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Xavier. Mais le prélat se signala et fut encore plus à la tête de tous par sa charité que par sa dignité; il était aguerri avec les maladies depuis les fréquentes visites et les grands services qu'il avait rendus dans les hôpitaux de Caën, sous la direction de M. de Bernières. Sa charité parut avec éclat; il distribua les emplois à son petit clergé et se réserva le plus pénible. Quoiqu'incommodé lui-même par de fréquents vomissements, il était sans cesse auprès des malades, les exhortait, los consolait, les soulageait, et leur rendait toutes sortes de services ; il en revenait souvent couvert de vermine. Plus d'une fois on craignit qu'il ne contractât ce mal contagieux. Il distribua aux malades toutes ses provisions sans se rien réserver et manqua de tout lui-mème le reste du voyage, mais il en supporta la privation avec plaisir. On ne se lassait pas
d'admirer sa charité’et sa mortification, et il n'est sorte de bénédic-
tions qu'on ne Jui donnât”.
Par les mêmes vaisseaux arrivèrent les corps de deux martyrs
donnés à l'Eglise de Québec par le Souverain Pontife, et qui sont
devenus célèbres par leurs miracles et par la vénération dont ils ont toujours été entourés, ce sont les S$S. Flavien et Félicité.
Mais avant d’aller plus loin, il est à propos de rapporter les phénomènes extraordinaires dont le Canada fut le théâtre pendant l'absence de son Evèque. Des --ersonnes toujours disposées à rejeter les événements dont elles n .nt pas été les témoins, ont traité de visions de femmes, les récits qui sont parvenus jusqu'à nous. Nous ne citerons donc que le témoignage des hommes les plus graves et les plus véridiques. D'abord, le Père Lalemant, Supérieur des Jésuites de Québec, qui entre dans des détails et a vu les faits de ses propres yeux: “L'on a vu, dit-il, des fantômes de feu portant des flambeaux en main. L'on a vu des piques et des lances de feu voltiger, et des brandons allumés se glisser sur nos maisons, sans néanmoins faire d'autre mal que de jeter la frayeur partout où ils paraissaient.”
Ces phénomènes furent accompagnés de globes de feu et de signes extraordinaires dans le ciel. Puis un tremblement de terre épouvantable et qui dura plusieurs jours, produisit les effets les plus terribles et qui sont rapportés par les contemporains.
Les détails se trouvent partout, mais il est à propos de recueillir ce que pensèrent alors les hommes sages et réfléchis.
Le journal des Jésuites fait une courte réflexion : ‘Le mépris “de l’excommunication des boissons continuant, on la renouvela, “et s'en estant suivi peu d’amendement, Dieu parut vouloir parer
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“ses injures.” Personne ne périt cependant: ” c'est une marque “toute visible, dit la Mère de l'Incarnatiua, de la protection de « Dieu sur son peuple, qui nous donne un juste sujat de croire qu'il “ ne se fâche contre nous que pour nous sauver,’
“ Ce bouleversement fut très-salutaire, dit le Journal des Jésuites, par le changement général dans les mœurs qui s'opéra à cette occasion.”
Telle fut la pensée consolante qui accompagna Mgr. de Laval en arrivant, d'autant plus qu'il avait réussi à assurer à la colonie, l'administration régulière de la justice. Le Roi avait rendu, à sa demande, un édit au mois de mars 1663, par lequel il créait un Conseil Supérieur, donnant à l’Evêque son entrée et voix délibérative. Les conseillers devaient étre choisis et nommés par le gouverneur et par l'Evèque agissant de concert. On avait voulu prévenir ainsi le renouvellement des abus commis par le gouverneur d'Avaugour, qui avait composé précédemment le Conseil de personnes opposées aux vues de l'Evèque. Aussi la composition du Conseil nommé immédiatement fut-elle excellente; les noms de MM. Rouer de Villeray, Juchereau de la Ferté, Ruette d'Auteuil, Legardeur de Tilly, D'Amours et Bourdon méritent d'être rapportés ici comme ceux des hommes possédant la confiance du digne prélat. D'abord le nouveau Conseil rendit sans délai des arréts défendant de traiter aux Sauvages aucune boisson enivrante; et l'année suivante les peines les plus sévères vinrent donner la sanction à cette loi salutaire. Malheureusement la bonne entente ne subsista pas longtemps entre le gouverneur et l’'Evêque. Surportant avec répugnance l'égalité qui avait été accordée à l’Evêque, M. de Mésy voulut amener Mgr. de Laval à lui servir d’instrument. L'occasion fut l’exclusion de trois Conseillers que le gouverneur avait prononcée seul, etqu'il avait voulu faite”ratifier par l'Evêque. Celui-ci tint ferme et ne se laissa nullement intimider par les marques publiques de mécontentement données par M de Mésy. Le Père Lalemant consulté par celui-ci lui répondit de s’en rapporter à son confesseur pour ce qui regardait la conscience, et ajouta que pour le civil, ce n'était pas à des Religieux de juger de quel côté était le tort,
Ce langage calme et sensé n'empècha pas le gouverneur de pousser sa pointe : exil des conseillers, dissolution de l’ancien Conseil, création d’un nouveau, signification insultante pour l'Evêque à la porte de l’église, telles r'urent les mesures qu'il adopta. Malgré ces procédés violents et inisstes, il voulut se présenter pour recevoir
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les sacrements, et se plaignitamèrement des ecclésiastiques qui les lui refusèrent, Sur ces entrefaites il tomba malade, et par une miséricorde particulière de Dieu reconnut jusqu'à un certain point ses erreurs de jugement, et son obstination volontaire, On lui accorda les sacrements et il mourut dans des sentiments de piété le 6 mai 1665.
