est la ville du monde oi se fait le plus de canards, J*y serais trop malheureux en cas de guerre.,. « » Malgré ses ins* tances, Ampère ne voulut pas accepter Toflre désintércs' séc de son ami, et, de son côté, Mérimée ne voulut pas céder* Tout resta dans le slafu qm f.
Le II juillet il donna à la scctioo d*archéologic du Comité des Travaux historiques « d'intéressants détails sur les découvertes faites récemment à St. -Denis [d'un cimetière mérovingien}, à Toccasion de la construction d'un caveau pour la sépulture de la famille impériale i *^ Il fil connaître ensuite la découverte de substructious romaines sur le sol du théâtre antique de Champ! îcti.
L*année 1859 se signala encore pour Mérimée par un voyage i Cherbourg avec le prince Napoléon 1 et par la mon de Lenortnaot. H ècri^^îi h ce proposa de Witte :
€ Cannes» 27 décembre tSjj^p
« Mon cher ami,
« Mille remerciements de votre lettre. Malbeureusemeut ede est venue un jour trop tard, mon stégc était Cui
I. Mérimée à Ampère, 14 mai 1859, ^^'^ Jmdri-Mmrù H J.-J, datfèrê^ t. II.
a. /i., 2 juillet.
). Râvuê dts Sociétés SavoMtts, 2* Série, t. Il [2* semestre Je 1859). p. 156.