Voir Œucre«, t. I, p
sens, ils conjecturaient la signification des autres» soit en les rapprochant sans précautions suffisantes du copte ou de riiébreu, soit en préjugeant le sens delà phrase dans laquelle ils les apercevaient. La valeur des termes ainsi définie à leur gré, ils s'évertuaient à en déduire l'intention de chaque phrase, mais là, comme ChampoUion, pressé par le temps, avait presque entièrement négligé la syntaxe, leur fantaisie se donnait libre carrière : la coupe normale de chaque proposition leur échappait, ainsi que les relations des propositions entre elles. Les traductions auxquelles ils arrivaient par ces moyens de pure imagination étaient si étranges parfois qu'elles déconcertaient le public et les savants euxmêmes ;Aes plus prudents, à l'exemple de Lepsius, afiSrmaient hautement que, si Ton parvenait à rendre certains textes assez courts, les œuvres de longue haleine, religieuses, poétiques ou scientifiques, demeuraient actuellement et demeureraient longtemps encore lettre close pour les modernes. Rougé se proposa de prouver, et il prouva, qu'en analysant strictement chaque signe et chaque mot, on irait jusqu'au bout de la découverte; rencontrant un groupe incertain de lecture ou de sens, il le cherchait dans d'autres textes, tant qu'enfin il tombât sur un passage tel qu'il n'y eût plus moyen, d'en ignorer la valeur phonétique ou la signification. C'était appliquer au déchiffrement un procédé analogue à celui dont les mathématiciens se servent pour dégager l'inconnu d'une équation. Les premiers essais furent lents, et on le conçoit lorsqu'on se rappelle le petit nombre de termes certains qu'on possédait alors ; les progrès devinrent déplus en plus rapides, à mesure que les constatations partielles s'accumulèrent, et, s'ils ont été si faciles en ces derniers temps, cela tient à l'application que les égyptologues de la génération actuelle font des méthodes de Rougé, sans soupçonner le plus souvent que c'est à lui qu'ils les doivent.
Les lenteurs habituelles aux impressions officielles retar-
dèrent Tapparition de cet ouvrage ; il ne fut publié qu'en 1851, deux ans après la lecture', et ce fut certes la première des raisons qui décidèrent Rougé à ne pas pousser plus loin l'étude du document, la seconde fait grand honneur à sa sagacité et montre à quel degré de sûreté il en était parvenu dans les questions de déchifif rement. Deux des colonnes d'hiéroglyphes qu'il lisait au milieu de l'inscription ne se raccordaient pas, et il lui semblait bien qu'il manquait quelque chose entre elles, mais aucune des copies disponibles n'indiquait de lacune en cet endroit : il n'osa pas déclarer publiquement ce dont il était convaincu, qu'il y avait là un oubli soit du graveur ancien, soit du copiste moderne, et il interrompit son travail. C'est en 1864 seulement que, visitant enfin le tombeau de Pahiri, il constata que « la colonne » placée à la suite de celle à laquelle il avait dû arrêter sa » traduction avait bien été tracée sur la muraille, mais était » restée vide et non ciselée par le graveur* ». Les trois autres mémoires n'eurent pas à souffrir des mômes retards ni des mêmes mésaventures : la Revue archéologique accorda son hospitalité à deux d'entre eux, une Lettre à M.Leemans, directeur du Musée d'Antiquités des Pays-Bas, sur une stèle égyptienne de ce Musée*, et un Examen de l'ouvrage de M, Lepsius, intitulé Introduction à la Chronologie des Égyptiens*. Dans la lettre à Leemans, Rougé, utilisant une stèle du Musée de Leyde, prouvait que les rois nommés Antouf et Mentouhotep avaient précédé la XII® dynastie, et que, par conséquent, il fallait les ranger dans cette XI® dynastie dont Manéthon nous fournissait la durée totale sans y adjoindre le détail des souverains qui la composaient ;