‹ Notice biographique du Vicomte Emmanuel de RougeChapitre 7 sur 50 · Voir plus haut, p. 20-22 de cette Notice biographique · texte numérisé non relu

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2. E. de Rougé, Rapport adressé à M. le Directeur général des Musées nationaux y p. 1.

3. E. de Rougé, Rapport adressé à M. le Directeur général des Musées nationaux, p. 24.

se montra d'une bienveillance rare à son égard. Il lui raconta les rapports qu'il avait entretenus avec Champollion, et il marqua l'intérêt le plus vif à son travail. C'étaient, presque chaque soir, de longs entretiens sur les faits nouveaux que fournissaient les objets étudiés dans la journée. Certains d'entre eux avaient une valeur plus qu'ordinaire pour « leur forme digne en tout point des belles poésies orien- » taies. Plusieurs savants ont mis en doute que l'écriture » hiéroglyphique ait permis aux Égyptiens d'employer des » formes littéraires et surtout d'avoir une poésie. Je puis n donner ici un curieux échantillon de la poésie sacrée des » Égyptiens. Il faudrait un long commentaire pour faire » sentir les allusions que renferment les divers noms mys- » tiques donnés ici au dieu soleil, mais on remarquera » facilement le tour poétique des phrases et l'élévation générale des idées. J'ai dédié la traduction de ce morceau » à M. de Humboldt, à mon passage à Berlin, et ce patri- » arche des sciences antiques a été vivement frappé par la » beauté du petit hymne égyptien rédigé vers le XV* siècle » avant notre ère par un basilicogrammate, nommé Taphe- » roumés* ». Le texte et la traduction en avaient été publiés, en effet, par le procédé alors nouveau de la zincographieV L'interprétation n'est pas exempte de fautes, tant s'en faut, et l'hymne n'inspirerait plus aujourd'hui la même admiration, mais qu'on se reporte au temps, et l'on comprendra l'enthousiasme de Rougé et de Humboldt; la joie de la découverte les exaltait, et la surprise de sentir là une inspiration presque poétique, quand d'autres leur avaient déclaré qu'il n'y avait eu ni poésie ni littérature en Egypte.

1. E. (le Rougé, Rapport adressé à M, le Directeur général des Musées nationaux^ p. 19-20.

2. E. de Rougé, Essai sur una stèle funéraire de la collection Passalacqua (n* 1353), appartenant au Musée royal de Berlin, dédié à M. Alexandre de Humboldt. Berlin. 1845, in-8* carré, de 5 pages non numérotées.

Cette première mission dans les pays du nord de l'Europe à peine terminée, il partit en tournée pour le midi de la France et pour ritalie, le 22 mars 1850. Marseille, Rome, Florence, Turin surtout, ouvrirent à sa curiosité des perspectives nouvelles ; il en revint riche d'idées et de faits qu'il exposa sommairement dans un rapport adressé à M. de Nieuwerkerke, le 2 novembre 1850\ Il y traçait, pour la première fois, rbistoire de Tart et principalement de la sculpture chez les Égyptiens, définissant d'après les pièces datées les particularités propres à chaque époque, et classant les pièces non datées dans chacune de ces époques au moyen des particularités ainsi constatées. Le cadre qu'il avait tracé de la sorte a dû être élargi par la suite après les fouilles qui nous ont rendu la civilisation thinite ; pour les temps classiques de rÊgypte, il est demeuré ce que Rougé l'avait fait.

On pourrait s'imaginer à première vue que la rédaction d'un catalogue de caractères d'imprimerie n'est pas un travail de longue haleine ni qui réclame une préparation considérable : un coup d'œil jeté sur le Catalogue des signes hiéroglyphiques de l'Imprimerie Nationale, que Rougé composa alors', prouve combien cette opinion est erronée. Le type hiéroglyphique de l'Imprimerie Nationale, créé vers 1840 par Dubois et par Letronne', ne possédait pas encore Tabondance de signes que nous lui connaissons aujourd'hui ; néanmoins les matrices gravées s'élevaient déjà à plusieurs milliers et l'on se demandait quel était le meilleur moyen pratique de classer les fontes dans les casses. Rougé, que

1. E. de Rougé, Rapport adressé à M. lo Directeur général des Musées nationaux sur l'exploration scientifique des principales collections èffyptiennes enformèos dans hs diffâronts Musrcs publics de r Europe, publié dans le Moniteur Universel des 7 et 8 mars 1851; tirage à part in-a", de 24 p.

