‹ Notice biographique et bibliographique sur Michel de MontaigneChapitre 91 sur 140 · CXVI NOTICE · texte numérisé non relu

CXVI NOTICE

Du pas de Suse l'ithiéraire se termine en Savoie par Saint- Michel, La Chambre, Aiguehelîe, Montmélian et Chambéry; en France, par Hyenne, Saint-Kamhert, Lyon, Tiers, Clermont, Pongibaut, Limoges, Cars, Périgueux, Mauriac et Montaigne.

Ce tracé du voyage, équivalent à une carte, éclaire en quelques lignes une série de déplacements qui paraîtraiejit accomplis au hasard, s'il n'en était opéré quelques divisions rationnelles. L'emploi des eaux les plus réputées guidaient Montaigne dans le choix des lieux où il se faisait conduire, mais il y entrait aussi des coîivenances personnelles qui l'emportèrent de plus en plus sur le désir d'une cure thermale '.

Les bains de Plombières séduisirent Montaigne par la sagesse de leur réglementation qu'il inséra en entier dans le texte de son voyage. Ceux de Bade, par leur bel aménagejneiit, lui laissèrent une admiration qui fut souvent préjudiciable aux stations d'eaux les plus renommées d'Italie. Les sources médicinales don?ièrent à notre voyageur le goût des sources artificielles, des eaux savamment combinées de manière à former des chutes ou des douches ascendantes en jets, en pluie et en poussière. H se détourna souvent de sa route pour visiter longuement les villas où avaient été installées

I. Le 1'' septembre 1581, épuisé de malaise, aux Bains délia Villa, Montaigne, sans nouvelles de son pays depuis quatre mois, n'attendait qu'une lettre de France pour se résoudre à quitter l'Italie.

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des grottes, des fontaines, des orgues et des horloges d'eaux. H s'extasia à Augshourg dans les jardins des Fugger sur le pont à surprise unissant deux réservoirs de poissons de toute espèce. La surprise consistait, pour les visiteuses, à recevoir sous leurs jupes, pour les visiteurs, sur leur tête, de menues fusées d'eau, actionnées de loin par un mécanisme invisible. Mais chez Montaigne les pensées graves sont proches voisines des idées gaies. En admirant à Trente l'église nouvelle et le château dus à la munificence du cardinal Clésius, il donne à ces édifices élevés dans des vues désintéressées, la préférence sur les palais des Fugger uniquement construits pour attester la puissante opulence des propriétaires, et il regrette que ceux-ci n'aient pas consacré une partie de leur fortune à quelque grande œuvre de bienfaisance ' .

Dans Padoue, les académies d'armes, de danse et d'équitation intéressent vivement Montaigne. C'était le plus visible complément des classes d'humanité. Le gardien de l'église de Saint-Benoit lui révéla une importante particularité. La bibliothèque de ce couvent avait été formée par le Tasse qui eut pour premier auditeur de sa Jérusalem délivrée don Oddi, le supérieur de la maison. Il apprit encore que ce malheureux poète se trouvait alors a Ferrare, dans l'hospice

I. Ce vœu de Montaigne a, de bonne heure, été réalisé. Les riches banquiers d'Augsbourg ont créé dans cette ville un quartier de maisons à petits loyers, qui de leur nom s'appelle Fuggerei. Ulysse Robert, Voyage à Vienne. Paris, Flammarion, 1899.

CXVUI NOTICE

de Santa Anna, où il était regardé et traité comme aliénée

Une cruelle déconvenue attendait Montaigne à Venise. Il se réjouissait de revoir dans cette ville Arnaud du Ferrier. L'entrevue fut profondément affligeante. L'ambassadeur de France avait été contraint par le roi d'emprunter une assez forte soynme à la Seigneurie sur un dépôt de diamants de la couronne. A chaque échéance fixée entre les deux parties, les remboursements étaient ajournés. Henri lll ne se faisait aucun scrupule d'être jugé mauvais débiteur et l'influence politique de son représentant s'en trouvait considérablement affaiblie, bien qu'il fût personnellement estimé. D'autre part les favoris du prince essayaient de discréditer du Ferrier pour enlever son poste au profit d'une de leurs créatures. Le diplomate réclamait, sans pouvoir l'obtenir, son rappel. Il vivait humilié et malheureux près d'une république justement irritée.

Ces tristes conjonctures anéantirent chez Montaigne tout l'agrément qu'il s'était promis de goûter h Veîiise dans la compagnie d'un homme politique hors de pair. Il abandonna donc cette ville qui, plus que Rome, l'avait d'abord attiré,

I. Montaigne n'a point dans son Journal de Voyage fait mention de sa visite au Tasse. C'est au chapitre xii du livre II des Essais^ qu'il faut chercher une allusion à ce triste incident. Pas plus qu'à Venise il ne révèle les motifs de son prompt départ de cette ville, l'auteur ici ne fait connaître le nom du poète interné parmi des fous.

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