NOTICE CXXIII
de son livre, saisi avec d'autres à son arrivée et rendu queljours après, est exprimée de la façon la plus courtoise. Les griefs sont peu nojnbreux mais bien déterminés. Il lui est reproché d'avoir usé du mot fortune^, d'avoir îiommé des poètes hérétiques, d'avoir excusé Julien, et l'animadversion (nfur ce que celui qui priait deuoit être exampt de vitieufe inclination pour ce temps ; item d'efîimer cruauté ce qui eji au delà de mort simple; item qu'il falloit nourrir un enfant à tout faire. » Malgré sa déférence habituelle envers l'autorité locale, Montaigne ne plia point devant son interlocuteur, le maestro del Sacro Palazzo qui, réduisant toutes ses critiques, se borna a réclamer la correction du mot fortune et la suppression, dans le texte des Essais, des passages trop libres. Aucune de ces recommandations ne fut écoutée.
Pendant son long séjour dans la ville des papes, Montaigne avait négligé son mal, et dans l'abandon de tout traitement, l'affection s' était accrue. Il devenait urgent d'y porter remède. Dans ce but, le voyage de Lucques fut décidé et il fit suite au pèlerinage de Lorette. Toute cette partie du journal n'est qu'une énumération de constats pathologiques sans grand intérêt. Pour occuper ses monotones loisirs.
I. Au sujet de l'emploi du mot fortune chez les gens de cour, Henri Estienne fait, dans ses Dialogues du nouveau langage François italianisé, une critique identique à celle du Maestro de la maison du pape. « On vfe, dit-il, du mot de Fortune au lieu de nommer Dieu. Quelques vns difent auffi le ciel au lieu de dire Dieu. » Ed. orig-, p. 441.