‹ Notice biographique et bibliographique sur Michel de MontaigneChapitre 32 sur 140 · NOTICE XLVII · texte numérisé non relu

NOTICE XLVII

« le veis vn iour à Bar-le-Duc, qu'on prcfentoit au Roy François fécond, pour la recommandation de la mémoire de René, roy de Sicile, vn pourtraiâl qu'il auoit luy mefmefai£i de foy ' . »

Dans la pensée de Charles de Lorraine comme dans la réalité, l'exhibition du portrait de René d'Anjou eut une grande importance. La présentation de ce tableau fut accompagnée d'un commentaire qui tourna au profit de la maison de Guise. Les nouveaux conseillers du Roi lui exposèrent que le duché d'Anjou devenu l'apanage des puînés de la famille royale, avait été enlevé par Louis XI au roi René qui, par son consentement à l'abandon de ce fief important, était devenu le bienfaiteur de la maison de France. Ils ajoutèrent que le duché de Bar avait été apporté en dot à René par la duchesse de Lorraine sa première femme, et qu'injustement, parce que le roi de Sicile était mort sans enjant, la principauté de Bar avait fait accession au domaine de France. Il y a lieu de croire qu'uîie habile confusion fut commise pour cacher à François 1 1 les limites respectives du Barrois mouvant et du Barrois non mouvant^. A la suite de tant d'artifices,

1. Essais, II, 17. Montaigne ajoute : « Pourquoy n'eft il loifible à chafcun de le peindre de la plume, comme il fe peignoit d'vn créon. »

2. Barrois mouvant ou Royal, celui de la gauche de la Meuse, dont Henri III allié d'Edouard I" d'Angleterre, fit hommage à Philippe le Bel en 1302; Barrois non mouvant ou ducal appartenant aux ducs de Lorraine.

Maillet, Essai chronologique sur l'histoire du Barrois. 1757.

XLVm NOTICE

François II, grisé de flatteries et excédé de pressions de toute nature, accorda l'investiture du duché de Bar à Charles III de Lorraine, son beau-jrère par son 7nariage avec Claude de France, deuxième fille de Henri IL

Moîitaigjie s'est borné à ?wus montrer l'exhibition du portrait du roi René. Son biographe avait des obligations plus complètes. Il n'était pas hors de propos de dévoiler les dessous politiques de cette exposition inoffensive en apparence d'une œuvre d'art royal, le portrait au crayon de René d'Anjou par lui-même.

Montaigne, du reste, s'il n'a pas tout démêlé dans cette intrigue et dans les précédentes, ce qui est douteux, n'a point été absolument trompé, car il a dit enjort bons termes :

« Vn roy n'a rien proprement fien, il Ce doit ^oy ?nefme à aultruy, parquoy les gouuerneurs de l'enjance des princes qui fe picquent à leur imprimer la vertu de largejfe ù" les prefchent de ne fauoir rien refufer Ù" n'ejlimer rien fi bien employé que ce qu'ils donneront, ou ils regardent plus à leur profit qu'à celuy de leur maifire, ou ils entendent mal à qui ils parlent. Il eft trop ayfé d'imprimer la libéralité en celuy qui a de quoy fournir autant qu'il veut aux defpens d'autruy.

« Si la libéralité d'vn prince efl fans difcretion Ù" fans mefure, iel'ayme mieux auare"-. »

Après i)S8, Montaigne s'est exprimé avec plus de dureté : « Les Princes me donnent prou, s'ils ne m'ofient rien

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