NOTICE XVII
tels fatras de Hures, à quoy l'enfance s'amufe, ie nen cog7ioiffois pas feulement le nom, ny ne fais encore le corps.
« le m'en rendoisplus nonchalant a l'cfîude de mes autres leçons prefcrites. Là il me vint fingulierement à propos, d'auoir affaire à vn homme d'entendement de précepteur, qui fceuji dextrement conniuer à cette mienne deshauche, ù" autres pareilles. Car par là, i'enfilay tout d'vn train Vergile, en l'JEnéide, puis Terence, puis Plaute, Ù' des comédies Italiennes, leurré toufïourspar la douceur dufubie6i. S'il eujl efléfifol de rompre ce train, i'efîime que ie n'euffe rapporté du collège que la haine des Hures, comme fait quafi toute noflre noblejfe. »
Après nous avoir enseigné comme il apprit le latin, Montaigne nous injorme par quel procédé il fut initié à la connaissance de la langue grecque, dont il n'a, dit-il, « quafi point du tout d'intelligence ».
« Mon père deffeigna me le faire apprendre par art. Mais d'vne voie nouuelle, par forme d'ébat ù" d'exercice : nous pelotions nos declinaifons , à la manière de ceux qui par certains ieux de tablier apprennent l'Arithmétique Ù" la Geotnetrie. Car entre autres chofes, il auoit eflé confeillé de me faire goujier la fcience Ù' le deuoir, par vne volonté non forcée, ù" de mon propre defïr ; ù" d'efleuer mon ame en toute douceur Ù" liberté, fans rigueur <ir contrainte \ »
I. Essais, I, 2 J. A la suite de ce passage, Montaigne raconte que pour éviter de « l'eveilIer en sursault » et de l'arracher au sommeil avec violence ; son père le faisait tirer de l'assoupissement par le son de quelque musique champêtre. Un joueur d'épinette était chargé de ce soin. Voir Essais. 1580, I, p. 237.