X PREFACE
Dire qu'en 987 « Notger entra à Liège à la tête de gens armés et mit le feu au Châtelet de la Sauvenière, qui était la demeure du vicomte », c'est accumuler comme à plaisir autant d'extravagances qu'il est possible d'en faire tenir dans une phrase. L'expédition dont parle Henaux est un fruit de son imagination. Notger ne put pas mettre le feu au Châtelet de la Sauvenière, attendu que le Châtelet de la Sauvenière n'a pas plus existé que son prétendu habitant.
Placer la résidence de l'imaginaire comte de Liège à Chèvremont est une plaisanterie, et les déplorables raisonnements auxquels Henaux se livre à ce sujet ne rendent son invention que plus bizarre»
Il est inutile de rompre une lance contre la légende de Chèvremont, dont il sera parlé plus loin en son lieu. Mais je ferai remarquer qu'au temps où Henaux écrivait les lignes que j'ai citées, plusieurs érudits en avaient déjà fait justice (1). Si Henaux atfecte de les ignorer, cela ne prouve pas en faveur de sa critique, ni peut-être môme de sa bonne foi.
Notger n'a point pu redresser les murailles de la Cité de Liège, attendu que la Cité de Liège n'avait jamais eu de murailles avant lui, et qu'il fut le premier à les bâtir. Et lorsque Henaux ajoute, dans une note, que le prélat « n'entoura de murailles, en quelque sorte, que le quartier de l'Ile », il joue de malheur, car c'est précisément le quartier de l'Ile que Notger a laissé en dehors de son enceinte.
Une autre note ajoute, par manière d'épiphonème, ce jugement final sur le grand homme dont j'entreprends d'écrire l'histoire :
(i) V, (;i-de;<SOus, \>. i!Ji.
PRÉFACE. Xf
« Depuis la renaissance de la critique, on n'a plus ose faire l'apologie de ce prélat, coupable de si odieuses violences, et qui a laissé de si pénibles souvenirs. »
Est-il besoin de le dire? c'est précisément depuis la naissance de la critique (qu'est-ce donc que Henaux appelle renaissance?) qu'on a été obligé de réhabiliter la mémoire de Notger. On en aura la preuve dans ce livre, dont le lecteur comprendra maintenant l'opportunité. Il en excusera aussi l'allure, qui sera nécessairement arrêtée à chaque pas par le besoin de redresser les innombrables erreurs dont le sujet a été défiguré par le romancier du XIV*^ siècle et par le pamphlétaire du XIX^. Il excusera l'incessante transformation du récit en dissertation, les innombrables notes qui encombrent le bas des pages, la sécheresse inévitable de l'exposé. S'il veut bien se contenter des résultats, j'espère qu'il n'aura pas lieu d'être mécontent. En comparant ce volume avec Y Essai de Villenfagne et avec VÉloge de Malherbe, il verra que quelques progrès ont été réalisés ( i).
Je n'ai plus qu'un mot à ajouter. Ce livre a été ébauché par moi avec les élèves de mon cours de critique historique. Il est donc, comme VHistoire poétique des Mérovingiens, le fruit de mon enseignement. Commencé avant ce dernier ouvrage, il a dû
(1) Villenfagne, Esxai Iiistorùiue nur la Vie de Xottjer, piincc-cvàiuc tic Lièije. (Couronné par la Société d'Émulation de LiétjeJ
Malherbe, Eloiie lùstorique dr Notijer, princr-évàpie de Lièt/r. (Honoré d'un accessit |)ar la Société d'Emulation de Liège J
Ces deux écrits ont paru dans les Mémoires pour servir à l'histoire de Liège. Maestriclit, 178.). Celui de Villenfagne a été réimprimé dans ses Mélanges de littérature et d'histoire, Liège, I T8S,
XU PREFACE.
être abandonne, à deux reprises, pour des travaux plus urgents, et il est resté une quinzaine d'années dans mon portefeuille. Il y a plutôt perdu que gagné, n'en déplaise au précepte d'Horace, et les défauts de composition qu'on y relèvera s'expliquent par là.
En terminant, je me fais un devoir de remercier Monseigneur Monchamp, vicaire général de l'évêque de Liège, qui a bien voulu relire mes épreuves et à qui je suis redevable de plus d'une judicieuse observation.
Liège, premier dimaucbe de l'Avent 1904,