ANNÉES DE DISSIPATION II
que nous allons désormais rencontrer continuellement, Tavocat anglais Sutton Sharpe, le comte de Vielcastel, le docteur Koreff, Malitourne, Delacroix, Musset quelquefois, et le baron de Mareste.
Malitourne « homme d'esprit quand il tient la plume » avait le « grand art de n'écrire jamais. 11 fabriquait des mots contre ses amis pour les tenir en amitié ■...». Korcff était, au témoignage de M. de Vielcastel, « un homme très spirituel, très causeur, un peu espion, sans foi ni loi, débauché prêt à tout'... ». Le baron de Mareste se contentait de faire de l'esprit.
Tous se réunissaient à la Rotonde dans un diner mensuel, mais il y avait souvent des réunions intercalaires. La lettre à Stendhal du 14 septembre 1831 nous édifie pleinement sur leurs distractions, et Ton ne peut en la lisant se rappeler sans sourire ce que Vielcastel, qui fut un des acteurs de cette soirée, dit de ces réunions : c On s'amusait fort, on causait bien et beaucoup, et l'on ne se grisait pas '. » Le sujet des conversations devait être fort varié. La note inédite suivante de Mérimée parait bien être le résumé de l'une d'elles.
9 KorefT dit, mais le fait m'a été confirmé par des Russes et des Allemands, que dans la Prusse orientale il est très commun de voir une flamme bleue sortir de la
I. Arsène Iloussaye, Confessions^ VI, 7). — M. G. àt Cootadci lui a consacré dans le Uvrt un article intéressant.
i, Uf moires du tomleie VieUnslel, I, 125. — KorefT mourut le 17 mai 1851. — Max. Du Camp lui a consacré quelques pages dans ses Sbittrnirs ,litlérmres {II, 3)i-4)- H en sera aussi question dans un ouvrage que prépare M. Paul Bonnefon sur M"** de Custine.
). H. de Vielcastel, o^. nï., 1, 125.
bouche des ivrognes. (On boit de l*cau-dc-vic de grain très forte dans ce pays-là.) Le remède ordinaire c'est de faire boire un verre d'eau de mer ou d'eau salée à ces gens qui jettent ainsi le feu par la bouche. Il est aussi efli-
cace et plus facile de leur p dans la bouche, c'est ce
qui se pratique le plus souvent. »
Voici une invitation >, retrouvée par M. Tourneux, adressée à Eugène Delacroix :
« Paris, le 2 sep. 183(1 ou 2].
Cabinet du Ministre du Commerce ET DES Travaux Publics.
« Vous êtes invité à vous trouver, mardi, 6 septembre à 6 heures, devant la rotonde du Palais-Royal, pour aller dîner ensuite où il conviendra aux personnes dont les noms suivent : Mareste, KorefF, Vieil Castel, Sharpe et moi.
« P. Mérimée.
« Je vous fais mes compliments de condoléance sur votre sujet, mais je vous proposerai un remède efficace . »
Cette autre invitation à dîner (à H. Royer-Collard ?) parait être de la même époque.
« Mon cher ami, rien n'est plus véridique que le diner de samedi. Nous aurons l'abbé Malitourne. Faites-moi penser à vous conter l'histoire de Pozzo di Borgo et de
I. Publ. (en fac-similé) dans VArt, 187$, t. III, 266-7, et P^' ^* Tourneux, Prosper Mérimie^ ses portraits , etc., p. 46.