‹ Notice biographique (volume 2)Chapitre 3 sur 8 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

L'ABBE D.-H. TETU

Curé de Saint-Roch-des-Aulnaies

Mémento, Domine, David et omnis muiisuetudinis ejiis.

Souvenez-vous, Seigneur, de David et de sa grande douceur.

Si j'avais eu à prononcer l'oraison funèbre de ce digne prêtre, j'aurais certainement pris pour texte ces paroles du prophète royal, car elles ne pouvaient mieux s'appliquer qu'à lui. M. Têtu a été en effet l'une des plus douces et des plus aimables figures de notre clergé de Québec, et longtemps encore sa mémoire sera en bénédiction dans sa famille et dans les deux paroisses dont il fut successivement chargé.

Né à Saint-Thomas, le 15 juillet 1807, il fit ses études au collège de Saint-Hyacinthe, prit la soutane,et fut ordonné prêtre le ler novembre 1829. Nommé vicaire à Saint-Roch de Québec, au départ de M. Alexis Mailloux, en septembre 1833, il fut appelé à le remplacer à la tête de cette paroisse déjà très importante. Mais se trouvant un peu jeune, et se défiant de ses forces, il crut devoir faire de respectueuses représentations à son évêque, Mgr Signay. Malheureusement nous n'avons que la lettre de ce dernier, laquelle du reste est bien honorable pour celui à qui elle était adressée. La voici :

27 septembre 1833.

Monsieur,

Votre lettre d'hier ne me surprend pas ; c'est celle d'un bon ecclésiastique animé de l'esprit de son état, qui redoute devant Dieu la responsabilité du devoir pastoral. Après les marques d'estime et de confiance que je vous ai données, je vous permets volontiers cette ouverture filiale de votre bon cœur.

Je ne blâme ni vos répugnances ni vos représentations par ra2:)port à la cure de Saint-Roch

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de Québec, non. Je m'attends que le seul rapport sous lequel, en qualité de bon prêtre, vous puissiez l'envisager, c'est celui du mérite que vous pouvez y acquérir, et des services que vous pouvez rendre à la religion, selon vos foi;ces et les grâces dont le Seigneur vous préviendra, et les bénédictions dont il couronnera vos œuvres. En vous proposant donc la desserte de cette cure, c'est comme un sacrifice que je présente à votre zèle et à votre cœur obligeant et docile, désirant que vous Tacceptiez de vous-même, avant que je vous le prescrive. Au reste, je ne puis vous le déguiser : tout pesé devant Dieu, je ne vois personne à qui, dans les circonstances présentes, cette place puisse mieux convenir qu'à vous. Je vous ai même exposé les motifs de ce choix de préférence, je vous ai pareillement fait sentir les dédommagements sur lesquels vous pouvez compter dans l'exercice du ministère qui sera votre partage. Dieu pourvoira au reste. Mettez tout au pied de la croix de Jésus-Christ, et croyez-moi bien afïeclueusement en son amour, votre etc.,

t Jos., Ev. de Québec.

Après cela, il ne restait plus qu'à obéir et c'est ce que fit M. Têtu en devenant le curé de Saint-Roch de Québec. Il remplit cette charge

avec zèle et succès pendant six ans. Quatre vicaires étaient déjà à cette époque attachés au service de la cure et I\I. Têtu fut successivement aidé dans son laborieux ministère par les messieurs dont les noms suivent : Zépliyrin Lévêque, Ls-Antoine Proulx, Etienne Baillargeon, Charles Chiniquy, Louis Parent, Joseph d'Bstimauville, Zéphyrin Charest, Siméon Belleau, Michel Forgues, ]\Iichel Racine, Henry Harkin, J.-B.-A. Ferland, Thomas Roy et Zéphyrin Sirois.

L'un d'entre eux si tristement célèbre, Charles Chiniquy, fait ainsi le portrait de son curé dans son ouvrage Cinquante ans dans l ^Eglise de Rome :

'( Il avait très belle apparence : grand et bien proportionné, front large, des yeux bleus, un nez remarquablement beau, lèvres roses. Il avait la peau très blanche, trop blanche même pour un homme ; mais ses courts favoris . . corrigeaient ce qu'il pouvait y avoir de trop féminin dans sa physionomie et donnaient à

toute sa personne un air viril et agréable à la fois.

<( Il était le meilleur calligraphe que j'aie jamais connu et de beaucoup le plus habile patineur du pays. Nul ne pouvait surpasser l'agilité et la perfection avec lesquelles il avait coutume d'écrire son nom sur la glace avec ses patins.

" Telle était l'amabilité de son caractère, que pendant les quatre ans que j'eus le bonheur de travailler sous ses ordres dans cette paroisse, il ne m 'arriva pas une seule fois de le trouver de mauvaise humeur. Et quoique dans mes rapports journaliers avec lui, j'eusse quelquefois l'occasion de mettre involontairement sa patience à l'épreuve, je n'entendis jamais un mot discourtois sortir de sa bouche.»

