‹ Notice biographique (volume 2)Chapitre 2 sur 8 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

NOTES HISTORIQUES SUR SAINT-ROCH- DES-AULNAIES (l)

\ ^A seigneurie de Saint-Rocli-des-x^ulnaies fut concédée le ler avril 1656, par M. de Lauzon, Gouverneur pcnir la Co7npagnie^ à Nicolas Juchereau de Saint-Denis ; elle a trois lieues de largeur sur deux de profondeur. Elle passa ensuite aux mains des Juchereau-Duchesna}-, descendants de la famille précédente, lesquels la vendirent à l'honorable Amable Dionne ; et maintenant elle appartient à M. Arthur Deschênes, député au fédéral pour le comté de

(1) On trouve aussi dea Annais et des Aulnets. Voir Bouchette.

rislet. En 1683, elle n'était habitée qne par deux familles et onze âmes, comme on le voit par / ^Etat présent des missions préparé sous l'administration de Mgr de Laval. A la même époque, Kamouraska n'avait qu'un habitant, la Bouteillerie (la Rivière Quelle) huit familles et soixante âmes, La Combe (Sainte-Anne de la Pocatière) cinq familles et quarante âmes. De Saint-Thomas jusqu'à Kamouraska inclusivement, toutes les paroisses et missions étaient desservies par un seul missionnaire, qui était alors, en 1683, M. l'abbé Thomas-Joseph Morel, arrivé de France en 1661, et qui avait d'abord desservi la côte de Beaupré et l'île d'Orléans. La visite régulière des missions se faisait deux fois par année.

« Le fleuve étant la seule voie de communication d'une seigneurie à l'autre, le missionnaire était obligé de voyager en canot d'écorce, pour aller faire la visite de ses ouailles disséminées çà et là le long de la côte. Il avait toujours avec lui sa chapelle portative, car il ne trouvait en plusieurs endroits ni vases sacrés, ni ornements pour le service divin qu'il célébrait

dans la maison de quelques habitants. Un compagnon de voyage montait avec lui le canot d'écorce pour l'aider à manier l'aviron et à porter les effets indispensables au trajet. Etait-il appelé auprès de quelque malade, en hiver, il lui fallait franchir la distance qui l'en séparait, monté sur des raquettes, en suivant le bord de la grève, couverte parfois de cinq à à six pieds de neige. Rien ne l'arrêtait, ni le vent glacial, ni le dégel, ni les pluies d'averse qui lui fouettaient le visage et le trempaient jusqu'aux os, ni les tempêtes de neige qui l'enveloppaient de leurs tourbillons, l'empêchaient presque de respirer et de voir plus loin qu'à dix pas devant lui . . . Heureux quand il pouvait trouver asile le soir sous le toit hospitalier de quelque brave colon. » (i) L'abbé Casgrain qui est l'auteur de ces lignes, décrit ensuite la réception que l'on faisait au missionnaire, le bonheur que l'on éprouvait à le voir et les consolations qu'il répandait sur son passage.

(1) Une Paroisse Canadienne au XV Ile

lO NOTICE BIOGRAPHIQUE

Iv'abbé Pelnielnaud fit la mission de la côtedu-sud au commencement de l'année 1685, à la place de l'abbé Morel, lequel, à la fin de la même année, la parcourut lui-même pour la dernière fois. Car à partir de cette époque, il y eut toujours un missionnaire résidant soit à la Rivière-Ouelle soit à Sainte-Anne, et c'était lui qui tout naturellement était chargé de. Saint-Roch-des-Aulnaies. En tête du premier cahier paraphé pour la Rivière-Ouelle par René-Louis Chartier, écuier, seigneur de Lotbinière, conseiller du roi, etc., il est spécifié que ce cahier servira « pour l'enregistrement des baptêmes, mariages et sépultures qui se feront pendant cette année (ler janvier 1658) dans les paroisses qui sont depuis la Grande- Anse (Sainte- Anne de la Pocatière) jusques à la Rivière-du-sud, y compris les Iles-aux-Oyes et aux Grues. »

