‹ Notice biographique et bibliographique sur Michel de MontaigneChapitre 2 sur 140 · VIII NOTICE · texte numérisé non relu

VIII NOTICE

ciers du vendeur. Le débat fut clos seulement en i^op par une transaction à l'avantage des réclamants.

Ce Grimon Ayquem paraît avoir montré en af aires une remarquable activité et y avoir acquis une grande considération. En même temps que son beau-père Grimon du Four, il a été jurât de Bordeaux pendant une vingtaine d'armées, de i-ff-Sj à I joj.

Malgré ce qu'en a avancé Michel au sujet de son père, l'éducation des enfants de Grimon ne fut jiulleme?it négligée \ Kaymoîid, son cadet, seigneur de Bussaguet, devint en ijs<^ conseiller au Varlement de Bordeaux et y conquit rapidement une influence = à laquelle ne jut pas étranger son mariage (i ■)^6) avec Adrienne, fille du conseiller au même Parlement, Geoffroy de la Chassaigne. Sa fille Blanquine épousa Martial de Belcier, avocat, puis conseiller au Parlement. Elle eut plusieurs enfants notamment A?ithoine de Belcier qui deviîit à son tour conseiller puis président.

Grimon Ayquem mourut en i^ip, presque septuagénaire. Son fils aîné, Pierre, alors âgé de vingt-quatre ans, se des-

1. Le second fils après Pierre fut Thomas, que l'on appelait M. de Saint-Michel, parce qu'il était curé de Saint-Michel. 11 mourut peu âgé. Voir Essais, II, 37.

Le puîné de Thomas fut Pierre Minor, seigneur de Gaujac, chanoine de Saint-André et de Saint-Seurin de Bordeaux, curé de Caplon et de Saint-Quentin et de La Hontan, cette dernière paroisse à la présentation de sa famille. \ oh Essais, 11, 37.

2. Vers 1552, il fut désigné par sa Compagnie pour aller à la Cour traiter d'affaires intéressant le Roi et le Parlement. En juin 1560, il fut choisi pour accompagner le seigneur de Burie dans l'Agénois et mettre fin aux troubles de cette province.

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tinait à la carrière des armes \ Il fit assez longtemps campagîie en Italie, et c'est en revenant de ce pays qu'il contracta mariage avec Antoinette de Louppes.

Le métier de soldat ne réussit pas à Pierre Eyquem plus qu'à No'él du Fail qui, du champ de bataille de Cerisaies où il avait fait boiuie figure, rentra chez son frère avec son épée et rien de plus. Il en advint de même à Jules-César Scaliger, qui se rapproche davantage de Pierre Eyquem. A quaranteun ans, las d'avoir bataillé sans profit en Piémont, il suivit en i^2')à Agen Antoine de la Rovère nommé évêque de cette ville. Pour vivre, il utilisa des connaissances médicales sur lesquelles il n'avait d'abord pas compté. Il était cependant taillé pour la guerre. Grand, adroit et robuste jusque dans un âge avancé, il excella dans tous les exercices du corps. Son fils Joseph en rapporte des traits de vigueur extraordinaires. De chaque main il saisissait par les bords un baquet assez haut, puis, se repliant sur lui-même, il sautait dedans sans lâcher prise et en sortait de même en se relevant^. Michel de Montaigne, parlant de son père, prend plaisir à nous raconter qu'il s'élançait à cheval d'un seul bond et fiiisait le tour

1. Il donna de bonne heure la preuve d'aspirations guerrières. En 15 12, il adressait à Jean de Duras, le premier des Durfort de Civrac, des vers latins que l'on trouve à la suite du poème de Guillaume Piellé de Tours : De Anglorum ex Gallis Fuga et Hispanorum ex Navarra expulsione. Paris, Brunemère, in-4°, Goth.

Ces vers ont été reproduits par le docteur Payen, dans ses Recherches sur Montaigne^ n° 4, Paris, Techencr, 1856, p. 46.

2. M. Nisard. Les Gladiateurs de la République des lettres. Paris, 1860, I, 311.

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d'une table en se soutenaiit sur ses deux pouces. Il n'est pas sans intérêt de trouver de la force physique de leurs pères des éloges identiques chez deux Jiommes d'esprit aussi opposé.

