X. Lettres à une inconnue, II, 559. [a janvier
vant en piteux état m'a parlé du D^ Worms, ancien médecin de l'armée d'Afrique, retiré à Nice et possesseur d'un remède qui guérissait de l'asthme en 48 heures. Il a écrit au D' Worms qui lui a envoyé aussitôt pour moi quelques pilules. Avant d'en faire usage, je suis allé à Nice et j'ai vu le D' Worms, qui m'a paru homme d'esprit, point charlatan et qui m'a examiné avec beaucoup d'attention. Il m'a dit que je mangeais et digérais mal; que l'état de mon estomac était pour beaucoup dans mon mal ; que ses pilules feraient disparaître les suffocations, mais qu'il fallait guérir ma bronchite et mon estomac par d'autres moyens, surtout par un régime. Le D^ Maure que vous connaissez assistait à la consultation et approuvait pleinement. J'ai essayé des pilules dont il n'a pas voulu dire la composition. Cela sentie camphre, l'essence de laurier et rend la langue toute noire. Il n'y a qu'un seul pharmacien à Paris qui les fasse. La boete pone l'adresse de Duroy, rue du fbg. Montmartre, 10, avec le n» 1 16.812. L'effet a été d'abord merveilleux et j'ai eu deux bonnes nuits de suite. 11 me semble que leur vertu diminue maintenant. Cependant je n'ai pas d'étouffement mais je ne dors pas et je tousse. Mon appétit est encore diminué et le moral est dix piques au-dessous du niveau de la mer. Je prends des Eaux Bonnes et une poudre avec de la rhubarbe et du chlorhydrate d'ammoniaque. D'un autre côté le D' Gimbert voudrait que je continuasse l'usage de l'arsenic. Le D' Maure, au contraire, me conseille de m'en tenir aux pilules et de ne pas me mettre dans le corps des drogues qui ne s'accorderaient pas bien ensemble. Voilà ma situation, mon cher Docteur, et si vous avez un avis veuillez me le donner. Je suis abruti
CiiAMBON. — r. Wrimfe, 28
434 NOTES SUK PROSPEK MÉRIMÉE
par la maladie et par les remèdes, surtout par le manque de sommeil.
« Si vous voyez du Sommerard, dites lui de venir, j'ai grand besoin de quelqu'un qui me remonte.
c Adieu, mon cher Docteur, rappelez-moi au souvenir de Boeswilwald, et agréez l'expression de tous mes sentiments dévoués.
« Pr Mérimée. >
Le billet suivant, adressé au même médecin, est certainement de cette époque.
c Samedi.
« Cher Docteur,
« Je n'ai guère fermé l'œil la nuit passée, j'ai eu de la fièvre, un trouble vague très fatigant, et çà et là des assoupissements qui ne l'étaient pas moins, des a^ri somuia. Ai-jc tort (le croire que la codéine est pour quelque chose dans tout cela? La journée s'est passée de même, malgré tous mes efforts pour m'occuper et me contraindre, et ce soir mes nerfs sont comme des cordes de violon sur le feu. N'auriez-vous pas à me donner quelque chose qui me fit dormir? Il me semble que ce serait un grand point.
« Mille pardons de vous ennuyer ainsi et mille amitiés.
« P' Mérimée. »
Il fut si malade dans le courant de mars que les journaux annoncèrent sa mort à plusieurs reprises >. L'Impératrice écrivit même au D^ Robin pour lui demander des nouvelles de Mérimée, en lui recommandant de n'en rien dire au malade de peur de l'effrayer.