ÉPITRE
Et qulDlttsangcIus tuba ceclnlt, et vtdi stellam de ccelo cecidisse in terrain, et data est ei cluvis putel abyssi. — Et aperuU puteum abyssi, et asceodit fumus putei sicut fumus fornacis magnae et ol>scuratus est sol et aer de fumo putei.
{Apocalypse^ ch. 9, y. 1 et 3.)
Quid fedt tlbi hic populus ut Induceres super eum peccatum maxImuDi ?
{Exode^ch, 33, v. 31.)
Deshie ab Ira et derelinque furorem ; noil aenmlart ut mallgneris,
Prêtre d*un Dieu de paix et de miséricorde,
toi <£ue ses puissantes maîns Avaient mis sur la terre en exemple aux humains, Pour maintenir entre eux l*amour et la concorde,
Gomment as-tu rempli ta sainte mission?
Qu*as lu fait, et pourquoi de ta bouche sacrée, Ôdoinie «ne hymne de mort par l'enfer inspirée, Sort-il des cris de haine et de division?
Toi qui sais, maniant la hsirpe des archanges ,
En tirer des sons pars» des modulations
Douces comme un écho du doux concert des anges (1),
) Telles^ par exeniple, que k chapitre xn du • Livre du Peuple », et les
As-tu pu ramasser, an milieu de nos fiinges^. Le clairon discordant des révolniions?
Tremble qu'en y touchant ta main ne soit rougie Du sang mal essuyé dont il est encor teint.
Et cesse d'affubler du bonnet de Phrygle Un front marqué du sceau du Rédempteur divin»
Que veux-tu donc ? Quel est le but que se proposa La virulente ardeur de ton esprit morose ?
Pourquoi Tenfer, par toi, parlant au nom du Ciel, Et ces discours trempés au plus amer du fiel ?
« C'est que, dis-tu, le peuple est là que Ton opprime,
• Et que ton cœur, au mal qu'endure la victime « Sous le joug d'un pouvoir qui l'écrase du pié, « Se remplit d'amertume et se fend de piété !
< C'est qu'il te vient à l'&me une rage cruelle
« De voir qu'on mange au peuple et la chair et la moelle,
« Qu'on boit son sang, et que, comme au chien mort les vers,
« Le pouvoir va paissant à ses flancs entrouverts !
• C'est que son corps n'est plus rien qu'une immense plaie. tt Qu'un cadavre écorché que traînent sur la claie,
< Après l'avoir rongé, les goules du pouvoir; « Un objet misérable, indicible et difforme ,
I Une ombre qui n'a plus de couleur ni de forme, « Et qui fait peur à voir.
« C'est que, sous le fardeau de tant de tyrannie, « Chez un peuple réduit à tant d'ignominie, « 11 ne faut plus parler de lois, de liberté, • Ni de société,
« Et qu'un amas confus d'humaines créatures « Dont la plupart n'ont pas, pour dormir, un fenil, « Ne forme plus, en proie à ses mille tortures, « Une société, mais à peine un chenil (1) ! »
chapitres xvii, xxv et xli des c Paroles d'un croyant », qui tous, tant tous !• rapport du but moral que pour le charme du style, peuvent être mis au rang de ce qui a été écrit de plus suave dans notre langue.
(i} Ce vers et ceux qui précèdent, depuis et y compris celuln:! :
« C'est que, dis-tu, le peuple est là que Ton opprime, »
sont imités de M. La Mennais lui-même.
i Ei tout oela, dit-il à la page 56 de son pamphlet intitulé t • Le Peuple et le
Asseï, 6 prêtre, ass^! voiU cerie une (lage .
Brûlante plus que Teau qui sort de réchaudoir, Des phrases à Jeter au cœur le désespoir; Mais d'un prêtre chrétien est-ce là le langage T
Était-ce là, dis-moi, les tableaux, les discours Que tu devais au peuple? Est-ce là le secours, Le baume bienfaisant, le généreux dictame Qu'attendent ses douleurs, qu'il faudrait à son Àme, Contre le poids des maux que tu lui peins si lourds?
Le pèlerin, s'il trouve un mourant sur sa voie, Au Heu de le remettre aux bras du médecin, Le va-t-il retournant sans cesse pour qu'on voie Et qu'on puisse compter les coups de l'assassin?