Ce témoignage a d'autant plus de valeur que celui qui le donne n'a pas l'habitude d'exagérer les qualités des prêtres catholiques. Au reste, il a été corroboré par bien d'autres témoins qui ont eu le bonheur de vivre dans le presbytère

du bon et aimable abbé Têtu. Aimé par tous ses vicaires, il avait aussi le respeél et l'affection de ses paroissiens, comme me l'ont attesté plusieurs d'entre eux qui vivent encore et qui ont conservé de leur ancien curé le plus touchant et le plus doux souvenir. M. Têtu prêchait déjà fort bien à cette époque, il préparait ses sermons avec soin, et faisait souvent, le dimanche, avec l'un de ses vicaires, des cojiférences qui étaient très instructives et très goûtées.

Cependant, il ne se croyait pas appelé à demeurer curé de Saint-Roch de Québec. Humble et sans ambition, sans beaucoup de santé, il souhaitait qu'un autre plus capable et plus distingué que lui pût un jour être nommé à sa place. Et ce fut à ses instances que IMgr Signay le transféra, le 20 septembre 1839, à la cure de Saint-Roch-des-Aulnaies, à la condition pour le nouveau curé de payer le tiers de la dîme pour le soutien du coadjuteur d'alors, Mgr Turgeon,

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et même de son successeur immédiat, (i) Je me hâte de dire que l'évêque n'exigeait pas tous les ans, mais seulement quand besoin il y avait, l'exécution de cette généreuse promesse. Alon oncle fut le dernier curé qui fut ainsi chargé de pourvoir à la subsistance du coadjuteur ; plusieurs avant lui avaient eu cet honneur peu ambitionné.

La vie d'un curé de campagne n'a rien de bien saillant, son ministère humble et sublime à la fois s'exerce rarement dans des circonstances extraordinaires et qui laissent des souvenirs vivaces. Aussi les trente-six années que M. Têtu passa à Saint-Roch-des-Aulnaies se distinguent peu les unes des autres, et s'il y fit beaucoup de bien, il est aussi vrai de dire qu'il y fit peu de bruit. ]\Iais quelle belle et douce

(1) Mgr Turgeon devenu archevêque à son tour lui écrivait à ce sujet le 23 mai 1851. ''Vous voyez par le texte de votre convention que vous en avez pour ma vie d'archevêque de Québec : Ainsi si vous priez Dieu pour que bientôt je sois débarrassé du fardeau quejemesens incapable de porter, je vous le pardonnerai volontiers."

et sainte existence que la sienne ! Comme il a bien été le père de cette bonne paroisse ! Comme il a aimé cette vigne que le Seigneur lui avait confiée ! Comme il l'a cultivée avec soin, embellie et enrichie de toutes façons ! Son travail n'a pas été retentissant mais fruélueux, ses œuvres durent encore, sa mémoire est bénie, elle semble impérissable, elle mérite de l'être.

Saint-Roch-des-Aulnaies est une des plus jolies paroisses du diocèse de Québec. Agréablement située dans toute sa longueur sur les bords du fleuve Saint-Laurent, avec sa belle église au bout de la pointe, elle est remarquable encore par son magnifique manoir seigneurial, et par l'air d'aisance et de propreté qui semble régner partout à l'extérieur comme à l'intérieur des maisons. Mais elle était loin d'avoir tous ces avantages quand M. Têtu fut appelé à la desservir. Sans doute la population était considérable— deux mille communiants — les revenus du curé étaient suffisants, mais la vieille église ne suffisait plus pour les besoins de la

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population et ^I. Têtu pouvait écrire ce qui suit à l'évêque : « Notre église ne contient à peu près que le tiers de la paroisse et il faut faire sortir le tiers de ce que l'église contient pour y faire les processions )>. Aussi ne fut-il pas lent à se mettre courageusement à l'oeuvre pour en construire une autre plus vaste et plus belle. On peut dire qu'il s'en occupa dès son arrivée tant auprès de son évêque que de ses paroissiens, et, grâce à son zèle, à son activité, à son esprit de conciliation et de paix, il réussit à éviter les frais et les ennuis d'une répartition légale. La fabrique paya la main d'œuvre qui coûta la somme de $15,200.00 et les habitants fournirent volontairement les matériaux évalués, à $13,200.00. Le bon curé les avait si bien enthousiasmés que c'était à qui donnerait le plus beau morceau de bois ou amènerait le plus grand nombre de charges de pierres.

Les travaux furent commencés en 1849 et terminés en 1853. (i)

(1) L'église fut construite cent pieds au nord de l'ancienne. Elle a cent soixante pieds de long sur quatrevingt de large. La bénédiction eut lieu le 28 octobre 1852 et fut donnée par M. Ls Beaubien, curé de Saint- Thomas.

