Orig. à la Bibl. V. Cousin
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ressèment qu'ils peuvent être donnés et honorés publiquement. Vous connaissez mes sentiments. J'appartiens i l'Empire; mon dévouement et ma reconnaissance sont acquis i l'Empereur dont )'ai vu de prés les bonnes intentions et la haute prévoyance. Il suffirait qu'il fût éclairé pour qu'il fit tout ce qui est nécessaire et juste. Ce qui lui manque, ce n'est en aucune façon, de ne pas vouloir, c'est de ne pas savoir. Je regrette beaucoup que M. Mérimée ne soit pas à Paris en ce moment. Il est écouté et son esprit si ferme et si clairvoyant pourrait insinuer de bonnes vérités. Quant à moi, je continuerai ma tâche, et en disant tout haut ce que tant d'autres disent tout bas, je finirai peut-être par être entendu.
« J'ai hite de vous voir de retour i la Sorbonne. Nous avons besoin d'être prés de vos conseils et des nobles inspirations de votre patriotisme, mais il y a des esprits qui pénétrent à travers le temps et la distance.
« Croyez, Monsieur et illustre maître, à mon respectueux et sincère dévouement.
« N. DE La Guêronnière.
« 28 décembre [186}]. »
Le rôle politique de Mérimée a peut-être été plus grand qu'on ne le pense : on en peut juger par ses lettres à Panizzi et à Victor Cousin, et cette phrase d'Eugène Despois : « Quant, i la politique, on pense bien que c'est le moindre de ses soucis, même quand il est devenu un homme d'État >, » n'est pas sans étonner,
z. Eug. Despoil, La IMtêroturê toiu U second Empin : P. Mérimée, dans Rnui foiitiquê et Uttirairt, 30 décembre 1875, p. 58), col. i, m fnt.
même lorsque Ton sait qu'elle fut écrite en 1873 avant la publication des Lettres à Paniiii.
Sur ces entrefaites, Ton réorganisa la Commission chargée de publier la Carrgspandanu de Napoléon /^, et Lebrun fut prié de demander la collaboration de Cousin. Il lui écrivit le 24 janvier 1864 ■.
La réponse >, native, de Cousin est datée du 27.
« Mon cher Lebrun, « Mérimée m'avait déjà communiqué la très honorable proposition qui m'est faite, en pressentant bien ma réponse, comme vous la pressentez vous-même. Elle n'est que trop fondée. Au mois d'août dernier, pendant ces chaleurs caniculaires, en faisant de grands efforts pour déchiffrer les indéchiffrables lettres de Mazarin qui sont aux archives des affaires étrangères, j'ai eu un petit épanchement de sang à l'œil dont toute l'habileté de M. Desmarres n'a pu venir i bout ; et, pendant qu'Andral me renvoyait à Cannes, pour mon larynx. Desmarres m'y pousse d'assez bonne heure pour me séparer des mss. Il n'a pas même voulu me laisser aller à Rome pendant l'hiver parce que je lui ai confessé que je n'irais pas pour voir Mgr de Mérode, mais les Stanze du Vatican et surtout les mss. de la Bibl. Barberini qui garde sous clefs les dépêches de monsignore Giulo Mazarini, politique qui serait aujourd'hui bien nécessaire à Rome, mais que Rome aurait encore la sottise de laisser partir, comme elle
I. Nous ftTons publia cette lettre ibns nos Leiint im/diUs iê liènmk^
p. LXXIII.
a. Copie k la Bibl. Coastn et à la Bibl. Maiarinc, Jar. «îl., XI, 6. Noas n'avons pas vu rorigtnal dans les deux doasieis dont nous avons pu prendre connaissance à cette bibliothèque.
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fit autrefois. J'ai interrompu l'impression de ma nouvelle édition de Proclus... Je n'écris pas, je me contente de rêver. Mais à quoi pensez-vous que je rêve, mon cher Lebrun? Je rêve à mon pays, à la curieuse et intéressante situation nouvelle que les élections de M. de Persigny nous ont faite; et par quels moyens, des difficultés mêmes que lui suscite la formidable coalition qui s'élève, un homme prudent et résolu peut tirer l'affermissement de sa dynastie, c'est-à-dire l'établissement du gouvernement qui convient à la France. Voilà le sujet des rêveries du vieux patriote et pendant mes promenades solitaires de midi à 4 heures, savez-vous quel est mon interlocuteur invisible, celui à qui j'adresse les discours que j'enfante, celui que je tâche de persuader ? Ce personnage absent et toujours présent, c'est l'Empereur et je vous assure que je lui refais le discours de Thiers > en des termes et avec des variantes qui pourraient le rendre en grande partie acceptable. D'abord je me sépare de Thiers sur le gouvernement parlementaire ; je n'en veux pas, je suis convaincu que le gouvernement mènerait l'Empire où il a mené la Restauration et la Maison d'Orléans, et je dis avec M. Ollivier: il faut que l'Empereur gouverne. Mais d'un autre côté, je demande à un esprit aussi éclairé si sérieusement et de bonne foi il croit pouvoir enchaîner la France à la Constitution de l'an VII, cette constitution qui est de M. Sieyés encore plus que de Napoléon, à laquelle personne n'a fait attention, qui a vu l'Empire passer sur sa tête sans jamais l'avertir,' l'arrêter, sans jamais le servir, n'étant ni un aiguillon, ni un frein, ni un con-
I. Probablement le Discours snr Us lihtrtit nétaaaires prononcé le II \sLnyieT (Disemtn pnrlemenlûires tfi M. mers, p. p. A. Calmon, t. IX. 15 $-40$)-
392 NOTBS SUR PROSPEt MÊRIIIÉE
trepoidsy n*étaDt rien enfin et laissant TEmpereur livré i lui-même dans la solitude, i Temportement de son génie bien moins politique que militaire. Entre ces deux gouvernements-là, qui sont, après tout, la dictature et la République, est la Monarchie constitutionnelle, le vrai gouvernement de l'Europe et de la France au xix* siècle. Ce n'est pas vers le i*' Empire, c'est vers celui de 1815 que dans mes rêveries je voudrais tourner la pensée de l'Empereur... Telle est la couleur de mes pensées, et si l'Empereur les connaissait, j'ai la confiance que retonmant une parole trop flatteuse, il vous dirait, malgré les dissidences qu'il est bien pour moi, et j'en serais honoré, touché, charmé et reconnaissant. »
De son càté, Sainte-Beuve, écrivait à Lebrun le 31 janvier : « J'avais déjà plus que l'avant-goût de la réponse de Cousin par Mérimée. » Lebrun qui avait communiqué la lettre de Cousin au prince Napoléon en avait reçu cette réponse, le 3 février :
« Je suis d'accord sur plusieurs points avec l'illustre M. Cousin, et cela me fait bien vivement regretter qu'il n*ait pas pu accepter de faire partie de la commission chargée de publier la correspondance de mon oncle *^. »
Pendant ce temps, Mérimée s'occupait aussi de ses amis : il enumait des négociations pour que le Maître Guérin d'Emile Augier f&t joué au Théâtre Français, et il en rendait compte à l'auteur en ces termes :
« 18 sept, au soir (i8&|].
c Mon cher ami, c M. A. ne donnera pas sa pièce au Gymnase. » Voilà