‹ Notice biographique sur François de Laval de Montmorency [microforme]Chapitre 35 sur 110 · ET ENST. RE SEM SE PTE PP D NI NTI MER · texte numérisé non relu

ET ENST. RE SEM SE PTE PP D NI NTI MER

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ses forces le trahiraient. Ce moyen, il le chercha dans les règles canoniques ordinaires, et, malgré toutes les difficultés matérielles qu’il rencontrait, l'établissement d’un Chapitre fut décidé dans sa pensée, On verra par la lettre suivante comment on préparait les voies depuis plusieurs années, à l’obtention des bulles nécessaires. Elle est de l’Evèque d’Héliopolis à l’'Evêque de Québec.

De Rome ce 26 Avril 1679.

Monseigneur,

Telle diligence que j'aie emploiée je n'ai pu avoir que Dimanche dernier les articles que vos commissaires ont ordonné qu’on dressat por:r information er février. Ils ne sont pas mesme encore en estat, Aussi n'est-ce pas trop le fait des expédition noires. Monsieur le Bru a fait la première fatigue. J'y ai ajousté quelque chose à Mons. Favoriti a qui je les ai moi-mesme portés, il y mettra la dernière main. J’ay reçu votre dernière du 24 Mars qui nous menace de vous perdre bien tost avant mesmr de pouvoir avoir eu la consolation de jouir de vous pour un moment ; il faut bénir Notre Seigneur de tout et tascher de le trouver plus purement dans la privation de ce qu'on aime le plus.

Je ne vois aucune apparence de pouvoir partir avant l'automne. J'espère qu’en ce temps là nos affaires seront terminés. Nous voicy par la grâce de Dieu à la fin de la plus considérable, où Dieu par #a divine bonté a tellement disposé touttes choses que touttes les perties seront satisfaites, en sorte qu'il y a lieu d'espérer que nous agirons dore en avant dans nos missions avec une union et une concorde semblable à celle dont vous jouissez dans le Canada.

Je vous prie de croire, Mgr., que vor intérêts en cette cour me sont très chers et que j'emploiré tous mes soins pour l'heureux succès de votre affaire, Pour le regard du graï:3. je crois que vous feréz bien d’en faire vous mesme la demande au Pape dans une lettre que vous envoirés en partant à sceau volant à votre expéditionnaire pour s’en servir quand il sera temps. Personne ne

‘pourra mieux exprimer que vous les nécessités de votre église et

l'employ fidèle que vous faites pour son utilité et son service de tout ce que M. Le Roy a donné. Escrivés aussi en particulier à Monsignor Favoriti, Secretre. de la Cong. consistoriale luy disant que je vous ai fait conoistre que vous luy estes redevable de touttes les faveurs que vous recevés de Sa Sainteté et qu'il est le plus sincère et plus fidèle canal que vous puissiés pour celles que vous

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espérés recevoir à l'avenir de sa pié’é et du zèle qu’elle témoigne pour le soutient de votre Eglise et sa perfection. Tant que ce gouvernement durera, continués, s’il vous plaits, de luy escrire et luy faire part de tout ce qui se passera de plus considérable en Canada. Vous pourrés envoier sous son enveloppe vos lettres pour le Pape et pour son ministre le tout toujours à cachet volant, tant que vous aurez icy des amis qui méritent vos confidences. Je me recommande toujours à vos SS, S$, et vous prie de me croire,

Monseigneur, Votre très-humble et très-obéiss, serviteur,

François Evèque d'Héliopolis.

Pour un homme aussi fortement trempé que Mgr. de Laval,

malgré les äifficultés de tou: genres qu’il rencontrait, il n’y a pas

loin de la détermination à l'exécution. Dès le 6 novembre 1684, le mandement d'institution du Chapitre fut publié ; l'érection suivit. de près. *

Mgr. de Laval n'avait pas oublié les difficultés matérielles qui consistaient à soutenir le personnel de son chapitre: il fit un voyage en France dans ce but. Il y a lieu de croire qu'il ne réussit pas à son gré et se détermina en conséquence à donner sa démission qui fut acceptée. M. de St. Valier, aumônier du Roi, qui avait du zèle et des ressources, fut désigné pour lui succéder, et. vint en Canada sans être consacré au printemps de 1685, avec M. de Dénouville, nommé gouverneur de la Nouvelle Frence. Il avait reçu de Mgr... de Laval, comme il le dit lui-même, f la qualité du Grand Vicaire par des lettres authentiques avant son départ: de France.”

Mais on re comprend pas bien comment Mgr. de Laval avait dès lurs ‘donné sa démission pure et simple,” Ï lorsque les pièces officielles font voir que l'acte n'en fut fait que ie 24 Janvier 1688, veille de la consécration du nouvel Evique. Il faut supposer que c'était chose convenue entre les deux prélats.

L'Evèque élu ayant tout vu deses yeux, s'embarqua pour retourner on France le 18 Nov. 1686 ; il n’arriva à La Rochelle que le

* Voir les Notes historiques sur le chapitre de la cathédrale de Québec. t Estat présent de l'Eglise, f Estat présent de l'Eglise &c. p. 10.