Lui va-t-il, ~~ sans piété des douleurs qu'il endurai, ,. Faire en style effrayant une horrible peinture Des blessures, des coups dont il le volt souffrir. Et du danger qu'il court de n^en jamais guérir?
Non ; — mais la charité, qui guide sa parole, Lui fait trouver des mots dont la douceur console Et rend, malgré le mal dont leur charme est vainqueur, Le sourire à la lèvre et l'espérance au cœur.
Celui-là plus que toi se montre charitable, Plus que le tien surtout son zèle est véritable ; Aider et consoler ceux qui souffrent, voilà La mission du prêtre et la tienne ; c'est là
Pourquoi le Créateur, de trésors d'éloquence
T'avait rempli le sein.
Et non pour exciter le peuple à la vengeance Par le glas incessant d'un infernal tocsin.
Gouvernement > *, et tout cela pourquoi ? pour se jeter à son tour sur la proie que Ton convoite, pour, à son tour, dévorer le pays, s'engraisser de sa chair et de sa moelle»,
« Et nous, dit-il à la page gs, nous vous disons que votre soctêië n'est pa<) une société, qu'elle n'en est pas même l'ombre, n>al8 un assemblage d* êtres ^ qu*<m ne sait comment nommer >• . >
• Chei un peuple qui en est là, dlt-llà Updiqi^ho.^n ne doU plus parler ni de liberté ni de société^ et ce n*est pas une société qu*un amas de créatures humaines réduites à cette extrémité, c'est à peine un chenil i>.
* L'auteur s'est trompé sur le liira : l'ouvrage auquel il répond est intitulé : I0 « Pays et le Gouvernement ». Voilà ce qui nonn a conduit h placer !«a critique parmi •fHea du < Livre du peuple ».
tSS LA MENNAIS
Le peHple! oh! ^e hii sert Tana thème farouche Ott*en son nom u toIx lanœ à la Société?
Quel bien lui fait le fiel qui, sorti de ta bouche, Tombe à si larges flots sur son cœur irrité?
S*il est Trai que, courbé sous des lois homicides,
Le pauvre est là qui meurt de faim, Pour apaiser le cri de ses entrailles vides, De grands mots galoppant sur des coursiers sans brides Ne valent pas un peu de pain.
Et du pain, ce n'est pas des phrases factieuses,
Des déclamations furibondes et creuses.
Effets tirés sur lui par la mauvaise foi.
Tes pamphlets qu'il achète à Tétai de Pagnerre (1),
Sont un dernier impôt levé sur sa misère ,
Et ne font quelque bien qu'à Pagnerre et qu*à toi.
Puis, l'image'des maux dont ton ardeur s'effraie N'est-elle pas vingt fois plus terrible que vraie? Et œs maux que sans cesse à ses tristes regards
Tes pinceaux apocalyptiques Se plaisent à charger de couleurs sataniques. N'en as- tu pas, dis-moi, rêvé plus des trois quarts?
Quoi donc l ce beau pays de France,
Où j'étais si fier d'être né , Est-il vrai? ne serait plus rien qu'un parc immense, Où quelques oppresseurs, sons un chef couronné, Couchés dans la mollesse et la fainéantise,
Tiendraient un peuple emprisonné.
Vil bétail par eux destiné
A repaître leur convoitise !
Quoi! pour comble d'impiété,
Serait-il vrai que la justice, Q9m étMBation de la divinité,
De tant d'horreurs se fit complice^ Et que, vendue à l'or d'un pouvoir détesté, SUeî«lAt(en proie aux atroces sentences
(0 Pagnerre est, comme on sait, l'éditeur des pamphlets politiques de M* i'abU de La Meimais, du d-devaot vicomte de Cormenin, de Mil. Çabet, Altarochc et autres personnages dont la spécialité oooi^te à aimer le peuple en parotaf.
De ses hommes-poiences (1), L*inDOcence livrée à leur Iniquité t
Gr&ce m ciel 1 tout cela n'est point la vérité. Et, n'en déplaise aux fous que ta voix persuade, N'existe nulle part qu'en ton esprit maladei Qui prend k son réveil, pour la réalité, Les rêves dont la nuit tu fus épouvanté ;
Et le peuple, — non pas cette oisive canaille, Peuple des mauvais lieux et des estaminets, Vagabonds, culotteurs de pipes, valetaille Heurlant la Marseillaise, eu cuvant tes pamphlets ; Mais le seul peuple vrai, le peuple qui travaille. Qui nourrit sa famille et, par la probité, L'ordre, l'économie, à la propriété Arrive honnêtement, — • s'il ouvrait, pour les lire, Les écrits oU tu peins son prétendu martyre,
Serait fort étonné De voir jusqu'à quel point il est infortuné.
