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rité. Le jour de Pâques 1660, célébrant la messe pontificalement, il monta après l'Evangile dans une chaire au milieu du chœur, la mître en tête, la crosse en main, et fulmina l’excommunication. Depuis il fit un cas réservé du commerce des Français avec les femmes sauvages; parce que ce crime si commun et si facile n’est qu’une suite de l'ivresse. On tonna dans la chaire : on fut inflexible au confessional. Ce fut le signal d’une persécution : on eut recours à la calomnie, et le prélat ne fut pas plus épargné que les autres. Les libelles se multiplièrent; on envoya à la Cour les mémoires les plus violents. Le Gouverneur le vit avec indifrérence; mais le Conseil du Roi n’y eut aucun égard, il en pénétrait les motifs.
« La réputation de sainteté si justement acquise au prélat et à son clergé, ajoute M. de la Tour, n’en fut pas entamée, mais le commerce de l’eau-de-vie demeura libre.” ;
Ce n'était pas le compte d’un homme aussi convaincu que Mgr. de Laval: sans se contenter des lettres qu’il avait écrites en France, il prit le parti de repasse* la mer pour défendre les intérêts de la morale. Cette fois son succès ne fut pas le même: le roi accorda seulement que ia permission de la traite serait restreinte aux nabitations françaises, c'est-à-dire qu'on ne pourrait porter de l'eau-de-vie aux sauvages, mais seulement leur en donner dans les maisons. Le Gouverneur, secrètement favorable à la traite, était bien éloigné de tenir la main à ces règlements quoique bien inefficaces. Accablé de chagrin, le prélat se borna alors à user de son autorité dans le for intérieur.
Le Conseil Supérieur ne soutint pas entièrement la défense faite par Mgr. de Laval; mais il rendit un arrêt en date du 10 novembre 1660, qui défendait seulement à tous de porter de la boisson au: Sauvages dans les bois.
M. de Laval “a eu le bonheur, dit M. de la Colombière dans l'éloge funèbre du prélat, de voir la droiture de ses intontions reconnue et la vérité triompher du mensonge et la traite de l’eaude-vie défendue avec autant de sévérité et avec plus d'efficacité par
Louis le Grand qu'elle n'avait été par le premier Evêque de
Québec.” Tout autre appui faisait défaut à l’iliustre prélat.* 4 Je ne vois
* J1y eut grand bruit pour la permission des boissons aux sauvages que donria M. le Gouverneur : on n’oublia rien pour 8’ y opposer, excepté l'excommunication. Journal des Jésuites, Février 1662.
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personne ici, écrivait-il en 1660, qui par son autorité et son zèle soutienne beaucoup la religion: la plupart trop occupés de leurs intérêts propres, ne s'affectionnent point à la propagation de l'Evangile, quoiqu'en France le Roï très chrétien et sa mère, comme aussi beaucoup de seigneurs et de dames illustres, ne désirent autre chose pour ce pays.”
L’Evêque entretenait de bons rapports avec un Roi si bien disposé, et celui-ci avait une grande vénération pour un prélat si distingué : la lettre suivante en est une preuve, non équivoque.
“ Monsieur Levesque de Pétrée, j'ay veu par lés lettres que vous m'avez escriptes les peines et les travaux que vous souffrez journellement pour convertir à la foy catholique les peuples de la Nouveile France, et comme il ne se peut rien adjouster à la satisfaction qui m'en demeure, j'ay bien voullu vous le témoigner par celle-cy, et vous dire qu'outre qu’en continuant ces exercices de piété et de vertu vous ne scauriez mieux employer vos soins ny rien faire de plus méritoire envers Dieu, vous me rendrez un service très agréable que je désire recongnoistre non-seulement en vous establissant Evesque dans le d. pays, lequel je veux protéger et secourir puissamment, mais aussy en vous gratiffiant d’un bénéfice de revenu convenable pour soustenir cette dignité, c'est ce que
je vous diray par cette lettre, priant Diea qu’il vous aye Mons.
Levesque de Pétrée en sa sainte garde, Escrit à Paris le dernier
jour d'Avril 1662.
(Signé) Louis et plus bas À Mons. l’Evesque de Pétrée,
Con. en mon conl, d’estat.
“Il a pensé mourir de douleur à ce sujet, dit la Mère de l’Incarnation, et on le voit sécher sur pied. Je crois que, s’il ne peut venir à bout de son dessein, il ne reviendra pas, ce qui serait une perte irréparable pour cette nouvelle Eglise et pour tous les pauvres Français. Il se fait pauvre pour les assister et pour dire en un mot tout ce que je conçois de son mérite, il porte les marques et le caractère d’un saint. Je vous prie de recommander et de faire recommander à Notre Seigneur une affaire si importante et qu'il lui plaise de nous renvoyer notre bon prélat, pèro et véritable pasteur des âmes qui lui sont commises.
“ Vous voyez que ma lettre ne parle que de l'affaire qui me presse le plus le cœur; parce que j'y vois la Majesté de Dieu déshonsrée,
l'Eglise méprisée, et les âmes dans le danger évident de se perdre.”