‹ Notice biographique [microforme] (volume 2)Chapitre 1 sur 14 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Naissance du cardinal Tascher au.—Ses études au Séminaire de Québec.—V re à Rome.—Il veut se faire bénédictin. — Dom tuéranger. — Retour à Québec.—Sa vie au Séminaire.—Missionnaire à la Grosse-Ile en 1847.—L’un des fondateurs de l’Université Laval.— Voyage à Rome où il obtient le titre de docteur en droit canonique.—Supérieur du Séminaire et recteur de l’Université. — Voyages à Rome en 1862, 64, 69.--Théologien au Concile du Vatican.—Mort de Mgr Baillargeon.—M. Taschereau nommé administrateur.

Le cardinal Elzéar-Alexandre Taschereau est né à Sainte-Marie de la Beauce, au manoir seigneurial, le 17 février 1820. Son père, l’honorable juge Jean-Thomas Tas-

chereau, était le petit fils de Thomas- Jacques Taschereau, originaire de la Touraine. Thomas-Jacques Taschereau avait quitté la France pour venir en Canada, vers le commencement du dix-huitième siècle, et il avait obtenu la concession d’une seigneurie, sur les bords de la rivière Chaudière. Il épousa à Québec, en 1728, Marie Fleury-D’Eschambault, dont la mère, Claire Jolliet, était fille et arrière-petite-fille de deux hommes célèbres au Canada : Jolliet, le découvreur du Mississipi, et Hébert, le premier colon canadien.

La mère du cardinal Taschereau, dame Marie Panet, était fille de l'honorable Jean- Antoine Panet, premier président de la Chambre d'Assemblée du Canada, et frère de Mgr Bernard-Claude Panet. Cette union fut heureuse : elle donna un juge à la magistrature et un cardinal à l’Église 1.

1.Ces deux anciennes familles de robe n’ont jamais cessé de fournir des hommes de loi éminents. L’Honorable Jean-Thomas Taschereau, frère du cardinal, actuellement à la retraite, a été successivement juge de la cour supérieure, de la cour d'appel, et de la cour

Le ler octobre 1828, le jeune Elzéar- Alexandre Taschereau commença ses études au Séminaire de Québec. En dépit d’un âge qui fut toujours beaucoup au-dessous de celui de ses confrères de classe, les palmarès attestent les succès brillants qu'il remporta pendant son cours classique. Mé-

moire aussi active que tenace, jugement

sûr, amour du travail, piété solide, modestie profonde, aimable gaieté dans les récréations : telles sont les principales qualités qui se manifestèrent et se développèrent en ce jeune élève, qui semblait dès lors destiné à jouer un rôle important dans la carrière qu'il embrasserait, A peine âgé de 16 ans, il terminait ses études en 1836, et, le printemps de la même année, il partait pour l’Europe avec M. l'abbé Holmes, du Séminaire de Québec. Ce fut sous la direction de ce savant mentor, qu'il eut

suprême. Son fils Henri est juge de la cour supérieure. L'honorable Elzéar Taschereau, juge de la cour suprême, est cousin du 83e au 2e degré avec le cardinal. Un autre Taschereau (André), cousin germain de Son Eminence, était lui aussi juge de la cour supérieure, à Kamourasku. "

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l'avantage de visiter les principales contrées de l’ancien continent, et d’enrichir sa mémoire de connaïssances que le cours classique seul n'avait pu lui donner.

Le jeune Taschereau prit l’habit ecclésiastique à Rome, et il fut tonsuré, le 20 mai 1837, dans la basilique de Saint-Jean de Latran, par Mgr Piatti, archevêque de

-Trébizonde.

Pendart son séjour dans la ville éternelle, il eut souvent l’occasion de voir Dom Guéranger, âgé alors de 32 ans seulement, et qui travaillait au rétablissement de l’ordre de Saint-Benoît en France. Le futur abbé avait déjà cinq candidats à la règle bénédictine et il s'était établi avec eux à Saint- Pierre de Solesmes. En ce moment, il sollicitait l'approbation du Saint-Siège, qui lui fut en effs#, donnée le ler septembre 1837. Cet homme de génie ne manqua pas d'apprécier les talents et les vertus ecclésiastiques du jeune Taschereau, etil vit de suite de quel trésor il enrichirait son abbaye, s’il pouvait lui procurer un pareil sujet. Il lui fit part de ses desseins et il

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lui offrit de p:rtager ses travaux. Profondément touché par la perspective d’une existence passée au fond du cloître, et consacrée tout entière à la prière et à l'étude, l’abbé Taschereau céda facilement aux instances du prieur de Solesmes, et il fut sur le point d'entrer dans ce fameux couvent des Bénédictins français.