Fais-nous donc, si tu peux, des contes plus croyables* Que parles-tu de cruauté, De potences, d'iniquité Et déjuges impitoyables?
La justice jamais, avec plus d'équité,
Ne se montra moins fbrmidable.
En quels lieux , en quels temps a-t-elle présenté
A l'innocent plus de sécurité Et plus d'humanité, même pour le coupable?
En quels lieux à l'autorité Vit-on plus de douceur, de longanimité?
Quand aura-t-on trouvé la clémence royale Envers ses assassins même plus libérale?
En quels jours, sur le front du crime repenUnt, La grftce, le pardon, bienfaisante rosée (Jue Ton pourrait croire épuisée.
Tombèrent-ils du trône à flot plus abondant ?
De monomanie indulgente Dis donc plutôt que les cœurs sont imbus, '
Et qu'il s'en fait chez nous un si grossier abus. Qu'eût-on coupé, je crois, père et mère, oncle et taote,
(x) G'eat sous cette qualification que M« Tabbé de La Menliils déstgoe les magistrats d'aiijourd'huiv magistrats qu'il a bien le eourage d'aaitmUer aux
12ft LA. M£NNAI$
En vingt morceaux, -* poarvu qu'on n'en ail rien mangé ,
On est certain d*étre jugé Coupable, — mais avec raccessoire obligé :
La circonstance atténuante.
Tu parles d'ignorance oU tu dis qu'on maintient
Le peuple ; — mais les faits démentent tes paroles,
Et le pouvoir, partout érigeant des écoles,
Y donne, — car le mal est toujours près du bien , •
Au peuple, — en lui montrant à lire, — le moyen
De se fausser l'esprit aux étranges folies
Qu'h son grand détriment chaque jour tu publies.
Cependant je t'admire en toute bumilité.
Quand, posant ton surplis d'urbanité française.
Tu te vas écriant que la Société
De nos jours, n'est plus rien qu'un chenil;— si la thèse
Est peu noble, — elle exprime an moins la vérité ;
Car, jamais chiens hamieux n'ont pu mieux à leur aise. Pour peu qu'à ces Messieurs sa conduite déplaise. Aux jambes du pouvoir sautant de tout côté.
Japper, hurler et mordre avec impunité.
Hélas! comme partout, sans doute il est &k France
Plus d'un liomme du peuple en proie à la souffrance ;
Mais leurs maux , bien moins grands que ceux que tu combats.
Ou de près ou de loin, daqs l'essence des choses.
Dans la nature humaine, ont presque tous leurs causes :
Maux qu'on peut déplacer parfois, mais qu'ici-bas,
A moins de changer l'homme, on ne détruira pas.
Oui, — sans doute aussi qu'au bien-être Les mortels en ce monde ont tous des droits égaux, Et qu'il faut à chacun sa part, — - cela doit être
juges du tribunal de Fouquier-Tainville et aux membres des commissions nili* talres de TEmpIre et des cours prévotales de la Restauration. Voici ses jnrùpns expressions :
« On a des juges dont le métier est d'expédier les accusés comme les bourreaux les condamnés, purs instruments de torture et de mort , HOKMBa-Ponii- CEs!! . (Page 78.)
A la page ^ Il dit de la Société que c'est un parc^ un troupeau de hét^ Ammain dfstitié par U pouvoir à âssouvfr ses eonvoifftei.
Et sert, — dès que Dieu nous permettra de naître Tous, au môme degré, grands, riches, forts et beaux;
Quand il nous donnera pour demeure, une terre Qui livre sans travail ses trésors et son fruit. Et que, par un divin mystère, L'art qui fabrique et celui qui produit Pourront se reposer et le jour et la nuit,
Jusqu'il cet heureux temps, qu'aucune prophétie Ne montre encor prochain à ton anxiété, Le travail, cette loi de notre humanité,
Maintiendra la suprématie Qui s'attache ici-bas à la propriété ; Privilège sacré, sainte aristocratie , Éternel fondement de la Société l
Grand principe, d'où naît aussi la conséquence De l'inégalité dans les conditions :
Le repos, les plaisirs, le luxe à l'opulence, Au pauvre, le travail et les privations ,
Hélas! telle est la loi commune!