En 1686, ce fut un récollet, le frère Nicolas Cadard, qui desservit la Rivière-Ouelle ; en 1689, un autre récollet, le frère Emmanuel Juneau. Viennent ensuite, en 1690, M. Pierre de Francheville, et en 1691, M. Bernard de

l'abbé DAVID-HENRI TÊTU II

Requeleyne jusqu'en 1718. A partir de 1715, il y eut un curé résidant à Sainte-Anne, chargé de la desserte de Saint-Roch, et ce jusqu'en 1750. Ce fut d'abord AI. Jacques Lesclache, prêtre canadien, ordonné à Québec. Il signait Missioiinah^c de la Grajide Anse. Vient ensuite, en 171 8, M. Nicolas-Joseph Chasles, et huit mois après, M. Sauvenier de Coppin, qui se donnait le titre de curé de Sainte-Anne et de ses dépendances. En 1719, ces fonctions sont remplies par un récollet, le frère Maurice Imbault ; en 1734, par M. Louis-Bernard Gastonguay ; en 1738, par M. Charles Duchouquet jusqu'en 175c.

Je crois que ce fut cette année-là que M. Charles Gareault fut nommé premier curé résidant de Saint-Roch-des-Aulnaies. Cependant, en mars 1753, il signe humblement Missionnaire à Saint-Roch. En avril suivant, il devient curé 7nissionnaire^ et continuant toujours à monter en grade il finit, au mois de juillet de la même année, par atteindre le sommet de

la perfection, et il prend le titre de ciu^é de la paroisse de Saint-Roch. (i)

Qui a donné saint Roch pour patron à cette paroisse ? — Je n'ai pu le découvrir dans les archives soit de l'archevêché, soit de la paroisse, archives qui sont très incomplètes et ne donnent que très peu de détails sur les origines de cet établissement. Le plus ancien document que j'aie trouvé, c'est l'érection de la paroisse par le décret suivant, cité dans les Edits et Ordonnances^ en date du 3 mars 1722 :

« Les Aulnets. — L'étendue de la paroisse de Saint-Roch située en la dite Seigneurie, sera de trois lieues et demie, savoir : trois lieues de front que contient le dit fief des Aulnets, à prendre du côté d'en bas, depuis celui de la Pocatière, en remontant le long du fleuve, jusqu'au fief du sieur Dauteuil dit la Pocatière, et demi lieue de front que contient le fief du sieur Dauteuil, depuis le fief des Aulnets, en

(1) Mgr Tanguay dit que c'est M. de la Valinière qui fut le premier curé résidant, mais je crois qu'il fait erreur.

l'abbé DAVID-HENRI TÊTU I3

remontant le long du fleuve, jusqu'au fief de Port-Joly, ensemble des profondeurs renfermées dans ces bornes. »

On voit par un mémoire présenté au Conseil de la Marine, le 11 avril 1722, qu'il fut question à cette époque d'annexer une partie de la Grande-Anse à la cure de la Bouteillerie, " et l'autre partie à la seigneurie des héritiers Saint- Denis, à la Grande-Pointe. » On aurait ainsi anéanti la paroisse de Sainte-Anne de la Pocatière au profit des deux paroisses voisines.

C'est le sieur Dauteuil, alors résidant à Paris, qui présente ce mémoire rédigé sur les informations qu'il a reçues de son fils, alors seigneur de la Grande- Anse.

Celui-ci représente « i ° que sa terre dans la Grande-Anse a plus de deux lieues de front le long du fleuve Saint-Laurent, et que cette étendue de terre est toute habitée (parce qu'il y a fait construire un moulin) soit par des tenanciers à cens et rentes, ou par des fermiers sur des métairies considérables qu'il y a fait défricher, et qui produisent de grosses dîmes au curé.

H 2° Que sur cette terre il y a une église bâtie . . . dans laquelle, depuis plus de six ans, on fait toutes les fonctions curiales.

