Béranger
8. B01GNE (M"»« de). — Uite passion dans le grand monde. Paris, Lévy, 1866, 2 vol. I2<>. Voici deux lettres de Mérimée à M<»« Lenormant qui y sont relatives :
c Cannes, 3 décembre (1866). « Madame,
« Je recevrai bientôt j'espère le roman de M»« de B. Il faut pour cela que mon cousin revienne à Paris et je pense que ce sera cette semaine. Je suis fort curieux et inquiet de le lire. J'ai bien peur de ne pas le trouver aussi bon que je le voudrais.
« Depuis que mon ami M. Turgan n'est plus au Moniieuff je n'ai plus de relations avec ce journal, et je vous avouerai d'ailleurs, Madame, que j'ai une grande objcc-
1 . Sur Its rtUtioas de Mérimée avec Baliac, cf. ci-dessus p. 16, et AVtc Bérsngtr, cf iMIra imédiUs, p. uzxiv.
LA bibliotii^:quk db prosper Mérimée 451
tion à écrire dans les journaux. Cependant, quand j'aurai lu, je considérerai l'afTairc. 11 y a pour les romans comme pour toute oeu%Te littéraire, une certaine façon qui change un peu moins radicalement que vos modes, mais assez néanmoins pour qu'un fond excellent puisse être gâté par la forme, comme la plus belle robe le serait aujourd'hui si clic était taillée à la mode de l'année passée. Voilà ce qui me fait trembler pour le roman de notre amie.
« Je savais la victoire du British Muséum par Panizzi. Il dit 45.000 fr. non 48.000, mais la différence n'est pas grande. L'estimation de notre commission m'avait paru d'abord un peu faible, et j'avais demandé qu'on tint compte de l'ensemble de la collection, car, outre la valeur de chaque objet, il y a lieu de payer le soin qu'on a mis à les réunir. Si Longpérier avait en outre pressé son rapport, il se peut que l'aifaire eût été conclue en notre faveur, car, lorsque j'ai quitté Paris, l'Empereur semblait désirer beaucoup que l'acquisition eût lieu. 11 ne faut pas se dissimuler, d'un autre côté, que les Anglais pouvaient et devaient donner plus que nous. Nous ne faisions que perfectionner nos collections du Louvre et du Musée, ^andis que les Anglais comblaient une lacune dans leur grand muséum. Peut-être aurions-nous eu tort de donner un million, tandis qu'ils ont eu raison, â mon avis, de donner 1. 100.000 fr.
« Je suis ici très souffrant pour le moment d'un rhume négligé. Nous avons de la pluie aujourd'hui, après laquelle tous les propriétaires soupiraient, mais moi je n'ai jamais assez de soleil. Courmont est enfin installé dans sa maison sarrazine qui me parait très confortable.
Je lui ferai part de votre commission, Madame, dès que
je pourrai sortir.
« Veuillez, etc.