CXXXVI NOTICE
tenu pour le roi de Navarre. Ce sentiment se manifesta dans une circonstance mémorable et il eut une portée extraordinaire.
Mis à la tête d'uîie brillante armée, l'amiral de Joyeuse, beau-frère de Henri lll , rêvait de vaincre le roi de Navarre à Coutras, comme le duc d'Anjou avait à Jarnac défait le prince de Condé. Matignon avait reçu l'ordre d'aider de ses co?iseils et de ses troupes le jeune général regardé d'avance comme victorieux . Joyeuse, négligeant tout d'abord d'occuper les positions indiquées par Matignon, commit la faute d'engager la bataille avant sa jonction avec le maréchal. L'armée du roi de France fut taillée en pièces, Joyeuse et son frère fu rent tu es .
L'action était engagée entre Guîtres et Coutras. Matignon se tenait à une lieue de distance. Il entendait le canon qui décimait les cavaliers de Joyeuse. En accourant, il ne lui coûtait guère s d'iîicliner la victoire du côté de l'amiral, mais l'amiral était un futur guisard. Au milieu de ses soldats qui, sous les armes, attendaient l'ordre habituel de marcher contre les bandes béarnaises, Matignon resta immobile, 7ie laissant rien pénétrer de ses pensées. Après la nouvelle de la défaite, il se replia sur Bordeaux.
La bataille de Coutras eut lieu le jo octobre i)Sy; trois jours après, les 2^ au soir et 2^ au matin, le roi de Navarre était à Montai g7ie. Il est difficile de croire qu'entre le châtelain et son hôte, il ne fut pas question du ?naréchal et de son attitude à quelques kilomètres du champ de carnage de l'armée de Joyeuse.
NOTICE cxxxvn
Les Éphémérides so?it muettes sur cette visite du roi de Navarre. H a répugîié à Moîitaigne de noter sur ce calendrier le souvenir trop proche d'une date néfaste pour la noblesse française. Joyeuse et les seigneurs qui s'étaient joints à lui dans l'espoir de participer à son triomphe furent tués aux cris de La Motte sainte Eloy, en souvenir du lieu où le beau-frère du roi de France avait fait récemment massacrer, jusqu'au dernier homme, deux régiments protestants qui demandaiejit quartier.
Il en alla autrement quand, le ip décembre ijS^, le Béarnais vint à Montaigne à la tête de quarante gentilshommes avec ses équipages de chasse. Les Éphémérides rapportejit joyeusement la bonne fortune et le contentement du maître du logis. Voici le texte de l'annotation :
« December ip.
« ijS^, le roy de Nauarre me vint voir à Mo?itaigne ou il n'auoit iamais eflé ù" y fut deus iours ferui de mes ians fans aucû de fes officiers, il n'y fouffrit ny ejfai ?iy couuert, Ù" dormit dans }non lit. Il auoit aueq lui meffieurs le prince de Condé, de Rohan, de Tureine, de Rieus, de Betune Ù" fon frère, de la Boulaie, D'ejlernay, de Haraucourt, de Motmartin, de Môttatere, Lesdis^uière, de Poe, de Blacon, de Lufignan, de Cleruan, Savignac, Ruât, Sallebeuf, la rocque, laroche, de Rous, d'aucourt, de Luns, Frontenac, de Fabas, de viuans <ùr fon fils, la Burte, Forget, Bijfoufe, de seint seurin, d'Auberuille, le lieutenant de la côpaignie