LA MORT DB SHARPB
Qiielques jours après Mérimée écrivait à H. Royer- CoUard :
Ministère « Paris, le [26 janvier] i84[}l
DE l'Intérieur
« Mon cher ami, j'allais vous écrire lorsque j'ai reçu votre lettre. J'ai vu hier lord Brougham ', avec qui j'ai causé de Sharpe. II m'a dit que son état était toujours très grave, que l'intelligence avait été attaquée et qu'il ne pourrait jamais reparaître au barreau *. Lord Brougham tenait ces nouvelles de son frère M. Brougham et la lettre était du milieu de janvier. Comme Sharpe ne voit personne il est évident que ce ne sont que des ouidire. Mais n'étes-vous pas surpris de cette longue réclusion ? Ne pensez- vous pas qu'il est étrange qu'on ne l'ait pas encore emmené à la campagne ? Il faut ce me semble qu'on ne puisse encore le transporter, autrement pourquoi le laisser au milieu du brouillard et de la fumée de Lincoln's Inn ? Je n'ose pas trop écrire i M. Samuel Sharpe et je soupçonne en outre qu'il ne me dira pas toute la vérité. Lord Brougham m'a dit qu'on attribuait la maladie de Sharpe aux excès dans lesquels ses amis de Paris
I. Mérimée était asaet bien tTec lord Broughtm. Voici un billet dt ce dernier à lui idressé : « Cher Confrère, TOttlet-Toas me donner encore a mots pour me faire ^r 1t S** Chtpelle, ctr mon frère m*t quitté tTec votre I* billet. — H. Brougham. •
a. Le ai Itnvier, Mérimée tTtit écrit à Gruset : « Sharpe a été fort malade... Son frère m'écrit qu'il va beaucoup micui, que la convalescence sera longue, mais assurée. II attribue à des eacès de travail cette attaque. Je crains que d'autres excès n'en soient la cause. Il faudra qu'il devienne un peu plus sage. » {InUmMkirt du xo octobre 189a, col.
Ijé NOTES sut raOSFBI UtMIUÈE
l'ont entndné. II se peut que M' Samuel ait la même
opinion de nous. Vous devriez engager Chq;arai â
demander à Aimée des nouvelles régulières. Je suppose
qu'elle pourrait en avoir d'assez précises par Kepplcr qui
communique sans doute encore avec les domestiques de
Sharpe.
« Mille compls et amitiés.
«Jeudi. »
Sharpe, en eflfet, ne devait pas se relever. On voit dans les Latres à Fincannue* combien cette maladie affectait Mérimée; il conservait cependant quelque espoir, et il le croyait hors de danger * lorsqu'il reçut la nouvelle de sa mort. Il en avertissait aussitôt Royer-G)llard :
« Mon cher ami, le pauvre Sharpe est mort dans la nuit du 22 au 23. Son frère Samuel m'écrit à la date du 23, qu'il est resté 48 heures sans donner signe de connaissance et il l'espère, sans souffrir. Pendant sa convalescence à la suite de la première attaque, M' Samuel lui avait parlé de la part que nous prennions à son accident et il y avait paru très sensible. Je me repens bien de n'être pas allé en Angleterre, comme j'en avais eu d'abord le dessein. J'aurais eu quelque consolation à lui
dire adieu.
« Dimanche matin. »
X. ÏA leure n* 5a (I, 144) sur la maladie de Sharpe est postérieure à la lettre 54 (datée du 9 février).