En même temps, M. Têtu faisait souscrire la jolie somme de $1,150.00 pour trois magnifiques cloches de Mears, le premier carillon qui eût chanté la gloire de Dieu sur les bords du Saint-Laurent en bas de Québec. Ces cloches eurent longtemps une réputation considérable.. La construclion de l'église fut pour le temps, un véritable succès. Sans doute les clochers ne sont pas beaux, et le style gothique convient peu aux temples relativement pauvres de notre pays. Mais l'intérieur de cette église produit réellement l'effet du gothique ; les belles proportions des nefs, le prolongement des lignes, l'élévation du chœur ne manquent jamais de frapper le visiteur quand il entre dans ce vaste sanéluaire. Aussi il fallait voir et entendre le bon curé quand il disait solennellement à ses visiteurs : « maintenant nous allons aller voir mon église ». C'était bien en effet son église à lui. Après Dieu, nul plus que lui n'avait contribué à son éreélion, nul ne l'aimait et ne la visitait plus que lui ; et jusqu'à la fin de sa vie sa plus grande ambition fut de la rendre et plus riche et plus belle. A cette fin, ses souscriptions personnelles et celles de sa bonne sœur Gemme^

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sa ménagère, étaient tonjours les pins élevées ; elles servirent à Tachât de vases sacrés qni sont précienx, d'nne magnifique lampe de sancluaire, d'encensoirs, burettes, piscine, croix de procession et divers autres objets du culte, lesquels sont tous en argent.

Si le digne curé fit souvent appel à la générosité de ses paroissiens pour l'embellissement de la maison de Dieu, on peut affirmer sans crainte qu'il les laissa bien en paix au sujet de son presbytère. La fabrique avait acheté la maison de M. l'abbé Brodeur, prédécesseur de ]\1. Têtu, (i) et ce fut son habitation durant les trente-six ans qu'il passa à Saint- Roch. C'était sans doute une résidence assez convenable, mais bien modeste si on la compare avec d'autres maisons curiales ; et si elle eut jusqu'à la fin une apparence de solidité et de confortable, elle le devait au bon entretien et

(1) Cette maison fut achetée du Collège de Sainte- Anne, héritier de M. Brodeur, et fut payée quatre cents louis.

à de fréquentes réparations payées par le curé lui-même. Il écrivait à ce sujet à jNIgrSignay :

« ]\Iais les réparations du presbytère ! ! ! Je vous avoue, ^Monseigneur, que dans la crainte de relentir le zèle de ma paroisse pour la construclion de l'église et de la sacristie, j'avais formé le projet de faire ces réparations à mes frais :.. Aucun presbytère n'était mieux tenu que le sien ; homme d'affaires lui-même, M. Têtu avait dans la personne de sa sœur Gemme une ménagère de première classe qui savait exercer une généreuse et cordiale hospitalité et en même temps voir à ce que tout fût fait avec ordre et économie.

Pour en finir avec les affaires matérielles, disons que le curé de Saint-Roch aimait l'agriculture et qu'il fit des améliorations importantes à la terre de la fabrique. Modèle en tout pour ses paroissiens, il leur donnait l'exemple de la culture raisonnée et payante, et il se plaisait à leur faire admirer, ainsi qu'à tous ses visiteurs, ses vaches incomparables qui lui fournissaient tant de lait et de beurre, son cheval

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qui avait si belle mine et qui menait si bien, et d'autres animaux plus prosaïques qu'il engraissait à merveille et qui comme les autres du reste contribuaient à grossir ses revenus et à accroître sa gloire. Car il était glorieux, l'humble et doux curé de Saint-Roch ; mais ses triomphes étaient pacifiques, ils amusaient beaucoup et n'humiliaient personne. On l'a vu déjà, AI. Têtu était la douceur même et il était d'une politesse exquise envers tout le monde. Rien de plus gracieux et de plus aimable que les saints qu'il distribuait à droite ou à gauche quand il rencontrait quelqu'un de ses paroissiens. Les enfants et les pauvres avaient la meilleure part de son cœur comme de ses charitables et paternelles paroles. Le bon pasteur connaissait ses brebis, et les brebis se sentaient aimées et protégées par lui. Aussi le pasteur était-il aimé et respecté lui-même par tout le troupeau. Tous les habitants de Saint-Roch qui l'ont connu se rappellent encore avec plaisir ses manières affables et distinguées,^ sa bonne et honnête figure, sa belle tenue : (( Le curé Têtu, disent-ils, c'était un monsieur.»

C'était en effet le type du curé gentilhomme, mais c'était surtout un bon prêtre.

Quelle âme honnête et loyale que la sienne ! Quelle conscience droite et pure ! Et comme la vertu chez lui apparaissait bien au dehors et faisait comme resplendir toute sa personne î Père avec ses paroissiens, nul n'était plus enfant que lui avec le bon Dieu : sa confiance en lui était sans bornes. Ecclésiastique modèle, M. Têtu avait fait de la sacristie son bureau d'études, il y avait une bibliothèque théologique et il passait une partie de ses matinées à revoir ses auteurs et à préparer ses sermons.

]Mais c'était Téglise qui l'attirait davantage, son église où résidait son Dieu. Il y passait bien des heures, et dans les dernières années de sa vie, tous les jours il y faisait dévotement le chemin de la croix. M. Têtu y allait tout bonnement et sans gêne avec le bon Dieu, mais il n'omettait aucun des devoirs de la vie ecclé- -siastique. Il fut, avec M. Mai Houx, l'un des

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premiers prêtres du diocèse qui se réunirent pour faire la retraite ecclésiastique, avant que le clergé eût été convoqué, comme il l'a toujours été depuis, pour faire annuellement et en commun les exercices spirituels.