Et le riche, tout fier de son tort d'aujourd'hui
Si demain il perd sa fortune.
Devient l'égal du pauvre et souffre plus que lui.
D'antre part, ^ que quelqu'un de la démocratie, Qu'un fils du peuple, un vrai prolétaire, -* à son tour. Par l'esprit, le travail, par l'industrie, — un jour Grandisse -, — il va voir, comme au devant d'un Messie
La moderne aristocratie S'ouvrir — en s'inclinant même devant ses pas. Si les mains de la gloire ont posé sur sa tète Le laurier du héros ou celui du poète ; Car tu sais aussi bien que moi qu'elle n'est pas
Une lie inabordable et de rocs entourée, Tu sais qu'elle n'est pas circonscrite et murée
Comme celles des anciens temps :
Châteaux crénelés, citadelles
Inexorables et cruelles
Qui, n'ayant d'autres habitants
Que ceux qu'y plaçait la naissance, Défendaient, par des murs, en hauteur insultants.
D'approcher, — même à l'espéranoe.
C'est un port magnifique, immense Dont les clefs ne sont plus aux seules mains du sort;
Où, de tous les points de la France, On entre librement et d*oti parfois l*on sort; C'est un palais à mille portes , Dont aux hommes de toutes sortes Il n'est rien qui ferme Tabord ;
C'est l'échelle brillante à Jacob apparue,
Et par laquelle, sous ses-yeux, Montait et descendait la cohorte accourue
Des anges radieux.
Que viens-tu donc, traitant le riche de pirate, Crier du haut des toits en style démocrate :
A l'aristocratie ! — Abbé, le sens commun Te dira qu'à ce compte, et, pour qui n'en a qu'un, Quiconque a deux gros sous est un aristocrate, Et qu'on peut t'accuser toi-même aussi, •— tribun, Qu'on voit, au nez du gueux rongé par la vermine. Endosser l'habit neuf sur la chemise fine.
Ame promise au Christ» reviens à lui, crois-moi ; Reviens et montre-^nons ce que c*est qu*un bon prêtre (l) : Ce que c'est qu'un mauvais, tu nous l'as fait connaître Quand tu Jetas aux vents les trésors de ta foi.
Laisse, oh ! laisse à jamais la fantasmagorie Qui depuis si longtemps sème au monde l'effroi,
Et, dans l'éternelle patrie.
Fait pleurer les anges sur toi !
ËcoQte la raison qui, par ma voix, te crie D'abandonner enfin les rêves de Babeuf A ces tribuns ardents, dont la haine et Ténvie
Vont corrodant la vie ; A ces ambitieux qui, pour se cuire un oeuf^ Mettraient, poussés qu'ils sont d'un égoïsme immonde. Le feu, s'il le fallait, aux quatre coins du monde;
(i) On se rappelle le mot fameux de M. de La MeunaU lors du procès qu'il eut à subir à l'occasion de sou écrit Intitula : < De la Religion dans ses rapdorts avec l'ordre civil et politique ^ : Vous saubez ce qob c'bst qu'un prêtre! »
Lk MENNAIS 137
A ces déclamateurs, dont lafejnte pHié Du peuple qu*eUe abuse en ses raaivs prend la eft«M« Pour s*en servir ainsi qu'on fait d'un maroho^ié Sur lequel, quand on veut se grandir^ on ae poae.
Malheur à l'imprudeut qui joue avec le feu
De la passion populaire!
Nous avons vu combien c'est un terrible jeu.
Malheur à toi surtout, qui viens, homme de Dieu » Souffler sur ce brasier le vent de la colère ! Crois-tu que l'incendie, à ta voix allumé, Au signal de ta voix s'éteindrait comprimé?
