CHAPITRE VII
Règlement de vie du cardinal.—$es travaux.—Ses mandements.—Ses visites pastorales.— Son zèle pour la colonisation et l’établissement de nouvelles paroïsses.—Saint-Joachim.—Longue vie à Son Éminence !
Il serait difficile d'imaginer une vie mieux réglée que celle du cardinal Tascherean.
Levé tous les matins à cinq heures, il commence sa journée par l'oraison mentale, exercice auquel il ne manque jamais. A six heures, Son Éminence dit la messe au maître-autel de la basilique, quand des cérémonies religieuses ne l’appellent pas dans quelque communauté de sa ville épis-
copale. Son action de grâces terminée, il prend un frugal déjeuner, qui dure à peine dix minutes et souvent moins ; alors, qu'il fasse froid ou chaud, tempête ou beau temps, pluie, neige ou soleil, il se rend au jardin du séminaire, pour respirer le grand air et ranimer ses forces par un exercice modéré. 51 le temps le permet, il récite en même temps son bréviaire, et avant huit heures il est rendu à son bureau, où il travaille invariablement jusqu'à midi. Peu de princes de l'Église sont d’un abord aussi facile que le cardinal Taschereau. Tous ceux qui ont affaire à lui sont certains de pouvoir obtenir une audience, et sans faire antichambre. Sa porte n'est fermée à personne ; les plus petits et les plus pauvres peuvent de suite, quand ils se présentent, exposer leurs besoins et demander des faveurs à Son Éminence.
On lui reproche de parler trop peu ; s’il parle peu, que de temps précieux il se ménage par ce moyen! Et que de vertus 1l pratique ! Et quel exemple pour ceux qui parlent trop! En revanche, il écrit beaucoup.
MT
Si quelqu'un s'adresse à lui par lettre, il est sûr de recevoir, dès le lendemain, une réponse écrite de sa main, et écrite avec autant de clarté que de précision. A midi, le premier coup de la cloche le fait descendre au réfectoire, et à midi et demi le dîner est terminé. Le cardinal est un membre actif de la société de tempérance, et on peut sans crainte le citer pour un modèle accompli. Il ne boit ni thé, ni café, ni vin, ni bière. L'eau claire et le lait lui suffisent, Après le diner, il prend un peu de récréation, en marchant tantôt dans le jardin du séminaire, tantôt dans la cour, où il prend plaisir à voir les ébats de ses chers élèves du petit séminaire, qui seront toujours la portion chérie de son troupeau.
À une heure et demie, il a encore récité une partie de son bréviaire, qu'il termine dans le courant de l'après-midi. Jusqu'à six heures et deinie, il est à son bureau, et c'est de là qu'il dirige toutes les affaires de son diocèse. Et quels travaux 1l a faits depuis qu’il est évêque ! Ses mandemnents et ses circulaires publiés jusquà ce jour
forment deux gros volumes. Si l'on veut se faire une idée de l'étendue de sa correspondance et seulement sur des sujets importants, qu'il suffise de savoir que les seules lettres enregistrées forment six volumes in-folio, d'à peu près neuf cents pages chacun.
À six heures et demie, Son Éminence prend un souper qui dure au plus vingt minutes, et retourne au séminaire, pour une heure de récréation, passée avec les élèves du petit ou du grand séminaire.
À huit heures, le cardinal fait sa prière et sa visite au Saint-Sacrement, récite son chapelet, et, à neuf heures précises, il se livre au repos.
Chaque mois, à une date marquée sur son calendrier, il prend un jour, et une fois chaque année six jours, pour se livrer aux exercices de la retraite spirituelle. Chaque semaine, au même jour et à la même heure, il s'approche du sacrement de pénitence ; chaque semaine aussi, il fait le chemin de la croix. Tous les samedis de l’année, à cinq heures précises, Son Éminence se rend
Bégin et Mgr À.-A. Blais.
à pied à l’église de la basse-ville, pour prier devant le Saint-Sacrement et devant la statue de Notre-Dame des Victoires.
Depuis son intronisation sur le siège épiscopal, Mgr Taschereau a présidé les trois derniers conciles provinciaux ; il a consacré sept évêques let ordonné trois cent dix prêtres, dont deux cent cinquante-neuf pour l’église de Québec.
Les quelques citations que nous avons faites des mandements et des discours du cardinal Taschereau suffisent à démontrer qu'il à fait sa marque comme écrivain.
L'histoire manuscrite du séminaire de Québec revèle en lui toutes les qualités de l'historien ; dans quelques-uns de ses discours, il s'élève jusqu'à la véritable éloquence et, dans quelques autres, il sait admirablement toucher la note poétique.
À l'inauguration solennelle des nouvelles salles de l’Institut Canadien, en 1882, il y eut un véritable concours littéraire, et
1 Mgr E.-C. Fabre, Mgr A. Racine, Mgr J.-T. Duhamel, Mgr L.-Z. Moreau, Mgr D. Racine, Mgr L.-N.