CXXIV NOTICE
Montaigne écrivit ses impressions en italien ■ et pour les égayer, le premier dimanche il donna un bal de paysannes et il dansa afin de ne point paraître trop réservé. A huit jours de là, il ajouta au méyne divertissement une distribution de prix et un souper pendant lequel il plaça à côté de lui une pauvre villageoise, la poétesse Divizia, en qui la lecture de l'Arioste avait développé une aptitude naturelle à l'improvisation. La semaine d'après, un nouveau bal fut offert cette fois par un gentilhomme bolonais, compagnon de bain de Montaigne.
La fête fut marquée par un spectacle inattendu. Une femme se mit à danser avec un vase plein d'eau sur sa tête et, le gardant toujours en équilibre, elle s'exhiba en une multitude de poses d'une excessive hardiesse.
Cependant la santé de Montaigne ne s'améliorait pas. Son hôte, le capitaine Paulino, fut contraint de lui servir d'apothicaire. Au moment où se 7nanifesta quelque détaite, le malade reçut la nouvelle qu'il avait, un mois et demi auparavant, été nommé maire de Bordeaux. Il revint à Rome sans grande hâte où il trouva une lettre des jurats qui le priaient d'agréer leur choix. Dans le texte du voyage, au sujet de son élection, Montaigne se montre impénétrable. Les lettres de bourgeoisie romaine qu'il avait sollicitées et obtenues grâce à l'intervention du major doine de Grégoire XIII ,
I. Cette version italienne fut continuée jusqu'au passage du Mont- Cenis. A part les derniers cinq feuillets de la fin du voyage, elle constitue le tiers du journal.