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1er Janvier 1687. Mgr. de Laval était à Paris comme on le voit par la lettre qu'il écrivit à MM. de Bernières, des Maizcrets et Glandelet, en l'absence l’un de l’autre. * ‘ Conformément aux sentiments que N. S. me fait la miséricorde de me continuer, j'y retourne (en Canada) comme au lieu où mon cœur est inséparablement attaché, en sorte que quand je serais assuré de mourir sur la mer, je m'embarquerais pour n’être pas privé au moins de la consolation de mourir dans l’accomplissement du bon plaisir de Notre Seigneur, dans lequel doit consister notre bonheur pour le temps et l'éternité.”

« J'espère, dit le prélat en parlant es obstacles qu'il rencontrait, que Dieu tirera de cette épreuve le bien de son Eglise et qu'il fortifiera de son Esprit tous ceux qui auront eu part à ses souffrances. J'espère néanmoins {a miséricorde de mourir en Canada quoique j'aie bien mérité ü ètre privé de cette consolation.”

Le saint Evêque fut désappointé dans ses vues, mais rien n’est plus admirable que sa résignation; voici comment il l’exprime:

‘“ Adorons les conduites aa Dieu sur nous, et sur tous ses œuvres, nos très-chers Messieurs, j'espérois et j'avois une confiance entière qu’il me donneroit la consolation de m'unirà vous de corps comme je le suis de cœur et d'esprit; mais son aymable providence en dispose tout autrement et selon son bon plaisir qui doit être tout notre bonheur et notre paix pour le temps et pour l'éternité.”

Ses vœux furent exaucés en 1688: mais, avant de quitter la France pour n’y plus retouruer, Mgr. de Laval perdit un des hommes en qui il avait le plus de confiance. M. Dudouyt, son ancien Grand Vicaire, et Grand Chantre du chapitre de la cathé. drale, mourut à Paris, le 15 Janvier. Pour ne pas se séparer entiérement de cet ami en laissant la France, il emporta avec lui son cœur, et le déposa dans la cathédrale.

Mgr. de St. Valier se fit consacrer et revint quelque mois après en Canada: il avait éprouvé de grandes difficultés pour obtenir ses bulles, On n’en connaît pas bien la cause; elle est indiquée dans une lettre üe Mgr. de Laval aux prêtres de son Séminaire: f 4 Mgr, de $S. V. ne pourra pas avoir ses bulles cette année, et

* 18 Mars 1687, f Lettre du 9 Juin 1687.

+ De Paris le 18 Mars, 1687.

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;ar conséquent repasser en Canada.” Mais la correspondance entre les deux prélats pendant leur séparation fut des plus affectueuse.

La providence voulut que ce prélat jeune et plein d'activité eût à peine le temps de prendre connaissance des affaires de son nouveau diocèse, et que l’ancien Evêque, que l’on voulait retenir loin de l'église à laquelle il s'était voué, y demeurât constamment pour être sa consolation, Aussi en avait-elle grand besoin : les épreuves ne lui firent pas défaut,

La première épreuve fut la guerre avec les sauvages, entreprise d'une manière impolitique par M. Denonville, et qui attira des malheurs sur la colonie. Poussés à bout et peut-être soutenus par les ennemis secrets des Français, les Iroquois firent des massacres qui jetèrent la terreur partout, et l'on parle encore aujourd’hui des événements de la Chine près de Montréal. Un pareil état de choses mettait la colonie en grand danger ; le secours devait venir d'en haut. Mgr. de Laval fut le premie: à remarquer le carractère tout providentiel de la délivrance dont la ville était l’objet, Il devait en être de même de Québec,

Mgr. de St. Valier avait posé la première pierre de l'Eglise de la Basse-Ville, en 1688, pour servir de succursale, En 1690, la ville fut assiégée par les Anglais; la cause du prince d’Orange avait excit‘ les esprits et le fanatisme protestant. La haine religieuse crut qu’elle porterait un coup plus sensible à la France en l'attaquant dans sa colonie dans un moment où elle n'était pas préparée. Le calcul était sage d’après les vues humaines; mais un simple vœu suflit pour le déjouer. A l’instigation de leurs pasteurs et surtout de l’ancien Evêque, les personnes pieuses promirent que cette nouvelle église serait placée sous le vocable de Notre Dame de la Victoire, si le succès était accordé aux armes catholi. ques. Eten effet la belle armée de débarquement fit une fuite précipitée en présence des troupes, en grande partie composées de recrues levées dans la colonie,

Sur ces entrefaites on fit des réjouissances au sujet du succès des armes françaises sur les anglais : en voici le compte rendu officiel,

‘ Le Conseil Supérieur se rendit à la Cathédrale, (le 5 Novembre 1699), et Mess, les Conseillers (de Viileray 1er Cons., D'amours Du Pont, de Peiras et Vitray, assistés de M. le Proc. Gén. du Roy, de Peuvret, greffier, de Mesnu, greffier en chef, de Guil. Roger, premier huissier et de quelques huissiers de la Prévoté,) ayant pris leurs places, assistèrent au Te Deum, auquel officiait M. l'Evèquo