Ceux qui l’ont connu alors —et il n’a pas changé depuis — comprendront sans peine combien la vie religieuse, et en particulier la vie d’un Bénédictin, était conforme à ses goûts et à ses aptitudes. Il aurait facilement ajouté les vœux de pauvreté et d’obéissance à celui de chasteté, qu'il se proposait de faire en entrant dans l’état sacerdotal. Son amour de l'étude aurait trouvé, dans le silence de la cellule monastique, un asile inviolable et sacré ; de concertavec Dom Guéranger, il aurait puisé à pleines mains dans les trésors des vieilles bibliothèques et des manuscrits poudreux, et nul doute que ses travaux eussent été aussi utiles à l’Église qu'honorables à la famille religieuse dont il aurait fait partie,

La divine Providence avait sur lui des vues encore plus élevées, et elle le dirigea comme par la main dans la voie qu'elle lui avait tracée. L'abbé Tascherezu ayant communiqué son dessein à M. Holmes, celui-ci répondit : “ Mon enfant, votre famille vous a confié à mes soins, c'est mon devoir de vous ramener sous le toit paternel. Une fois au Canada, vous pourrez étudier davantage votre vocation, et revenir en Europe, si Dieu le veut, pour embrasser la règle de Saint-Benoît. ”

Le jeune abbé, qui n'avait que 17 ans, s'en revint donc au pays, et la voix de ses directeurs, qu'il avait toujours regardée comme celle de Dieu, lui fit sans doute comprendre qu’il lui serait plus méritoire à luimême et plus utile aux autres, de consacrer ses talents et ses forces au service du Séminaire et de l’église de Québec. Il n’en a pas moins été un bénédictin par ses œuvres, par sa pauvreté volontaire, son renoncement à tous les plaisirs du monde, son obéissance parfaite et son profond respect pour ses supérieurs, son inviolable fidélité à la règle

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du séminaire, sa patience et sa persévérance dans le travail 1 |

En septembre 1837, il commença ses études théologiques que ses grands talents et son habitude de la réflexion lui rendirent prodigieusement faciles. À cette époque, les élèves du grand séminaire étaient en mêrñe temps professeurs, état de choses vraiment déplorable, mais rendu nécessaire par le nombre insuffisant des prêtres. L'abbé Taschereau, tout en apprenant sa théologie, fit successivement les cours de Cinquième, de Troisième et de Rhétorique.

Il n'avait que 22 ans et demi, quand il fut ordonné prêtre (10 septembre 1842), à Sainte-Marie de la Beauce, par Mgr Turgeon, alors coadjuteur de Mgr Signay. Le séminaire réclama aussitôt ses services et lui confia l’enseignement de la philosophie, charge qu'il remplit pendant douze ans.

1 Dans un des voyages qu’il fit plus tard en Europé, M. Taschereau ne manqua pas d’aller à Solesmes, pour présenter ses hommages à Dom Guéranger, et visiter le monastère où il s'était proposé un jour d’aller passér sa vie.

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M. Taschereau avait tout ce qui fait l’excellent professeur: la méthode, l’autorité, la clarté, jointes à la science.

Un jour qui fera époque dans sa vie, il fut arraché à ces paisibles occupations, par un cri de détresse qui retentit dans tout le pays : c'était le cri poussé par les innombrables victimes du typhus de 1847 !

Chassés de leur pays par la famine et la peste, des milliers d’infortunés Irlandais vinrent demander asile au Canada ; mais la maladie monta avec eux sur les vais-

seaux, en détruisit un grand nombre pendant la traversée et suivit les autres à la ‘

Grosse-Ile, qui devint le théâtre de la charité et du dévouement des prêtres canadiens. La parfaite connaissance que M.

Taschereau avait de la langue anglaise, le désignait d'avance pour l’un des missionnaires qui se succédèrent au chevet des malades et des mourants de la quarantaine.

Il ne put demeurer que huit jours à la Grosse-Ile, mais il n’y fut pas inactif. Un vaisseau venait d'arriver encombré par six cents émigrés, tous frappés de la fièvre.

