‹ Notice biographique sur François de Laval de Montmorency [microforme]Chapitre 36 sur 110 · ART · texte numérisé non relu

ART

En 1705, le feu pit sur les 9 heures du matin. Cet accident I fâcheux arriva par un fumeur, qui, travaillant en menuiserie, nl: laissa tomber du feu dans les ripes; le feu fut si violent qu'en {1 moins de deux heures tout fut consumé, sans que l'on pût rien sauver des chambres ou du magasin, Mr. Petit, prêtre âgé de . soixante-quinze ans, fut tellement surpris et enviruané var le feu qu'il fut obligé de se jeter de quatre étages par une fenêtre, sans quoi il eût été consumé par le feu; il ne fut point incommodé de sa chute, ou très-peu. Quand cet incendie arriva, les enfants‘ étaient à St. Joachim; ils en apprirent la nouvelle le lendemain matin qui était un vendredi. Le lundi d'ensuite, ils retournèrent à Québec, et arrivèrent le mercredi au soir. Dès ce même jour, on les renvoys chez leurs parents, à la réserve de 12 que l’on garda au Séminaire.

Le pauvre vieillard ne murmura pas un instant: il versa sans doute quelques larmes, se rendit au Collége des Jésuites, et à 82 ans il ne désespéra pas de voir ses ruines rétablies,

C'est que c'était un saint, et que chez de pareils hommes les ! années semblent augmenter la vigueur qui remplit leur âme et | déborde pour accomplir le bien. ‘#

‘ Il n’en perdit pas pour un seul instant,” dit un témoin oculaire, * ‘sa paix, sa joie ni sa tranquillité, parce que ces sujets n'étaient pas capables d'attaquer sa patience et sa vertu qui était bien au-dessus de tout cela: les seuls intérêts de Dieu, de la vertu et de la religion étaient capables de l'émouvoir.”

Pendant la captivité de l’'Evêèque de St. Valier, Mgr. de Laval s'occupa de faire évangéliser la partie du diocèse de Québec la plus voisine du golfe du Mexique. Pour cet effet des missionnaires furentenvoyés avec les différentes expéditions de d’'Iberville, comme on le verra par la correspondance publiée ci-après.

Les dernières années de son épiscopat avaient été signalées par une maladie populaire qui avait enlevé beaucoup de monde et plusieurs ecclésiastiques ; par un incendie qui avait dévoré la basseville; par des dissentions regrettables f et des désordres qui le faisaient profondément gémir, Ils'était montré à l4 hauteur des circonstances.

Ses aumônes d£ns des calamités bien dou'oureuses pour un pays

* Lettre du frère Houssart.

+ Vie de Mile Manse, vol. IT, p. 35 et suiv,

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nouvellement colonisé furent très abondantes et s'élovèrent à 30,000 livres, A l'exemple de St, Charles Borromée, il s’efforça d'apaiser la colère divine par des actes d'une grande piété, par des prières publiques et des processions, auxquelles tout le peuple prenait part. Il eut plusieurs points de ressemblance avec ce saint:

Quelques actes d'insubordination vinrent aussi s'ajouter aux déboires que lui avaient causées des gouverneurs pour affecter profondément sa santé. Dès 1775, sa constitution se trouva épuisée et insommodée au point qu'il se retira à une maison de campagne du Séminaire; mais il avait 62 ans, et les infirmités au lieu de se guérir à cet âgo ne font ordinairement que s'aggraver.

C'est dans cet état de santé que Mgr. de Laval était passé en France. On consentit à lui donner un co-adjuteur, puis à accepter sa démissicn; mais quand il voulut revenir en Canada, les ministres s'y opposèrent sous le prétexte que l’on a/ait lieu de douter s'il vivrait bien avec son successeur.

C'est au moins ce que M. de Frontenac lui dit à lui-même ; mais, il est plus probable que le Gouverneur voulait empêcher le retour de celui qui s'était opposé à sa tyrannie. (C'était une petite vengeance d’un homme emporté, incapable de supporter de l’opposition. * Là finit la vie publique de notre Evèque,.