2. C'est la première édition, in-4% 1851, qui est aujourd'hui presque introuvable.

3. Letronne, Table d^Abydos imprimée en caractères mobiles, p. 25-27.

l'on consulta, les rangea en catégories naturelles désignées par les lettres de l'alphabet ; A désigna les corps célestes et terrestres, B les figures d'hommes et de dieux, C les figures de femmes et de déesses, D les diverses parties du corps humain, et ainsi de suite, jusqu'aux objets de forme inconnue. Un numéro d'ordre correspondait à chacun des caractères enregistrés dans ces chapitres, et en face des caractères une définition qui indiquait la nature de chacun d'eux et qui parfois en contenait la lecture. Cette partie du travail, qui fut supprimée dans les éditions postérieures et qui nous parait presque inutile aujourd'hui, présentait alors des difficultés nombreuses. Beaucoup des variantes qu'on voit sur les monuments pour un même objet sont si différentes en apparence que les débutants sont tentés souvent de les considérer comme des signes d'origine distincte. Rougé montra qu'elles n'étaient pour la plupart que des accidents dus à la maladresse ou à la distraction d'un graveur, et il allégea le syllabaire d'autant. Des spécimens de textes composés dans les deux types complétaient l'ouvrage. Malheureusement, les chefs de l'atelier oriental, effrayés par la complication (Ju système d'écriture, se refusèrent à employer le type selon les règles usitées pour les alphabets ou les syllabaires ordinaires. Ils exigèrent que tous les textes hiéroglyphiques qu'on leur confierait fussent accompagnés, signe par signe, de la lettre correspondante à la catégorie dans laquelle le signe rentrait et du numéro qui notait son rang dans cette catégorie. C'était pour l'auteur un travail presque aussi long que la rédaction de son mémoire l'avait été, et M. de Rougé n'eut jamais le loisir ou peutêtre la patience de s'y soumettre : il n'usa des hiéroglyphes qu'en très petites quantités et, comme il avait une répugnance fort justifiée à se servir de la lithographie ou de l'auto^raphie, il en vint bientôt à ne pas publier in extenso ceux do ses mémoires dans lesquels il transcrivait de longs textes en caractères hiéroglyphiques. A chaque instant au

cours de cette notice, nous verrons qu'il annonce des publications d'œuvres littéraires et d'inscriptions auxquelles il ne donne pas suite, et, si l'on va au fond des choses, on devine aisément que les difficultés accumulées autour des impressions en sont la cause. Et le mal ne s'arrêta pas là. On sait comment les règlements absurdes de Tlmprimerie Nationale^ en défendant absolument la vente d'une fonte et en réduisant à un minimum ridicule le prêt des caractères, ont empoché la diffusion de ce type admirable et favorisé celle du type inférieur qui fut plus tard créé en Allemagne par Lepsius et par son dessinateur Weidenbach. Je tiens de Rougé lui-môme qu'au moment où il rédigea son catalogue, il essaya de procurer la modification de ces règlements ; il échoua, comme bien d'autres après lui, contre l'opposition routinière du Directeur.

Ces voyages à travers les Musées et ces études minutieuses sur l'art et sur le syllabaire auraient dû, ce semble, l'nbsorber tout entier. C'est à ce moment pourtant qu'il livra au public les résultats de ses recherches dans trois champs d'étude très différents. La religion égyptienne l'avait attiré dès ses débuts, mais, préoccupé avant tout du déchiffrement, il l'avait laissé de côté presque systématiquement. L'examen des inscriptions gravées sur une statuette naophore conservée à Rome, au Vatican, lui fournit l'occasion d'y revenir et de préciser les notions qu'il en avait acquises jusqu'alors. Champollion, puis Ampère, avaient su déjà qu'elle appartenait à un contemporain de Cambyse, qui avait vécu un moment dans l'intimité de ce prince, mais ils avaient été arrêtés par les difficultés de l'interprétation. Rougé traduisit les textes\ et de sa traduction des