Il était vraiment dévot pour lui-même et pour les autres et travaillait à sa sanclification comme à celle de ses paroissiens. On comprend sa dévotion à saint Roch ; après la Sainte Vierge qu'il aimait d'un amour tendre, c'était son saint de prédilection, le saint de sa vie tout entière, puisque les deux paroisses où il travailla avaient été placées sous la proteclion spéciale de ce grand thaumaturge. Il le priait par une invocation spéciale à la prière du soir qu'il ne manquait jamais de faire en commun avec tout le personnel de son presbytère.

M. Têtu aimait les beautés du culte catholique, les fêtes, les cérémonies de l'Eglise, le chant et la musique mêmes, quoique comme nombre de membres de sa famille, il ne fût pas

du tout musicien. Aussi s'empressa-t-il d'avoir un instrument dans l'église pour accompagner le chant et encouragea-t-il le dévouement de l'excellente famille du docteur Tremblay qui, composée uniquement de musiciens et de musiciennes, formait à elle seule un orchestre et un chœur complets. Ce fut un grand jour pour lui que celui où il put remplacer par un orgue très convenable l'harmonium dont on s'était servi jusque-là. Hélas ! si le digne curé admirait tout cela, il ne pouvait guère en profiter autrement ; il chantait faux, mais avec autant d'assurance que l'artiste le mieux doué. Sa voix avait plus de succès dans la prédication. Il prêchait bien, mais un peu longtemps peutêtre au gré de quelques auditeurs. On raconte que parfois, après avoir parlé durant une demi-, heure, il lui arrivait de toucher à la vie éternelle^ et alors les fidèles de se hâter de faire le signe de la croix ; mais l'orateur sacré ne l'entendait cas ainsi, et avec un parce qite habilement amené, il continuait encore pendant un bon quart d'heure avant d'arriver pour la seconde fois et définitivement à l'éternel bonheur.

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Mon oncle Amable Dionne, Seigneur des Aulnaies, ne manquait pas de recueillir et d'assaisonner, comme il savait si bien le faire, tous les petits traits de la vie de son curé, qui pussent amuser et prêter à rire. Ceux qui Pont connu savent qu'il n'était pas partisan acharné des longs sermons, et s'il assistait régulièrement à la messe du dimanche, il se dispensait des vêpres avec une remarquable facilité. Aussi goûtait-il médiocrement les exhortations du curé sur ce sujet. Un jour que celui-ci en parlait en chaire, ^I. Dionne prétend qu'il fit entendre cette exclamation : « La IMesse, mes frères, c'est une excellente chose, mais les \^êpres ! les Vêpres ! «

Mais c'était surtout les distractions fréquentes de yi. Têtu qui faisaient les délices du caustique seigneur des Aulnaies ; il en avait une collection complète et même plus que complète. Il racontait entre autres qu'à la visite épiscopale le curé dit une fois à ses paroissiens assemblés dans l'éelise : « ^Maintenant, mes frères, vous

allez vous mettre à genoux, et monseigneur va vous donner la bénédiction nuptiale î »

A part la famille de M. Dionne, et celle de M. le docleur Tremblay dont j'ai déjà parlé, Saint-Roch en possédait d'autres réellement distinguées telles que les Pelletier, les Soulard, les ]\Iorin, les Dupuy, les Lizotte, les Caron, les Deschênes, les Castonguay, les Marier, les Francœur, les Dupont, etc., etc. Voici la liste des prêtres de cette paroisse qui ont été étudiants ou ordonnés pendant l'administration curiale de M. Têtu : ]\I]\I. Grégoire Tremblay, André Pelletier, Amable Blanchet, Alphonse Pelletier, Thomas Caron, Joseph Soulard, Narcisse Pelletier, Lucien-Napoléon et Léandre Leclerc dit Francœur, Joseph Lizotte, Louis Chiniquy, Jean Pelletier, Nazaire Pelletier, Joseph-Napoléon Chrétien, Louis-Octave Trembla}-, Fernand Dupuis et George Miville.

Si cette paroisse a fourni tant de lévites à l'Eglise, cela est dû sans doute au voisinage du

Collège de Sainte-Anne, mais aussi au zèle de 'M. Têtu pour rinstruclion de la jeunesse. Il y avait déjà deux écoles paroissiales dont l'une avait été fondée par 'M. l'abbé Joseph Verreau ; il en favorisa de;toutes ses forces le bon fonctionnement et en établit lui-même un grand nombre d'autres : pas de rang, pas d'arrondissement qui n'eût la sienne.

\'oici les noms des maîtres qui de son temps eurent la charge de l'école de la fabrique : Thomas Bégin, (i) Louis Tremblay, (2) Abraham Bernier, Nazaire Caron, Alexis Soulard, Charles Hudon et Alexandre Gagnon ; viennent ensuite les institutrices, les demoiselles Potvin, Caroline 'Chèvrefils, Virginie Fecleau, Eulalie Lévêque et Lydia Caron.

