I. Essais, éd. Lemerre, II, p
NOTICE
mode de pensée et d'exposition. Le professeur toulousain pratiquait rigoureusement la méthode des prémisses et des déductions graduées jusqu'à une dernière conclusion. H ne passait pas à une question ultérieure sans avoir résolu la question précédente, et toutes étaient régulièrement classées pour une proposition finale qui était l'objet d'une théorie religieuse. Chez le gentilhotnme périgourdin, rien de semblable. Son procédé d'observation est l'ordre dispersé. Il n'a d'autre guide que sa fantaisie. Il se soucie peu de convaincre ou de se jnontrer persuadé. Il ressemble exacteinent à un promeneur dont les sites les plus divers, les perspectives les plus inattendues attirent les regards et fixent momentanément l'attention. L'originalité des idées et l'incomparable forme de lu réflexion relèvent et rachètent l'indigence de la logique et font oublier les étrangetés de la démonstration. Le lecteur n'a pas a formuler de critiques. Il a été maintes fois averti par l'auteur que son livre n'était qu'un k fagotage de diverses pièces », écrites sans suite, mises au rôle sans proposa Et pour ne laisser aucun doute sur la réalité bien apparente de ce plan bizuirre, Montaigne a dit de son ouvrage et de lui-même : « Je n'enseigne pas, je raconte^. » La traduction de /'Apologie fut terminée quelque peu après la mort de Pierre de Montaigne. Par un sentiment de piété filiale, Michel donna à la dédicace placée en tête de cet