LA CHARITE
Parlant de son amour envers Dieu, ceux qui vivaient avec :uine peuvent se dispenser de mentionner l’accent et la ferveur avec lesquels le prélat prononçait ses oraisons jaculatoires et beaucoup d’autres pleines de feu et d'amour, les yeux et les mains élevés vers le ciel avec des sentiments extraordinaires d'humilité et de mépris de lui-même. “J'en ai, “dit un témoin,’ le cœur si pénétré que je ne puis retenir mes larmes: je souhaitais pour lors que toutes les personnes du Canada eussent pu entendre chacune de ses paroles pour en
* 5avril 1666, Archives des Colonies.
être toutes embrâsées ; car elles étaient capables de pénétrer, atten. drir et enlever les cœurs mème les plus endurcis."”
4 J'aurai plus tôt fait, Monsieur, écrivait le frère Houssart, de vous dire en deux mots que quand il s'agissait du service de Dieu et de la charité du prochain, aucunes douleurs ni infirmités n'étaient capables d'y faire manquer Sa Grandeur on un seul point.”
Quand il donnait quelque chose à la nature pour l'empêcher de mourir sitôt, c'était pour se donner la consolation de voir tous les jours de plus en plus le règne de Dieu s'établir dans ce nouveau monde, mais très-particulièrement pour empêcher de tout son pouvoir qu'il ne s’y introduisit rien de contraire à la charité et aux bonnes mœurs.
Il avait une telle aversion des moindres choses qui pouvaient tant soit peu ternir le lustre et la pureté de son âme, qu’il se confessait tous les jours avant de dire la sainte messe,
# Dans les grandes douleurs qu'on lui vit souffrir journellement pendant l’espace de vingt années, si elles lui arrachaient quelques plaintes, c’étaient plutôt,” disent ses biographes, ‘ des élans d'amour de Dieu et de conrfomité à sa sainte volonté que de véritables plaintes.”
Si l'indice d’un grand amour, d’après tous les Sts docteurs et St. Jean Chrysostôme, c’est la prière, nous le trouvons cet indice bien remarquable en Mgr. de Laval. Car il faisait de très-longues et fréquentes prières, et ‘‘ il y était si exact, dit le Frère Houssart, qu'il ne se couchait jamais sans s'être acquitté de tous ses offices, prières, lectures, chapelet, &c., quelque tard qu'il fût et quelqu'affaire qu'il eût. Bien qu'il se couchât très-tard, il ne manquait jamais de se ever à deux on trois heures du matin (au moins pendant trente ans) afin de pouvoir vaquer plus facilement à la prière.”
Lorsqu'il se sentait fatigué et porté au sommeil, il ne quittait pas la prière pour cela, mais alors la récitait en se promenant, afin de ne se point assoupir même pendant les plus grandes chaleurs C’est dans la pratique de cette ferveur et dans l'exercice de cette dévotion que notre saint prélat gagna une angelure pendant l'office du Vendredi Saint et en mourut dans les plus grandes souffrances.
“Ilest vrai,” dit son infirmier, ‘j'avais prévu ce mal et prié Sa Grandeur dès le dimanche des rameaux de ne point assister à l’office de ce jour, parce que son pied était extraordinairement enflé mais suivant l'attrait de sa dévotion et de son zèle, elle n’eutaucun égard à mes prières: elle assista à tous les offices de la semaine même aux Ténèbres, aimant mieux souffrir que de manquer
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à ses dévotions.”—Un jour qu'il souffrait d'avantage, son infirmier lui demanda : ‘“ Que mettrons-nous sur votre plaie.” Et le pauvre malade lui répondit d’un accent tout transporté et embrâsé de l’amour de Dieu et les mains jointes : ‘ Mon frère, je ne veux que Dieu, faites tout ce qu'il vous plaira, ot ce que vous jugez qu'il faut faire.”
Pour résumer l'impression qne faisait la ferveur de ses prières sur ceux qui l’entouraient, on peut citer ces paroles du frère Houssart:
“Je n'ai garde d'entreprendre de parler de la haute contemplation et de l'union continuelle que Mgr. avait avec Dieu; ce sont pour moi lettre close et je dois bien me contenter d'admirer ces voies sublimes et élevées dans lesquelles Dieu a conduit Sa Grandeur, et me restreindre à ne dire que quelques mots des choses qui. sont selon ma portée, outre ce que je vous ai déjà marqué du zèle de Sa Grandeur et de sa ferveur à dire la sainte messe et assister aux offices de la cathédrale, nonobstant ses plaies et ses infirmités, et de son exactitude à s’acquitter de toutes ses prières et ses exercices de dévotion, tous les soir avant de se coucher et quelque embarras d'affaires qu’il ait eus.”
Jamais Evêque n’a plus aimé son clergé ni n’en a été plus tendrement aimé. C'était un véritable père. La joie éclatait sur son visage, lorsque ses curés venaient loger chez lui avec la confiance d'un enfant qui entre dans la maison paternelle. Il voyait ces hommes que le climat et le travail avaient exténués et qui portaient sur leur visuge le témoignage écrit de leur zèle; il courait à eux, il les embrassait, et les comblait de caresses, entrait dans le plus menu détail de leurs peines, et s'épuisait pour les soulager dans leurs besoins. Il était surtout euchanté lorsqu'ils se présentaient à lui avec une vieille soutane toute déchirée, un méchant bonnet de matelot, de gros souliers avec des grapins, en un mot, comme des sauvages ; et alors il les reconnaissait pour ses véritables enfants, dégagés de toutes les superfluités de la vie, négligeant ce vain extérieur pour ne s'occuper que des fonctions apostoliques. Le prélat leur servait de modèle; jamais personne n’a plus négligé les puériles affectations, il donnait presque dans l’ex- <ès, *