CHAPITRE VI
Rapports avec le S. Siège—Cong. de la Propagande-—Compte rendu au Souverain | Pontife—Création de la Compagnie des indes Occidentales—Ce qu’elle fit et ce qu’elle omit—Crainte de Mgr. de Laval pour sa liberté d'action—Choix des colons surveillé par l’Evêque—Gratification du Roi aux églises—Fonds communs pour les missions—Lettre de Colbert au sujet de l'immigration française—500 personnes amenées par Talon—Remarque des Relations des Jésuites—Terres accordées aux soldats—Anoblissement de colons—De Marigny—La Mère de l’Incarnation—La Sœur Bourgeoys—Salaire des ouvriers-
La question de l'immigration était au moins aussi important que celle de l'instruction des sauvages.
Mgr. de Laval, qui se mit en rapport avec la $, Cong. de la Propa. gande presque à son arrivée en Canada, crut convenable de l'enentretenir; en 1660, il lui faisait connaître l’état de la population: ‘‘ Le nombre des familles augmente par tout ici d'année en année et de jour en jour, tant à cause des familles qu’on y transporte annuellement de France, que parce les femmes venues d'Europe mettent au monde un plus grand nombre d'enfants, desquels les morts prématurées son! plus rares et qu’enfin les maladies ne sont pas si fréquentes ici ni si variées qu'elles le sont ailleurs.”
En 1661 il voulut rendre compte au Souverain Pontife de l'état de Son Vicariat; il en écrivit une relation où l’on trouve une description intéressante de son église. ‘On y voit, dit-il, une église ‘en forme de croix latine construite en pierre et regardée dans ‘“ ces commencements de la colonie comme un vaste et magnifique “bâtiment. On y observe pour la célébration du service divin le ‘ Cérémonial des Evêques; les prêtres ainsi que les jeunes clercs ‘élevés au Séminaire assistent toujours aux offices,avec 10 ou 12 en- ‘“ fants de chœur. Aux fêtes solennelles on y chante en musique ‘la messe, les vêpres et le salut avec accompagnement d’un in- ‘“ strument à cordes et de l’orgue, qui ajoutent beaucoup à l’harmo- ‘ nie ot à ladouceur lu chant, J'ai pris mon domicile au Séminaire, ‘et j'ai huit prêtres avec moi.
“ À la haute ville il y a une citadelle royale avec un gouverneur ‘et des gardes de nuit et de jour, une prison pour les malfaiteurs, ‘une maison religieuse et quelques demeures de particuliers.—A
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PR ne À BIOS : mais, à force d’instance,il obligée d'y st Le Herr ss a rai ; , use suivan ’édi die . la Compagnie en 1664: ‘ Comme rie RE Monts Eee nous regardons principalement la gloire de “tre la vraie Re Ne des LUS ue , sera obli "y fai : A a d'ecclésiastiques nécessaires D te me gile, ot y instruire ces peuples dans la créance de 1 : : . e. Pare apostolique ot romaine. Pareillement elle . Pr eus Ares des églises, d'y établir des curés et des rs ps nt TR ot d'entretenir décemment et avec MR ve res et ces églises, en attendant qu'elle soit : a à er raisonablement sans toutefois que la C te | puisse changer aucun des Ecclésiastiques qui ren er y sont présentement PE eo. ae ps les appréhensions de Mgr ns >s lors pour demander icari ce ee de en diocèse régulier, pr ner .
re Les lui contester le titre d'ordinaire, ayant ni Pr à jurisdiction. Il n'obtint ce qu'il demandai ns après, comme on le verra. ins Cet état de choses particulier comme on le voit Pr re mL NET er Propagande (oct, 1661) : soir Aae real “Précédemment sr DA tout Fa pays était en la possession d’une certaine none aa RER eux ans, le Roi se l’est rendue propre, en naine ui-même les dépenses avec promesse d’en faire d né Le érables encore à l'avenir. (C’est ce dont nou Eee aujourd'hui la preuve, puisque, dans l’espace de deux nie ;
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“ employé 200,000 livres au bien de la colonie. Ce très-munifique “ prince a promis d’y envoyer, pendant dix ans, 300 hommes cha- ‘ que année, et nous attestons que les trois années qui viennent de “ s'écouler il a tenu fidèlement sa promesse.”
