NOTICE CXIX
sans la voir et sa?is en parler. La cité où souffrait du Ferrier, n'était plus pour lui qu'un lieu de deuil où lui-même se trouvait attristé. Âpres quelques jours, il partit emportant dans ses malles un petit volume de lettres offert par la signora Véronica Franca ' .
Les villes d'Italie où, durant son voyage, Montaigne fit les plus longs séjours sont Rome, Lucques et Pise. Rome retint notre voyageur près de cinq mois, du jo novembre l'jSo au ip avril i)8i. Lucques par deux fois fut honorée de la visite de l'auteur des Essais, du 8 mai au si juin et du j 8 juillet au jo septembre i^8z. Enfin l'illustre malade, lassé des eaux, vécut à Pise du ^ au jj juillet de la même année. Ni Ferrare, ni Florence, ni même Lorette ne purent le fixer plus de quelques jours. Dans la première de ces villes (i <) novembre i)8o) les voyageurs rendirent visite au duc d'Esté qui les reçut tête nue au grand étonimnent de Montaigne. A Florence (jo novembre ij8o) ils assistèrent au dtner du grand-duc François de Médicis^. Montaigne y remarqua la plénitude du corsage de la duchesse Bianca Capello et son goût pour le vin pur. Près des deux époux
1. Courtisane vénitienne que l'abandon de son métier remit en assez bonne posture dans le monde vénitien, à cause de sa beauté et de son esprit. Devenue l'amie des deux Veniero, de Marc-Antoine de la Torre et du Tintoret, elle présenta des vers à Henri III, lors du passage à Venise de ce prince rentrant en France. Elle avait alors moins de trente ans. D'Ancona, ouv. cit., p. 132.
2. Père de Marie de Médicis. 11 fut en 15S0 le créateur de la galerie de Florence.