LA MORT DE SHARPE
L'année 1843 commença mal pour Mérimée : son ami Sunon Sharpe tomba malade. Par les deux lettres suivantes adressées â Marcste il le met au courant de cette maladie :
« Mon cher ami,
« La nouvelle n*cst que trop vrai (sic). Cest samedi il y a 8 jours que Sharpe a été frappé d'une paralysie qui parait lui avoir ôté en partie l'usage du bras droit et lui a rendu la parole difficile. ,Son frère qui a écrit à M. Paravey ne dit pas si son intelligence est affectée. Il dit seulement qu'il est calme et qu'il garde le lit, que les médecins ont déclaré qu'à moins de circonstances très heureuses, ils n'ont pas d'espoir que son état s'améliore d'ici i quelque temps. Je ne sais pas de quelle date est cette lettre que je n'ai pas vue. J'écrirai demain â M. Samuel Sharpe pour lui demander des nouvelles. S'il croyait qu'en allant passer huit ou dix jours auprès de lui â Londres, je puisse lui faire du bien, je m'arrangerais pour partir, mais je crains d'un autre côté d'eifrayer le malade s'il n'a pas bien conscience de la gravité de sa position. Hippolyte croit le cas presque désespéré. Ce qu'il y a de plus triste, c'est que si le pauvre garçon en réchappe, il perd sa carrière au moment où elle était la plus brillante
pour lui. Lorsque je saurai quelque chose de nouveau, je
vous en ferai part. Je pense qu'il convient en attendant
de ne nen dire de Taccident. — S'il guérit, il vaut mieux
que Ton n'en sache rien.
« Mille amitiés,
cP'M.
« Lundi soir. »
Nouvelle lettre :
« Lundi, i6 janvier « Je reçois à l'instant, mon cher ami une lettre de M. Samuel Sharpe en date du 13. Le mauvais temps a retardé la malle anglaise d'un jour.
« M' S. attribue la maladie à « a pressure of Hood on tbe bead »» Il dit qu'à la suite de fortes saignées et de violentes médecines le malade est mieux et se rétablit lentement. Depuis 1 1 jours, le mieux fait des progrès lents mais positifs. Les médecins annoncent que la convalescence durera plusieurs mois et qu'il faudra ensuite des ménagements, éviter surtout l'excès de travail. J'avais offert à M' Samuel de venir à Londres s'il croyait que ma présence pût contribuer à remonter le moral de son frère. Il me remercie, et me dit que les médecins ne lui laissent voir personne, mais qu'il espère que vers Pâques Sharpe sera assez bien pour me recevoir. Pas un mot d'ailleurs de l'état moral. J'avais cependant adressé des questions directes sur ce point. La réserve de M. S. m'effraye un peu. J'espère cependant que tout l'effort de l'attaque se réduit à une grande faiblesse qui se dissipera graduellement..
tt Mille amitiés,
« P' Mérimée. »