INTERIEUE DE L'EGLISE DE ST-ODILON
Mais, au milieu de tous ses pieux et louables projets, l'ange de la mort l'avait déjà choisi et mis au nombre de ceux qui devaient bientôt échanger cette terre d'exil pour un monde meilleur.
"Je vous le dis: soyez prêts, puisque vous ne savez ni le jour ni l'heure (1) Veil- «' lez et priez, car vous ignorez le temps " où le Seigneur viendra. (2) Ce que je vous " dis, je le dis à tous : veillez. (3) Si vous ne " veillez pas, je viendrai à vous comme un ' voleur. (4) Heureux les serviteurs que le <* Maître, à son arrivée, trouvera dans la veille (5)
(1) Matt., XXV, 1?.
(2) Marc, XIII. 33.
(3) Id., ibid, 37
(4) Apoc III, 37
(5) Luc, XII, 37
Dernière maladie de M. Deblois. — Sa mort. — Coïncidences singulières.
M. Deblois mourut presque subitement à Saint-Edouard de Frampton, dans la nuit du 30 Mars, 1901.
Il était parti de chez lui, fort joyeux, vers midi, le Dimanche de la Passion, (24 Mars), pour aller prêcher aux paroissiens de langue anglaise de Sainte- Marguerite.
Le petit concours donné à cette occasion était fini le mardi matin. Comme il était dans sa paroisse natale, au milieu de ses parents et de ses connaissances, il ne repartit de Sainte- Marguerite que le jeudi aprèsmidi, quelque peu indisposé des suites d'une indigestion.
Il prit froid aux pieds en montant à Frampton ; ce qui aggrava son malaise.
Le vendredi matin, il confessa quelques personnes à Frampton, où, le Révérend M. J. O'Farrell, donnait une retraite. (1) C'est au confessionnal que le mal vint à son comble. Une colique aigiïe avec crampes dans l'estomac le firent souffrir horriblement
Deux médecins (2) lui donnèrent des soins empressés. Le mal céda pour un instant et le Rév. M. O'Farrell, son confesseur, en profita pour lui donner les derniers sacrements et lui faire gagner l'indulgence du jubilé »
Ce fut alors que le malade fit courageusement et chrétiennement son sacrifice,
(1) Cette retraite était prêchée par le R. P. Field, sup. du noviciat des Pères Missionnaires du Sacré- Cœur, Québec.
(2) Les Docteurs François Emile Boutin de St- Edouard de Frampton et C. Lessard de Saint-Joseph de Beauce.
(3) Grand Jubilé accordé par Sa Sainteté Léon XIII à l'occasion de la fin du XIX siècle.
disant : " Que la très sainte volonté de
Dieu soit faite Je fais
mon sacrifice. i •>.« Je suis
prêt
Monsieur Deblois expira le samedi, 30 Mars 1901, à trois heures du matin.
Coïncidences singulières : la même nuit, presqu'à la même heure, mourait subitement de la même maladie, à Sainte- Marguerite, son frère François, qui tenait la maison paternelle et qui était le chef d'une nombreuse famille. Il était déjà mort lorsque le Révérend M. Laliberté arriva auprès de son cadavre.
L'année suivante, le 16 Mars, 1902, vers les neuf heures du soir, mourait aussi subitement à Sainte- Marguerite, dame veuve Marie Drouin, épouse de feu François Deblois, dont nous venons de parler. Elle fut inhumée le 2 1 du même mois à Sainte- Marguerite.
Enfin, M. Deblois fut nommé curé de Saint-Odilon, le 24 Mars, 1894. Sept ans plus tard, jour pour jour, 24 Mars, 1901, il quittait gaiement sa résidence curiale sans se douter nullement qu'il ne devait plus y rentrer vivant.
Funérailles de M. Deblois. — Oraison funèbre. — MomT ment.
Les restes mortels du Révérend M. Deblois furent transportés à Saint-Odilon, samedi l'après-midi, au milieu d'un grand concours de fidèles de Sainte- Marguerite, de Frampton et de Saint-Odilon.
Son corps fut exposé dans le salon du presbytère, trop petit pour contenir la foule qui se pressait en grand nombre autour de son cercueil vénéré.
Les funérailles et sa sépulture eurent lieu dans l'église de Saint Odilon, le mardi suivant, 2 Avril. Il fut inhumé sous les marches du Grand Autel, du côté de l'évangile(1)
(1) Voir Appendice IV : Acte de sépulture du Rév. M. I. G. Deblois.
Malgré le mauvais état des chemins, un nombre très considérable de personnes des paroisses voisines, se joignirent aux paroissiens de Cranbourne, pour rendre un dernier hommage à celui qui, par sa douceur et sa bonté, avait su pendant sa vie se faire aimer et respecter de tous.
