‹ Notes sur Prosper MériméeChapitre 52 sur 197 · MINISTÈRE · texte numérisé non relu

MINISTÈRE

DE « Paris, le 183

l'instruction publique

« Je suis toujours e par les bretons et les Mss. de

Guenclan. Comment s'y prendre pour faire finir cela?

« On me dit que M' de La Villemarqué le trouveur

de Guenclan est i Paris. Pensez-vous que ce soit lui qui

ait répandu les bruits de soustraction. Comment faut-il

agir à son égard ? le bois, le fer ou le feu ? L'embarras

est que je ne sais pas où il se tient. C'est un ancien élève

des Chartes et il se peut que vous sachiez son adresse.

Vous seriez bien aimable de me la découvrir et de me

donner conseil dans cette affaire qui commence i

m'ennuyer diablement.

« Tout i vous.

« Mardi matin.

« T&cbez d'être guéri pour jeudi. »

Il semblerait donc résulter de ces deux documents que Mérimée avait été accusé par M. de la Villemarqué d'avoir dérobé un manuscrit de Guenclan. Il est difficile de savoir où et comment se produisit cette accusation. Dans son ouvrage Barzaz-Breiz ', il mentionne le ms.

I. Chants popalalres de la Breugne, recueillis et annotés par Hersart de la Villemarqué, 6* éd. (Paris. 1867, in-8*, p. xxni-xxiv).

92 NOTES SUE PEOSPER MÉEIMÉE

qui se trouvait dans l'abbaye de Landévennec, où dom Le Pelletier le consulta et il ajoute : « Le précieux recueil... a disparu pendant la Révolution. » M. Sébillot, si bien renseigné pour ce qui touche ces questions a bien voulu nous écrire que « si M. de la Villemarqué a accusé Mérimée d'avoir dérobé un ms. de Guindan, c'est qu'il aura été abusé par quelque racontar de ses fournisseurs de documents, dont plusieurs lui ont envoyé des pastiches, assez peu difficiles à faire pour qui connaît la langue bretonne de chansons populaires. Il me semble que c'est sur un on-dit de ce genre qu'il a formulé cette accusation... »

Q.uoi qu'il en soit, Mérimée revint désenchanté de ce pays où r « on tient à déshonneur de laver ses culottes » > où il est impossible de toucher sans pincettes les personnes du sexe de Brest, Morlaix, S< Brieuc, Rennes Vannes, Qiiimper *... » Le bas-breton l'avait découragé aussi :

« ...Le catalan qui me faisait tant enrager, écrivait-il à Jaubert de Passa, n'est qu'un jeu d'enfant auprès du bas-breton. C'est une langue que celle-là. On peut la parler fort bien, je crois, avec un bâillon dans la bouche, car il n'y a que l'estomac ou même les entrailles qui paraissent se contracter quand on cause en bas-breton. Il y a surtout l'J!^ et le c^h qui laissent loin derrière* elle la joia espagnole... 3 »

X. A Jaubert de Passa, 6 octobre 1835, /oc. et/., p. 450. a. A Requien, la janvier 18)6, /oc. ci7., p. 259. ). A Jaubert de Passa, 8 octobre.

VOYAGB EN BRBTAGNB 93

Et à Requien :

« ...Au lieu de votre joli patois dont on comprend toujours quelque chose, c'est une langue que le diable a inventée qu'on parle li-bas, et qui n'a pas moins de quatre dialectes très différents... Mangez une olive crue et en crachant vous ferez un bruit approchant de ce c'h *. »

A ce moment il était embarqué dans une grande passion * : « Lorsqu'après de longues et poignantes péripéties on se trouve possesseur d'une femme ayant les 36 qualités physiques recommandées par Brantôme et des qualités morales que ce cochon là ne savait pas apprécier, alors on est bien excusable de négliger un peu ses amis, lors même qu'ils vous envoient des saucissons de Tarascon )... »

Il éuit toujours autant « grandement et gravement amoureux » quelques mois plus tard 4. M. Filon laisse entendre que ce fut là le début de la fameuse liaison de Mérimée dont la rupture devait avoir une si grande

Page 1