De cette école surtout sont sortis les nombreux élèves qui allèrent continuer leurs études au Collège de Sainte- Anne : j'ai nommé ceux

(1 j Le frère du curé de la Eivière-Ouelle.

(2) Qui futile docteur Tremblay ; il était le frère du curé de Beaupoit et le père de l'abbé Louis Tremblay, curé actuel de Saint-Philippe de Néri.

qui entrèrent dans la milice du sanctuaire ; un grand nombre d'autres ont occupé ou occupent encore un rang distingué dans les professions libérales, et deux représentent le comté de PIslet : M. A.-M. Deschènes, à la Chambre fédérale, et son frère, l'honorable F.-G.-]\l. Deschènes, à la Chambre locale, ce dernier étant aussi Ministre et Commissaire de l'Agriculture.

En tête des citoyens les plus marquants de Saint-Roch, je dois une mention spéciale au regretté ^I. J.-B. Dupuis, qui fut lui aussi pendant longtemps le député de l'Islet, mais qui fut toujours aussi le meilleur ami et le conseiller le plus éclairé de M. Têtu. Ces deux hommes étaient faits pour s'estimer, se comprendre et s'entr'aider. Chrétien exemplaire, M. Dupuis était le bras droit de son curé, il le seconda dans toutes ses nobles entreprises, et chaque fois qu'un appel était fait, il était le premier à souscrire généreusement pour tout ce qui pouvait contribuer à la gloire de Dieu

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OU au bien de la paroisse. L'une des chapelles latérales de l'église est due à sa munificence.

Que de fois mon oncle le curé Têtu (i) m'a parlé de M. Dupuis et avec les plus grands éloges ; il admirait sa foi, sa charité, l'influence méritée qu'il exerçait autour de lui et les services éminents qu'il avait rendus à son ministère et à son église.

Mais si, comme j'en ai la conviélion, il se réjouit de voir son digne paroissien l'élu du comté de l'Islet à la Chambre des députés de la Province, ce ne fut jamais lui qui détermina le succès de ses élections. .Car il ne se mêlait jamais de politique. Sa politique, c'était la politique du bon Dieu, celle du salut des âmes qui lui étaient confiées. Aussi ne fut-il jamais

(1) Je tiens à dire ici que cette petite notice biographique est exacte et ne contient aucune exagération. Je n'ai p^s voulu faire le panégérique de mon onde, mais tout simplement raconter sa vie et dire ce qu'il a été. Je puis d'autant mieux le faire que je l'ai connu intimement. Bien des fois, je suis allé passer chez lui plusieurs jours de vacances, écolier, séminariste et prêtre, et j'ai eu le plaisir de le rencontrer souvent, soit cliez mon père, soit au Collège de Sainte-Anne et au palais épiscopal.

accusé d'imprudence et de partialité, et ne se rendit-il jamais coupable d'injustice et de paroles blessantes envers qui que ce soit. Aujourd'hui encore je suis à me demander si je Tentendis jamais, même en conversation, parler contre un parti politique quelconque. Aussi eut-il toujours l'estime des candidats comme des éleéleurs, et l'éleclion terminée, ceux qui avait perdu n'en aimaient pas moins leur curé qu'auparavant.

x\imé de ses paroissiens, le curé Têtu l'était aussi de ses confrères dans le sacerdoce, dont plusieurs l'appelaient leur oncle David.

Quelle joyeuse réception il faisait à cetix qui venaient jouir de sa bonne hospitalité ! Avec quel beau sourire il les accueillait chez lui ! Kt quelle charité pour eux dans ses conversations î Aussi parmi tous les membres du clergé sans exception, il ne comptait que des amis. L'un d'eux M. Patry, curé de Saint-Pascal, disait souvent : <( Cela fait du bien de voir le bon

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]\I. Têtu ! » Et que dire de l'affeclion que lui portaient les ecclésiastiques de son temps et de son âge, comme ^Igr Clis Laroque, les grandsvicaires Cazeau, Raymond et ^Nlailloux, et les abbés Delâge, Hébert, Parent, Sirois et Beaubien !

Je pourrais ajouter bien d'autres noms à cette liste honorable, je me contenterai de dire que M. Têtu eut en outre la confiance et l'estime de son évêque, depuis Algr Signay jusqu'à Mgr Baillargeon — qui était l'un de ses amis — et jusqu'à ^Igr Taschereau.

La faiblesse de sa santé — la paroisse au reste était considérable — l'obligeait de temps à autre à demander un vicaire, faveur qu'il ne réussissait pas toujours à obtenir. Voici les noms des messieurs qui se succédèrent en cette qualité au presbytère de Saint-Roch-des - Aulnaies : ]\OI. Michel Lemieux, Didier Paradis, Félix Bardy, Edouard Bélanger, Maxime Tardif, Pierre Patry, Lazare ]\Iarceau, Thomas Roy,

Edouard Bélanger, Thomas Bernard, James Ouinan, Esdras Rousseau, Félix Dumontier, Frs-J. Bérubé, Georges Casgrain, Léandre Hamelin — qui fut desservant — Jules Mailley, Félix Dumontier, Joseph Soulard, Frédéric Caron, John -Patrick Colfer et Wilbrod Tremblay. Quelques-uns de ces messieurs ne demeurèrent que quelques mois, les besoins étant souvent plus pressants dans d'autres paroisses et l'évêque n'ayant pas assez de prêtres pour exaucer toutes les demandes des curés.

