NOTICE LXXXV
C'est au second étage de la tour défendant l'ejitrée principale du château, que se trouve le laboratoire des Essais. Quarante-six marches d'escalier conduisent à une salle circulaire de quatre mètres de rayon et de moins de trois mètres de hauteur. Le sol est carrelé et les solives, divisées en trois sections par deux poutres transversales, sont de bois nu pâli par le temps comme les inscriptions qui y ont été tracées à l'encre avec un pinceau. La place où Montaigjie s'est assis devant sa table de travail, se trouve à gauche à égale distance de la porte d'entrée et d'une fenêtre donnant vue sur un potager avec pelouses en éventail et sur la campagne enviromiante. De son fauteuil, il embrassait d'un seul coup d'œil les hauts pupitres sur lesquels étaient rangés en cinq tablettes les fnille volu?nes dont se composait sa librairie. La dispersion de ces précieux livres \ l'anéantissement des meubles de ce sanctuaire, même de ceux qui étaient attachés à la muraille, par des crochets de fer dont quelques-uns subsistent encore, nous rend extrêmement pré~ cieuses les inscriptions calligraphiées en petites capitales sur les solives. Par elles nous prenons contact avec le grand solitaire qui vécut dans cette magistrale cellule.
I. Après la mort de son père, Éléonore fit don de la bibliothèque du philosophe à l'abbé de Roquefort, grand vicaire d'Auch. Cette générosité n'a pas assuré la garde d'une aussi précieuse collection, puisque plus des neuf dixièmes des livres qui la composaient sont aujourd'hui perdus pour nous. Voir à ce sujet, de M. Bonnefon : Montaigne et ses Amis, I, pp. 227 et s., et dans la Revue d'Histoire littéraire de UiFrancc, 189;, l'étude sur la Bibliothèque de Montaigne.