Ce qui était aussi remarquable, c'était le soin que l’on mettait dans le choix des colons.
“Nous ne souffrons ici,dit Mgr. de Laval dans sa relation de 1660, “ aucune secte hérétique; c'est ce que le Roi m'a accordé pieuso- “ ment sur la demande que je lui en ai faite devant de quitter la “ France”... Le soin et l'amour de nos églises, ajoutait-il en 1664, «“ sont surtout ce qui touche le cœur religieux du Roi, et, pour cet ‘ objet, il nous accorde toutes nos demandes.........Quoiqu'accablé “d'un fort grand nombre d’affaires, le Roi très-chrétien favorise “ cette colonie d’une manière admirable, surtout par son zèle pour “y propager la religion, quoiqu'il ne retire presque aucun avantage “ de ce pays barbare.” C'était Louis le Grand, et non un Roi du 19e siècle.
Mgr. de Laval avait formé un fonds commun de toutes les dimes pour soutenir les missionnaires, et cependant ce moyen était absolument insuffisant,quoiqu'en aient dit ceux qui ont prétendu que le clergé du Canada, et les Jésuites en particulier, s'étaient enrichis à cette époque. Ecoutons le témoignage de l'intendant Talon en 1666. “ De quelque côté que doive venir le secours de l’Église pour la “ subsistance de ses ministres,je me sens obligé, écrivait-il à Colbert, # de vous le demander. Il est constant que M. l’'Evèque de Pétrée ne “ peut fournir de curés ou de missionnaires dans tous les endroits de “ ce pays qui en ont besoin, s’il n’est assisté par le Roi ou par la ‘“ Compagnie. Le fonds des dimes, établi avec beaucoup de modé- “ration, ne peut suffre, à moins que M. de Bretonvilliers, Supé- “rieur de St. Sulpice, ne fasse passer 5 ou 6 prêtres choisis dans son ‘“ Séminaire qui ne soient pas plus à charge que ceux qu’il nous a « fait donner cette année, pour desservir la cure des Trois-Ri- ‘“ vières, et administrer les sacrements aux troupes d’un ou deux “ de nos forts. Cet expédient me parait le plus facile et le moins ‘“ onéreux de tous.”
L'immigration qui était nombreuse, ne présentait pas d'abord les garanties que l’on pouvait désirer. Mgr. de Laval s’en alarma et en parla au ministre Colbert. Celui-ci s’en occupa sérieusement et écrivit au prélat en 1664, dans les termes suivants : “ Pendant le séjour que vous fites ici, veus me témoignâtes que les gens des environs de la Rochelle et des iles circonvoisines qui passaient à læ
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Nouvelle France, étaient peu laborieux, et que même, n'étant pas fort zélés pour la religion, ils donnaient de mauvais exemples aux anciens habitants du pays. Le Roi a pris résolution, suivant notre avis de faire lever 300 hommes, cette année en Normandie, et dans les provinces circonvoisines, qui seront conduits sur des vaisseaux marchands, dont les capitaines sont obligés par leurs traités, de rapporter des certificats du Conseil de Québec, touchant le nombre d'hommes qu'ils auront débarqués. J'espère que ce secours tournera à l'avantage du pays, ainsi que les autres que Sa Majesté a résolu d'y envoyer tous les ans en cas que celui-ci réussisse, ainsi qu'on se le promet.”
L'année suivante Talon amena avec lui un grand nombre de colons, dont 100 se destinaient à l’agriculture ; il y avait des soldats, des filles et des femmes, en tout 500 personnes. Ce mouvement se continua chaque année, ce qui faisait dire à l’auteur de la relation de 1668: “l'envoi de tous ces nouveaux colons cause un «changement notable dans ce pays, par les accroissements qui s’y sont faits plus grands, depuis qu'il a plu au Roi d'y envoyer des troupes, qu’il n’en avait reçu dans tout le temps passé.”