Non, non ! Quand une fois cette flamme terrible Des lieux où, sous la cendre, elle dormait paisible , Ardente s*e8t levée au souffle furieux Qui la pousse ; elle marche, et, le firent dans les cieux. Quand elle va, semant partout sur son passage, La désolation, la mort et le ravage; Nul obstacle assez fort qui la puisse arrêter» Rien qui puisse contre elle un seul moment lutter ; Ce qu'on fait pour calmer sa fureur, la ranime ; Elle marche, entassant victime sur vietlni*^ Jusqu'à ce qu'à la fin le vorace élément S'affaisse sur lui-même à défaut d'aliment
Et quel spectacle alors la terre ravagée Off^t-elle en tous lieux à la vue affligée T Partout, partout la mort, la dévastation.
Partout pleurs et soupirs et désolation ;
Du travail les sources taries , Le commerce détruit, plus d'arts, plus d'industries: Partant surcroît de mal au peuple ; car toojours Il restera quelqu'un qui soit peuple. — En leur cours, Les révolutions qui passent sur le monde Peuvent bien y briser de leur main furibonde, Et balayer du pied les trônes et les rois , .Mais n'en sauraient changer les éternelles lois.
11 se peut qu'au milieu des tempêtes humaines, Quant tout esquif sur Tonde est battu par le vent ; Quelques soldats heureux deviennent capitaines ; Mais l'air tombe ; en leur lit leseaut rentrent sereines ; Et 1« surplus, qu'est-il^^ Ce qu'il était ayant :
126 LA HENNAIS
Dans la nef, matelot ; dans llttat, prolétaire, Et peuple et gooTernés et ne gouvernant pas ; Car, malgré tes écarts de style populaire, Si tu ne te fais Dieu, jamais tu n'obtiendras Que la Société marche la léte en bas (1).
Eb! mon ami, calme ta bile!
Si les maîtres te sont un objet importun ;
En monarchie on n*en a 'qu'un,
En république on en a mille ; Et puis, à te parler franchement , mon tribun :
Ce que la France a fait, l'ira-t-elle défaire
Chaque matin, pour satisfaire Le premier intrigant qui le lui vient prêcher. Cherche ailleurs qui consente à cela pour te plaire ; Nous n'irons pas troubler l'océan populaire Pour que les factieux y puissent mieux pêcher.
Songe aux maux où pourrait expirer la patrie, S'il lui fallait subir d'autres commotions ; Assez longtemps la haine et les dissensions
L'ont ensanglantée et meurtrie.
Songe, songe surtout aux viles passions
Dont la rage, par toi nourrie,
Peut se traduire en actions
D'une sauvage barbarie.
Songe quel repentir te viendrait prendre au cœur,
Et combien, de ton éloquence Tu devrais regretter le prestige vainqueur Et maudire en pleurant l'infernale puissance.
S'il te fallait jamais apprendre qu'un feuillet Des écrits que ta plume au peuple dejulllet Prodigue, et que la haine avec ardeur savoure. Au mousquet régicide a pu servir de bourre?
Si ce penser te fait horreur Laisse en toi la raison triompher de Terreur ;
Et quand ta brillante parole ,
Des cœurs sait si bien le chemin, D'une torche flambante au lieu d'armer sa main,
Soutiens le pauvre et le console (2).
()) C'est pourtant le projet d'un autre fanatique démagogue, qui 6l<^ge près de M. de La Mennais sur les plus hauts baucs de la Montagne. (a) (kt\ est écrit en iSAo* Huit ans plus tard, un terrible ouragan révolu-
U MËNNAIS 119
Ranime en lui, par tes discours,
Le courage et la patience ;
Montre-lui que la violence No peut être à ses maux qu*nn stérile secours ; Dis-lui que le travail , ce père de Taisance. L'ordre et Téconomie, à présent et toujours, Peuvent seuls à son sort apporter allégeance ;
Au lieu d*exalter ses douleurs
Par le tableau de ses malheurs , Que ta voix, en son nom, prêche la bienfaisance. Et sur lui, sur les siens, fasse de l'opulence Descendre en même temps les trésors et les pleurs.
Apprends-lui que ton divin Maître, Que le Dieu tout amour, de qui tu te dis prêtre , Même au sein des tourments et de Tafiliction. Prêchait la patience et la soumission.
