NOTICE XCVII
Le collier posé sur les épaules de Montaigne lui parut fort lourd. Il venait a contre-temps, à l'heure où, père d'une seconde fille ^ moins chétive que son ainée, et voulant essayer de conserver cette enfant, il était avide de liberté et de recueillement. Créé chevalier de l'ordre du roi au lendemain du jour où, de son plein vouloir, il était courtisan démissionnaire, il retombait sous la dépendance de Charles IX. Or il 71 ignorait pas qu'une nouvelle puissance grandissait contre le trône. A Jarnac et à Moncontour, le duc d'Anjou s'était acquis le renom d'un grand capitaine. La prédilection de la reine-mère pour son fils, vainqueur de Condé et de Coligny, se montrait justifiée. Charles IX , entouré de conseillers à la dévotion de Catherine, ou n'ayant d'autre règle que leur intérêt, Tavane, Raiz et Birague, projetait des combinaisons matrimoniales pour Henri de Navarre et Henri de Condé, ou des alliances politiques avec les protestants. Dans cet état de perplexité, le jeune souverain, hésitant entre plusieurs partis, subissant les influences les plus opposées, était un prince difficile à obliger. Sa défaveur était la plus sûre récompense de ses serviteurs.
I. « September 9. L'an 1571 fus les deues heures après midi Fracoefe de la Chaffaigue ma famé s'accoucha à Montaigne de ma fille Léonor deuxième enfant de notre mariage que pierre Eyquem de Montaigne S' de Gauiac mon oncle & Léonor ma feur batilarent. »
Après Léonor, Montaigne eut encore quatre filles : Marie, née le 5 juillet 1573, ne vécut que sept semaines, les trois autres moururent, l'une à trois mois, le 22 mars 1574, la seconde à un mois, le 16 juin 1577, et la dernière, à quelques jours, fin février 1583.