Le fruit était mûr pour le Ciel. Le pauvre infirme, perdu de douleur, continuait assidûment ses exercices de piété. Malgré les instances des personnes qui l’approchaient, il assistait aux offices de la cathédrale et s’y raisait porter. (C’est ainsi qu'il passa le Carème de 1708. Durant la somaine sainte il éprouva un redoublement de douleur dans un pied surtout, et sans s'y arrêter voulut être assidû aux séances les plus longues. Ce qui fut cause qu'il contracta une angelure le Vendredi Saint et subit jusqu'à sa mort des douleurs inouïes. Son valet rapporte dans la lettre que nous avons déjà citée, que son maître, ‘ six jours avant sa mort, s'était offert en sacrifice pour porter la peine de tous les péchés du Séminaire et prié Dieu de l'exterminer lui seul, de détruire entièrement le péché de sa sainte maison et dy maintenir jusqu'à la fin des siècles le très saint amour de Dieu. Il fut exaucé par le redoublement de ses douleurs qui furent excessives.” Le bon frère déclare qu'il ne pouvait retenir ses larmes,

quand il se rappelait l'accent et la ferveur avec laquelle son

ercellent maître avait fait cette offrande, les yeux et les mains

* Lettre de Mgr. de Laval du 9 juin 1687.

élevés ver, le ciel, avec des sentiments extraordinaires d’humilité et de mépris de lui-même, et des retours d’une véritable confiance en Dieu, nonobstant sa très grande indignité, suivant l'expression du prélat. Aussile bon frère qui ne le quittait pas, souhaitait-il que toutes les personnes du Canada eussent pu entendre chacune de ses paroles pour en être embrâsées, car, ajoute-t-il, elles étaient toutes capables de pénétrer, attendrir et culever les cœurs les plus endurcis.

Lorsqu'on le vit proche de sa fin, un prêtre du Séminaire, qui lui était profondément attaché et le regardait comme un bienheureux, lui adressa ces paroles: “ Nous quitteriez-vovs, sans nous rien dire ? ” et, lui nommant plusieurs Evèques qui avaient exhorté leurs enfants spirituels au moment de leur mort, lui dit avec un ton de grande affection: ‘“ Pourquoi ne feriez-vous pas comme eux?” Alors le malade recueillant ses forces, répondit: ‘Ils étaient des saints, et je suis un pécheur.”

Ce fut dans ces sentiments de componction qu'il mourut le 6 mai 1708 entre 6 et 7 heures du matin: il était âgé de 85 ans. Il s'était réduit à une telle pauvreté par ses aumônes et ses charités que dans ce moment il n'avait pas la valeur d’un sol dont il pût disposer. Un trait fera voir combien ce dévouement était réel: quelques mois avant sa mort le srère Houssart, ayant vu au fond de sa cassette un petit couteau de 5 à 6 sous, le demanda à son inaître, Celui-ci le lui donna avec grande affection, en disant d’un ton à faire couler ses larmes: ‘“ Mon enfant, si je possède en”ore ce couteau, je vous le donne de bon cœur, afin de ne posséder plus rien sur la terre.” Puis ïl lui recommanda d'être entièrement dégagé de tous les biens de ce monde.

Une fois la nouvelle de cette mort répaïdue dans la ville, la foule entoura sa dépouille mortelle et demewa jour et nuit avec une sainte avidité, autour de sa bière, pour faire toucher à son corps des chapelets, images et autres objets de piété. Le corps fut exposé pendant trois jours dens l’église, et les enfants même criaient au milieu de la foule: laissez-nous approcher, laissez-nous voir le saint.” :

L'annaliste des Religieuses Ursulines qni rapporte ce fait rend compte de l'impression que cette mort fit dans les communautés.