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pendant quoi aurait été apporté au cœur pour y être arboré deux drapeaux gagnés aux victoires remportées sur les anglais, l’un à la Nouv. Angleterre pendant le cours de l'hiver, et l’autre au mois “’Octobre sur l’armée des anglais, venus devant la ville de Québec pour l’assiéger et soumettre ce pays à l’obéissance du Prince d’Orange, usurpateur de la Couronne d'Angleterre sur le Roi Jacques I. On fit ensuite une procession aux Eglises des Religieuses Ursulines, des PP. Jésuites et des Religiouses hospitalières pour rendre grâce à Dieu des victoires remportées par les sujets de S. M, sur les ennemis, par les faveurs de la Ste, Vierge et de St. Joseph auxquels l'événement en était recommandé par des prières publiques.” *

Vingt ans après l'Angleterre n'avait pas encore oublié cette humiliation. Une flotte trôs-puissante fut équipée et expédiée vers le fleuve St. Laurent pour la venger. C'était un effort gigantesque et qui d'après toutes les apparences devait aboutir à la perte totale du Canada. Mais l’âme de la colonie, c'était encore le saint homme que la providence lui avait donné pour premier Evéque, et, quoi qu’il eût été recevoir sa récompense au ciel, on se rappelait encore sa grande confiance en Marie et l'on fit un nouveau vœu en vertu duquel l’église de la Basse-Ville prit le titre de Notre Dame des Victoires. On avait voulu reconnaître aussi le succès signalé accordé à l'expédition d’[berville dans la Baie d'Hudson.

Cependant Mgr. de St. Valier retourna en France eu 1691, et ne revint au Canada que l’année suivante. Dans cet intervalle il était survenu une maladie qui avait causé des ravages alarmants parmi la population. Le vieil Evèque toujours disposé à exercer la charité, suggéra et fit réussir la fondation d’un nouvel hôpital à Québec, qui fut confié comme le premier aux Sœurs de l'Hôtel.Dieu, et placé dans la maison précédemment occupée par les Récollets.

On vit toute la sagesse de cette mesure lorsque l’épidémie de 1699 éclata. Plusieurs ecclésiastiques moururent en exerçant leur ministère auprès des malades : le nombre des sépultures fut trèsconsidérable. A l’occasion de cette épreuve envoyée par le Ciel, on fit des saluts en toutes les églises pour implorer la miséricorde divine, f De nouvelles difficultés ayant engagé Mgr. de St. Valier de

* Procès verbal du chapitre.

t Lettre de M. des Maizerets à Mgr, de Laval. 9 Avril, 1699,

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retourner en France en 1700, Mgr. de Laval se trouva le conseiller principal et pour ainsi dire le directeur des pieux ecclésiastiques chargés de l’administration pendant une absence qui devait se prolonger bien au delà des prévisions,

En effet les embarras semblèrent s’aggraver par la présence du nouvel Evêque auprès de la Cour, M. de Callière, le gouverneur paraît avoir fait des représentations énergiques pour empêcher le retour du prélat. Le ministre usa du pouvoir que l'on s'arrogeait alors si facilement sous prétexte du bien public, et retint Mgr, de St. Valier jusqu’en 1705. Muni enfin d’une permission qu'il Ini avait fallu solliciter, le prélat s’embarqua sur, “ la Seine ”, vaisseau du gouvernement: mais la France était en guerre avec sa rivale, et le vaisseau fut pris, l’Evêque retenu prisonnier et emmené en Angleterre,

Il devint évident pour tous alors que Mgr. de Laval avait été conservé providentiellement, afin que l’absence du premier pasteur fût moins sentie, peut-être aussi pour rétablir par son entremise la paix des esprits et des cœurs, qui était grandement compromise. Toutes les chroniques de l’époque s'accordent à reconnaître que Mgr. de Laval soutint les courages chancelants, calma les esprits irrités, s’efforça de rendre agréable à Dieu la mort de M. de Callières qui mourut à cette époque, de rétablir les mœurs par l'odeur de ses vertus, le grand entrainement de ses exemples et la sagesse de ses conseils.

Mais le moment approchait où cet Evèque selon le cœur de Dieu devait terminer sa carrière. Et pour le perfectionner il fallut une dernière épreuve: elle fut terrible.

L'incendie de son Séminaire et de sa propre demeure fut celle que a Providence choisit,

Les deux incendies sont racontés en détail dans un vieux manuscrit conservé aux archives du Séminaire.

En 1701, il eut lieu un mardi jour de promenade, lorsque tous étaient à St. Michel, * et prit vers une heure avec une telle violence qu’en moins de 4 ou 5 heures, il consuma l'ouvrage de plus de trente ans. On sonna le tocsin, mais il fut impossible de sauver autre chose que des meubles: Tout ce qui était dans la maison échappa en grande partie; les élèves accoururent à la première nouvelle, mais tout était réduit en cendres à leur arrivée.

L'Evèque do St. Valier venait de partir pour l'Europe.

* Ferme du Séminaire, près de Québec.

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