]\Iais je puis dire, sans crainte de me tromper, que tous les vicaires, sans en excepter un seul, se trouvaient fort bien chez le curé Têtu, qui les traitait en gentilhomme et en charitable confrère. Quelques-uns sont encore vivants et ils ont conservé le plus agréable souvenir de leur séjour à Saint-Roch-des-Aulnaies.

Au reste le curé leur donnait l'exemple, car il était toujours content, trouvant tout à son goût et faisant rayonner autour de lui la paix et la gaieté. Que de gens sont aimables seulement ailleurs que chez eux ! Que de grognards

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dans ce inonde qui se plaignent de tout et qui trouvent tout mauvais î Que de leçons ils auraient pu recevoir de ]\I. Têtu dont l'optimisme était si naïf et en même temps si aimable ! Pas de mauvais repas avec lui ; tout les mets étaient délicieux, et s'il en parlait à table, c'était pour faire des compliments à sa bonne ménagère, laquelle était obligée quelquefois de protester pour mettre son humilité à Tabri.

Fidèle observateur de la résidence, ^I. Têtu ne s'absentait que rarement. Je vois qu'en 1841, il accompagna l'évêque à la visite pastorale et eut ]M. Edouard Bélanger pour desservant. Il dut faire un petit voyage en 1854 dans les intérêts de sa santé et ^I. Esdras Rousseau desservit sa paroisse. ]\lais en 1858, une dangereuse maladie du foie l'obligea de faire une plus longue absence et il confia le soin de son troupeau à IM. Léandre Hamelin. M. Têtu partit pour l'Europe et alla se faire soigner par des spécialistes dans le célèbre établissement de \'ich}', en France. Il y gagna des forces pour

dix années de vie, et, après quatre mois d'absence, il revint tout frais et tout dispos reprendre avec joie ses fonctions de curé et rester ensuite jusqu'à sa mort au milieu de ses cliers. habitants de Saint-Roch.

On sait que les malades atteints de la maladie du foie sont très sensibles aux moindres chagrins, et que les contradiclions aggravent toujours leur état. Quoique la vie de ]\I. Têtu fût en général paisible et heureuse, il était impossible qu'elle ne fût pas traversée par quelqu'épreuve, et la division de sa paroisse lui fut la plus pénible. Il en fut question dès les premières années de son administration, et après bien des tiraillements, requêtes et contre-requêtes, assemblées, procès-verbaux, etc., etc., la paroisse de Sainte-Louise fut érigée, et ]\I. Alphonse Casgrain en devint le premier curé en 1859. 'M. Têtu n'était pas opposé à cette mesure, mais une affaire de ce genre ne se règle jamais sans causer des difficultés et des ennuis, et la naissance des paroisses est souvent aussi

douloureuse que celle des eufants. Voici au reste ce que le curé de Saint-Roch écrivait à l'évêque à ce sujet :

'< Saint-Roch-des-iVulnaies,

25 mars 1886.

« A Sa Grandeur

Mgr de Tloa

« Monseigneur,

« Votre Grandeur me demande s'il est

temps de s'occuper de la division projetée dans la requête des habitants du Ille et IVe rangs de Saint-Rocli et du 1er et Ile rangs d'Ashford. Elle craint que les habitants de Saint- Roch, voisins de Saint-Jean, y soient opposés.

« D'abord, Monseigneur, je crois qu'il est temps de s'occuper de cette division importante immédiatement, parce que les intéressés se trouvent pour la plupart très éloignés de l'église aéluelle et qu'ils souffrent beaucoup de cet éloignement, près des trois quarts de l'année. En second lieu, les habitants de Saint-Roch renoncent au projet de s'unir à ceux de Saint-

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Jean pour former une paroisse. C'est ce que m'ont dit les chefs de ce parti.

(( Je pense avec Votre Grandenr qn'il sera difficile de déterminer la place où devra être fixée la nonvelle église, car chacun voudra l'avoir près de chez lui, et surtout pour un certain nombre l'avoir au Nord-Est afin d'attirer la moitié du second rang dans la nouvelle paroisse. ]\Iais la population des Ille et IVe rangs étant plus grande au sud-ouest, et les habitants du township d'Ashford n'ayant d'issue que de ce côté, il sera, ce me semble, plus juste et plus raisonnable d'v fixer la nouvelle éo^lise »

Dans un autre document intitulé " Observations sur le plan de diviser la paroisse de Saint-Roch-des-Aulnets » en date du 30 septembre de la même année, il dit encore :

« 2° Il est certain que si l'église future est placée vis-à-vis celle qui existe aéluellement, tous les habitants du Ile rang qui ont leurs terres au Xord-Est de la route de l'église, demanderont, avant qu'il soit longtemps, à être annexés à la nouvelle paroisse alors l'an-

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cienne paroisse sera diminuée de près de la moitié en population et en revenus ....

