NOTICE CIX
miers par un boulet. A cette date l'impression érait terminée depuis quelques semaines.
Le dernier chapitre du livre II des Essais nous donne le secret du besoin de voyage de Montaigne. A quarante-cinq ans, il était «. dieu tout à coup d'vne très douce condition de vie Ù" très heureufe à la plus doloreufe Ù' pénible qui fe puijfe imaginer. Les accès, dit-il, me reprennent fi fouuent que ie nefens quafiplus d'entière fiinté Ù'pure de doleurs\ »
Cette maladie, que le patient appelle la colique, était la gravelle dont il indique ainsi l'origine : « // eji vrayfemblable que ie tiens de mon père cete qualité pierreuse, car il mourut merueilleufement affligé d'vne grojfe pierre qu'il auoit en la vejjîe. Il ne s'aperçut de fon mal que la foixante feptiefine an de fon aage ù" auant cela il 7i'en auoit eu nulle menajfe Ù" auoir vefcu jufque lors en vne bien heureufe fanté Ù" dura encore fept ans en ce mal, trainant vne fin de vie bien douloureufe. »
Pierre de Montaigne ressentit à soixante ans, les premières atteintes de son mal, en i^6i. Chez son fils, l'afcction se déclara plus tôt. Il avait quarante cinq ans lorsqu'il fut torturé par la néfrite. Cet âge correspond à l'année i j/S.
Pour recouvrer la santé Michel se rendit aux eaux les
I. Des accès répétés, trois crises suraiguës, au point de paraître mortelles, avaient amené Montaigne à croire qu'il était parvenu au terme de son existence. En 1579, il était loin de ce bel état de santé qui lui faisait dire aux premiers chapitres des Essais : « Il n'y a juftement que quinze jours que i'ay franchi 37 ans. 11 m'en faut pour le moins encore autant. » I, 20.
ex NOTICE
plus voisines. « le fus premièrement à Aigues-Caudes', de celles là ie n'en fentis nul effet, îiulle purgation apparente. Mais ie fus vn an antier après en eflre reuenu, fans aucun reffentitnent de colique, pour laquelle j'y eftoy allé. Depuis ie fus à Banières; celles ci me firent vuider force fable, Ù" me tindrent le ventre longtemps après fort lâche. Mais elles ne me garantirent ma fanté que deux mois, car après cela i'ay efié très maltraiSié de mon mal. »
Ce compte rendu des effets des eaux des Pyrénées n'a pas subsisté dans les Essais de Montaigne au delà du texte de ijSo. Dès la seconde édition qui suivit le voyage d'Italie, le passage que nous venons de citer fut remplacé par le suivant : « I'ay choifi iufques à ceft' heure à m'arretter Ù" à 7ne feruir des Eaux où il y auoit plus d'aménité de lieu, commodité de logis, de viures Ù" de compagnies, comme sont en France les bains de Banières; en la frontière d'Alemaigne Ù" de Lorraine, ceux de Plombières; en Souyjfe, ceux de Bade; en la Tofcane, ceux délia Villa, defquels i'ay vfé plus fouuant Ù" à diuerfes fiifons-. »
Indépendamment du malaise qui le poussait à chercher un soulagement dans des villes d'eaux réputées pour leur influence bienfaisante, un motif particulier attirait Montaigne hors de sa maison. Il était trop proche voisin du roi et de
1. Village de la Vallée d'Ossau, sur le gave de Pau, à quatre kilomètres de Laruns.