1. Mémoire sur la statuette naophore du Musée grégorien au Vatican^ la à rAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 14 mars 1851, publié dans la Rcoue archéologique, 1851, t. VIII, p. 37-61 (tirage à part in-S", de 24 p.), reproduit dans les Annales de Philosophie chrétienne, 1851, sous le titre Explication d^une inscription égyptienne

faits ressortirent, qui en partie confirmèrent, en partie contredirent les récits qu'Hérodote nous a laissés de la conquête persane. 11 constata en effet que, durant les premiers mois qui suivirent la victoire, Cambyse avait maintenu dans leurs charges tous les fonctionnaires égyptiens, môme les prêtres, et qu'il n'avait rien négligé pour se concilier l'affection de ses nouveaux sujets. Il avait retiré les troupes étran- . gères du temple de Néith à Sais ; il avait été initié aux doctrines de la déesse et aux mystère d'Osiris par le grandprêtre Ouzbarisnlti\ celui-là même à qui nous devons la statue, puis il avait célébré le culte des dieux avec les mêmes rites que les Pbaraons avaient accomplis avant lui. Après ses désastres de Libye et d'Ethiopie, il sévit contre les Égyptiens, et Ouzharisniti glisse discrètement sur ces dernières années du règne comme sur un temps de deuil ; Darius lui confia le soin d'effacer les traces de la persécution, et l'inscription se termine par le panégyrique du souverain réparateur. C'était là, pour l'histoire politique, un document de premier ordre; toutefois les allusions mythologiques dont il est semé parurent plus importantes alors que le récit des faits. « Votre attention », écrivait Rougô à l'éditeur des An^ nales de Philosophie chrétienne en lui communiquant l'article, ft se reportera principalement, j'en suis sûr d'avance, » sur cette doctrine élevée que les Égyptiens ont possédée » par rapport à Vessence divine d'un être suprême engen- » drant perpétuellement un second lui-même. Remarquez

prouvant que les Anciens Égyptiens ont connu la génération éternelle dujils de Dieu, et précédé d'une lettre explicative de Rougé au Directeur des Annales, avec tirage à part in-8*, de 34 p. Rougé ne fut que médiocrement satisfait de la tournure apologétique donnée à cette reproduction. Dans des notes inédites qu'il rédigea pour le bénéfice de Desjardins, il présentait comme seule édition authentique de œ mémoire celle de la Rooùe archéologique, et il ajoutait : « Il vaut mieux » le citer là que dans l'édition arrangée de M. Bonnetty. »

1. Rougé lisait ce nom Out'ahorsoun, et sa lecture fut admise par tous ses contemporains.

» bien que, malgré Tépoque assez récente de notre statue, » la doctrine qu'elle atteste est de toute antiquité en Egypte. » Les textes sacrés que j'ai employés pour la commenter et » pour l'expliquer sont de la XVIII® dynastie, c'est-à-dire )) un peu antérieurs à Moïse. A cette époque, ces hymnes » font déjà partie du Rituel funéraire, c'est-à-dire qu'ils )> ont déjà toute l'autorité d'un texte canonique en Egypte, » que, conséquemment, leur rédaction remonte à une époque » bien plus haute et que les doctrines qui les ont inspirés )) font nécessairement partie du fond le plus ancien de la » mythologie égyptienne. Ce coup d'œil, si profond à quel- » ques égards, jeté sur l'essence divine, n'appartient donc » pas à une spéculation de la dernière époque philosophique, » comme on l'avait souvent avancé. » Rougé expliquait les conceptions monothéistes qu'il pensait discerner à la base des religions égyptiennes par une révélation primitive, dont la pureté, obscurcie au cours des siècles, transperçait par instants dans l'enseignement des prêtres. Il ne se dissimulait pas quelle hardiesse il y avait à soutenir cette thèse en présence des formes multiples que la divinité revêtait, et surtout si l'on songe au rôle considérable que la mère jouait dans l'évolution de la trinité égyptienne ; il ne réputait pas l'obstacle insurmontable, et il espérait qu'une étude plus approfondie lui permettrait de l'écarter. Jusqu'à son dernier jour, il crut au monothéisme primitif ; il l'enseigna comme un fait indiscutable et il établit sur lui tout le système des religions pharaoniques.