« Que faut-il faire ? quel parti prendre ? C'est de placer l'église oii l'évêque le décidera et de se conformer en tout à sa décision. »

Les prévisions de ]M. Têtu étaient justes de même que sa soumission à l'autorité diocésaine inébranlable. Pour des raisons que je suis incapable de juger, la nouvelle église fut placée vis-à-vis de l'ancienne et on eut beau fixer les limites de la paroisse de Sainte-Louise, un bon nombre d'habitants de Saint-Roch ne tardèrent pas à les faire changer pour se faire annexer eux-mêmes à la paroisse nouvelle. Je crois que révêque, à l'époque où cette division a été faite, était incapable d'amener les habitants à construire une église, si elle n'avait pas été placée à l'endroit oii elle est acluellement.

Les revenus du curé de Saint-Roch furent nécessairement diminués, mais grâce à son esprit d'ordre et d'économie, il en eut toujours assez et pour lui-même et pour les autres. Je ne crois pas que la dîme et le casuel réunis lui aient jamais donné plus de $1200.00 et il recevait souvent beaucoup moins. C'est ainsi qu'en 1840, il n'eut que $800.00. Eh bien ! malgré le tiers qu'il payait quelquefois au coadjuteur, malgré qu'il fût souvent obligé de payer un vicaire, il était toujours l'un des premiers à souscrire pour toutes les œuvres diocésaines et paroissiales et les pauvres trouvaient toujours chez lui un bon accueil et du bon pain. Ajoutons qu'ils }' trouvaient aussi un petit magasin bien pourvu d'étoffes et de toiles de toutes sortes que /a sœm' Gemme leur distribuait gratis pour qu'ils pussent se faire des vêtements convenables. Elle accompagnait toujours ces dons matériels, des conseils les plus sages sur la manière de travailler et de gagner sa vie et aussi de gagner le royaume des cieux. Les paresseux recevaient en outre des leçons très sévères et des réprimandes que Gemme

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savait administrer avec une grande éloquence.

Tous les prêtres et toutes les paroisses du diocèse ont contribué, comme on le sait, à la construction du palais épiscopal actuel. ]\I. Têtu arrive le cinquième sur la liste avec la somme de $305.00, et sa paroisse figure pour $200.00.

Plus tard, en 1861-69, il y eut une société de secours mutuel pour \'enir en aide aux prêtres les plus pauvres. Cette fois, M. Têtu arrive bon premier avec une souscription de $87.00.

En 1867, les finances épiscopales paraissant en désarroi, Mgr Baillargeon exposa l'aft^aire à ses prêtres qui consentirent généreusement à payer annuellement et pendant six ans la vingtième partie de leurs revenus ecclésiastiques. Le curé de Saint-Roch paya encore cette fois sa bonne part de $140.00 ; sans compter qu'il avait fourni tout l'ameublement d'une

chambre à l'archevêché, de sorte que lorsqu'il y descendait loger, il se trouvait tout-à-fait chez lui. ^Mentionnons encore la jolie somme de $1200.00 souscrite et payée pour éteindre les dettes du Collège de Sainte- Anne. Et que d'autres bonnes œuvres il a faites pendant sa vie et dont plusieurs n'ont été connues que de quelques-uns, et d'autres n'ont été connues que de Dieu !

S'il savait donner, il savait aussi faire donner et il obtenait tout ce qu'il voulait de ses généreux paroissiens. Que l'on parcoure les comptes des œuvres diocésaines et l'on verra que Saint-Roch-des-Aulnaies faisait plus que son devoir pendant toute l'administration de ]M. Têtu. J'ai constaté que pour la Propagation de la Foi, la contribution de cette paroisse fut de $35.00 en 1839, l'année où M. Têtu fut nommé curé ; toutes les autres années, elle fut de $84.00 en moyenne. En dernier lieu, c'était toujours $100.00 ou $80.00 qu'il apportait tous les ans pour cette bonne œuvre. Car il aimait

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à donner des sommes rondes, et quand elles ne l'étaient pas, il y remédiait en les arrondissant lui-même. Après sa mort, les contributions tombaient de suite à $45.00, $53.00 etc. On pourrait en dire autant du denier de Saint-Pierre, de la Sainte-Enfance, etc.

En 1874, moins d'une année avant sa mort, M. Têtu fit voter par la fabrique qu'une somme de $1,000.00 serait consacrée à l'achat d'un orgue et qu'une autre somme de $400.00 serait employée à l'achat de nouveaux autels. Mais au sujet de la première somme, ^il était stipulé dans cette même résolution, que le curé devait en payer lui-même le tiers ; sa souscription personnelle pour les tabernacles fut de $200.00.

La dernière lettre qu'il écrivit à Mgr Taschereau est du 17 mars 1875. ^^^^ ^^^ de sa belle, honnête et élégante écriture, et pour demander la permission pour la fabrique d'ajouter $400.00

à ce qu'elle avait déjà voté pour l'achat des tabernacles.