Mgr. de Laval respectait autant l'autorité dont les autres étaient revêtus qu'il exigeait respect pour celle qui lui était confiée: aussi accueillit-il avec tous les honneurs M. de Tracy, qui se présenta bientôt à Québec avec les pouvoirs de Lieutenant-Général du Roi en l’Anrérique.
Colbert lui annonçait cette nouvelle en ces termes le 18 mars 1664: ‘ L'affaire d'Italie étant heureusement terminée à la sa- ‘‘tisfaction du Roi, Sa Majesté a résolu d'envoyer en Canada un ‘“ bon régiment d'infanterie, à la fin de cette année ou au mois de “février prochain, afin de ruiner entièrement les [roquois; et elle “a ordonné à M. de Tracy de s’y transporter, pour conférer avec “vous sur les moyens de réussir promptement dans cette ‘ œuerre. ”
L'Evèque voulut montrer des égards pour M. de Tracy à son débarquement; il fit sonner les cloches et le reçut à l'église vêtu pontificalement, au milieu de son clergé. Après lui avoir présenté l’eau bénite et la croix, il le conduisit au prie-Dieu qui lui avait été préparé près du chœur, M. de Tracy avait eu la fièvre durant la traversée, ce qui l'avait affaibli; mais il se mit à genoux sur le pavé sans vouloir se servir du carreau qu'on lui offrait. En action de grâce de son arrivée, on chanta le Te Deum, avec accompagne ment d'orgue et de musique, et l’Evèque le reconduisit à la porte de l'Eglise avec des honneurs analogues à ceux qu’il lui avait rendus à son entrée. M.de Tracy se montrait digne de ces distinctions par son exactitude à se rendre aux cérémonies religieuses. La lettre qu’il remit à Mgr. de Laval de la part du Roi trouve ici sa place :
“ Mons. i'Evèque de Pétrée, j'ai ponrvue le Sr, de Trassy de la charge de mon Lieutenant-Général en l'Amérique pour commander en ce pays en l’absence du Sr, Comte d'Estrades qui en est Vice- Roi, et s’en allant sur les lieux pour prendre possession de cet employ et pourvoir aux affaires qui sy présenteront, je vous faits cette lettrepour vous en donner avis, et vous exhorter de recognoistre le d, Sr, de Trassy en la d. qualité, de défferer aux ordres qu'il donnera, et de concourir avec luy en tout ce qui dépendra de vous
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pour l’effect des choses qui regarderont mon service et le repos de mes suiects des d, lieux, C'est à quoy je me promets que vous satisferez avec affection, Cependant je prie Dieu qu'il vous ayt Monsr, l'Evêque de Pétrée en sa ste garde.”
Escrit à Paris le XIXe jour de Novembre 1663.
(Signé) Louis (et plus bas) De Lionne, ” A Monar. l'Evèaue de Pétrée Con, en mon Conl. d’estat,
Ni M. de Courcelles qui succéda à M, de Mésy comme Gouverneur, ni M, Tracy qui avait pour mission de faire l'expédition contre les Iroquois ne montrèrent une grande intelligence, Négligeant de prendre des renseignements et des conseils, ils commi ent une foule de fautes qui furent fatales et causèrent la mort d’un bon nombre de braves militaires. Trois campagnes successives furent nécessaires pour intimider les barbares et arrêter un peu leurs incursions. Mgr. de Laval, dont les avis ne paraissaient pas être accueillis comme ils l’auraient dû, se renferma entièrement dans ses attributions ordinaires. Le Roi à qui il écrivit apprécia les motifs de cette réserve, et lui témoigna en même temps toute son admiration pour le zèle qu'il montrait à procurer le salut des âmes. Sa lettre doit être conservée comme un précieux témoignage en faveur de notre prélat.
‘ Monsr, l'Evesque de Pétrée, j'ay recue toutes vos lettres et veu les advis que vous me donnez de ce qui s’est passé en Canada, mais je ne vous diray point icy mes volontés à cet esgard, me remettant au Sr, de Tracy mon lieutenant general en l’Amerique de vous les expliquer. Cette lettre vous sera seulement un tesmoignage de la grande satisfaction que j'ay des soins que vous donnez au bien des peuples, à leur instruction et à leur salut. J'espère que vous les continuerez et je vous y exhorte et de prendre une entière assurance en ma protection dont vous recevrez des preuves en toutes rencontres; sur ce je prie Dieu qu'il vous aye Monsr. l'Evesque de Pétrée en sa Ste. garde. Escrit à Paris le 23e jour de mars 1665.
(Signé,) Louis, (et plus bas) DE Lionxe.” À Monsr. l’'Evesque de |
Pétrée.
Cette lettre re resta pas sans effets.
Pr te en
sers