Enfin, dis-lui qu'un jour, jour terrible et suprêhte,
La mort, qui pour nous tous, riche et pauvre, est la mêmei
Otant à qui les eut les habits précieux,
Nous mènera tout nuds ensemble dans les cieux,
tionnaire s'est levé sur nos têtes ; il a menacé d'anéantir toute l'ancienne Société. M. de La Mennals ne peut nier, que, par ses prédications insensées depuis ses « Paroles d'un croyant » Jusqu'à son journal le « Peuple constituant » y compris, Il n'ait beaucoup contribué à faire déployer l'étendard de la plus affreuse révolte. Les journées de juin sont arrivées, mais ces fatales journées n'ont point fait que le repentir soit venu au cœur du prêtre apostat. Loin de I), il a persisté à tenir son rang parmi les démagogues les plus effrénés , ceux qui s'appellent Montagnards.
Et pourtant, avant de siéger aux plus hauts bancs de la Montagne de i848, M. de La Mennals pensait et écrivait ceci des Montagnards de 1793 :
< Ils ne pardonnèrent ni à la naissance parce qu'ils étaient sortis de la
boue, ni aux richesses parce qu'ils les avaient longtemps enviées, ni aux talents parce que la nature les leur avait refusés, ni à la science parce qu'Us étalent ignorants, ni à la vertu parce qu'ils étaient couverts de crimes, ni an crime lui-même lorsqu'il annonçait quelque supériorité... Pour peindre la révolution française, celte scène épouvantable de forfaits, de dissolution et de carnage, ces proscriptions, ces fêtes impures, ces cris de blasphème, ce bruit sourd du marteau qui démolit, de la hache qui frappe les victimes, ces détonations terribles et ces rugissements de Joie lugubre, annonce d'un vaste massacre ; ces cités veuves, ces rivières encombrées de cadavres, ces temples et ces villes en cendre, et le meurtre et la volupté, et les pleurs et le sang; pour peindre, dis-Je, toutes ces horreurs, il faudrait emprunter & l'Enfer sa langue, comme quelques monstres lui empruntèrent ses fureurs ».
1^0 LA MÈNNAIS
Chercher aux bras divins de notre commun pèrei La grande égalité qui n*est pas sur la terre.
G*est ainsi que, rentré dans ton rôle pieux, Astre tombé d*un ciel où manque ta lumière, Tujreprendras ta place et la splendeur première De ton cours glorieux.
Grand Dieu ! si tu voulais, toi, brebis égarée. Toi, brebis si longtemps regrettée et pleurée Par les anges divins que conduit Gabriel Si tu voulais rentrer au bercail étemel, Oh ! qu*il éclaterait de joie à ta rentrée!
Oh ! comme, ce jour-là, ce serait fête au ciel !
Ta plume, aux factions livrée,
Chaque jour se voit décorée D*un laurier éclatant, mais» hélas ! criminel ; \a gloire de l'impie est de peu de durées
Et c'est l'auréole sacrée Qu'il faut rendre à ton nom pour qu'il soit immortel.
Gesse donc de donner le scandale à la lerre D'un époux de l'Église en commerce adultère
Avec les factions Viens te puriiler à la sainte piscine, Et, rougissant d'avoir aux sales potions Que Degouve et Pagnerre ont dans leur ofBeine,
Pu mêler ton brillant venio.
Quand tu rencontrera» r/mon-DË-Gormenin, On tes autres anciens confrères en délire, Avec moi, — mieux que moi, — qu'on t'entende leur dire -
« Du pauvre, et par malhçur nous le savons assez, « Ici comme partout la destinée est dure ; « Mais quel est votre but, lorsque vous lui tracez , « Des douleurs et des maux sur sa tête amassés « Une hyperbolique peinture?
« Pourquoi ces vains discours gros de haine et d'injure, « Corrosif infernal dont vous vous efforcez
« D'irriter le mal qu'il endure?
« Arrière, arrière doue, flatteurs intéressés
« De ce prince aux habits percés !
« Si vous n'avez pour lui rien de meilleur, — laissez,
« Laissez-le en paix dans sa masure. .
c Car si c'est là le pain dont vous le nourrissez,
< Tout votre amour n'est rien que mensonge, imposture}
LA HENNAIS 131
• médicastres insensés, « Vers son lit de douleur, quand vous vous empiesses,
< Vous ne portez que la torture ;
< C'est de l'huile et du miel qu'il faut ^ sa blessure,
< C'est du fiel que vous y versez 1 »
VN HOMMI-POTINCI.
90 octobre i84o.
u mmm