« 3° Que ses enfants, par son ordre, ont garni cette église de vases d'argent pour les saints mystères et des ornements et livres nécessaires, et qu'il a fait la dépense de faire peindre à Paris un très beau tableau de sainte Anne, patronne de cette paroisse, qu'il a envoyé à ses dépens, il y a plusieurs années, pour mettre au retable qui y sera placé, et qu'il y a un concours considérable à la fête de cette sainte patronne et même pendant le cours de l'année. »

Il expose ensuite la distance que les habitants auraient à franchir pour se rendre soit à la Rivière-Ouelle, soit à Saint-Roch. Il ajoute : " Quand celle de Saint-Denis (c'est-à-dire la seigneurie de ce nom dont fut formée la paroisse de Saint-Roch) sera entièrement garnie d'habitants, elle suffira pour faire une grande et bonne paroisse, puisqu'elle aura trois lieues de front sur le fleuve ; et jusqu'à ce temps tous ceux qui y sont établis peuvent venir

l'abbé DAVID-HENRI TÊTU 15

comme ils Tont toujours fait, à sa paroisse, (celle de ]\I. Dauteuil) ne paraissant pas juste de démembrer et détruire une cure bien établie pour fortifier une qui ne l'est pas. »

Comme on le sait, ce projet d'anéantir Sainte- Anne n'eut aucune suite.

Deux ans après, en 1724, Mgr de Saint- Vallier écrivait la lettre pastorale suivante :

<( Nous Jean, par la grâce de Dieu et du Saint- Siège apostolique, évêque de Québec.

(( A nos très chers enfants les habitants de la Grande-Pointe et de la paroisse de Saint- Roch, salut et bénédiction en Notre-Seigneur.

<( Quoique l'amour et l'affection que vous avez fait paraître, depuis bien des années, pour avoir une église de pierre sous l'invocation du grand saint Roch, me soient une assurance que vous y travaillerez tous avec joie et avec ferveur, nous vous faisons cependant une étroite obligation de vous empresser pour attirer sur vous et sur vos familles les grâces que Notre-

l6 NOTICE BIOGRAPHIQUE

Seigneur a coutume de verser avec abondance sur ceux qui font paraître avoir de l'amour pour leur église paroissiale et pour certains saints distingués qu'il désire être honorés, et plus singulièrement dans certains lieux que dans d'autres. C'est pourquoi, le saint Nom de Dieu invoqué, nous tous pressons, nos très chers enfants en N.-S., de faire paraître votre zèle dans l'édification de cette église à laquelle, pour vous animer, nous promettons de contribuer autant que l'état présent de nos affaires nous le pourra permettre. Nous vous exhortons d'ajouter foi à tout ce que le Père Maurice (i) vous pourra dire sur cela de notre part et sur la manière dont la dite église pourra mieux être construite, le connaissant plein d'habileté et de bonne volonté pour vous tous. C'est de quoi nous osons .vous assurer et de l'affection de père avec laquelle nous continuerons de vous aimer en Dieu et en Jésus-Christ.

« Donné à Québec sous notre seing et celui de notre secrétaire et scellé du sceau de nos armes, ce i2ème juin 1724.

t Jean, Evêque de Québec.

Par Monseigneur,

Tessié. »

( 1) Maurice Imbault, récollet, résidant à S^iinte-Anne de la Pocatière.

Il est bien certain que l'on se rendit aux désirs et aux prières éloquentes du prélat et et que l'on construisit une église en l'honneur du grand saint Roch. Comme presque toutes les églises de la Côte-du-sud, elle dut être incendiée et en partie détruite par les Anglais en 1759. On peut se faire une idée assez exacte de l'état déplorable de cette paroisse après la guerre, par la lettre suivante de 'M. le curé Gareault, en date du 8 février 1761, adressée au Vicaire-Général de Québec :

" Serait-ce trop présumer de votre bonté de vous demander, soit pour moi, soit pour les pauvres de ma paroisse, les douze piastres de componendes que j'ai à vous remettre ? ]\Ion besoin est si extrême, votre cœur si généreux et si compatissant, que je n'hésite point de croire et d'espérer que vous me les accorderez. En conséquence, je n'ai pu me déterminer à les envoyer par l'occasion présente. Telle est la position dans laquelle je me trouve : ruiné par la guerre, vivant à l'emprunt depuis le commencement de l'automne, assiégé de pauvres presque tous les jours, n'ayant qu'une dizaine

d'habitants en état de pa)'er la dîme dont la plus forte est de quatre minots ; voilà, monsieur, sans exagération, la situation du curé de Saint-Roch. J'omets de vous dire qu'il m'a fallu faire faire des réparations à l'église et au presbytère à mes frais, sans espérance de les récupérer de sitôt . . .

