SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FKANCE
faisceaux. Dans cette gaine cotylédonaire, on peut voir la première feuille de la plumule, feuille qui se croise à angle droit avec une des feuilles cotvlédonaires. Par l’accroissement de la plumule, la gaine cotylédonaire est déchirée, rompue; bientôt elle se flétrit complètement, et la jeune plante qui résulte du développement de la plumule semble alors sortir du tubercule même. La première feuille plumulaire polytome s’élève audessus du sol; quelquefois une seconde suit la première. Le tubercule s’accroît, déjette son épiderme, et donne naissance à des radicelles adventives, qui naissent aussi sur la gaine cotylédonaire au-dessus du tubercule. Ainsi une gaine cotylédonaire peut donner naissance à des radicelles adventives !
Au mois de mai ou de juin, les deux premières feuilles frondales de la plumule se flétrissent, le tubercule persiste avec son bourgeon terminal, composé exclusivement de feuilles squameuses. L'année suivante le bourgeon produit 3 à 5 feuilles frondales ; rarement il pousse en tige. Les feuilles frondales de la deuxième année périssent pendant l’été, et le tubercule persiste une seconde fois avec des feuilles-squames. Enfin, la troisième année, on voit la tige florifère se produire. Elle fleurit en juin et fructifie en juillet et août. Toute la plante périt après la maturation des fruits, au bout de trois années de végétation.
Depuis plusieurs années, le génie militaire permet le transport des décombres sur les glacis bas, plus ou moins marécageux, de Strasbourg, entre la citadelle et la porte des Pécheurs. Ces amas de décombres ont donné lieu à une végétation des plus curieuses. On y vit paraître d’abord toutes les céréales cultivées en Alsace. Puis vinrent le Chanvre, le Lin, etc. Ensuite est arrivée la borde envahissante des Persicaires et des Anscrines, au nombre desquelles on remarque surtout les Chenopodium rubrum et ficifolium. Parmi les Graminées, le Bromus commutatus Koch se distingue par sa fréquence et par ses dimensions. Les .Moutardes, Sinapis alla , migra, arvensis , ont aussi fait invasion sur ce sol nouveau, en compagnie d’autres Crucifères, telles que le Radis cultivé, le Rapistrum rugosum , V Erucastrum Pollichii , le Diplotaxis mural is, et surtout le Lepidium ruderale qui y acquiert des proportions gigantesques (1). Ailleurs ce sont des Potentilla suptna, à longs rameaux disposés en vastes rosaces de 50 centimètres de rayon. A côté de VAmarantus retroflexus , qui couvre des espaces considérables, viennent se ranger quelques Amarantes des jardins. Les Solanées fournissent de même leur contingent : elles sont représentées par les
(1) Cetlc espèce prend un (cl développement, qu’au mois d'août elle ressemble à un petit arbre à couronne arrondie, que les jeunes filles viennent cueillir pour en faire la pièce centrale de leurs bouquets.
SÉANCE DU 1 k NOVEMBRE 1856. 5/l5
Datura Stramonium et Tatula , la Jusquiame, la Pomme de terre, le Tabac, le Coqueret, la Morelle noire. Parmi les Labiées, j’y ai vu apparaître subitement le Leonurus Marrubiastrum , espèce rare; parmi les Synanthérées. YEchinops spluerocephcdus , le Crépis setosa , etc. — Mais la découverte la plus intéressante de ce genre que j'aie faite est celle du Potentilla norvégien , qui fit, pour la première fois, son apparition sur les bords du Rhin en 1855. Comment cette espèce Scandinave, est-elle parvenue jusque chez nous? A force de chercher dans les livres je finis par trouver qu’en 1782, on la cultivait au Jardin botanique de Strasbourg sous le nom de P. monspeliaca L. Depuis cette époque, aucun catalogue ne fait mention de cette plante. Aurait-elle dormi pendant plus de soixante-dix ans.
M. Cosson fait remarquer que la forme tlottante du Scirpits lacustris a été signalée par 31. Germain de Saint-Pierre et par lui, dans leur Flore des environs de Paris.
M. Gay dit que 31. Ch. Des Moulins a déjà décrit en 18/il plusieurs des faits relatifs aux feuilles flottantes mentionnés par 31. Kirschleger.
31. Decaisne ajoute que le Scirpus lacustris présente des feuilles rubanées lorsque Peau où il se trouve acquiert une certaine profondeur; il a pu s’en convaincre en faisant cultiver cette plante au Muséum, où, en effet, elle donne ou ne donne pas de feuilles rubanées, suivant la profondeur de l’eau où elle est placée.
LA VRILLE DES CUCURBITACÉES, ORGANE DE DÉDOUBLEMENT DE LA FEUILLE, par JW. D. CLOS.
(Toulouse, 9 novembre 1856.)
Il est en organographie végétale des questions d’un haut intérêt pour la philosophie de la science, et dont la solution était restée jusqu’à ces derniers temps ignorée : telle est celle de la signification des vrilles des Cucurbitacées. Aussi ne faut-il pas s’étonner si quelques botanistes ont cherché simultanément à s’éclairer sur cet objet. En 1855, tandis que 3131. JXaudin, à Paris, Fabre, à Avignon’, se livraient à cette étude, nous observions nousmême les caractères -des vrilles des Cucurbitacées cultivées au Jardin des plantes de Toulouse. Trois opinions différentes ont résulté de ces recherches. Ayant repris les nôtres en 1856, il nous a semblé, être dans le vrai, et nous croyons convenable de porter la question devant la Société Botanique ; nous serions heureux qu’elle soulevât parmi nos honorables confrères line discussion qui dissipât les doutes sur la nature de ces organes.
Bien des hypothèses , dit M. Duchartre, ont été émises relativement à ces vrilles des Cucurbitacées : c’est qu’en effet on les a considérées comme