En dépit de toutes ces dépenses et de ces souscriptions continuelles, M. Têtu laissa à sa mort la jolie somme de $10,289.00, tous les comptes payés. Son testament fut celui d'un digne ecclésiastique. Après avoir légué $1400 à des parents réellement dans le besoin, il donnait la somme de $100.00 à chacun des héritiers suivants : l'archevêché, la Caisse ecclésiastique, les Sœurs de la Charité, les Soeurs du Bon-Pasteur, les pauvres de Saint-Roch, la Propagation de la Foi, la Sainte-Enfance, la fabrique de Sainte-Louise. Il y avait $125.00 pour son successeur qui fut le vénérable M. Ed. Dufour. A ses neveux, mon frère et moi, il léguait sa bibliothèque qui était composée d'excellents ouvrages de théologie, droit canonique, liturgie, histoire de l'Eglise, etc. Il resta, tous les autres legs payés, la somme de $7664.00 pour le nouvel hôpital de Saint-Thomas de Montmagny.

On voit qu'il avait pensé à tout et que dans son testament comme dans toute sa vie il s'était montré homme d'ordre et prêtre charitable. C'est ainsi que le trouva la mort. Il était prêt à la recevoir. Frappé d'une attaque de paralysie partielle, dans l'hiver de 1875, il s'affaiblit tout doucement jusqu'à la fin qui arriva le 30 avril de la même année.

S'il souffrit avec patience les incommodités d'une maladie d'ailleurs relativement assez douce, s'il se soumit entièrement et s'abandonna tout entier à la volonté de Dieu, s'il multiplia ses prières et ses dévotions, on peut facilement le conjeclurer après avoir lu ce qui précède ; mais je puis ajouter que j'ai été témoin de la piété de mon oncle pendant sa maladie, et de cette admirable tranquillité qui ne le quitta jamais et qui illumina ses derniers instants comme d'un dernier rayon.

Un jour que mon père était allé le visiter, mon oncle lui expliqua au long les effets du sacrement de Pénitence, et lui dit qu'il se faisait donner très souvent l'absolution afin d'effacer

de plus en plus le péché de son âme. Pour moi, je n'ai pas connu d'homme ou de prêtre meilleur que lui et je graverais volontiers sur sa tombe bénie ces paroles de l' Esprit-Saint : (( Erat . . .vir niitissimus super onines homines qui 7?iorabantur in terra. Il était de tous les hommes le plus doux qui fût sur la terre. »

Les funérailles eurent lieu le 5 de mai à Saint-Roch-des-Aulnaies. M. F.-X. Delâge chanta le service de son ami, et un autre ami intime du défunt, M. le grand-vicaire Cazeau, prononça une touchante oraison funèbre. Je servis diacre et ]\I. l'abbé J. Lizotte sous-diacre. Inutile de dire que toute la paroisse était là et que le clergé ainsi que la famille Têtu étaient largement représentés.

Il existe trois grands portraits de ]\I. Têtu. L'un est à la maison paternelle de Saint-Thomas, mais si la peinture est assez bonne, la

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ressemblance ne Test pas. Un autre, dans la sacristie de Saint-Roch de Québec, me paraît excellent, de même que celui qui orne la sacristie de Saint-Roch-des-Aulnaies. Puisse celui que je viens de faire moi-même dans ces humbles pages être encore plus fidèle et contribuer comme les autres à la gloire de ce digne prêtre du Seigneur.

A la page 28, on a vu que :\I. l'abbé Verreaii avait donné par son testament à la fabrique de Saint-Roch-des-Aulnaies, une somme suffisante pour la fondation d'une école. Je puis ajouter que cette somme était de $2000.00 et qu'une autre somme de $2000.00 avait été léguée par le même charitable curé pour les pauvres de la paroisse.

L'école de fabrique fondée par ]\I. Verreau a toujours été tenue sur un excellent pied et a rendu les plus grands services à la cause de l'éducation à Saint-Roch. Un ancien élève de l'Ecole normale Laval, M. Nérée Tremblay, (i) en a aujourd'hui la direction, et donne à ses vingt à vingt-cinq élèves un cours commercial

(1) Une preuve de la capacité de ce monsieur, c'tst qu'il doit être prochainement nommé professeur à l'Ecole normale Laval de Québec.

complet et dans les deux langues, française et anglaise. Et ces élèves n'ont absolument rien à payer, les fonds laissés par le généreux fondateur— lesquels s'élèvent aujourd'hui à $5,- 200.00 — suffisant à toutes les dépenses.

Au sortir de cette excellente école, les élèves de talent peuvent de suite entrer au cours latin du Collège de Sainte-x\nne. On comprend de suite l'importance d'une fondation de ce genre, et il est juste d'en rappeler le souvenir, à l'honneur de M. l'abbé Verreau, l'un des distingués curés de Saint-R-Och-des-Aulnaies. C'est nn exemple entre mille de ce que le clergé canadien a fait et fait encore pour l'instruction de la jeunesse dans notre pays.

A la page 29, j'ai dit que M. l'abbé Brodeur, successeur de I\I. \^erreau, avait légué ;^2oo. à la fabrique pour la fondation d'une école ; il aurait été plus exacl: de dire/^wr P achat d'une maison d'école.

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