‘Les communautés religieuses, ayant témoigné un grand désir de voir les restes vénérés du prélat défunt, les Messieurs du Séminaire nous accordèrent cette faveur. On tendit les églises de noir, et l’on fit au milieu une élévation toute entourée de lumiè-

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res pour y poser le précieux dépôt. Le troisième jour donc, six ecclésiastiques, qui se changeaient à chaque station, portèrent le saint corps dans les quatre église de la haute ville, savoir: chez les RR. PP. Franciscains, dans notre petite chapelle, à l'église des RR. PP. Jésuites et enfin à l'Hôtel-Dieu, d'où le convoi se dirigea vers la cathédrale pour l’inhumation. Le clergé, y compris les enfants de chœur, étais bien de cent cinquante personnes ; tous les curés de trente lieues à la ronde s'étaient rendus à Québec, et les Religienx s'étaient joints au cortége. Jamais l'on n'avait vu en ce pays de convoi de pompe funèbre semblable : aussi était-ce la pompe funèbre du saint premier Evèque de la Nouvelle France |” * à

Sa première oraison funèbre fut prononcée par M. Glandelet, <omme l’atteste l'acte suivant:

‘ Le neuvième may mil sept cent huit a esté inhumé devant le grand autel de cette église cathédralle et paroissialis, Mgr. François de Laval, premier Evesque de Quebek et de toute la Nouvelle France, étant décédé le sixième de ce mois, âgé de quatre vingt cinq ans, ayant reçu tous les sacrements de l’église avec un plein jugement et une dévotion édifiante, Son corps a esté porté processionnellement dans toute les églises de la haute ville pour sa. tisfaire le désir des personnes de piété qui l'avaient ainsi demandé.

“ Son convoy et son service a esté accompagné d’une foule extracrdinaire de peuple. Sa première oraison funèbre a esté faite le mesme jour par Monsieur Glandelet, vicaire général et doyen de la dite cathédralle qui a fait aussi son service et son enterrement en présence de Monsieur Jaque Raudot, Intendant de ce pays, du Sieur François Hazeur conseiller, etc., ce que je soussigné curé de Québec certifie véritable

(Signé) Pocquet.”

La seconue oraison funèbre fut aussi prononcée dans l’église cathédrale, le 4 juin suivan*, par M. Joseph Séré de la Colombière ; chez les Ursulines, l’on fit un service solennel avec diacre et sous-diacre, et les religieuses chantèrent le libera en plain-chant pour la première fois. M. Glandelet leur dit quelques mots ‘ sur les vertus qui avaient été les plus chères à notre illustre prélat, dit l’annaliste du monastère, et qui faisaient comme le caractère de sa

* Un journul français, le Mercure galant, en annonçant sa mort, l'appelait le père de la Nouvelle France.

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sainteté. ” La bonne religieuse termiue son récit par cette réflexion: “on ne doute pas que dans la suits Noire Seigneur ne manifesto les trésors de grâces qu’il a répandus dans l'âme de ce saint Evêque, d'autant plus qu’il a caché ses plus belles actions, par amour pour la solitude et la vie cachée et abjecte, ”

“ Après la mort du prélat,”’ dit de son côté M. dela Tour, ‘on fit des procès-verbaux sur plusieurs miracles opérés à son tombeau.” Malheureusement ces procès-verbaux do miracles, dressés par M. le Grand Vicaire Glandelet, n’ont pu être retrouvés.

En 1744 l’on restaura et agrandit la cathédrale de Québec, par les soins de Mgr. de Pontbriand,et en 1748, comme l'on voulait mettre les corps des deux Evêques enterrés dans la première église, dans le sanctuaire de la seconde, on releva les vénérables dépouilles pour les placer trente pieds plus haut, le corps de Mgr de Laval du côté de l'Evangile au-dessous de la première! marche du grand autel.

Depuis, cet autel a été placé plus en arrière, maïs la masse de maçonnerie sur laquelle était l'autel doit encore exister dans les fondations, ce qui fait croire que l’on trouverait facilement le lieu de la sepulture, s’il était nécessaire.

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