Ibid,y t. XXXVIII, p. 444, année
viennent de Fabbaye de Saint- Denis et appartiennent par conséquent à la même école. J'attribue donc au milieu du xiii° siècle l'exécution du ms. 5925. Ce qui a pu lui faire assigner une date plus récente, c'est qu'on n'a pas remarqué qu'il n'est pas tout entier de la même main. Les cahiers qui répondent aux fol. i- 23 1, 248-301 et 372-374, sont ce qui reste dums. primitif, copié vers l'année i25o. Les fol. 232-247 et 302-371, qui contiennent les Vies de Louis le Jeune, de Louis VIII, de saint Louis et de Philippe le Hardi, sont beaucoup plus modernes et ne sauraient pas remonter au-delà de la fin du xin*' siècle, ou des premières années du xnr*.
On n'a qu'à jeter les yeux sur les deux parties du manuscrit pour apprécier la diSérence des écritures ; mais la composition même des cahiers du volume est le meilleur témoignage des remaniements que l'ensemble a subis. A l'origine, chaque cahier consistait en douze feuillets, et portait une signature sur la première et la dernière page. C'est la disposition que nous remarquons sur les cahiers I-XIX, du fol. i au fol. 229. Le cahier XX comprenait les feuillets qui sont aujourd'hui cotés 229-231 et 248-256 : la signature XX se lit au bas du fol. 229 reao et du fol. 256 verso ; le quatrième feuillet de ce cahier, aujourd'hui coté 248, contenait les 26 dernières lignes de la Vie de Louis le Gros et le commencement de l'ouvrage de Rigord. Quand on voulut compléter le recueil par une Vie de Louis VII, on intercala, entre les feuillets 3 et 4 du cahier XX, deux nouveaux cahiers, Tun de douze feuillets (fol. 232-243), l'autre de quatre (fol. 244-247), tous deux dépourvus de signatures, et sur ces cahiers intercalaires on transcrivit d'abord lés dernières lignes de la Vie de Louis le Gros, pour remplacer la première copie de ces mêmes lignes qu'on avait annulée par un trait de plume, puis la Vie de Louis le Jeune. L'intercalation des feuillets sur lesquels le ms. 5925 nous présente la Vie de Louis le Jeune est donc un fait matériel qui échappe à toute contestation. L'addition des six cahiers (fol. 302-371) qui renferment les Vies de Louis VIII, de saint Louis et de Philippe le Hardi n'est pas moins évidente. Ces cahiers ne portent point de signatures ; ils sont réglés suivant un système différent; la décoration des initiales est dans un autre style. En dehors même des caractères de l'écriture, tout se réunit donc pour empêcher de confondre le corps du manuscrit (c'est-àdire les cahiers I-XXIVj avec les cahiers additionnels, reliés entre
3o NOTES SUR QUELQUES MANUSCRITS
les fol. 231-247 et à la suite du fol. Soi. La distinction est essentielle à observer quand il s'agit de déterminer la date du ms. 5925. C^est £Eiute d^ avoir fait suffisamment attention qu'on a rapporté la copie du volume au xrv* siècle. Les parties additionnelles sont seules de cette époque; la partie primitive est du milieu du XIII* siècle.
Je résumerai en deux mots les observations que le ms. 16 G yi du Musée britannique m^a conduit à présenter sur l'histoire des Grandes Chroniques de France.
Vers le milieu du xiii'^ siècle, un moine de Saint- Denis rassembla dans le ms. latin 5925 une suite de chroniques latines, qui embrassent à peu près sans lacune l'histoire des rois de France, depuis les origines jusqu'à la mort de Philippe-Auguste. — Ce recueil fut complété un peu plus tard par Fadjonction des Vies de Louis VII, de Louis VIII, de saint Louis et de Philippe le Hardi.
Le ms. 5925 a été Fun des recueils dont s^est servi le rédacteur des Grandes Chroniques, puisque ce rédacteur a fait entrer dans sa compilation plusieurs interpolations et plusieurs gloses dont il avait trouvé le texte latin sur les marges du ms. 5925.
Au milieu du xiv« siècle fui copié avec beaucoup de luxe l'exemplaire des Grandes Chroniques qui forme le ms. 16 G VI du fonds royal au Musée britannique. Il représente Tétat des Grandes Chroniques, à Tépoque oti le texte primitif, s'arrétant à la mort de Philippe-Auguste, n'avait pas encore reçu les compléments qui furent plus tard généralement adoptés. Dans le ms.^ de Londres on trouve, comme continuation du texte primitif, les Gestes de Louis VIII et la Vie de saint Louis par Guillaume de Nangis.
Dans la seconde moitié du xiv'^ siècle, apparemment sous le règne de Charles V, un écrivain, dont le nom reste à découvrir, eut en même temps à sa disposition le ms. 5925 de Paris et le ms. 16 G VI de Londres. Il mit un grand nombre de notes sur les marges de ces deux manuscrits.
