Essais, II
NOTICE LV
marier. Il perdit en i ^/o la première fille née île cette union \ Une implacable fatalité semblait s'acharner sur lui. Il prit le parti de sortir du monde dorit il ne pouvait goûter aucune joie et de se résoudre à une vie de solitude et de recueillement.
Sur cette période singulièrement douloureuse malgré sa brièveté, puisqu'elle n excéda pas sept années, quelques éclaircissements sont nécessaires. En rentrant à Bordeaux dans les premiers mois de i )6 ^, Montaigne retrouva La Boétie^ de retour d'une brillante ca?npagne de pacification entreprise dans l'Agenais avec le lieutenant-général de Burie. Mais dans ces temps de troubles, la trêve de la veille était le lendemain suivie d'une prise d'armes. En décembre i^6j>, les réjormés s'' étaient emparés de Bergerac, et le Parlement de Bordeaux, pour prévenir toute éventualité du dedans ou du dehors, avait ordonné une levée de douze cents hommes sous le commandement de douze conseillers assistés chacun
1. Thoinette, née le 28 juin 1570, mourut deux mois après. Voir D' Payen, Documents inédits sur Montaigne, n° 3, Éphcmérides, Paris,
2. La curiosité m'a naturellement poussé à m'enquérir des probabilités de voyage de Montaigne à La Boétie. NL le v»' de Gérard, dont la famille possède ce château, a bien voulu me faire savoir qu'il n'y avait aucune certitude à ce sujet, mais qu'il existait dans le jardin du château deux ifs de belle venue et d'âge respectable plantés selon une tradition locale par Montaigne et La Boétie.
D'autre part, le château a été détruit en 1584 par les Sarladais qui craignaient de le voir .aux mains des protestants. La reconstruction hâtive de l'édifice actuel en explique le mauvais style et les défauts de solidité. (Jean Tarde. Cbrouiquis. Paris, 1883, p. 310.)
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de quatre officiers. Au nombre de ces magistrats, improvisés capitaines, figurait La Boétie. Ce fut sous les armes que Montaigne, revenant de la Cour, trouva son ami le meilleur et le plus affectionné.
Qiielques tnois plus tard, le S août, La Boétie jut saisi de dysenterie, et sur le chemin du Médoc, où il espérait se rétablir, l'aggravation de la maladie le força de s'arrêter à Germignan', chez de Lestonnac, le beau-frère de Michel de Montaigne. Là au bout d^ quatre jours, le i^, se sentant perdu, il fit son testament ^, et le i8 il expira '.
Montaigne a laissé de la mort de La Boétie un récit * que nul ne peut lire sa?is émotion. Narrateur scrupuleux d'une admirable agonie, il a noté toutes les recomrnandations de son ami avant le dernier soupir. Il nous a conservé par un excès d'affectueuse fidélité les propos où se manifestent l'incohérence et le trouble des suprêmes instants. Il est impossible de les reproduire ici, mais le lecteur nous saura gré de placer sous ses yeux les conseils que La Boétie crut devoir adresser au frère de Montaigne, Thomas de Beauregard : « le vous iure que de tous ceux qui fe font mis à la refor-