« GAREAUI.T, Ptre )> « IvC 8 février 1761

de Saint-Rocli. »

Cette lettre prouve clairement que M. Gareault résidait à Saint-Roch-des-Aulnaies.

M. Gareault quitta cette paroisse en 1769 pour aller curé de Berthier, puis de Saint- Vallier où il mourut le 24 juillet 1794, à l'âge de soixante-dix ans et cinq mois. Il fut inhumé dans l'église paroissiale. Il était né à Montréal, de René Gareault et de Marie-iVnne Mauge.

Saint-Roch-des-Aulnaies demeura alors sans curé résidant jusqu'en 1777 et fut desservie par M. Pierre-Antoine Porlier, curé de Sainte-Anne de la Pocatière. En 1773, il écrit à l'évêque

au sujet de l'agrandissement à faire à l'église de Saint-Roch. Dans cette lettre, il est dit que le prélat avait donné ordre dans ses visites de faire cette réparation et qu'il avait promis aux paroissiens de leur donner un curé dès que les travaux seraient terminés.

Mgr Briand répond i ° qu'il consent à la bâtisse, puisqu'il l'a lui-même recommandée ; 2 ° qu'il faudra lui présenter un plan pour qu'il puisse juger de la place du chœur, des bancs, etc., etc., et enfin des fonts baptismaux, place trop négligée ci-bas \ 3° qu'il n'aimait pas les églises à la récollecte^ à cause qu'étant trop larges, la charpente fatiguait les murs, qu'il n'y avait pas de commodité pour placer le confessional et les fonts baptismaux ; que dans celles 011 il y avait des chapelles, il y avait aussi plus de commodités, et qu'elles servaient de contre-forts. « Cela dit, faites ce que vous voudrez et ce que voudront les habitants. Et puisqu'on a manqué à me présenter un plan, qu'ils suivent leurs idées, je ne m'en soucie pas et je consens à leur projet. » 27 juin 1773.

L'édifice fut terminé, car, en 1777, l'évêque accomplissait sa promesse et nommait curé de Saint-Roch M. H.-Pierre Huet de la Valinière. Il était du diocèse de Nantes, arriva au Canada, sous-diacre, en 1754, et fut ordonné prêtre le 15 juin 1755. Curé d'abord à la Rivière-des- Prairies, il fut transféré à Saint-Roch-des-Aulnaies, comme je viens de le dire, et n'y demeura qu'une année. Toutes ses lettres sont des lamentations de Jérémie ; cet abbé avait un tempérament malheureux, il se plaignait sans cesse et se créait des difficultés à tout propos. L'année qui avait précédé son arrivée à Saint- Roch, M. l'abbé Bailly de Messein, chapelain des troupes royalistes, avait réussi avec M. de Beaujeu à enrôler cinquante miliciens de Kamouraska, quatre de la Rivière-Ouelle, (i) vingt-sept de Sainte-Anne et vingt-cinq de Saint-Roch.

Il y eut, comme l'on sait, un combat à Saint- Pierre, et les royalistes furent battus par les re-

(1) Les habitants de la Rivière-Ouelle penchaient en faveur de la révolte. Ils s'emparèrent un jour de leur curé, M. Parent, et le condnis^irent ainsi prisonnier jusqu'à Saint- Jean Port-Joli où il fut remis en libeité.

