LXXVI NOTICE
qu'apparaît pour la première fois cette définition de la raison au sujet de la diversité d'attitudes de Platon et d'Aristippe devant Denis le Tyran : « La raifon eji vn pot à deux ances, qu'on peut fitifir à gauche et à dextre\ »
Dès I "jSo, Montaigne avait dit des sens : « Toute cognoiffance s'achemine en nous par les fens, ce fiont nos maifires. Les fcns font le comme?icement ù" la fin de l'humaine cognoiffance. Qu'on leur attribue le moins qu'on pourra, toufiours fiudra-t-il leur donner cela que par leur voye ù" entremifc s'achemine toute noftre inflru6lion. »
A la même date, la définition de la foi n'est pas moins caractériflique : « Nofire foy ce n'eji pas noftre acqueft. Cefl vn pur préfent de la libéralité d'autruy, ce n'eft pas par difcours ou par noftre entendement que nous auons receu noftre religion. C'eft par au6loritê is" par commandement eftrangier. La faihleffe de noftre iugement nous y ayde plus que la force Ù" noftre aueuglement plus que noftre clairuoyance. C'eft pur l'entremife de noftre ignoraîice plus que de noftre fcience que Jious fommes fçauants de ce diuin fçauoir. »
Ces quelques extraits limités aux citations les plus notables, éclairent d'une vive lumière les dissentiments qui séparaient de l'auteur des Essais le traducteur de la Théologie naturelle. Une autre cause de division éloignait Montaigne de Sebonde, c'était l'absolue divergence de leur