‹ Notice biographique et bibliographique sur Michel de MontaigneChapitre 4 sur 140 · NOTICE XIII · texte numérisé non relu

NOTICE XIII

a}is, était père pour la troisième fois. Il avait longtemps médité sur le meilleur mode d'éducation de l'enfance ; mais la mort lui avait enlevé ses deux premiers nés.

Témoin des efforts infructueux de Jean de Tartas dans la fondation du collège de Guyenne, il allait, à titre de sousmaire pour la restauration de cet établissetnent, devenir le protecteur d'André de Gouvea, et lui off'rir ses lettres de naturalité accordées par le Roi enjativier i ^j6, sur les instances des représentatifs de la ville de Bordeaux.

André de Gouvea était Portugais. Il partageait, avec son oncle Jacques, la direction du collège de Sainte-Barbe, à Paris. Appelé à Bordeaux pour succéder a Jean de Tartas, il amena avec lui tout un état-major de savants professeurs parmi lesquels se trouvaient Nicolas de Grouchy et Guillaume de Gucretite\

I. Guillaume de Guérente et Nicolas de Grouchy étaient tous deux nés à Rouen et de familles nobles. L'étroite amitié qui les unissait poussa Guérente à abandonner l'étude de la médecine pour s'associer à Grouchy dans la carrière des lettres. Guérente se fit même l'apologiste de son compagnon, lorsque celui<i publia sa traduction latine d'Aristote, pour laquelle il mit à profit la version de Périon. Malgré la préface apologétique de Guérente, placée en tète du texte latin de Grouchy, Périon se fâcha et la querelle fit couler beaucoup d'encre.

Grouchy a publié en français une traduction de l'Histoire de la Conquête des Indes de Portugal, par un Fernando Lopez de Castanheda, qui pourrait bien être un parent de la femme de Pierre Eyquem de Montaigne, Paris, Michel Vascosan, 1553. lia fait paraître deux ans plus tard, chez le même éditeur, son important ouvrage de Comitiis Romanorum dont parle Michel de Montaigne. Sur un autre point de droit public Romain, Grouchy échangea avec Sigonius, professeur à Padoue, une polé-

NOTICE

Ài?isi d'une part l'intérêt de Pierre Eyquem pour toutes les choses du Collège de Guyenne, de l'autre, un sentiment de reconnaissance des projesseurs de cette académie, valurent a Michel de Montaigne le bénéfice d'un enseignement hors de pair.

Mais l'auteur des Essais, ?nieux que personne, va nous révéler cotnment furent dirigées son enfance et sa jeunesse :

« Le bon père que Dieu 7ne donna m'enuoya dés le berceau, nourrir a vn pauure village^ des fiens, ù" m'y tint autant que iefus en nourrijfe, ù" encores au delà : me drejfant a la plus baffe Ù" commune façon de viure... Son humeur vifoit encore à vne autre fin, de me rallier auec le peuple, Ù" cette

mique savante dans laquelle il fut reconnu vainqueur. Florent Chres tien a, dans ses poésies latines, glorifié le triomphe de l'érudit français. Les vers de FI. Chrestien, traduits en français, se trouvent dans les Épigravimcs du s*^ Colletet, Paris, Loyson, 1653, p. 130.

Montaigne a gardé, au delà du collège, des relations avec Nicolas de Grouchy. En 1564, il reçut de son ancien maître une lettre de recommandation en faveur de Jean Guichon, qui sollicitait et qui obtint une chaire de professeur au collège de Guyenne, alors sous la direction d'Elie Vinet. Grouchy est mort en janvier 1572, à La Rochelle, où il avait été appelé pour organiser un enseignement public.

Voir sur cet éminent humaniste La Crois du Maine et Du Verdier, Bibl. Franc., Paris, 1772. Haag, la France protestante, et enfin Gaullieur, Histoire du Collège de Guyenne, pp. 89 et 208.

I. Hameau de Papassus, agglomération de quelques maisons, situé au nord du château. M. Payen rapporte dans ses Recherches sur Montaigne, n° 4, Paris, Techener, 1856, p. 33, qu'on voyait il n'y a pas très longtemps, en cet endroit, une maison de meilleure apparence que les autres. D'après la tradition, c'était celle d'un ancien garde du château, et peut-être aussi celle qui avait abrité les premières années de Montaiirne.

NOTICE XV

condition d'hommes, qui a bejoin de nojlre ayde : Ù" estimait que iefujfe tenu de regarder plujiojt, vers cehiy qui ine tend les bras, que vers ceîuy, qui me tourne le dos. Et fut cette raifon, pourquoy aujjï il me donna à tenir fur les fons, à des perfonnes de la plus abie6le fortune, pour m'y obliger isf attacher (III, i^).

« C'eji vn bel ù" grand agencement fans doubte, que le Grec ù" Latin, mais on l'achepte trop cher. le diray icy vne façon d'en avoir meilleur marché que de coujlume, qui a ejlé ejfayce en moy-mefmes ; s'en feruira qui voudra. Feu 7non père, ayant fiitl toutes les recherches qu'homme peut faire, parmy les gensfçauans ù" d'entendement, d'vne forme d'injîitution exquife ; fit aduifé que cette longueur que fious înettions h apprendre les langues, eji la feule caufe, pourquoy nous ne pouuons arriuer à la grandeur d'ame Ù' de cognoiffance des anciens Grecs Ù' Romains. L'expédient que mon père y trouua, ce fut qu'en nourrice, ù" auant le premier defnouement de ma langue, il jne donna en charge à vn Allemand^, qui depuis eJi mort fatneux médecin en France, du tout ignorant de nojlre langue, ù" trcsbien verfé en la Latine. Cettuy-cy, qu'il auoit fiit venir exprès, ù' qui efîoit bien chèrement gagé, m' auoit continuellement entre les bras. Il en eut aujji auec luy deux autres moindres enfçauoir, pour

I. Cet Allemand s'appelait Horstaaus. Voir à ce sujet R. Dezeimeris, De la Renaissance des Lettres à Bordeaux, page 55, et la note i , abondant en curieux détails sur le précepteur de Michel de Montaigne, qui fut plus tard professeur au Collège de Guyenne sous la direction de Gelida, on 1547.

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