Ainsi, des campagnes de Pierre Eyquem en Italie, nul détail 7i' est parvenu jusqu'à nous. Sur son mariage, il nous manque des informations détaillées. Toutefois, les recherches de M. Malvezin sur Montaigne et sa famille ont conduit à des hypothèses récemment justifiées^ . Antoinette de Louppes a été demandée en mariage pour Pierre Eyquem de Montaigne par son oncle Anthoine de Louppes, habitant Bordeaux, à Pierre de Louppes, son père, fixé à Toulouse.

Ces de Louppes avaient deux autres frères, Martin Lopès à Londres et Pierre Loppes à Anvers, avec lesquels ils se livraient à d'importantes spéculations. Fils de Juifs espagnols, origi- 7iaires de Villanova, près de Tolède, ils étaient venus se convertir au protestantisme et chercher fortune dans la Guyenne,

I. M. Malvezin ayant consulté sans résultat les archives de Bordeaux, estimait qu'il fallait faire à Toulouse des recherches dont le succès n'était pas douteux. Cette prévision, que son auteur n'a pu réaliser, a été reconnue exacte depuis peu. Le contrat de mariage de Pierre Eyquem avec Antonia de Louppes vient d'être découvert dans les minutes du notaire ^L-lndinelli sous la date du ij janvier 1528. Ce contrat rédigé en latin de la première à la dernière ligne, oflfre une particularité peu commune. Il contient en français le projet de contrat préparé intcr ipsutii nohilcm Pctnivi d'Eyqiicm et Anthonium Lopc::^ de Villanova frairem nobilis Pctri de Lopc:;^, homologué, ratifié et confirmé, pcr dictum uolilcm Petriim Lopc:^.

Le présent contrat est passé en la maison de noble Pierre de Lopes, en présence de Jean de Saint-Pierre, licencié aux droits, de noble seigneur François de Beynagual, marchand, bourgeois de Toulouse, de maître Gerald Sanliejas sartoris, et de Guillaume de Leynie, magistri maniscrii, témoins.

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et le commerce, qui leur avait réussi, avait permis îiotamment à Anthoine d'acheter pour ses fils des charges de notaire et de viguier royaux, où ils abandonnèrent le ?wm de Louppes pour celui de Villeneuve.

Anthoinette de Louppes apporta à son mari, avec une dot de quatre mille livres tournois, le trésor de grandes qualités domestiques '. Elle garda la foi protestante dans laquelle elle avait été élevée, et deux de ses enfants adoptèrent la même religion: Thomas de Montaigne, seigneur de Beauregard, qui épousa Jacquette d'Arsac quelques années après la mort de Estienne de la Boétie, son beau-père, et Jeanne de Montaigne, femme du conseiller Richard de Lestonna^.

Ces dernières informations ont dans l'espèce la plus grande

1. C'est elle-même qui, dans son testament du 19 avril 1597, nous fait son éloge en termes d'une touchante sincérité : « Aussi est-il notoire que j'ay travaillé l'espace de quarante années en la maison de Montaigne avec mon mary, en manière que par mon travail, soin et mesnagerie, ladicte maison a efté grandement évaluée, bonifiée et augmentée, de quoy et de ce que dessubs feu Michel de Montaigne, mon fils aisné, a jouy paisiblement par mon octroy et permission, et despuis son décès, Léonor de Montaigne, fille du dit feu Michel, moa tils, tient et possède presque tous les biens délayssés par ledit feu sieur de Montaigne, mon mary, ejiaut très riche et opulente. Par ainsy lie doit rien prétendre de mes liens et hérédité. »

Malvezin. Ouv. cit. p. 128.

2. La première fille de M"' de Lestonna, protestante comme sa mère, revint au catholicisme après la mort de son mari en 1597, et fonda en 1608, à Bordeaux, le couvent de Notre-Dame. Voir dans Malvezin, ouv. cit. p. 125, l'extrait des Considérations de l'abbé Sabathier, pour servir à l'histoire de l'ordre de Isoire-Dame, publiées en 184}.

Les autres frères et sœurs de Michel étaient : Pierre, seigneur de la Brousse, en la juridiction de Montravel. Voir Essais, ir, 5; Arnaud, dit le capitaine Saint-Martin, mort dans une partie de jeu de

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