‹ Notger de Liège et la civilisation au 10e siècleChapitre 15 sur 44 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

C'est un beau spectacle que présente le royaume d'Allemagne au X*^ siècle. Sous la conduite d'une dynastie intelligente et active, il marche à pas de géant dans les voies de la civilisation. Ce siècle qui fut, pour d'autres pays, un siècle de fer, fut pour l'Allemagne, Leibniz l'a dit avec raison, un siècle (l'or (i). Et déjà Sigebert de Gembloux, le plus grand chroniqueur du XI'' siècle, proclamait heureux l'âge des Ottons.

La raison que Sigebert donne de son admiration pour cette époque est aussi celle qu'a reconnue l'histoire. Quand on clicrche à se rendre compte des causes qui ont produit l'étonnante prospérité du royaume d'Allemagne à une époque où les pays voisins étaient plongés dans la nuit, on s'aperçoit bientôt que les souverains qui présidaient à ses destinées

(1) Neque Geniiania .sibi Ipsi coniiinrata iinquam magis bello et pace, arniis et moribus et (si iiovissinias binas annoiuni ceiilurias demas, qiiibus nuitata est faciès generis humani) etiam lltteris floniit, qiiani setiilo Ottonuni, id est decimo, qtiod alite geiites ab hodieniis suis moribus diversis, Galli torpore, Itali etiam probris infâme fecere. Leibniz, Annales Impcrii t. III ad a. 1002, p. 802.

2 CHAPITRE PREMIEIl.

ont été aclinirublement servis. Une pléiade de grands évêques ont été, dans les ])r()vinces, les soutiens du tronc et les intelligents collaborateurs des rois.

» D'illustres prélats et des hommes doués de sagesse restauraient FKtat, rendaient la paix aux églises, restituaient à la religion sa pureté première. On pouvait constater, par les faits, la vérité de cet adage d'un philosophe, qu'heureux est l'Ktat où les rois sont des sages, où les sages sont rois. Ce n'étaient pas des mercenaires, c'étaient de vrais pasteurs qui étaient assis alors sur les sièges épiscopaux » (1).

Ces paroles contiennent l'expression d'une vérité qui a frappé les historiens du XIX" siècle autant que les chroniqueurs du XP. « Le clergé, écrit l'un d'eux, avait seul le sens de l'intérêt public, et seul lui avait montré un véritable dévouement (2). »

» Jamais, dit un autre, l'Allemagne n'a possédé un épiscopat à ce point distingué par l'intelligence, par la culture d'esprit et par les qualités morales (3). »

Et un troisième ajoute, presque dans les mêmes termes : « Januùs plus, par la suite, l'Eglise d'Allemagne ni aucune autre n'a pu se glorifier d'un épiscopat aussi riche en prélats pieux et zélés (4). »

Si l'on veut contrôler ces affirmations générales, il est facile d'en constater la justesse. On peut dire que chaque siège épiscopal, pour ainsi dire, eut alors son grand homme, et parfois plus d'un. A leur tête, il faut mentionner leur modèle et leur maître à tous, saint Brunon de Cologne, qui aura d'ailleurs un digne continuateur dans saint Iléribert. A Trêves, nous rencontrons Henri et Egbert; à Mayence, il faut mentionner Guillaume et Willigis. Les sulïragants sont

(1) Jure felicia tlixerim Ottonis tcnipora, cuin claris pnesulibus et sapiontibus viris resjjiiblica sil rcfonnala, pax a'ccelosianini rd'orinala, lioncslas religionis riMlinlograta. Erat vidcre cl rcipsa probaro, vcruiii esse illiid pbilosopbi : fortunataiii esse reiiipublicain, si vel reges sapèrent vel rcgnai-ent sapientes. Prœerant eiiiiii populo regni non mcrcennarii scd pastorcs clarissimi. Sigeberl, Mta Dcodcr. Mcttnisis e. 7, ]). 407.

(2) Giesebreclit, Geschichte (1er deiitschen Kaiserzcit III, p. 7.

(3) Kraiis, (ïcsrliichlc drr cliiistlirhcii Kuimt, {., Il, p. ',V^.

(i) Ralzingcr, tiiscliiclilc dcr Kirclilicluii .ir)iuiipj!rijc, p. 2î)2,

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