‹ Notes sur Prosper MériméeChapitre 135 sur 197 · Miwtoirts de ViêUasttl^ V, 119 [août · texte numérisé non relu

Miwtoirts de ViêUasttl^ V, 119 [août

et l'article ■ parti de la veille. Cependant j'ai été très content de deux choses. Premièrement d'avoir de vos nouvelles, en second lieu d'être confirmé par vous dans mon opinion sur le commentaire du Cratyle. Je ne savais pas que Lenormant en ait rien lu, et je croyais être, avec vous, presque le seul qui en eût eu connaissance. Il me semble que c'est ce qu'il y a de plus original dans ses travaux mythologiques. J'en ai parlé comme d'un ouvrage inédit, mais peu importe, puisqu'il n'a pas encore été imprimé.

« Je ne puis pas m'habitucr à l'idée que ce pauvre homme soit mort, ni comprendre comment, déjà pra- - tique du pays, il ait négligé les plus simples précautions que nous prenions dans notre jeunesse, quand nous chevauchions ensemble en Grèce. Il me semble que nous avions tous du sulfate de quinine à côté de notre Pausanias, sans parler de nos manteaux où il y avait tant de puces !

c On me donne des détails fort tristes sur la position de fortune de la veuve et du fils. J'ai écrit à l'univers entier à cette occasion. Il est évident que le Directeur de la Bibliothèque ne s'en soucie pas. J'espère que le Ministre de l'Instruction publique, qui, à Compiègne, se montrait bien disposé, pourra et voudra faire quelque chose.

c Depuis vingt ans au dire des anciens du pays, il n'y a pas eu à Cannes d'hiver si rigoureux que celui-ci. Il a gelé trois jours. Nous avons perdu pas mal d'oranges et

I. Art. sar Lenormant dans le McniUur du i*' janvier 1860, repro< duU dans les Porlrails bislori^Hes et liUimira,

fis NOTES SUR PRÛSPËR MÉRIMÉE

de ja^minSn^ Mib cependant noua nous promenions entre midi Et trois henrcs sans paletot pcntjant que vous aviez 14 degrés de froid. Voilà le beau temps revenu* Si vous aviez des goûts de solitude, si vous vouUe;^ travailler en belle vue, si vous aviez, ce qu'à Dieu ue plaise, un enfant malade, venez à Cannes, Vous ue pouvez souhaiter un meilleur climat. J'en serais bien heureux pour ma part, et ce serait le cas de reprendre votre cours de Malte, dont j'ai toujours gardé un bien aimable souvenir. Mais mon bien cher ami rappelez-vous ce que je vous disais alors : Faites nous un livre des généralités de la Mythologie. Ce livre, je le ferais, si vous me le dictiez, ce serait une grammaire myihologiquej apprenant la langue religieuse. des Anciens, Plus je lis vos ouvrages. Messieurs les docteurs es mythes, et plus je suis frappé des conventions ou plutôt des régies de cette langue, H fitut que nous en causions*

« Adieu, mon cher ami» veuillez présenter mes respects à Madame de Witte et croire à l'expression de tous mes sentiments bien dévoués.

« P^ Méhimée. »

En mars 1860, il fut nommé vice-secrétaire du Sénat, c ce qui est une place, écrivait-il à Panizzi le 31 mars, fort semblable à celle d'une s« roue à un carrosse ». A cette date ', il était fort occupé des préparatifs d'un bal à l'hôtel d'Albe, qui eut lieu le 24 avril, où il parut « en domino vénitien noir avec une bareiia en dentelle ou quelque chose d'approchant 3 ». Après le bal masqué, il fut pris par le fameux rapport sur les échanges entre les Bibliothèques 3, puis par un voyage en Angleterre, d*où il envoyait à un des collaborateurs de la Revue Archéologique des détails sur Vamenium 4.

C'est du Dritish Muséum qu'il écrivait à Lebrun, le 26 juillet au soir : c Bien que nos compatriotes s*y conduisent fort mal, il n'y a plus ici de gallophobie. Les volontaires s'exercent mais ne pensent plus à nous exterminer. Le Ministère est ici terriblement chancelant. Lt dernier changement lui a fait grand tort, mais les hommes manquent. C'est ce que dit lord Palmerston

I. I^ a6 mars, il avait rédigé un rapport sur Téglisc de Boulogne, de 3 pages in-folio.

a. Letira à une iiumtuu des 4 avril et i* mai (II, 90-94).

). G: rapport, daté du 10 juillet ne parut au MoniUmr que le )o décembre.

4. Revue arcbéohgique^ septembre 1860, p. aie. Ce fragment ne se trouve signalé dans aucune étude sur Mérimée.

)68 MÛTES SUR PRÛSPER MÊRtUÈE

quand on lui reproche d*avoîr appelé au Conseil privé sir Robert Pecl... ' a

Il revînt en France avec Paniïzi qui voulait aller passer quelques jours en luliei et en faveur duquel il écd-

vait ^ son ami Bixio :

tt Paris 14 septembre liS6o]« Œ Mon cher ami,

« Comme vous êtes tout puissant sur le chemin Victor Emmanuel, puisque vous en tirez jusqu^d des ours ', vous pourriez peut-être moyenner qu^unc place fût retenue pour le passage de la montagne dans la malle poste? Il s* agit de mon ami ?anhz\, directeur du Rritisli Muséum, actuellement mon hôte à Paris, qui n'ayant que quelques jours à donner à ses amis de Turin, et obligé de retourner i Londres avant la fm du moiSf voudrait employer son temps le mieux possible. Un mot de votre blanche main me réjouirait fort,

c Mille amitiés et compliments

«t Pr MÉatMËE.

CE Veuillez présenter mes hommages â Madame Hélène Alésa ndrevna, et fl M^'* Abeille. »

Il ne se désintéressait pas de la politique extérieure. A propos de la guerre de Chine il écrivait à M^* Dacquin : « ...Vous apprendrez notre grande victoire sur ces pauvres Chinois. Quelle drôle de chose que d'aller tuer si loin des gens qui ne nous ont rien faiti II est vrai que

X. Letire inédiU, Bibl. Mazarine, XI, 6. 2. Cf. Leitres à Pani^i, l, 206.

VOYAGKS EN ANGLBIERRB 36^

les Chinois étant une variété de l'orang-outang, il n'y a que la loi Grammont qui puisse être invoquée en leur faveur». »

Du reste, il n'aurait pas voulu être trop dans les honneurs et lorsqu'il apprenait que M. Fould désirait redevenir ministre, il disait plaisamment : « Il parait que lorsqu'on a eu quelque temps un portefeuille rouge sous le bras, on se trouve tout chose quand on l'a perdu, comme un Anglais sans parapluie >. »

Il était donc au courant de tout ce qui se passait, quoiqu'il prétendit, — comme dans cette lettre à M«« Lenormant — tout ignorer .

c Cannes, i6 décembre [1860].

c Madame, c Je me réjouis fort de vous savoir à Paris après vos longs voyages. J'ai appris le jour de mon départ la mort de l'enfant de Madame Blanchet, et je vois par votre lettre qu'elle a supporte ce coup cruel avec courage malgré l'état de souffrance où elle se trouvait depuis quelque temps. Votre retour je l'espère aura achevé son rétablissement. Vous avez trouvé Courmont accru en dignité et en besogne, et avec un nouveau chef qui aura sans doute le bon sens de comprendre tout le parti qu'il en peut tirer '. Je ne connais pas du tout le nouveau ministre, et

Page 1