belles ayant avec eux cent cinquante Bostonnais. Trois hommes furent tués, dix blessés et un plus grand nombre faits prisonniers. Ce combat eut un grand retentissement dans les paroisses qui avaient fourni des volontaires et répandit la consternation dans les familles. On fit des reproches sanglants aux curés, et on les accusa d'avance d'avoir causé la mort de ceux qui étaient partis. ]\I. de la Valinière pouvait s'en laver les mains tout à son aise, puisqu'il n'était pas là quand le recrutement avait eu lieu. ]Mais on voit par une de ses lettres qu'il n'était pas sans appréhension et qu'il ne paraissait pas avoir la conscience tranquille. " J'ai appris aujourd'hui, dit-il, une chose qui ne fait pas d'honneur à ma paroisse, et comme le démon mon ennemi a tiré de tout temps avantage de tout contre moi, j'ai sujet de craindre encore aujourd'hui la même chose. Je croyais cette paroisse une des plus zélées pour le ser\àce du Roi, comme Votre Grandeur elle-même et ces messieurs du Séminaire m'avaient fait l'honneur de me le dire. En conséquence, je me suis contenté de les louer dans mes conversations et d'encourager ou fé-

liciter ceux dont les enfants ont été blessés ou sont encore prisonniers chez les Bostonnais pour le service du Roi, ou même ont été tués, car plusieurs sont de ce nombre. Mais je croyais superflu de faire ce que je vais faire à présent, c'est-à-dire de prêcher souvent l'obéissance due au Roi. Toutefois, je viens d'apprendre que presque tous ceux qu'on a commandés ont désobéi. Quel avantage mon ennemi ne tirera-t-il pas de ma prétendue négligence !... Je me trouve ici dans un état de misère que l'on ne peut guère se représenter à moins que l'on y passe . . . une église naissante, un presbytère tombé en ruine depuis bien des années, une terre abandonnée, dénuée de clôture et de tout, sans vache qu'on n'a pas honte de me faire jusqu'à cent cinquante francs ... ne trouvant ni beurre à acheter ni chose quelconque pour la vie, mais seulement quelque peu par charité ; car je puis dire à la louange de ces pauvres gens, qu'ils m'ont donné et non pas vendu ce dont j'ai vécu jusqu'à présent. .. » Il parle ensuite d'une annexion projetée d'une partie de Saint-Roch à Saint-Jean, affaire qu'il voulut

plus tard porter devant les tribunaux et qui ne lui fit pas honneur.

L'évêque lui répondit qu'il ne fallait pas s'affliger outre mesure. " Les jeunes gens commandés n'ont pas obéi ; quoiqu'il se soit trouvé plusieurs royalistes en Saint-Roch, il ne laissait pas cependant que d'y avoir une certaine quantité de Bostonnais, ce sont sans doute ceuxlà qui ont été commandés. Ils n'est pas surprenant qu'ils n'aient pas obéi.

<( Ne me parlez pas, mon cher patriote, de misère ; vous ne me persuaderez pas. Je crois bien tout ce que vous me marquez de la situation de votre paroisse, des travaux à faire, et de la cherté des choses, mais vous croire réduit à l'indigence et à la mendicité, c'est ce que je ne puis me persuader. Vous me dispenserez de vous en détailler les raisons. )»

M. de la \^alinière fut nommé curé de Sainte- Anne en 1778 et il n'y fut pas plus heureux qu'à Saint-Roch, car je lis ce qui suit dans une

petite brochure écrite par feu l'abbé Odilon Paradis, (i)

" Ce monsieur (M. de la Valinière) eut du chagrin à Sainte-x\nne, car on trouve la note suivante dans la reddition de compte qu'il fit avant de partir. Après avoir énuméré divers articles dont il faisait présent à la fabrique, le secrétaire ad hoc ajoute: «desquels articles il «■ne demande aucun paiement, et il en eut fait « ou ferait bien d'autres, si on n'eut pas déjà « commencé et si on ne continuait à le payer « d'ingratitude. » AI. de la \^alinière quitta le pays au mois d'octobre 1779 et ce sur l'ordre formel du gouverneur.

Il raconte lui-même à M. de Castries, secrétaire d'Etat au département de la Marine, les persécutions auxquelles il a été en butte durant son séjour au Canada et les grands services qu'il y a rendus à l'Eglise. Je n'en cite qu'un extrait :

( 1 ) ^ole% historiques SLir laparoisse et les curés de Sainte- Anne de la Pocatière.