Après la paix avec les Iroquois, des terres furent accordées aux soldats qui voulurent rester en Canada; pour les y engager plus fortement, on y ajouta une gratification de cent livres, ou 50 livres et des vivres pour un an. On donnait davantage aux sousofficiers, ce qui fixa dans la Colonie 400 hommes du régiment de Carignan. En 1669 le Roi accorda 1000 livres de gratification aux officiers, et fit écrire à Talon par Colbert : “Faites leur connaître que le véritable moyen de mériter les grâces du Roi est de s'établir au pays, et d’exciter fortement leurs soldats à travailler au défri- ‘chement et à la culture des terrés.”
Ce n'était pas de vaines promesses : ainsi M. de Marigny, ‘‘ futanobli en 1671, et ses enfants à perpétuité, à condition qu'il resterait en Canada.”
D'après les relations et suivant les lettres de la Mère Marie de l'Iicarnation, il passa de France en Canada un nombre considérable <le jeunes et honnètes filles à partir de 1665. Dans cette année il en vint 100, le double l’année suivante, un nombre plus consid: rable encore en 1667 et 1668, et 150 dans chacune des années 1669 <t 1670, Le Roi leur donnait ordinairement une maison construite <t pour huit mois de vivres: ce qui n'était pas un petit encouragement pour les jeunes colons, et les mariages se célébraient par trentaines à l’arrivée des vaisseaux.
Les familles étaient nombreuses : “il est en effet étonnant, dit
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la Mère de l’Incarnation, de les y voir en si grand nombre, les enfants très beaux et bien faits, sans aucune difformité corporelle, si ce n’est par accidents. Un pauvre homme aura huit enfants et plus, qui l'hiver vont nu-pieds et nu-tête, avec une petite camisole sur le dos, et ne vivent que d’anguilles et d'un peu de pain ; et avec cela, ils sont gros et; gras.”
Tel était le fruit des bonnes mœurs maintenues dans ce pays.
En attendant leur mariage, Mgr. de Laval faisait loger les jeunes filles dans des maisons respectables et entre autres chez la Sœur Bourgeoys qui en avait amené jusqu'à 150 avec elle. On comprend par là pourquoi certains contrats de mariage sont faits et passés à la Congrégation, et qu'il est marqué que la future épouse demeurait chez la Sœur Bourgeoys.
On verra par la correspondance entre Mgr. de Laval et Mgr. de St. Valier que notre prélat s’intéressait beaucoup au choix des colons.
On sait à cette occasion que les hommes recevaient alors deux livres par jour de travail de leur métier, et un bon manœuvre trente sols. Mgr. de Laval en employa un grand nombre. Il encourageait l'établissement des mêtiers: chez les Ursulines, on apprenait aux filles à filer, et l’on commença à faire, dans les campagnes, des toiles et des serges. Car les moutons que l'on avait fait venir de France réussissaient bien et l’intendant avait recommandé la culture du chanvre et du lin, Le succès donnait à espérer en 1667 qu'on pourrait en donner beaucoup à la France. * En 1668, il y avait déjà des manufactures de souliers et de chapeaux. On monta une tannerie en 1670, et l’année suivante on commença à confectionner du savon et de la potasse; enfin, on put même autoriser une brasserie dans le voisinage du fort.
On ne fut pas longtemps non plus sans avoir, de distance en distance, des moulins à eau pour moudre le grain. Mgr, de Laval engagea fortement le séminaire à construire des moulins pour l'avantage de ses censitaires,
L'industrie de la construction navale commença en 1672 et fut due à l'initiative du gouvernement, L'Evêque contribua à favoriser le développement des arts par l'instruction qu'il favorisait de tous côtés. Aussi, Colbert voulut-il l'en remercier de la part du Roi on 1667 : ‘il est certain, dit-il, que c'est le meilleur moyen de bien policer la colonie et d’y former des gens capables de servir Dieu et le prince duns toutes les professions.”
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