Sur le ms. 5925 l'anonyme a marqué les résultats d'une collation attentive du texte d'Aimoin et des continuateurs d'Aimoin, tel que le fournit le ms. latin 127 11 de la Bibliothèque nationale. C'est ce ms., ou une copie de ce ms., que l'anonyme désigne par les mots cronica Sancti Germant. Il y a de plus noté un certain nombre de gloses françaises et la concordance de beaucoup de passages avec le texte des Grandes Chroniques.
DU MUSÉE BRITANNIQUE. 3l
Sur les marges du ms. i6 G VI, Tanonyme a ajouté la traduction d'un assez grand nombre de morceaux qu'il avait remarqués en latin dans le ms. 5925, et que le rédacteur des Grandes Chroniques avait négligé de rendre en français.
Je pourrais m'en tenir à ces points, que je croîs bien établis, et qui suffisent pour assurer une grande valeur au ms. 5925 de Paris comme au ms. 16 G VI de Londres. Je demande cependant la permission de hasarder encore une conjecture, ou tout au moins de poser une question.
Un écrivain de la seconde moitié du xiv siècle, probablement du temps de Charles V, a obtenu en même temps la communication de deux manuscrits importants, conservés Tun à Saint-Germain-des-Prés, l'autre à Saint-Denis ; il a pu couvrir de notes les marges de ce dernier ms. Il disposait alors d'un exemplaire des Grandes Chroniques exécuté avec un luxe vraiment royal ; il chargeait d'additions et de corrections les marges de pe magnifique volume. Quel était donc le personnage assez en crédit, pour user en toute liberté non-seulement des manuscrits latins des abbayes de Saint-Denis et de Saint-Germain, mais encore d'un volume français orné de peintures trop belles et trop nombreuses pour n'avoir pas fait partie d'une librairie princière, sinon de la librairie royale ? Quel grand personnage était assez profondément adonné aux études historiques, pour prendre la peine de coUationner entre eux deux exemplaires de l'ouvrage d'Aimoin et pour comparer minutieusement la traduction fi^ançaise des Grandes Chroniques avec les textes latins originaux ? Quel grand personnage, voué aux recherches historiques, s'intéressait assez aux Grandes Chroniques pour en corriger et en compléter beaucoup de passages ? En réponse à ces questions, un nom se présente à l'esprit, celui de Pierre d'Orgemont, le chancelier et l'ami de Charles V, l'auteur présumé d'une notable partie de la continuation des Chroniques. C'est là, je le reconnais, une hypothèse, dont la vérification est subordonnée à la découverte de quelques lignes authentiquement écrites par Pierre d'Orgemont. C'est donc sous toutes réserves que je rappelle ici ce nom célèbre.
On pourrait encore s'arrêter à une autre supposition. Le roi Charles V, en même temps qu'il chargeait son chancelier de continuer les Grandes Chroniques, n'aurait-il pas confié à un autre écrivain le soin de réviser les premiers livres de la même compilation ? A ce collaborateur inconnu de Pierre d'Orgemont de-
vraieut alors être rapportées les notes marginales du ms. i6 G VI de Londres, comme celles du ms. latin 5925 de Paris.
Quoi qu'il en soit, ces deux manuscrits ont désormais leur place marquée dans Phistoire des travaux entrepris officiellement, s'il est permis d'employer ce mot, au xin* et au xrv* siècle, sur les annales de la monarchie française.
Lems. 16 G VI est assez important pour justifier Pétendue des observations dont il vient d'être l'objet. Les autres exemplaires des Grandes Chroniques conservés au Musée britannique pourront être indiqués et caractérisés en quelques lignes.
Grandes Chroniques. — Ms. de Pancien fonds royal 20 C VII.
Volume in-folio, sur parchemin, de 216 feuillets; écriture de la fin du xiv^ siècle. Les miniatures n'en ont pas été achevées. — Sur le iof, 1 34 on lit les mots Richard Gloucestre^ en caractères anglais ; sir Frédéric Madden les a pris pour la signature de Richard, duc de Gloucester, depuis roi sous le nom de Richard III.
Ce ms' contient le texte des Grandes Chroniques, depuis Pavénement de Philippe le Hardi jusqu'à Pavénement de Charles VI. Premiers et derniers mots du texte :
a Cy commence l'ystoire du roy Philippe, filz au roy saint
Loys. Nous avons du bon roy saint Loys digne de loenge —
..... et emmenèrent grant foison de biens. »
Grandes Chroniques. — Ms. 21 143 du fonds additionnel.
Grand et gros volume in-folio, de 5o5 feuillets de parchemin. Ecriture du règne de Charles VI. La miniature initiale est encadrée d*une bordure tricolore. Ce volume, relié en maroquin rouge, aux armes de Colbert, est celui que M. Paris ^ a décrit en i838, comme appartenant à la Bibliothèque nationale, oîi il était conservé sous le n® 8298. 4. La disparition en fut constatée en 1848. Le Musée Pacheta d'un libraire en i855 et M. Meyer ^ en reconnut l'origine en 186 5.