Le Révérend M. H. W. Couture, (1) curé de Sainte- Claire, chanta son service, assisté du Révérend M. E. Côté, curé des Saints Anges, comme diacre, et du Révérend M. F. Blanchet, prêtre professeur au collège de St-Anne de la Pocatière, comme sous diacre.
Le Révérend M. J. O'Farrell, curé de Saint-Edouard de Frampton, fît l'absoute.
Assistaient en outre au chœur : Les Révérends Messieurs Pat. Kelly, ancien desservant de Saint-Odilon ; Z. Lambert,
(1) M. Couture a été trouvé mort dans son lit, le matin du 27 Août, 1903. Il fut inhumé à Sainte- Claire, le 1 Septembre suivant.
curé de Saint François de la Beauce ; E. Laliberté, curé de Sainte- Marguerite ; A. Paquet curé de Sainte-Hénédine ; O. Cantin, curé de Saint- Maxime ; V. T. Lauzé, curé de Sainte-Germaine du lac Etchemin ; J. Jobin, curé de l'Enfant-Jésus ; J. E. Rochette, curé de Saint-Benjamin; J. C. Giroux, vicaire à Saint Henri ; J. N. Proulx, vicaire à Saint-Joseph de la Beauce.
Le Révérend M. Z. Lambert, curé de Saint- François de la Beauce, fit l'oraison funèbre.
Quoique pris à l'improviste, Monsieur Lambert sût trouver dans son âme d'élite des paroles fort bien appropriées à la circonstance et au prêtre défunt, son ami intime. Il prit pour texte ces paroles du prophète : " Qui ad justifiant erudwnt multos, quasi stellœ in perpétuas œternitates. "Ceux " qui en auront instruit Plusieurs dans la
" voie de la justice, luiront comme des étoiles " dans V éternité ". (Dan. XII. 3)
Il commença par montrer le jeune Deblois encore sur les bancs de l'école pensant déjà à se consacrer à Dieu dans la vie religieuse. . ..A peine âgé de quinze ans, il nous le représente disant adieu au monde pour entrer dans l'Institut de Saint- Jean- Baptiste de la Salle et se dévouer à l'instruction de la jeunesse. .. .et plus tard après avoir passé plusieurs années de sa vie à instruire l'enfance comme frère des Ecoles Chrétiennes, en dépit de tous les obstacles et des épreuves multiples qu'il dût rencontrer alors, on le voit obéissant généreusement à la voix de Dieu, qui l'appelle à devenir son prêtre, son apôtre, le ministre de son évangile. . . *Ite docete omnes génies, .. .Puis, il fait l'éloge du défunt ; parlant de sa grande bonté, de sa douceur et autres vertus sacerdotales du saint prê-
tre. ... Il redit l'amour de M. Deblois à l'égard de ses paroissiens .... son amour du travail qui a été jusqu'à l'épuisement. . . . son esprit d'entreprise. .. .son espoir de mener à bonne fin les travaux d'intérieur de son église. . . .quand le Bon Dieu lui a dit tout à coup : C'est assez. . . .Bon et fidèle serviteur : parce que vous avez été fidèle en peu de choses, je vous établierai sur beaucoup d'autres : entrez dans la joie de votre Seigneur (Math. XXV, 21). . . .Puis il termina en disant : "Mes Frères, vous venez " de perdre dans la personne de M. Deblois " votre regretté pasteur, un père dévoué et " généreux et nous, ses frères dans le sacer- " doce, nous avons perdu un ami fidèle et " sincère .... Vous saurez donc Mes Bien " Chers Frères, comme des fils reconnais- " sants, vous rappelez, dans vos prières " surtout, l'âme de ce père qui vous aimait " tant et que la mort vient de nous enlever
" d'une manière si soudaine ; et nous, ses " confrères dans le saint ministère, joignant " nos prières aux vôtres, nous ne cesserons " de demander à Dieu, dans nos saints sa- " crifïces, de vouloir bien au plus tôt placer " dans le séjour de la gloire et du bonheur, " celui qui nous était si cher et que nous " pleurons tous aujourd'hui."
Voilà en bien peu de mots, un très pâle résumé de la belle improvisation prononcée par M. Lambert sur la tombe de son confrère et ami, le rév. M. I. G. Deblois. De l'aveu de tous les prêtres présents, cet éloge funèbre fait ex abondantia cordis, au milieu du silence toujours si solennel, qui règne près des cercueils, aux jours des grandes funérailles, produisit une^profonde impression sur l'assistance qui fut émue jusqu'aux larmes et qui en gardera longtemps un précieux souvenir.
Les messieurs du Collège de Sainte-
Anne de la Pocatière, à qui M. Deblois a légué tout ce qu'il possédait, ont fait placer dans le chœur de l'église de Saint-Odilon, audessus de ses restes mortels, un marbre commémoratif portant l'inscription suivante :