Je ne rappellerai qu'en passant le Mémoire sur quelques phénomènes célestes rapportés sur les monuments égyptiens avec leur date dans l'année oague, qu'il lut devant l'Académie des Inscriptions le 24 décembre 1852* : ces querelles de chronologie qui passionnaient alors les savants ne pré-

1. Publié dans la Reoue archéologique, 1852, t. IX, p. 653 sqq.; tirage à part in-8*, chez Leleux.

sentent plus aujourd'hui qu'une importance secondaire. Aussi bien venait-il de faire dans le même temps une découverte des plus inattendues en révélant au monde le célèbre Conte des Deux Frères^ et, du même coup, l'existence d'une littérature de romans en Egypte. L'écriture hiératique avait été beaucoup moins étudiée jusqu'alors, je ne dirai pas que les hiéroglyphes, mais que le démotique lui-môme ; depuis Champollion, qui la connaissait bien, ainsi qu'on le voit par ses analyses des Papyrus Sallier, personne ne s'y était adonné sérieusement. Pourtant, les documents ne manquaient point. Le British Muséum, donnant en cela le bon exemple^ avait publié le fac-similé de deux de ses collections les plus importantes, les Papyrus Sallier et les Papyrus Anastasi. Ces merveilleux albums des Select Papy ri avaient provoqué quelques observations de Birch et de Hincks, puis Rougé les avait attaqués résolument à son tour, mais la paléographie rapide et compliquée de la plupart d'entre eux opposait un obstacle sérieux à ses études, et il n'en avait pas triomphé complètement lorsque, pendant l'hiver de 1851-1852, une dame anglaise de séjour à Paris, Madame Elizabeth d'Orbiney, lui confia un rouleau de papyrus qu'elle avait acheté naguères en Egypte. Il y discerna aussitôt les épisodes principaux d'un conte fantastique écrit sous le règne de Ménephtah, et il aurait voulu l'acquérir pour le Louvre, mais, l'argent manquant comme toujours, il dut renoncer à son projet; du moins obtint-il l'autorisation de le copier, de le transcrire, et d'en publier la traduction dans VAthénœum français ou dans la Revue archéologique\ Les membres de l'Académie d'alors durent à peine en croire leurs

1. Notice sur un Manuscrit en écriture hiératique^ écrit sous le règne de Merienphtah, fils du grand Ramsès, vers le X V siècle avant Vère chrétienne, lue à rÂcadémie dans la séance du 16 juillet 1852, publiée dans la Revue archéologique, 1852, t. IX, p. 385-399, tirage à part in-8*, de 15 p. et une planche, chez Leleux, et dans VAthénœum français, 1852, t. I, p. 280-284, tirage à part in-12, de 24 p., chez Thunot.

oreilles, lorsqu'il leur annonça sa trouvaille ; on ne soupçonnait pas les Egyptiens d'avoir possédé une littérature aussi peu sérieuse, et on s'attendait à tout de leur part plutôt qu'à des romans. Il fallut pourtant se rendre à l'évidence, sauf à énoncer des réserves sur l'étrangeté du sujet et sur la manière enfantine dont l'intrigue était conduite. Le début excita l'attention pour la ressemblance frappante qu'il présente avec les aventures fameuses de Joseph dans la maison de Putiphar, et la question se posa aussitôt des rapports que le récit égyptien pouvait avoir avec celui de la Bible. L'indifEérence fit place à l'intérêt quand on passa aux métamorphoses de Baîti, — ou de Satou, comme M. de Rougé disait alors. Les savants d'éducation strictement classique, qui composaient la majorité dans la Compagnie, ne comprirent rien aux péripéties qui faisaient du héros un eunuque, puis un taureau, puis deux arbres, puis son propre fils conçu merveilleusement dans le sein de sa propre femme. On admira beaucoup la sagacité du traducteur, mais on le plaignit un peu de n'avoir* pas mieux à traduire dans le domaine où son activité s'exerçait'. La connaissance des littératures populaires nous a appris à mieux apprécier le fond même de l'œuvre et à en retrouver les éléments chez cent peuples divers ; en 1852, le folklore était l'amusement de quelques-uns seulement, et l'on ne se passionnait pas pour ce qui rentrait exclusivement dans ses données. Le Conte des Deux Frères est maintenant un livre scolaire ; on le met entre les mains des débutants pour leur enseigner les éléments de la langue courante telle qu'on la parlait à la seconde époque thébaine, et il n'y a guère d'égyptologue qui n'en ait publié une traduction. On a élucidé beaucoup de détails et corrigé une dizaine de leçons de sens incertain, mais l'ensemble est demeuré tel que

1. Ces détails m'ont été racontés près de trente ans plus tard, au cours d'une visite de candidature à TAcadémie, par Alfred Maury qui avait assisté à la séance et qui avait emmagasiné les moindres incidents dans sa mémoire imperturbable.