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Deux cents de leurs compagnons, avaient déjà succombé pendant le voyage et dormailent au fond de l'océan. Les survivants entassés sur le navire étaient trop faibles pour être transportés à terre, et l'abbé Taschereau dut leur donner les secours de la religion sur le vaisseau même empesté par les miasmes de la maladie. Ii y passa des journées entières à administrer les malades et à les préparer à la mort. Mais comme bien d’autres, il ne put résister longtemps, et atteint lui-même par le terrible fléau, dans l'exercice de son héroïque ministère, il se rendit à l'Hôpital-Général, où il fut pendant trois semaines en grand danger de mort. Reven 1 à la santé, il retourna au Séminaire de Québec, où il remplit tour à tour, jusqu'à son élévation à l’épiscopat, les fonctions de directeur du petit séminaire, de préfet des études, de directeur du grand séminaire, de professeur de théologie, des sciences physiques, et de supérieur. M.

Taschereau laissa partout des traces ineffaçables de son passage, fonda parmi les élèves des sociétés littéraires qui sont encore florissantes, fit une refonte complète des règle-

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ments du petit et du grand séminaire, et rédigea des traités d'architecture et d’astronomie. Au milieu des charges importantes qui lui furent confiées et des travaux de tout genre auxquels il se livra, l'érudit professeur trouva encore le temps d'écrire l’histoire du Séminaire de Québee, ouvrage immense, resté manuscrit, qui lui coûta bien des recherches et qui renferme les documents les plus précieux pour l'histoire de l’église de Québere. Nous avons eu la bonne fortune de pouvoir consulter ce volumineux travail, et nous y avons trouvé des renseignements qui nous ont été d’une grande utilité.

Mais l'œuvre par excellence à laquelle a travaillé toute sa vie le cardinal Taschereau, c'est l’œuvre de l’Université Laval.

Cette institution fut fondée par le Séminaire de Québec, à la prière des évêques de la Province, et érigée civilement par la reine Victoria, le 8 décembre 1852, Les directeurs du séminaire étaient alors au nombre de neuf, parmi lesquels se trouvait M. l'abbé Taschereau, qui fut ainsi l’un des

fondateurs de la première université catholique de l'Amérique du Nord. Il est le seul survivant des hommes distingués dont les noms sont inscrits dans la charte royale ; il est aussi celui qui a le plus travaillé et le plus souffert pour assurer l'existence et la prospérité de cette grande institution *.

Il fut le premier des professeurs qui furent successivement envoyés en Europe pour se préparer, par de fortes études, à occuper des chaires dans la nouvelle université. Il partit pour Rome, au mois d'août 1854, demeura deux ans au Sémipaire Français, dont il fut le premier élève canadien, et suivit les cours de droit canonique, récemment fondés par Pie IX, dans le Séminaire Romain de l’Apollinaire. Le 17 juillet 1856, M. Taschereau obtenait le dinlôme de docteur, à la suite d’un long et brillant examen sur toutes les parties des décrétales. Parmi les examinateurs, se

1 Les autres fondateurs de l’Université étaient MM. Louis-Jacques Casault, Antoine Parent, Joseph Aubry, John Holmes, Léon Gingras, Louis Gingras, Michel Forgues et Edward-John Horan. .

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trouvaient Mgr Capalti, qui fut plus tard cardinal, et le célèbre professeur Philippe de Angelis, qui a été le plus savant canoniste de son temps, dans la ville éternelle.

Les élèves du grand séminaire de Québec ne tardèrent pas à bénéficier des fortes études de celui qui, pendant deux ans, s'était condamné à redevenir élève comme eux, pour pouvoir leur enseigner ensuite une science puisée à la source la plus pure et la plus abondante.

C'est en 1860, que l’abbé Taschereau devint, pour la première fois, supérieur du séminaire et recteur de l’Université. Il cessa de l'être au bout de six ans, quand la règle de la maison s'opposa à ce qu'il demeurât plus longtemps à sa tête ; les directeurs le réélurent en 1869.

En 1862, il accompagna Mgr Baillargeon à Rome et travailla avec lui dans les intérêts de l’Université. La même cause le fit de nouveau traverser la mer en 1864 ; et, en. 1869, il fit un autre voyage à la ville éternelle en qualité de théologien de l'arche-

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