Après avoir parlé de son procès avec l'évêque, il continue en ces termes : <( Il arriva donc qu'en 1776, les insurgens, nommés en Canada les Bostonnais, ayant pris le pays et assiégé Québec, pendant tout l'hiver, jugèrent à propos de détenir deux prêtres prisonniers à Sorel ; alors notre missionnaire (M. de la Valinière parle de lui-même) étant le seul qui pût s'expliquer en anglais, crut devoir faire quelque effort pour les délivrer ; il fut donc à Sorel et eut le bonheur au moins d'en retirer un qu'il amena avec lui. IMais sa demande ne tarda pas à être rendue suspecle au gouvernement anglais, lequel après trois ans de persécution extrême, le fit enfin partir subitement, le 25 oclobre 1779, et l'envoya à Portsmouth avec défense de le mettre à terre sans l'agrément du ministère. Il a donc été là sept mois et demi, à bord des vaisseaux avec seulement les deux tiers de la ration d'un soldat, puis encore vingt jours prisonnier également contre le droit des gens à Alesford, d'où, avec un passeport, il est venu comme il a pu par Ostende. Mais pour comble de malheur, ayant mis ce qui lui restait dans un coffre à bord d'un vaisseau pour être conduit

à Nantes, le vaisseau a fait naufrage. Pour lui, étant venu par terre à Paris, il prit à son arrivée la liberté de demander par écrit une audience à M. de Sartine qui sans doute n'eut pas le temps de l'honorer d'un mot de réponse. » Il termine en demandant la protection du gouvernement et en offrant ses services.

Revenu en Canada en 1792, il mourut d'une ■chute de voiture, à l'Assomption, le 29 juin 1806, à l'âge de soixante et quinze ans. Il fut inhumé à Saint-Sulpice.

Après lui M. Louis Hubert fut curé de Saint- Roch pendant deux ans. Nous n'avons qu'une lettre de lui et elle est sans importance.

'M. Hubert était le frère du prélat du même nom, qui fut coadjuteur de Mgr Desglis et après la mort de ce dernier, évêque de Québec. Il était né en cette ville le 3 juillet 1754, fils de Jacques-François Hubert et de Marie-Louise Marauda. Ordonné le 16 août 1778, il avait été nommé tout de suite curé de Saint-Roch, et fut

l'abbé DAVID-HENRI TÊTU 27

chargé successivement des paroisses de Sainte- Croix et des Ecureuils. En 1793, il se retira aux Grondines et c'est là qu'il mourut le 18 janvier 1794.

Son successeur, M. Joseph Verreau, ordonné prêtre le 19 octobre 1777, fut nommé curé de Saint-Roch en 1780, se retira du ministère en 181 8, et demeura dans la même paroisse jusqu'à sa mort qui arriva le 30 juin 1826.

Nous avons de lui un très grand nombre de lettres concernant l'administration paroissiale, une entre autres en 1796, pour demander l'autorisation de faire des prières publiques pour chasser les sauterelles qui étaient devenues un véritable fléau ; une autre au sujet de la conversion d'un nommé Jean-Baptiste Pain k le premier habitant de la paroisse » qui avait apostasie en 1786, «entre les mains de M. David, français, de Monmoulin, reéleur de l'église anglicane, » et qui voulait rentrer dans le giron de l'Eglise catholique. Il y avait donc à cette

époque des protestants et un ministre pour les desservir à Saint-Roch-des-Aulnaies, D'autres lettres traitent des difficultés eutre le curé et les marguilliers et surtout entre le même et ^1. Jean Morin, capitaine de milice.

M. Verreau eut à s'occuper de réparer l'église, et en 1802 il fit construire une sacristie de trente pieds sur vingt-quatre. Devenu incapable de desservir sa paroisse, à cause de la faiblesse de sa santé, il se retira du ministère en 181 8 et reçut annuellement de son successeur le tiers de la dîme pour pension viagère. Comme je l'ai dit, il continua de séjourner à Saint-Roch jusqu'à sa mort. Par son testament, il donnait à la fabrique une somme suffisante pour fonder une école qui existe encore.

