H, Brugsch, Mcin Leben und moin Wandern, p
5. H. Brugsch, Lettre à M. le mconitc Emmanuel de Rougé, au sujet de la découverte d'un Manuscrit bilingue sur papyrus en écriture
en le remerciant de la gratitude qu'il témoignait à son égard, estimait qu'il devenait beaucoup trop facile pour lui-môme et qu'il prêtait aux mots des sens qui n'étaient pas toujours ëtayés de preuves suffisantes^ : c'était un péché contre la méthode, le genre de péché pour lequel il n'accordait l'absolution qu'à regret. Cependant Mariette rencontrait auprès de lui un appui constant^ depuis que sa bonne fortune Tavait conduit en mission aux bords du Nil. Au moment où le Viceroi, trompé par les dénonciations intéressées des marchands d'antiquités, menaçait de confisquer les stèles du Sérapéum, c'est encore Rougé, qui, secondé par M. de Nieuwerkerke, sut arracher au ministre le crédit de 50.000 francs qui sauva la situation'. Enfin, un égyptologue nouveau, Théodule Devéria, dégoûté du peu de progrès qu'il faisait aux cours de Charles Lenormant, lui soumettait ses essais de déchiffrement'. Comme il arrive souvent, l'étranger le récompensa de ses services avant que son pays songeât à le faire ; l'Académie des sciences de Turin le choisit son correspondant le 26 juin 1851^ et la Société archéologique de Madrid le 19 novembre. Toutefois la France ne demeura pas de beaucoup en arrière : elle le nomma conservateur en titre du Musée égyptien le 2 janvier 1852, puis chevalier de la Légion d'honneur le 21 janvier 1853. Il était membre ordinaire de la Société asiatique depuis le 13 février 1846 et de la Société des Antiquaires de France depuis le 10 mars 1851 : le 8 juillet 1853, il fut élu membre ordinaire de TAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, en remplacement de M. Pardessus.
dèmoUco-ègyptienne et en Grec cursifde l'an 1Ï4 ac, J,-C.^ Berlin, 1850, in-4', 71 p. et 3 pi.
1. Lettre de Rongé à Chabas, en date du 22 mars 1852, publiée dans Ph. Virey, François-Joseph Chabas^ p. x.
2. Maspero, Notice biographique sur Aug, Mariette, p. XLVin-xux.
3. D*aprè8 une communication verbale de Devéria lui-môme en 1867.
4. H. Wallon, Notice historique sur la cic et les travaux de M. le vicomte Emmanuel de Rougèy p. 32-33.
DU VICOMtË EMMANUEL DE ROUGÉ 39
Les années qui suivirent furent à coup sûr les mieux remplies de sa vie. Le Louvre l'occupa beaucoup pendant quelque temps encore. L'arrivée des miliers d'objets découverts par Mariette au Sérapéum l'obligea à fermer les salles dans les premiers jours de 1853, puis à tout reclasser : ce fut l'affaire de deux mois, pendant lesquels il ne se ménagea poinV, mais, bientôt après, de nouveaux devoirs l'arrachèrent à cette maison qu'il aimait tant. Disons tout de suite, pour en finir avec ce côté politique de sa carrière, que l'Empire, en quête d'hommes illustres pour les grands corps qu'il constituait alors, lui offrit une place au Conseil d'État; il accepta et^ le 4 décembre 1854, il fut nommé d'emblée Conseiller dans la section de l'Instruction publique. Les règlements contre le cumul le contraignirent à quitter sa place du Louvre : il redevint Conservateur honoraire le 17 février 1855 et il le resta jusqu'à la fin de ses jours, Mariette d'abord, puis en 1860 Devéria, et Pierret en 1871, dirigèrent le Musée, sans que pourtant il cessât jamais de s'intéresser à ce qui s'y faisait. 11 essaya par la suite de soutenir aussi complète son activité scientifique, mais les devoirs de sa charge nouvelle lui dérobèrent un temps précieux ; partagé entre la routine du métier et ses recherches personnelles, il dut parfois reléguer celles-ci au second plan. Quand on voit ce qu'il a réussi à accomplir dans ces conditions défavorables, on se demande ce qu'il n'eût pas fait s'il eût été le maitre absolu de sa vie entière.
11 semble qu'en ce moment de sa carrière, Rougé ait poursuivi deux objets distincts : faire l'éducation archéologique du
1. E.de Rougé, Rapport sur la réorganisation des salles égyptiennes du Mtisée du Loutre^ dans VAthénœum français^ 1853, t. II, p. 686-
gros public» et démontrer aux savants, par des analyses déplus en plus approfondies, Texcellence de la méthode qu'il avait inaugurée dans toutes les branches de la discipline égyptienne. C'est à son œuvre de vulgarisation que se rattachent son mémoire sur le poème de Pentaour, et les articles qu'il publia dans VAthénœum français de 1852 à 1856. Les articles de VAthénœum français sont ignorés de la génération nouvelle ; insérés dans un journal oublié depuis très longtemps et que la plupart des bibliothèques ne possèdent point, ils ont suivi ses destinées et ils ont disparu avec lui. Le plus long d'entre eux, qui s'intitulait Études sur l'Archéologie égyptienne^ débutait par une histoire sommaire, mais racontée très clairement, de la découverte de ChampoUion ; après avoir initié le lecteur aux principes, il le menait peu à peu à Texamen des affaires présentes. Fut-il apprécié à sa valeur par les abonnés de la revue? H était bien sérieux, et le monde lettré de ce milieu du XIX^ siècle n'avait que peu de goût pour une façon aussi austère d'envisager les questions ; il en était encore à cet]Orient de convention que les écrivains et les artistes du romantisme avaient mis à la mode ; et l'Orient véritable, TOrient historique et philologique des savants, ne l'attirait guère. Les Études plurent sans doute à quelques-uns; la plupart des lecteurs les parcoururent d'un regard distrait et ils poussèrent, sans s'y arrêter, jusqu'aux chroniques de la littérature courante et des théâtres. Je les ai reproduites à leur place chronologique, et qui les lira, il y trouvera son profit aujourd'hui encore : on gagne toujours à noter la manière dont un homme tel que Rougé exprime les notions les plus élémentaires. Si ces leçons d'une lecture aisée déconcertèrent les contemporains, quelle impression d'effroi ne durent pas produire les articles de science pure, la note sur Avaris et sur les
1. Publié en qaatre relais dans VAthénœum français, en 1852, p. 106-107, 154-156, et en 1853, p. 414-416, 466-468; point de tirages à part.