M. de Rougé Tavait établi ; du premier coup, il avait saisi la pensée du vieil auteur égyptien, et il l'avait rendue accessible aux lecteurs modernes. Les gens du métier ne s'y méprirent pas : la publication de ces vingt pages marqua pour eux un progrès dans le déchiffrement, le plus important qu'on eût réalisé depuis la mort de ChampoUion.

En six ans, M. de Rougé avait parcouru le domaine entier de l'égyptologie ; il l'avait conquis de haute lutte et il y avait imposé sa suprématie partout, à l'étranger comme en France. Tous les savants du dehors, hellénistes ou orientalistes, qui rencontraient sur leur chemin quelque question relative à l'Egypte, s'adressaient à lui comme au maître pour être renseigné, et il leur donnait satisfaction avec une science rare ; ses réponses formaient quelquefois de véritables mémoires, telle la Lettre sur la stèle A 433 du Musée du Louvre, qu'il écrivit à François Lajard et que celui-ci inséra dans son livre Sur le Culte du Cyprès pyramidal\ tel encore le Texte du document astronomique et astrologique découvert par ChampoUion à Thèbes dans les tombeaux des Rois égyptiens Ramsès VI et Ramsès IX, qu'il remit à Biot pour la deuxième partie de son ouvrage Sur un Calendrier astronomique*. Et d'autre part, les jeunes gens que l'égyptologie attiraient n'hésitaient pas à lui demander conseil, sûrs d'être écoutés avec bonté. Chabas lui racontait en mars 1852 que la lecture de ses notices dans la Revue archéologique V « avait décidé à étudier le système » hiéroglyphique qu'elles lui révélaient sous un jour nou- » veau », et il le priait de lui procurer le mémoire sur Âhmès et le catalogue des signes qu'il ne trouvait chez aucun libraire'. Lui, l'accueillant avec sa bienveillance

1. Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XX, 2* partie, p. 174-

2. Mémoires de l'Académie des Sciences, 1852, t. XXIV, p. 155-166.

3. Lettre du 16 mars 1852, communiquée par le vicomte Jacques de Rougé. Ctiabas signait alors Chabas-Prouvèze.

accoutumée, il fallait, répondit-il, « compléter la Gram- » maire et le Dictionnaire en rendant plus rigoureuse la )) méthode d'investigation. Pour se croire certain du sens » d'un mot, il faut que ce sens vous rende raison de tous » les passages où vous le trouvez employé. C'est là un genre » de preuve long et pénible, que ne se sont pas imposé suf- )) fisamment MM. Birch et Lepsius, qui sont nos deux grands » rivaux à l'étranger ; aussi les voyons-nous trè^ souvent » obligés de revenir sur des sens qu'ils ont publiés, et sur » des lectures de caractères nouveaux qu'ils ont données » comme certaines, sans énoncer leurs preuves. Il faut pro- )) céder avec plus de sévérité' ». Quelques jours plus tard il lui indiquait comme un sujet digne de son attention, une étude comparative du Todtenbuch de Lepsius avec le Papyrus Cadet et le Rituel hiératique de Nsahorphré, puis, par la même occasion, il lui confiait ses idées sur les affinités grammaticales de l'égyptien : « Je pense, lui disait-il, que )) si la grammaire est plus décidément sémitique que dans » le copte, cette langue n'en avait pas moins sa physio- » nomie bien tranchée ; une bonne partie des radicaux se rap- » prêchent du type indo-germanique' w. On sait comment Chabas profita de ces leçons : la correspondance se prolongea pendant ses années d'apprentissage, toujours amicale'. D'autre part, Brugsch dédiait à Rougé la brochure où il expliquait la minute démotique, découverte par lui à notre Bibliothèque Nationale*, d'un contrat dont le Musée de Berlin possédait une expédition en langue grecque'. Rougé, tout

1. Lettre de Rougé à Chabas, en date du 22 mars 1852, publiée par Virey, François-Joseph Chabas, p. ix-x.

2. Lettre de Rougé à Chabas, en date du 16 avril 1852, publiée dans Ph. Virey, François-Joseph Chabas^ p. xi, note 2.

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