M. Louis Brodeur fut nommé pour le remplacer. Il était né à Varennes, le 7 décembre 1776, de Christophe Brodeur et d'Angèle Lussier. Ordonné prêtre le 13 oélobre 1811, il fut d'abord chapelain de l'Hôpital Général, puis

l'abbh david-hexri TETU 29

en 181 2 missionnaire de ]Memramkouc, et enfin en 1818 cnré de Saint-Roch qn'il desservit jnsqn'à sa mort. M. Brodeur était membre de la corporation du Collège de Sainte-x\nne et il fut aussi l'un des grands bienfaiteurs de cette maison. Ce fut lui qui donna les instruments de la première fanfare, lesquels lui coûtèrent ^113.7.6, et il institua le collège son légataire universel. Il légua aussi la somme de ;^200. à la fabrique de Saint-Rocli pour la fondation d'une école. Je ne sais s'il fut heureux dans cette paroisse pendant les dix-huit ans de son administration. Ce qui est sûr, c'est qu'il eut des difficultés avec ses paroissiens et qu'en 1824 un grand nombre d'entre eux présentèrent même une requête à l'évêque pour le faire partir.

La terre sur laquelle l'église de Saint-Roch était construite avait été donnée, le 24 juin 1717, par madame de Saint-Denis, seigneuresse des Aulnaies. Il faut croire que tout n'était pas clair dans l'acle de donation, car en 1824 il

y eut un procès entre la fabrique et un monsieur Louis Gagnon au sujet de la propriété d'une partie de ce terrain. Après avoir perdu devant les cours de justice du pays, la fabrique en appela en Angleterre où elle n'eut pas plus de succès ; M. Brodeur s'était engagé à payer luimême les frais de l'appel et il fut fidèle à sa promesse. Satisfait de sa viéloire, M. Gagnon céda ensuite son terrain à la fabrique.

Ceux qui comme moi ont eu l'occasion d'étudier tant soit peu l'histoire de nos paroisses canadiennes, ont dû constater que nos pères dont on vante sans cesse, et avec raison, la foi, les bonnes mœurs et les excellentes habitudes, etc., étaient de fameux chicaniers, et que sous ce rapport il y a parmi nous amélioration et progrès. Les affaires de fabriques sont mieux conduites qu'autrefois, les procès bien plus rares, les plaintes et les requêtes à l'évêque moins fréquentes, les rapports entre les curés et les paroissiens plus faciles et plus aimables. Disons aussi que la foi est plus pratique, les

l'abbé DAVID-HENRI TÊTU 3I

sacrements plus fréquentés, les églises plus belles et mieux entretenues, le culte plus solennel, le clergé plus instruit et plus zélé, le peuple plus calme et plus obéissant. C'est là mon humble opinion ; puisse-t-elle être conforme à la vérité et aux faits ! Ces réflexions se présentent tout naturellement à mon esprit, quand je lis les lettres échangées entre les curés et les paroissiens de Saint-Roch d'un côté et l'évêque de Québec de l'autre. Que de chicanes ! que de plaintes puériles et quelquefois ridicules ! Ainsi dans la requête que je viens de mentionner et qui demandait le départ de M. Ls Brodeur, pas une accusation sérieuse, pas un grief appu)'é sur quelque preuve, seulement des plaintes et des plaintes. Le curé luimême, comme la chose peut arriver sans miracle, avait peut-être l'esprit normand et aimaitil autant que ses paroissiens les petits et les grands procès ? C'est une question que je ne saurais résoudre. Ce qui est certain c'est qu'il était généreux et charitable et ami pratique de l'éducation.

M. Brodeur mourut subitement et fut trouvé mort dans son lit le matin du 6 avril 1839.

Son corps fut inhumé dans le chœur de l'église de Saint-Roch. Tous les professeurs et élèves du Collège de Sainte-Anne se firent un devoir d'assister à ses funérailles.

Son successeur immédiat fut l'abbé David- Henri Têtu.

Page 1