X. Cf. Mérimée & Coosin, dans LiiiresitUditês, p
« Mon cher ami, je viens de voir M. Etienne dont j*ai été fort content. Il me promet sa voix si Casimir Bonjour ne se met pas sur les rangs. La chose est encore douteuse — son succès est encore moins certain. M' Jay m'a dit i peu près la même chose. Dans le cas d'un ballottage ces deux voix là pourraient me faire grand bien. .
« Voici à peu près ma position :
« J'ai promesse de MM. Chateaubriant, Ballanche, Thiersy Mignet, Cousin» de Ségur» Mole, de Barante, Lebrun, Guiiol et FilUniain. 11 (?)
« Espoir assez grand du côté de votre oncle, de M. Tocqueville, Patin, Brifaut, 4.
« Enfin pour les scrutins de ballottage, je pourrais gagner peut-être : Vicnnet, Pongerville, Etienne, Jay, Lacretelle, Jouy, — mais tous ceux là sont fort douteux. Ce qui me plait assez c'est que en l'état des choses l'Académie parait disposée à n'établir aucune connexité entre les deux élections. Suivant toute l'apparence, en effet, le succès de la première élection déterminera celui de l'élection suivante. Si M. Vatout est battu, il n'a aucune chance pour recommencer le combat. Je crois qu'il en sera de même pour S^^Beuve, mais je n'ai voulu lui faire aucune insinuation à cet égard» et je ne sais trop ce que feront ses amis.
«T.àv.
« Jeudi.
« M' Etienne médit que l'élection sera remise probablement au 21 mars. Cela se décide aujourd'hui. »
Le 7 mars les affaires vont mal et Mérimée charge
Hippolyte Royer-Collard de faire agir son oncle sur Patin :
« Mon cher ami, M^ Casimir Bonjour fait de terribles progrès. Il a des voix que je n'aurais jamais soupçonnées celle de Scribe par exemple, et celle de M. Patin. On me dit que votre oncle peut seul obtenir le changement de ce dernier. Vous pensez bien que je n'oserai jamais lui demander pareille chose. Voulez-vous vous en charger. Les affaires de S^Beuve vont bien, mais les miennes sont fort compromises. L'élection est fixée au 14. Répondez-moi donc un mot au plus vite et dites moi ce que vous aurez appris.
« 7 mars. »
Les chances deviennent meilleures pour Mérimée, mais Patin reste toujours douteux. La lettre suivante à H. Royer-Collard est postérieure à la précédente :
« Samedi soir.
« Mon cher ami, mes affaires reprennent un peu ou bien mon moral se rétablit. 11 parait d'après votre lettre que j'étais fort bas l'autre jour.
« On m'assure que M' Patin me reviendra.
« Béranger me donne de l'espoir du côté de Lamartine.
« M' Flourens m'a presque promis ce matin. J'ai vu votre oncle qui m'a semblé plein d'espoir pourS<*-Beuve et qui m'a semblé très bienveillant. Il a dit à S'^Beuve que j'avais votre suffrage, et qu'à ses yeux cela était très considérable.
l'institut 19)
« Tâchez de voir M' Patin et canvassez pour moi comme je ferai pour vous quand je pourrai.
Et Mérimée, le sceptique Mérimée, méprisant les sorts virgilianes^ cherchait dans son Homère > des présages qui lui étaient défavorables *.
L'élection eut lieu le 14 mars 1844. Il y avait 36 votants, la majorité absolue était 19 : Mérimée ne fut élu qu'au T tour 5.
Mérimée Boniour A. Martin Vatoat Vigny Deschami» O. Leroy
Itrtoi
ar 10
Aussitôt élu, il écrivait à sa confidente habituelle : « Il faut maintenant remercier, et remercier amis et ennemis, pour montrer qu'on a de la grandeur d'âme. J'ai le bonheur d'avoir été black-boulé par des gens que je déteste, car c'est un bonheur que de n'avoir pas le fardeau de la
I. Cf. X. Dondtn, Mélanges ti Lettres, II, 8, et iMlrts inidiUsdê Prèsper Mérimée, p. ixxi.
a. • Mon Homère m'avait trompé, ou c'est à M. Vatout qne t'adressait sa prédiction menaçante. » {Lettres à um imoimue, l, 319, du 15 mars.)
). Etienne Chanvay, À. de Vigny et Cbarlês BaudeUire candUnls à TAendhnie française, Paris, Charavay, 1879.
Cbambom. — P. Mérimée, 1 )
reconnaissance à Tégard des personnes qu'on estime peu... < »
A un de ses amis, il disait : « C'est un quine superbe, d'autant plus que la moitié de ceux qui ont voté pour moi se repent de m'avoir nommé. L'autre moitié ne savait peut-être pas ce qu'elle faisait... * » Arsène Guilhi^ en effet, qui avait paru dans la Revue des Detix-Mofides le lendemain avait causé grand scandale. « Arsène Guillot fait MU fiasco éclatant, écrivait Mérimée à Jenny Dacquin, et soulève contre moi l'indignation de tous les gens soidisant vertueux, et particulièrement des femmes à la mode... Je crois avoir perdu des voix par cette scandaleuse histoire ; d'un autre côté, j'en gagne. 11 se trouve des gens qui m'ont blackboulé 7 fois et qui me disent qu'ils ont été mes plus chauds partisans. 3 » Il y revenait quelques jours après dans une lettre à Requien : « ...Je dois une belle chandelle à Notre-Dame. La moitié des académiciens qui m'ont nommé n'ont voté pour moi que dans l'espoir que l'élection serait ajournée et pour empêcher mes compétiteurs d'entrer. Parmi les autres il y en a plus d'un qui se repent de m'avoir donné sa voix, particulièrement les gens dévots et moraux qui viennent de lire Arsène Gi/t7/o/, nouvelle de votre serviteur qui excite l'indignation générale... Je persiste à trouver qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat dans ma nouvelle, et pour-