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Le comte Charles Gazzoli, garde noble et délégué officiel du Saint-Siège, vint remettre la calotte à Son Éminence. Mgr Henry O’Brien, camérier secret du Pape, fut, après lui, porteur de la barrette rouge ; et Mgr Lynch, qui avait donné l'onction épiscopale à Mgr Taschereau, lui remit aussi, le 21 juillet, l’insigne de la dignité cardinalice. Un gränd banquet suivit l’auguste cérémonie qui venait d’avoir lieu dans la basilique de Québec et plusieurs discours y furent prononcés. Celui du cardinal fut, sans contredit, le plus remarquable; nous le citons presque entier ; s’il terminait admirablement ce banquet, il terminera encore mieux ce modeste cha-
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“ Au delà de deux siècles se sont écoulés, depuis que le premier évêque du Canada, l'illustre et saint Monseigneur de Montmorency-Laval, remontait le Saint-Laurent. Pendant un mois entier que dura ce voyage, il eut le loisir de contempler les deux rives de ce fleuve majestueux dont la sublime grandeur lui faisait deviner l’im-
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mensité du pays qu'il devait évangéliser.
Son œil d’apôtre se fixait ardemment et avec anxiété sur ces vastes forêts, abritant d'innombrables peuplades assises à l'ombre de la mort, et plongées dans les ténèbres de l'ignorance et de la barbarie.
“ Plus d’une fois, peut-être, un nuage de découragement et de frayeur fit passer une ombre sur cette grande âme que le zèle, la foi et la charité la plus ardente ne pouvaient soustraire à l’infirmité humaine,
“ Permettez-moi de vous dire une histoire, dont je ne garantis point l’authenticité, mais pour laquelle je réclame cependant ure foi absolue.
“ Un jour donc que Mgr de Laval avait longtemps prié, pour attirer les bénédietions célestes sur lui-même, sur ses missionnaires et sur cette innombrable multitude d'âmes au salut desquelles il s'était généreusement dévoué, un sommeil profond vint le surprendre.
“Tout à coup lui apparaît un homme portant un vêtement fait de poil de chameau et uae ceinture de cuir, tel .que
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l'Évangile nous dépeint le précurseur du Messie, (Matth. iii, 4.)
Ne crains point, dit-il à l'apôtre du Canada; je suis Jean-Baptiste, le patron des Canadiens ; je suis envoyé vers toi pour te montrer ce que deviendra ce pays.
“Ouvre les yenx et porte tes regards sur les rives de ce grand fleuve. Vois-tu ces champs fertiles qui ont remplacé les forêts
dont le sombre aspect t'effrayait tout à l'heure ?
“ Les maisons échelonnées sur les rives, abritent des familles nombreuses et contentes de leur sort.”
“Regarde ces villages rapprochés les uns des autres, entourant le temple où le Sauveur du monde reçoit les hommages des fidèles et verse sur ceux les trésors de sa miséricorde et de son amour, Entre dans cette église de campagne, et admire le sentiment profond de piété de ces hommes dont la générosité n’a pas de borne, quand il s'agit de contribuer à la magnificence de la maison
de Diau.
Dans quelques instants apparaîtra cette
ville naissante où le vicaire de Jésus-Christ a placé le siège épiscopal que tu dois occuper. C’est là que, pendant un demi-siècle d’épiscopat, tu travailleras à la vigne du
Seigneur.
“ Compte, si tu peux, les provinces et les diocèses qui sur ce vaste continent regarderont l’église de Québec comme leur mère.
“ Regarde ces rochers couronnés par une citadelle imprenable ; vois ce que sera dars deux siècles cette cité où doivent reposer tes cendres; ces nombreux asiles de la piété et de la science. Vois-tu ces immenses constructions ? ce sont ton Séminaire et l'Université qui se glorifiera de porter ton nom. Écoute les accents de la joie universelle qui,dans deux siècles, retentiront dans tout le Canada, parce que ton quinzième successeur aura été revêtu de la pourpre. Prends part avec moi à cette réjouissance. Vois-tu assis autour de lui dans un banquet, les représentants de l'autorité civile, de nombreux prélats, une armée de ministres du Seigneur, des convives de toutes nationalités et de touies croyances, levant les yeux et les mains au ciel pour le
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remercier d'un honneur qui rajaillit sur tout le Canada ?
“Le Canada si petit aujourd’hui et qui compte à peine quelques centaines de Français, le Canada s’étendra alors d’un océan à l'autre, et ces océans seront reliés par un chemin de fer sur lequel rouleront des palais emportés par le feu et l’eau. Sans être une nation iñdépendante, il en aura tous les privilèges, et l'immortel Pontife qui occupera alors le siège de Pierre, fera tomber sur cette nation un rayon de lumière céleste, et la reconnaîtra comme telle, en appelant un de ses enfants à partager avec lui la sollicitude de toutes les églises. À cette occasion, il déclarera solennellement qu'il a voulu récompenser la foi de cette jeune nation destinée à de grandes choses et son attachement au Saint-Siège. Tels seront alors les fruits de cette vigne que tn vas planter et cultiver. Tes sueurs n auront donc pus été stériles.
‘“ À Ia vérité, tes successeurs, comme toimême, aurcnt des fatirues à endurer, des cotabats à livrer, des jours d'angoisse, des