Pasteurs, où le début du Papyrus Sallier rV 1 fut traduit pour la première fois S les lignes sur le nom de Sésostris*, et surtout la Notice sur quelques textes hiéroglyphiques nouvellement publiés par M. Greene*. Il avait pris soin d'y séparer la partie d'exposition de la partie d'analyse, et de reléguer les hiéroglyphes dans un chapitre spécial. Même dissimulés de la sorte, ils eftrayèrent, et leur présence nuisit au récit des victoires que le Pharaon Ramsès III avait remportées sur les Peuples de la Mer et sur les Libyens. M. de Rougé avait pourtant masqué de son mieux l'énorme travail auquel il avait dû se livrer pour tirer un sens du texte mutilé, et, par des combinaisons très habiles, il avait réussi à rendre le mouvement lyrique du morceau ; les quelques intrépides qui lurent son mémoire en conçurent l'idée que les Égyptiens avaient l'instinct de la poésie épique, et leur impression fut confirmée peu après par la publication du poème de Pentaour.
Le papyrus qui le contenait était déjà presque célèbre. Champollion^ l'ayant examiné à Âix chez M. Sallier, en avait discerné le sujet et il en avait tiré la matière d'un mémoire que Salvolini s'appropria après sa mort et qu'il imprima sous son nom\ Le Musée Britannique l'avait acquis depuis lors et publié en fac-similé, avec une notice par Birch, qui confirmait l'interprétation de ChampoUion, mais qui n'y ajoutait
1. Sur Vhisloire des Apis et sur les principaux papyrus de la collection Sallier, lu à l'Académie le 12 mai 1854, publié dans VAthénœuni français, 1854, p. 531-532.
2. Le Véritable Sésostris, lu à TAcadémie le 27 octobre 1854, publié dans VAthénœuni français, 1854, p. 1128.
3. Notice sur quelques textes hiéroglyphiques publiés récemment par M. Greem\ dans VAthénœuin français, 1855, p. 956 sqq., 1083 «qq.; tirage à part in-S", chez Thunot, 1855, 58 p. et 2 tableaux.
4. Salvolini; Campagne de Ramsès le Grand (Sésostris) contre les Schèta^ et leurs alliés. Manuscrit hiératique appartenant à M, Sallier, à Aix-en-Prooence, Notice sur ce manuscrit, in-8*, Paris, Dondey- Dupré, 1835, 124 p. et 2 pi.
que peu de renseignements nouveaux. Rougé s'occupait depuis longtemps de le déchijSrer et de le transcrire, mais l'écriture y était confuse et le texte incorrect. Nous avons dit déjà qu'il n'en surmontait pas les difficultés, lorsque le hasard le sorti t d'embarras en lui jetant le Papyrus d'Orhiney aux mains ^ : grâce à l'expérience qu'il acquit en lisant les beaux caractères du roman, il triompha des obstacles que lui opposait la paléographie embrouillée du poème historique*. Son travail de transcription était déjà assez avancé vers le milieu de 1854 pour qu'il pût écrire à Chabas : « J'espère » publier dans peu le mot à mot hiéroglyphique des Papyrus » Sallier 1 et 5. La traduction est presque achevée' »• Les ennuis d'une impression à l'Imprimerie Impériale ne lui permirent pas de tenir cette promesse, et, pour ne pas être devancé par d'autres, il dut se borner à donner en 1856 une traduction française du seul Papyrus Sallier nP III. Le début manquait; il put suppléer sans trop de peine à cette imperfection du manuscrit. En effet Ramsès H, dont le poète de cour racontait le grand exploit à la bataille de Kadesh, avait gravé l'œuvre sur plusieurs de ses temples, et des fragments considérables de ces versions monumentales avaient été publiés, qui permirent de reconstituer les parties perdues et de compléter en plus d'un endroit la copie hiératique. Rougé réserva pour sa Chrestomathie la transcription en hiéroglyphes, les corrections, l'appareil critique, et il se contenta pour le moment de donner aux habitués des séances académiques la fleur même de son travail, la traduction française et les quelques renseignements historiques nécessaires à l'intelligence de la mise en scène. La lecture eut lieu le 14 avril 1856, dans la séance publique des cinq Académies. Les auditeurs furent frappés à bon droit de la